En mouvement : Dieu appelle son Église à bouger

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Introduction

Peut-être que rien que l'idée de « se mettre en mouvement » te fatigue d'avance. On vient à peine de trouver un équilibre, de poser des fondations, et voilà qu'il faudrait tout bouger. Dans ce message prêché à l'église d'Alésia le 19 octobre 2025, dernier volet d'une série sur une église dans le projet de Dieu pour le monde, Mélanie Ehrismann te ramène dans Actes 11 pour te faire regarder l'église d'Antioche. Une communauté née dans la persécution, portée par des inconnus, structurée par Barnabas et Saul, généreuse jusqu'à envoyer un secours à Jérusalem. Une église en mouvement, parce que le Dieu qu'elle sert est lui-même en mouvement.

Plan du message

1. Pourquoi une église immobile est une église en danger

  • Après avoir travaillé notre unité en Christ, notre singularité et notre communion, il reste un dernier chapitre : la mise en mouvement. Toute la Bible dit que Dieu est pour le monde et qu'il envoie son église, c'est-à-dire la communauté des disciples de Jésus-Christ, dans le monde.
  • Ça peut paraître paradoxal : bataillons pendant des années pour trouver l'équilibre, et voilà qu'il faut mettre le corps en déséquilibre. Par peur de perdre cet équilibre, on peut chercher le statique, s'attacher aux fondations et y rester. On peut craindre de bouger, de changer, d'aller à l'inconnu.
  • Pourtant, de la même manière que Dieu est en mouvement, son peuple est appelé à être en constant mouvement. Mélanie donne une image que son mari, autrefois géologue, lui a partagée : les séismes réguliers rassurent les spécialistes, parce que l'absence de mouvement signale une résistance qui, tôt ou tard, finit par exploser. Une planète qui bouge, c'est une planète vivante. Une église vivante bouge aussi.
  • Un mouvement, c'est ce qui te fait passer d'un point A à un point B, un déplacement, une mutation, une transformation. Et le livre qui trace le mieux ce type de mouvement, c'est le livre des Actes des Apôtres : rebondissements, va-et-vient, chutes, rattrapages.

2. Actes 11.19-30 : le récit d'une église en mutation

  • On se situe dans une période où tout bouge dans l'église primitive. Juste avant, Pierre a fait un déplacement inédit : il est entré chez un non-Juif, Corneille, et l'a baptisé. Une première. À la fin du chapitre 11, on trouve le récit de la naissance d'une nouvelle église locale (la première en dehors de la Judée et de la Samarie), à Antioche, qui est alors la troisième ville de l'Empire romain.
  • Luc raconte probablement une dizaine d'années entre le premier et le dernier verset (de la persécution après Étienne à la famine sous l'empereur Claude). C'est un récit panoramique de la progression globale de l'Évangile à cette époque.
  • Regarde seulement les verbes : les déplacements sont partout. Géographiques (Phénicie, Chypre, Antioche, Tarse, Jérusalem), culturels (des Juifs vers les non-Juifs), spirituels (des cœurs qui se tournent vers le Seigneur). Ça bouge de tous les côtés.
  • Dans cette croissance de l'église d'Antioche, on peut distinguer quatre phases : la naissance de la communauté, le développement soutenu par Barnabas, l'affermissement consolidé par Saul, et la multiplication marquée par le don envoyé à Jérusalem.

