Et si le fils prodigue, c'était toi, le grand frère ?

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Et si le fils prodigue, c'était toi le grand frère ? | Église du Tabernacle - Paris 18 | Efficient Church

Introduction

Quand tu entends « la parabole du fils prodigue », ton regard part immédiatement vers le jeune frère : le fils qui claque l'héritage, qui finit dans une porcherie, et que le père embrasse en pleurant. C'est spectaculaire, rassurant, et vrai. Mais ce n'est pas le but principal de Jésus dans Luc 15. Il raconte cette histoire aux pharisiens, pas aux collecteurs d'impôts. Et son message, si tu le laisses te toucher au bon endroit, c'est ceci : dans cette parabole, il n'y a pas un fils perdu, il y en a deux. Et le plus perdu des deux, c'est peut-être celui qui n'est jamais parti. Ce message, préché à l'Église du Tabernacle dans la série « Les paraboles de Jésus, vivre le royaume », te pousse à te regarder dans le miroir avant de te réjouir de l'accueil du Père.

Plan du message

1. Et si ce n'était pas que lui ? (Luc 15.1-2, 11-32)

  • Le titre « fils prodigue » n'est pas dans la Bible. Jésus n'a donné aucun titre à ses paraboles. « Prodigue » veut dire « qui gaspille sans compter », et le titre est apparu tôt dans la tradition chrétienne, popularisé à partir du 12e siècle. Résultat : quand tu ouvres le texte, ton regard est déjà orienté vers le jeune frère.
  • Le contexte du chapitre 15 change tout. Luc précise (v. 1-2) que les collecteurs d'impôts et les pécheurs notoires (prostituées, ivrognes, personnes méprisées), se pressaient autour de Jésus, et que les pharisiens s'indignaient qu'il mange à leur table. Au Proche-Orient ancien, manger avec quelqu'un, c'est un signe d'acceptation. Jésus répond à cette indignation par trois paraboles : la brebis perdue, la pièce perdue, et enfin celle des deux fils.
  • Cette parabole n'est donc pas d'abord destinée au pécheur rebelle qui doute de l'amour de Dieu, même si oui, elle le dit aussi : « il n'y a jamais quelque chose que tu as fait qui ne pourra pas être pardonné ». Elle est d'abord destinée aux pharisiens, à ceux qui obéissent, qui connaissent la loi, et qui jugent Jésus.
  • C'est pourquoi beaucoup de commentateurs, à la suite de Tim Keller (Le Dieu prodigue, un livre de 120 pages qui vaut le détour), préfèrent l'appeler la parabole des deux fils. Parce que dans cette histoire, les deux sont perdus. Chacun à sa manière.
  • Le cadet est perdu de façon flagrante : dans une société patriarcale du 1er siècle, réclamer sa part d'héritage revient à dire à son père « il vaut mieux que tu meures ». Il vend tout, part, dilapite dans les prostituées (on ne l'apprend qu'à la fin, dans la bouche de l'aîné), met la honte sur la famille. Et pourtant : le père court à sa rencontre, le prend dans ses bras, coupe court à son discours préparé, et fait la fête.
  • L'aîné, lui, est perdu de façon plus subtile. Il ne franchit même pas le seuil de la maison quand son frère revient. Il s'emporte : « Voilà tant d'années que je te sers, jamais je n'ai désobéi à tes ordres, et jamais tu ne m'as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. » Il obéit (pour être payé. Il sert), pour recevoir. Il n'aime pas son père, il l'utilise. Et l'histoire s'arrête là, volontairement ouverte : est-ce qu'il va entrer dans la fête, ou rester dehors ? Jésus laisse la question suspendue devant les pharisiens.
  • Comme le film Le cercle des poètes disparus le montre à sa manière : deux personnages prennent des chemins opposés (l'un s'émancipe de la culture rigide, l'autre rentre dans le moule), et pourtant ils cherchent la même chose, leur satisfaction personnelle. Les deux fils de Luc 15 font pareil. Le cadet part chercher son bonheur au loin ; l'aîné pense l'obtenir en respectant les règles. Aucun des deux ne se soumet à son père pour l'aimer. Les deux s'en servent.

