La Bible — Louis Segond 1910
Psaume 35
En bref
Le Psaume 35 est une prière de David persécuté sans cause. Il demande à Dieu de le défendre, décrit les faux témoins et les pièges tendus, puis proclame sa confiance et sa promesse de louange. On le classe parmi les psaumes d'imprécation, qui appellent la justice de Dieu sur les adversaires. Ce langage dur est lu par les chrétiens comme un cri remis à Dieu plutôt qu'une vengeance personnelle. Le psaume offre un modèle pour porter l'injustice dans la prière.
Le titre attribue ce psaume à David, sans préciser la circonstance. Les commentateurs pensent souvent à la période où Saül le pourchassait sans raison, ou à la révolte d'Absalom, quand des proches l'ont trahi ; le texte ne le dit pas. C'est une lamentation individuelle : un innocent, accusé par de faux témoins et trahi par ceux qu'il avait aidés, demande à Dieu de le défendre. Le psaume avance en trois mouvements (v. 1-10, 11-18, 19-28) qui se terminent chacun par une promesse de louange. On le range parmi les psaumes d'imprécation, parce qu'il demande à Dieu de frapper les adversaires en termes durs. Aujourd'hui, il aide ceux qui subissent une accusation injuste, un harcèlement ou une trahison à porter leur colère devant Dieu au lieu de se venger. Les chrétiens le lisent aussi à la lumière de Jésus, haï sans cause.
Le chapitre en 4 parties
1De David. Eternel! défends-moi contre mes adversaires, Combats ceux qui me combattent!
2Saisis le petit et le grand bouclier, Et lève-toi pour me secourir!
3Brandis la lance et le javelot contre mes persécuteurs! Dis à mon âme: Je suis ton salut!
4Qu'ils soient honteux et confus, ceux qui en veulent à ma vie! Qu'ils reculent et rougissent, ceux qui méditent ma perte!
5Qu'ils soient comme la balle emportée par le vent, Et que l'ange de l'Eternel les chasse!
6Que leur route soit ténébreuse et glissante, Et que l'ange de l'Eternel les poursuive!
7Car sans cause ils m'ont tendu leur filet sur une fosse, Sans cause ils l'ont creusée pour m'ôter la vie.
8Que la ruine les atteigne à l'improviste, Qu'ils soient pris dans le filet qu'ils ont tendu, Qu'ils y tombent et périssent!
9Et mon âme aura de la joie en l'Eternel, De l'allégresse en son salut.
10Tous mes os diront: Eternel! qui peut, comme toi, Délivrer le malheureux d'un plus fort que lui, Le malheureux et le pauvre de celui qui le dépouille?
11De faux témoins se lèvent: Ils m'interrogent sur ce que j'ignore.
12Ils me rendent le mal pour le bien: Mon âme est dans l'abandon.
13Et moi, quand ils étaient malades, je revêtais un sac, J'humiliais mon âme par le jeûne, Je priais, la tête penchée sur mon sein.
14Comme pour un ami, pour un frère, je me traînais lentement; Comme pour le deuil d'une mère, je me courbais avec tristesse.
15Puis, quand je chancelle, ils se réjouissent et s'assemblent, Ils s'assemblent à mon insu pour m'outrager, Ils me déchirent sans relâche;
16Avec les impies, les parasites moqueurs, Ils grincent des dents contre moi.
17Seigneur! Jusques à quand le verras-tu? Protège mon âme contre leurs embûches, Ma vie contre les lionceaux!
18Je te louerai dans la grande assemblée, Je te célébrerai au milieu d'un peuple nombreux.
19Que ceux qui sont à tort mes ennemis ne se réjouissent pas à mon sujet, Que ceux qui me haïssent sans cause ne m'insultent pas du regard!
20Car ils tiennent un langage qui n'est point celui de la paix, Ils méditent la tromperie contre les gens tranquilles du pays.
21Ils ouvrent contre moi leur bouche, Ils disent: Ah! ah! nos yeux regardent! -
22Eternel, tu le vois! ne reste pas en silence! Seigneur, ne t'éloigne pas de moi!
23Réveille-toi, réveille-toi pour me faire justice! Mon Dieu et mon Seigneur, défends ma cause!
24Juge-moi selon ta justice, Eternel, mon Dieu! Et qu'ils ne se réjouissent pas à mon sujet!
25Qu'ils ne disent pas dans leur coeur: Ah! voilà ce que nous voulions! Qu'ils ne disent pas: Nous l'avons englouti!
26Que tous ensemble ils soient honteux et confus, Ceux qui se réjouissent de mon malheur! Qu'ils revêtent l'ignominie et l'opprobre, Ceux qui s'élèvent contre moi!
27Qu'ils aient de l'allégresse et de la joie, Ceux qui prennent plaisir à mon innocence, Et que sans cesse ils disent: Exalté soit l'Eternel, Qui veut la paix de son serviteur!