3. Phase 1 : La naissance : quand la persécution devient un tremplin

  • L'église d'Antioche ne démarre pas dans le confort. Après le martyre d'Étienne, les disciples sont persécutés et doivent fuir. Et paradoxalement, la répression provoque l'expansion. À cause de la persécution, ils se dispersent dans l'empire ; à cause de leur dispersion, l'Évangile se répand.
  • Les difficultés et les épreuves ne sont pas nécessairement une impasse à l'expansion du royaume de Dieu. Elles peuvent devenir un tremplin, une opportunité pour aller au-delà de notre zone de confort.
  • À Antioche, certains disciples décident de parler du Christ aussi à des personnes d'origine grecque. Le pas franchi individuellement par Pierre avec Corneille est ici reproduit collectivement. Comment des réfugiés ont-ils osé parler du Christ à des gens si différents d'eux ? Parce qu'ils étaient tellement convaincus de l'universalité de la bonne nouvelle de Jésus-Christ qu'ils ont choisi de ne pas garder Jésus pour eux.
  • Et toi ? Est-ce que tu ne gardes pas parfois un peu Jésus dans une boîte ? Par peur d'être moqué, par peur d'être bousculé, par peur de paraître ridicule ? Ou en te disant que ta foi n'a pas forcément d'intérêt pour l'autre ? Petit à petit, on peut finir par enfermer Jésus au lieu de le partager. Lors d'un pastoral national de l'union d'églises, une phrase est sortie : Ouvrez les portes et laissez Jésus sortir. Les disciples d'Antioche ont fait ce choix.
  • Conséquence : « la main du Seigneur était avec eux ». Ce n'est pas par la puissance des disciples que les cœurs ont été transformés, mais par la puissance de Dieu. Quand tu partages Jésus, ce n'est pas ton honneur qui est en jeu, c'est celui de Dieu. C'est lui qui touche les cœurs, qui transforme les vies, qui ajoute des membres à son corps.
  • Ainsi est née la première église internationale. Un choc des cultures, des classes, des langues. Et Luc ne nomme même pas les fondateurs. Ça te dit quelque chose : tu n'as pas besoin d'être un Pierre ou un Paul, un grand nom, pour participer au développement du royaume de Dieu sur terre. Nous pouvons tous être témoins, même dans la faiblesse, même dans l'épreuve, même sans avoir de grand nom.

4. Phase 2 : Le développement : Barnabas voit, se réjouit et encourage

  • La nouvelle de ce qui se passe à Antioche remonte aux oreilles de l'église de Jérusalem. Une solidarité se met en place entre les communautés de croyants : on communique les nouvelles, on envoie des ministres, on recommande, on encourage.
  • Barnabas est mandaté pour aller voir. Il arrive, il voit et il se réjouit. Il confirme qu'il s'agit bien de la grâce de Dieu. Puis il reste pour les soutenir.
  • L'action de Barnabas est essentiellement pastorale : soutenir, encourager. Le texte justifie son action par ses qualités spirituelles : « c'était un homme de bien, plein d'Esprit saint et de foi ». S'il est capable de voir la grâce de Dieu, de s'en réjouir et d'encourager, c'est parce que lui-même est un homme de Dieu.
  • Barnabas encourage cette jeune église à rester attachée au Seigneur d'un cœur ferme. Est-ce que rester attaché au Seigneur avec un cœur ferme, ce serait s'arrêter d'être en mouvement ? Bien au contraire : rester attaché au Seigneur d'un cœur ferme, c'est continuer de marcher avec lui. Jésus ne s'arrête jamais d'être en mouvement. Si tu restes attaché fermement à lui, tu bougeras forcément. La fidélité à Jésus ne conduit pas à l'immobilisme, mais au mouvement et à la croissance.
  • Résultat : « une foule assez nombreuse s'attacha au Seigneur ». Luc met en valeur la croissance numérique de cette église.

5. Phase 3 : L'affermissement : Barnabas va chercher Saul

  • Barnabas choisit de ne pas rester seul. Il se rend à Tarse pour chercher Saul (qui sera plus tard appelé Paul), dont il avait probablement entendu parler. Il reconnaît que Saul a un ministère, et il est assez humble pour reconnaître qu'il n'est pas bon pour lui de rester seul dans l'accompagnement de la croissance de cette église.
  • Pendant toute une année, Barnabas et Saul participent aux réunions de l'église et enseignent beaucoup de personnes. Si la parole avait été annoncée puis encouragée, elle est maintenant enseignée. Comme un bébé qui doit passer du lait à la nourriture ferme, cette église est formée à devenir mature.
  • Rappel pour nous : si nous voulons rester en mouvement, nous devons nous attacher au Seigneur et à sa parole, la connaître, l'étudier, la chérir, la faire nôtre. Que l'Esprit du Seigneur nous façonne de l'intérieur vers l'extérieur, pour que notre action lui rende gloire et soit conforme à sa volonté.
  • L'église d'Antioche grandit en nombre et en maturité spirituelle, au point de devenir visible dans la ville. On leur donne alors un nom pour les identifier : les chrétiens. Ce terme est peu utilisé dans le Nouveau Testament. À l'intérieur, les croyants s'appelaient plutôt « croyants », « disciples », « frères et sœurs ». Le mot « chrétien » vient de l'extérieur : cette foule parlait tellement du Christ que les gens ont fini par les appeler « ceux du Christ », comme on appelait « hérodiens » les partisans d'Hérode. Peut-être avec une pointe de moquerie, mais quel beau surnom.
  • Question de Mélanie : si l'on retirait le mot « chrétien » du dictionnaire, est-ce que ton entourage devinerait que tu suis le Christ, au point d'inventer un mot pour te définir ?

6. Phase 4 : La multiplication : le don envoyé à Jérusalem

  • Des prophètes descendent de Jérusalem à Antioche. L'un d'eux, du nom d'Agabus, se lève et annonce par l'Esprit qu'il y aura une grande famine sur toute la terre. Elle arrivera effectivement sous l'empereur Claude.
  • L'église d'Antioche prend au sérieux cette prophétie. Son ouverture et son discernement spirituel lui permettent de développer un esprit de solidarité concret : chaque membre enverra quelque chose pour les frères et sœurs de Judée, chacun selon ses ressources personnelles. La solidarité est exprimée par tous, et en même temps par chacun.
  • Et la boucle est bouclée : l'église naissante qui avait reçu de Jérusalem le soutien de Barnabas envoie à son tour de l'aide financière par les mains de Barnabas et de Saul. Cet acte généreux est un signe que l'église est saine et missionnaire.
  • La suite le confirmera. Au début du chapitre 13, dans un temps de prière et de jeûne, la communauté recevra la conviction de mettre à part Paul et Barnabas pour la mission. Voilà une communauté en mouvement : une église qui implante d'autres églises, des disciples qui font d'autres disciples, un mouvement qui se multiplie.

7. Une église en mouvement : un organisme vivant, pas une organisation figée

  • Ce récit montre que l'église n'est pas une organisation figée, mais un organisme vivant. Nous sommes appelés à bouger, à grandir, à nous laisser transformer et même à nous laisser déranger.
  • L'église d'Antioche est composée de gens ordinaires, probablement de réfugiés, des sans-nom, et pourtant Dieu a déployé sa puissance à travers elle.
  • As-tu conscience de ce que Dieu peut faire à travers une vie offerte, à travers une communauté disponible, à travers une église en mouvement ? As-tu conscience de ce que Dieu peut faire à travers toi ? As-tu conscience que ce que tu as à partager vaut bien plus que l'or et l'argent, qu'en Jésus tu possèdes ce que Dieu a de plus précieux à donner à ce monde ?
  • Quelle que soit ta saison de vie, quelle que soit la réalité collective de ton église, Dieu est en mouvement. Il t'appelle à rester attaché à lui, attaché à sa parole. Il t'appelle à lui faire confiance. Il t'appelle à bouger avec lui.