2. Les trois signes du cœur de grand frère

  • Ton regard sur les autres. Les pharisiens sont indignés que Jésus mange avec des gens de mauvaise vie. Question à te poser honnêtement : si aujourd'hui des personnes addictes, des repris de justice, des prostituées franchissaient les portes de ton église, quel serait ton premier réflexe ? Le prédicateur raconte : cet été, dans une autre église, quelqu'un de « très différent » s'est assis devant lui pendant la louange. Son premier mouvement intérieur a été « oh non, je suis mal à l'aise », au lieu de se réjouir qu'une personne comme ça puisse entendre la parole de Dieu. C'est ça, un cœur de grand frère : se méfier ou critiquer quelqu'un simplement parce qu'il vit sa foi différemment ou parce qu'il a un passé difficile.
  • Ta manière d'obéir. Tu peux participer aux activités de l'église, donner ton temps, être irréprochable, et pourtant avoir le cœur loin de Dieu. La question, ce n'est pas ce que tu fais, c'est pourquoi tu le fais. Si tu obéis pour être respecté, pour avoir la faveur de Dieu, pour te sentir supérieur, ou parce qu'il te « doit » quelque chose en retour, l'extérieur peut être parfait, l'intérieur est celui du grand frère. Attention aux enseignements qui promettent « viens à Jésus, tu auras l'argent, la guérison, l'époux », parce qu'alors tu ne viens pas à Jésus, tu viens à toi-même en te servant de lui. Quand le panier passe et que tu donnes en « déclarant au nom de Jésus » que tu recevras au centuple, c'est un cœur de grand frère.
  • Ta joie envers les autres. L'aîné ne se réjouit pas du retour du cadet. Pourquoi ? Jalousie, amertume, ressentiment. « J'ai tellement prié, j'ai tellement jeûné, j'ai tellement obéi, et c'est mon collègue qui ne croit même pas en toi qui a la promotion. » « J'ai tellement bien servi à l'église, et c'est à quelqu'un d'autre que le responsable a donné l'encouragement. » Ça bouillonne à l'intérieur. Si tu n'arrives pas à te réjouir qu'une personne loin de Dieu vienne à lui, ou si tu te réjouis davantage qu'elle « respecte la bonne doctrine » que qu'elle soit sauvée, pose-toi la question : qu'est-ce que ça dit de mon cœur ?
  • Le fruit collatéral. Les collecteurs d'impôts et les pécheurs notoires ne s'approchaient pas des pharisiens. Ils s'approchaient de Jésus. Pourquoi ? Parce que l'attitude des pharisiens faisait barrière. Aujourd'hui, beaucoup de personnes abandonnent la foi non parce qu'elles rejettent le Père, mais parce qu'elles ont vu que la religion est souvent remplie de grands frères, des gens qui critiquent, qui jugent, qui imposent leurs règles, sans amour ni joie dans la maison. Un enfant qui grandit dans un environnement où on lui dit « faut pas t'habiller comme ça, faut pas te coiffer comme ça » sans jamais voir de passion pour Jésus-Christ va tôt ou tard aller chercher son bonheur ailleurs. Ça arrive dans toutes les églises.

3. Entends l'invitation du Père

  • Ce qui est le plus incroyable dans cette parabole, ce n'est pas la faute des fils. C'est la réaction du Père. Envers le cadet : il court, il embrasse longuement, il coupe le discours préparé, il remet la bague, il fait la fête. Au 1er siècle, un père digne ne court pas, il soulève sa longue tunique pour se précipiter, et c'est profondément humiliant.
  • Mais envers l'aîné aussi, le Père fait un geste inouï. Il sort de la maison pour venir le supplier d'entrer. C'est tout aussi humiliant que courir. Un père qui sort pendant la fête pour prier son fils de rentrer, ça ne se fait pas à l'époque. Et pourtant, il le fait. Le Père s'abaisse deux fois, une fois pour chaque fils.
  • Est-ce que c'est comme ça que tu imagines Dieu ? Ou est-ce que tu l'imagines avec un martinet sur son trône, comme un tyran qui impose ? Jean 1 le dit : « Personne n'a jamais vu Dieu ; Dieu le Fils, qui est dans le sein du Père, est celui qui l'a fait connaître. » Jésus nous révèle le cœur du Père : un Dieu qui te regarde avec assez d'amour pour s'humilier pour toi.
  • Cette parabole prépare la croix. Ce qui empêchait le retour à la maison, c'était nos fautes, la barrière du péché. Jésus s'est humilié, il a porté nos péchés sur lui, il a cassé la barrière pour que tu puisses rentrer chez toi. Pour tous ceux qui ont vécu à l'étranger, tu connais ce sentiment : « je vais rentrer chez moi ». C'est exactement ça, nous allons rentrer chez celui qui nous a créés.
  • Deux mots pour finir. Aux frères aînés : ne laissez pas votre rigidité, votre obéissance sans joie et vos frustrations blesser ceux que Dieu aime. Il ne suffit pas de respecter les règles ou de croire aux bonnes choses. Il faut retrouver la joie dans la présence du Père et refléter l'amour et la grâce qu'il nous fait. Aux frères cadets, et ça peut être des sœurs, à tout âge : ne laissez pas un mauvais témoignage humain vous faire quitter la maison du Père. Ce n'est pas le Père qui est en faute. Ne vous privez pas des bontés de Dieu à cause de frères qui ont mal réagi. Dieu reste fidèle. Dieu reste plein d'amour. Regardez au Père, pas à ses enfants imparfaits.
  • Un professeur de théologie disait : « La barrière entre les pharisiens et Dieu, ce n'était pas leurs péchés, c'était leurs fichues bonnes œuvres. » Ne laisse pas tes fichues bonnes œuvres t'éloigner de Dieu. Apprends à prendre plaisir en ton Père qui t'aime. Le jeune frère a accepté l'invitation. Le grand frère, lui, doit encore se décider.