28Et ma langue célébrera ta justice, Elle dira tous les jours ta louange.
Comprendre Psaume 35 verset par verset
v. 1-3Dieu appelé à plaider et à combattre pour l'innocent
David ouvre son psaume par un double appel. Le verbe traduit par défendre appartient au vocabulaire du tribunal : il demande à Dieu de plaider sa cause contre ceux qui l'accusent. Puis il passe au champ de bataille : petit et grand bouclier, lance et javelot. Dieu est appelé à la fois comme avocat et comme guerrier. Remarque ce que David ne fait pas : il ne prend pas les armes lui-même, il les remet entre les mains de Dieu. Au milieu de ce vocabulaire militaire surgit une demande très intime : « Dis à mon âme: Je suis ton salut! » Avant même d'être délivré, David a besoin d'entendre Dieu lui parler au fond du cœur. Quand tu es attaqué, tu as besoin d'une défense, mais aussi d'une parole qui te rassure intérieurement.
v. 4-8Que le piège se retourne contre ceux qui l'ont tendu
Ici viennent les imprécations, ces demandes dures qui choquent souvent le lecteur : que les ennemis soient couverts de honte, dispersés comme la balle emportée par le vent, poursuivis par l'ange de l'Éternel, pris dans leur propre filet. Il ne faut pas adoucir ces mots, mais les comprendre. David ne prend pas sa revanche : il confie sa cause à Dieu, le seul juge. Il répète qu'on l'attaque sans cause : il est la victime d'un piège de chasseur, un filet tendu sur une fosse creusée pour lui ôter la vie. Ce qu'il demande, c'est que le mal retombe sur ceux qui l'ont préparé, comme le disent aussi les Proverbes : celui qui creuse une fosse y tombe (Proverbes 26:27). Demander à Dieu de juger, c'est justement renoncer à se faire justice soi-même, ce que David a montré en épargnant Saül (1 Samuel 24).
v. 9-10La joie de celui que Dieu délivre du plus fort
Au cœur de la tourmente, le ton change : David anticipe la joie de la délivrance. Son âme se réjouira en l'Éternel, pas dans la chute de ses ennemis : sa joie porte sur le salut de Dieu, non sur le malheur des autres. Puis il engage tout son être, jusqu'à ses os, dans une question qui est une louange : qui peut, comme toi, délivrer le malheureux d'un plus fort que lui ? Le Dieu de la Bible prend le parti du faible, du pauvre, de celui qu'on dépouille. C'est la première des trois promesses de louange qui terminent chaque partie du psaume. Si tu subis la domination d'un plus fort, au travail, en famille ou ailleurs, ce verset te rappelle que Dieu voit le rapport de force, et qu'il n'est pas du côté de celui qui écrase.
v. 11-16Trahi par ceux pour qui il avait prié et jeûné
La deuxième partie décrit la blessure la plus profonde du psaume : la trahison. De faux témoins accusent David de choses qu'il ignore, comme dans un procès truqué. Plus douloureux encore, ses accusateurs lui rendent le mal pour le bien. Quand eux étaient malades, David portait le sac du deuil, jeûnait et priait pour eux, la tête baissée, comme pour un ami, un frère ou une mère. Et quand lui chancelle, ils se rassemblent pour se moquer et le déchirer sans relâche, en grinçant des dents avec les moqueurs. Cette scène annonce celle de Jésus, accusé par de faux témoins puis raillé pendant sa passion (Matthieu 26:59-60). Si tu as été blessé par quelqu'un que tu avais aidé, ces versets te disent que Dieu connaît cette douleur particulière, et qu'elle a sa place dans la prière.
v. 17-18Jusques à quand, Seigneur ? De l'attente à la louange
Le cri du verset 17 est l'un des plus humains de la Bible : « Seigneur! Jusques à quand le verras-tu? » David ne doute pas que Dieu voit ; il ne comprend pas pourquoi il laisse faire. Les martyrs posent encore cette question dans le livre de l'Apocalypse, quand ils demandent à Dieu jusqu'à quand il tardera à juger (Apocalypse 6:10). La Bible ne reproche pas au croyant de la poser. Les ennemis sont comparés à des lionceaux, jeunes, voraces et sans pitié. Pourtant, la plainte s'achève sur une promesse : je te louerai dans la grande assemblée. C'est la deuxième fin en louange du psaume. David s'engage à rendre publique une délivrance qu'il n'a pas encore vue. Tu peux, toi aussi, dire ton impatience à Dieu et, dans la même prière, choisir de lui faire confiance.
v. 19-21Haï sans cause : une parole que Jésus reprend pour lui
La troisième partie revient sur la haine gratuite : ceux qui haïssent David sans cause le regardent de travers et se réjouissent de son malheur. