La Bible — Louis Segond 1910

Psaume 137

En bref

Le Psaume 137 est le chant des exilés de Juda à Babylone. Assis au bord des fleuves, ils pleurent en se souvenant de Sion et refusent de chanter pour leurs vainqueurs. Le poème proclame la fidélité à Jérusalem, puis se termine par une imprécation contre Édom et Babylone, d'une violence choquante. Ce psaume laisse parler la douleur de l'exil sans la masquer, et invite à la confier à Dieu plutôt qu'à la venger.

Le Psaume 137 ne porte pas de titre : son auteur est inconnu. C'est une lamentation collective, qui s'achève par une imprécation, c'est-à-dire une prière qui appelle le jugement de Dieu. Le texte donne lui-même la circonstance : l'exil à Babylone, après la destruction de Jérusalem et de son temple par l'armée de Nabuchodonosor, vers 587 avant Jésus-Christ. Les verbes au passé laissent penser qu'il a été écrit pendant l'exil ou peu après, par quelqu'un qui l'avait vécu. Ses premiers versets ont inspiré le chœur des esclaves du Nabucco de Verdi et la chanson Rivers of Babylon. Aujourd'hui, les croyants le prient dans le deuil, le déracinement, l'exil ou la persécution. Sa fin, d'une violence choquante, est lue de façons différentes selon les traditions chrétiennes, et certaines liturgies omettent ces derniers versets dans la prière publique.

Le chapitre en 3 parties

  1. v. 1-4Au bord des fleuves de Babylone : les harpes suspendues
  2. v. 5-6Si je t'oublie, Jérusalem : le serment de la mémoire
  3. v. 7-9Souviens-toi, Éternel : le cri de vengeance contre Édom et Babylone

1Sur les bords des fleuves de Babylone, Nous étions assis et nous pleurions, en nous souvenant de Sion.

2Aux saules de la contrée Nous avions suspendu nos harpes.

3Là, nos vainqueurs nous demandaient des chants, Et nos oppresseurs de la joie: Chantez-nous quelques-uns des cantiques de Sion!

4Comment chanterions-nous les cantiques de l'Eternel Sur une terre étrangère?

5Si je t'oublie, Jérusalem, Que ma droite m'oublie!

6Que ma langue s'attache à mon palais, Si je ne me souviens de toi, Si je ne fais de Jérusalem Le principal sujet de ma joie!

7Eternel, souviens-toi des enfants d'Edom, Qui, dans la journée de Jérusalem, Disaient: Rasez, rasez Jusqu'à ses fondements!

8Fille de Babylone, la dévastée, Heureux qui te rend la pareille, Le mal que tu nous as fait!

9Heureux qui saisit tes enfants, Et les écrase sur le roc!

Comprendre Psaume 137 verset par verset

v. 1-2Au bord des fleuves de Babylone, les larmes de l'exil

Le psaume s'ouvre sur une scène inoubliable : « Sur les bords des fleuves de Babylone, Nous étions assis et nous pleurions, en nous souvenant de Sion. » Ces fleuves, ce sont l'Euphrate et les canaux qui irriguaient la plaine, comme le Kebar, près duquel le prophète Ézéchiel vivait parmi les déportés (Ézéchiel 1:1). Les exilés ont tout perdu : leur ville, leur temple, leur terre, souvent des proches. Ils sont assis, dans l'attitude du deuil. Ils pleurent parce qu'ils se souviennent de Sion, la colline de Jérusalem où se dressait le temple, signe de la présence de Dieu au milieu de son peuple. Puis ils suspendent leurs harpes aux saules. L'instrument de la fête et du culte ne sert plus : la louange s'est tue. La Bible ne demande pas de cacher ses larmes, elle commence par les nommer. Si tu traverses un deuil ou un déracinement qui t'a laissé sans voix, ce psaume te donne la permission de pleurer devant Dieu.

v. 3-4Comment chanter les cantiques de l'Éternel sur une terre étrangère ?

Les vainqueurs ajoutent l'humiliation à la défaite. Ils réclament de la joie : « Chantez-nous quelques-uns des cantiques de Sion! » Ces chants célébraient Jérusalem comme la ville que Dieu protège. Les chanter pour distraire ceux qui l'avaient détruite, c'était tourner la foi en dérision. Les exilés répondent par une question : « Comment chanterions-nous les cantiques de l'Eternel Sur une terre étrangère? » Elle dit à la fois une douleur et un refus. La douleur : un cœur brisé ne peut pas chanter sur commande. Le refus : les chants de l'Éternel ne sont pas un spectacle à offrir à ceux qui s'en moquent. Derrière se cache un doute plus profond : peut-on encore louer Dieu loin du temple, dans un pays qui adore d'autres dieux ? L'exil apportera une réponse. Jérémie écrit aux déportés de prier pour la ville où ils habitent (Jérémie 29:7), et Daniel, en exil, continue de prier son Dieu trois fois par jour (Daniel 6:10). Dieu n'est pas resté enfermé à Jérusalem : il accompagne son peuple jusqu'à Babylone.