Points à retenir

  • Dans Luc 15.11-32, il n'y a pas un fils perdu, il y en a deux. Le titre « fils prodigue » vient de la tradition, pas du texte, il concentre ton regard sur le seul cadet et te fait passer à côté de la moitié du message.
  • Jésus raconte cette parabole aux pharisiens, pas aux collecteurs d'impôts. C'est d'abord un miroir tendu à ceux qui obéissent et qui jugent, pas seulement un baume pour ceux qui reviennent de loin.
  • On peut s'éloigner de Dieu en désobéissant, mais aussi en respectant ses lois, quand l'obéissance sert à manipuler Dieu ou à se sentir supérieur.
  • Trois signes d'un cœur de grand frère : le regard sur les autres, la motivation de l'obéissance, la joie (ou son absence) quand quelqu'un d'autre est béni.
  • Le Père court vers le cadet et sort vers l'aîné. Les deux gestes sont humiliants dans la culture du 1er siècle. Dieu s'abaisse deux fois, une fois pour chaque type de fils perdu.
  • Beaucoup abandonnent la foi non parce que Dieu les a déçus, mais parce que des grands frères leur ont fait croire que la maison du Père était triste. Un aîné sans joie décourage un cadet en devenir.
  • La croix de Jésus est ce qui casse la barrière, pour le cadet et pour l'aîné. Ta bonne œuvre ne te sauve pas plus que ton péché ne te condamne définitivement.

Application personnelle

  1. En lisant cette parabole, dans quel fils te reconnais-tu le plus spontanément, le cadet ou l'aîné ? Et si tu es honnête, dans lequel es-tu le plus à risque de te reconnaître sans le voir ?
  2. Regarde ton regard sur les autres cette semaine : y a-t-il une personne (dans ton église, ton travail, ta famille) que tu juges parce qu'elle vit sa foi différemment ou parce qu'elle a un passé difficile ?
  3. Pourquoi obéis-tu à Dieu ? Est-ce que c'est pour être respecté, pour te sentir en règle, pour qu'il te doive quelque chose ? Ou est-ce que tu prends vraiment plaisir en lui ?
  4. Quand est-ce que tu as vraiment eu de la joie récemment parce qu'une personne loin de Dieu a fait un pas vers lui ? Ou est-ce que tu ressens plutôt du ressentiment quand d'autres reçoivent ce que tu voulais ?
  5. Si tu es un « frère cadet » blessé par des chrétiens de type « grand frère », est-ce que tu es en train de laisser leur mauvais témoignage t'éloigner du Père, alors que le Père, lui, court toujours vers toi ?

Versets cités

Questions fréquentes

Pourquoi appeler cette parabole « la parabole des deux fils » plutôt que « le fils prodigue » ?

Parce que le titre « fils prodigue » n'apparaît nulle part dans le texte biblique, il vient de la tradition chrétienne, popularisée à partir du 12e siècle au Moyen-Âge. Il concentre notre regard sur le seul jeune frère, alors que Jésus raconte l'histoire de deux fils perdus, chacun à sa manière. Le cadet est perdu par sa rébellion visible, l'aîné par une obéissance froide qui se sert du Père pour obtenir ce qu'il veut. Beaucoup de commentateurs, à la suite de Tim Keller (Le Dieu prodigue), préfèrent le titre « parabole des deux fils » pour ne pas passer à côté de la moitié du message.

Quels sont les trois signes qui montrent qu'on a un cœur de grand frère ?

Un : notre manière de regarder les autres, se méfier ou mépriser ceux qui vivent leur foi autrement, ou qui ont un passé difficile. Deux : notre manière d'obéir, faire tout bien pour être respecté ou pour que Dieu nous doive quelque chose en retour, plutôt que par amour pour lui. Trois : notre joie envers les autres, la jalousie, l'amertume, le ressentiment quand quelqu'un reçoit ce qu'on voulait, ou l'incapacité de se réjouir qu'une personne loin de Dieu vienne à lui.

Le père court vers le cadet, mais qu'est-ce qu'il fait pour l'aîné ?

Ce qui saute aux yeux, c'est le père qui court, embrasse et couvre de cadeaux le fils qui revient. Mais l'amour envers l'aîné est tout aussi grand, seulement plus discret : au 1er siècle, un père qui sort de sa maison pour supplier son fils de rentrer dans la fête, c'est aussi humiliant que de soulever sa longue tunique pour courir vers l'autre. Le père fait deux fois la même chose : il s'abaisse pour ses deux fils. Et c'est exactement ce que Dieu a fait en Jésus-Christ, il s'est humilié pour que tous puissent rentrer à la maison.

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