Points à retenir

  • Dieu est en mouvement, et son peuple est appelé à l'être aussi. Chercher à tout prix le statique, c'est risquer un immobilisme qui n'est pas de la fidélité mais de la peur.
  • La persécution des premiers disciples n'a pas arrêté l'Évangile : elle l'a diffusé. Les difficultés peuvent devenir un tremplin quand des croyants ordinaires choisissent de ne pas garder Jésus pour eux.
  • Ce n'est pas ta puissance qui convainc les cœurs, c'est celle de Dieu. Ton honneur n'est pas en jeu quand tu témoignes, c'est l'honneur de Dieu, et il touche les cœurs lui-même.
  • Rester attaché au Seigneur d'un cœur ferme, ce n'est pas s'arrêter, c'est continuer de marcher avec lui. La fidélité à Jésus conduit au mouvement, pas à l'immobilisme.
  • Une église saine se laisse structurer par l'enseignement (Saul), se laisse encourager par des hommes de Dieu (Barnabas), et devient à son tour missionnaire et généreuse (le don à Jérusalem). Elle est un organisme vivant, pas une organisation figée.

Application personnelle

  1. Où est-ce que tu cherches surtout à préserver un équilibre au lieu de te laisser mettre en mouvement par Dieu ? Qu'est-ce qui, concrètement, t'appellerait à bouger cette semaine ?
  2. Est-ce qu'il y a un « Antioche » dans ta vie (un lieu, une personne, un milieu), où tu as la possibilité de parler du Christ à quelqu'un qui te semble très différent de toi ? Qu'est-ce qui te retient : la peur du ridicule, la peur d'être bousculé, l'idée que ta foi n'a « pas d'intérêt » pour l'autre ?
  3. Est-ce qu'il y a un Barnabas dans ta vie que tu pourrais remercier ou imiter, quelqu'un qui a vu la grâce de Dieu en toi, s'en est réjoui et t'a encouragé à rester attaché au Seigneur ?
  4. Si le mot « chrétien » disparaissait du dictionnaire, quels mots ton entourage utiliserait-il pour te décrire ? Qu'est-ce que cela te dit de ton attachement visible à Christ ?
  5. Où en es-tu de ta générosité concrète pour l'église et pour ceux qui sont dans le besoin ? Comme les disciples d'Antioche, chacun peut donner selon ses ressources, quelle serait ta part cette saison ?

Versets cités

  • Actes 11.19-30 · « Les disciples qui avaient été dispersés lors de la persécution survenue après la mort d'Étienne allèrent jusqu'en Phénicie, dans l'île de Chypre et à Antioche… »
  • Actes 10 · Pierre chez le centurion romain Corneille : le premier baptême d'un non-Juif.
  • Actes 7.54–8.3 · Le martyre d'Étienne et la persécution qui disperse les disciples.
  • Actes 13.1-3 · L'église d'Antioche met à part Paul et Barnabas pour la mission.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce que ce sermon veut dire par « une église en mouvement » ?

Mélanie Ehrismann n'oppose pas mouvement et stabilité, elle oppose mouvement et immobilisme figé. Une église en mouvement, c'est une communauté qui reste attachée fermement au Seigneur (donc à sa Parole, à l'enseignement, à la vie fraternelle), et qui accepte, à cause de cet attachement même, d'être déplacée : géographiquement, culturellement, spirituellement. C'est l'inverse d'une église-forteresse qui garderait Jésus « dans une boîte ».

Pourquoi la persécution a-t-elle fait grandir l'Évangile au lieu de l'écraser ?

Le récit d'Actes 11.19 montre que la dispersion des disciples après le martyre d'Étienne a mené l'Évangile de Jérusalem jusqu'en Phénicie, à Chypre et à Antioche. Ce que les persécuteurs voulaient étouffer est devenu un moyen de diffusion. Cela ne rend pas la souffrance bonne en soi, mais cela montre que Dieu peut retourner les épreuves en tremplins missionnaires, pour l'église comme pour toi.

Pourquoi les disciples ont-ils été appelés « chrétiens » d'abord à Antioche ?

Le mot vient probablement de l'extérieur : la communauté parlait tellement du Christ que les gens d'Antioche ont fini par les nommer « ceux du Christ », comme on appelait « hérodiens » les partisans d'Hérode. C'est un surnom donné par des non-croyants, peut-être avec une pointe de moquerie, mais qui dit quelque chose de fort : ces disciples étaient visiblement, publiquement, identifiés à Jésus.

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