v. 5-6Si je t'oublie, Jérusalem : le serment de rester fidèle

Un exilé prend la parole seul et prête serment : « Si je t'oublie, Jérusalem, Que ma droite m'oublie! » La main droite est celle qui joue de la harpe, la langue celle qui chante. Le musicien accepte de perdre son art s'il oublie la ville de Dieu. Oublier Jérusalem, ce serait oublier les promesses de Dieu, s'installer pour de bon à Babylone et adopter ses dieux. Se souvenir, c'est garder l'espérance du retour. Le psalmiste veut faire de Jérusalem « Le principal sujet de ma joie », en hébreu : ce qui passe au-dessus de toutes ses joies. Ce n'est pas de la simple nostalgie, c'est la décision de ne pas laisser la douleur effacer les promesses. Pour le chrétien, ce serment prend un sens nouveau. Le Nouveau Testament dit que notre cité est dans les cieux (Philippiens 3:20) et annonce une Jérusalem nouvelle où Dieu essuiera toute larme (Apocalypse 21:2-4). Dans tes propres exils, souviens-toi de ce que Dieu a promis.

v. 7Souviens-toi, Éternel : la trahison d'Édom confiée à Dieu

Le dernier mouvement du psaume est une prière de jugement, et il faut la lire telle qu'elle est. Elle commence ainsi : « Eternel, souviens-toi des enfants d'Edom ». Édom descendait d'Ésaü, le frère de Jacob : c'était un peuple voisin, presque un frère pour Israël. Pourtant, le jour de la chute de Jérusalem, les Édomites encourageaient les destructeurs en criant de raser la ville jusqu'à ses fondements. Le prophète Abdias leur reproche de s'être réjouis du malheur de leur frère, d'avoir pillé ses biens et livré ses fuyards (Abdias 10-14). La trahison d'un proche blesse souvent plus que la violence d'un ennemi. Remarque pourtant à qui parle le psalmiste : il ne prépare pas sa vengeance, il demande à Dieu de se souvenir. Le souvenir traverse tout le psaume : les exilés se souviennent de Sion, ils jurent de ne pas oublier Jérusalem, et maintenant ils demandent à Dieu de ne pas oublier le mal subi. Confier une injustice à Dieu, c'est reconnaître qu'il est le juge.

v. 8Fille de Babylone : le cri pour que justice soit rendue

Le psalmiste s'adresse maintenant à Babylone elle-même, qu'il appelle « Fille de Babylone, la dévastée ». Soit il écrit après sa chute, soit il la voit déjà tombée, comme les prophètes l'avaient annoncé (Jérémie 51). Babylone est effectivement tombée en 539 avant Jésus-Christ, prise par Cyrus, roi des Perses. Le psalmiste déclare heureux celui qui lui rendra le mal qu'elle a fait. C'est la logique de la loi du talion, œil pour œil, qui servait dans la Bible à limiter la vengeance en exigeant une peine à la mesure de la faute. Les exilés réclament la justice, pas un oubli qui ferait comme si rien ne s'était passé. Le Nouveau Testament ne méprise pas cette soif de justice. Dans l'Apocalypse, Babylone devient le symbole de toute puissance qui écrase les peuples. Une voix venue du ciel demande de lui rendre selon ses œuvres, et les croyants se réjouissent parce que Dieu a fait justice (Apocalypse 18:6, 20). Ton désir de justice n'est pas mauvais : Dieu le prend au sérieux. Toute la question est de savoir qui l'exercera.

v. 9Le cri le plus dur, à la lumière de Jésus-Christ

Le dernier verset choque, et il ne faut pas l'adoucir : « Heureux qui saisit tes enfants, Et les écrase sur le roc! » Ces mots naissent d'un traumatisme. Pendant le siège de Jérusalem, des enfants étaient morts de faim dans les bras de leurs mères (Lamentations 2:11-12), et les guerres de l'époque n'épargnaient pas les plus petits. Le psalmiste crie à Dieu ce qu'il a vu. Les chrétiens lisent ce verset de plusieurs façons : une douleur brute que la Bible ne censure pas, l'écho du jugement annoncé par les prophètes contre Babylone (Ésaïe 13:16), ou, chez des Pères de l'Église comme Augustin, l'image du mal à briser dès sa naissance contre le rocher qu'est Christ. Aucune de ces lectures n'en fait un modèle à suivre. Jésus demande d'aimer ses ennemis et de prier pour ceux qui nous persécutent (Matthieu 5:44). Paul invite à ne pas se venger, mais à laisser agir la colère de Dieu (Romains 12:19). Sur la croix, Jésus prie pour ceux qui le crucifient (Luc 23:34). Dis ta colère à Dieu : lui seul peut t'apprendre le chemin du pardon.

Comment prier Psaume 137

Quand prier ce psaume

  • Quand tu vis loin de ton pays ou des tiens et que le mal du pays te serre le cœur.
  • Quand la tristesse est si lourde que tu n'arrives plus à chanter ni à louer Dieu.
  • Quand tu as perdu ta maison, ton église ou un lieu qui comptait beaucoup pour toi.
  • Quand on se moque de ta foi ou qu'on attend de toi une joie de façade.
  • Quand tu as subi une injustice grave et que la colère, voire l'envie de vengeance, te submerge.
  • Quand tu pries pour des réfugiés, des déplacés ou des chrétiens persécutés.

Une prière inspirée de Psaume 137

Seigneur, je suis assis au bord de mes propres fleuves de Babylone, et je pleure. Tu connais ce que j'ai perdu, ce lieu, ces personnes, cette vie que je croyais solide. Certains jours, j'ai suspendu ma harpe : je n'arrive plus à chanter, et je ne veux pas faire semblant devant toi. Pourtant, je ne veux pas t'oublier. Que ma langue s'attache à mon palais si je cesse de me souvenir de tes promesses. Je te dis aussi ma colère. Tu sais ce qu'on m'a fait, et ce que d'autres subissent en ce moment même : des peuples écrasés, des familles déchirées, des enfants victimes de la guerre. Souviens-toi, Seigneur. Fais justice, toi, le juge juste. Je ne veux pas me venger moi-même ni souhaiter le malheur à qui que ce soit. Je te remets ma cause, comme Jésus qui, sur la croix, a prié pour ceux qui le crucifiaient. Apprends-moi à aimer mes ennemis, même quand cela me semble impossible. Garde les enfants de tous les peuples. Et tourne mon cœur vers la Jérusalem nouvelle, où tu essuieras toute larme de nos yeux. Amen.

Versets clés

Verset 1
Sur les bords des fleuves de Babylone, Nous étions assis et nous pleurions, en nous souvenant de Sion.

Le psaume s'ouvre sur les larmes de l'exil. Le peuple se souvient de Sion, son lieu de culte, et nomme sa peine sans la cacher.

Verset 4
Comment chanterions-nous les cantiques de l'Eternel Sur une terre étrangère?

La question dit la difficulté de louer Dieu en terre étrangère, quand le cœur est brisé. Elle montre que la louange vraie ne se fabrique pas.

Verset 5-6
Si je t'oublie, Jérusalem, Que ma droite m'oublie! Que ma langue s'attache à mon palais, Si je ne me souviens de toi, Si je ne fais de Jérusalem Le principal sujet de ma joie!

Les exilés jurent de ne pas oublier Jérusalem. La mémoire de Dieu et de son peuple est un acte de fidélité dans l'épreuve.

Verset 9
Heureux qui saisit tes enfants, Et les écrase sur le roc!

Le dernier verset est l'un des plus durs de la Bible. Il exprime une colère humaine devant l'injustice, sans donner de consigne à imiter. Les traditions chrétiennes le lisent avec prudence et le replacent à la lumière de l'appel de Jésus à aimer ses ennemis.

Questions fréquentes sur Psaume 137

Que signifie le Psaume 137 ?

Le Psaume 137 est un chant de douleur écrit pendant ou juste après l'exil à Babylone. Les Judéens y disent leur nostalgie de Jérusalem, leur refus de chanter pour leurs oppresseurs et leur serment de ne pas oublier leur ville. Il s'achève par un cri de vengeance. C'est un des rares psaumes où la colère n'est pas adoucie.

Pourquoi le Psaume 137 se termine-t-il par un verset aussi violent ?

Le verset 9 exprime la colère d'un peuple qui a vu ses enfants massacrés lors de la chute de Jérusalem. La Bible n'efface pas cette émotion, elle la remet à Dieu. Beaucoup de commentateurs y voient un cri de douleur, sans y trouver un modèle de conduite : Jésus demande d'aimer ses ennemis. Les traditions chrétiennes divergent sur la lecture à en faire.

Comment prier le Psaume 137 aujourd'hui ?

Ce psaume convient à celui qui traverse une épreuve, un exil, un deuil, ou qui se sent loin de chez lui. Lis les versets 1 à 4 en disant à Dieu ce qui te pèse, sans te forcer à chanter. Puis prie les versets 5 et 6 en demandant de ne pas oublier ce que Dieu a fait. Confie ensuite ta colère à Dieu, sans te venger toi-même.

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Traduction Louis Segond 1910 — domaine public.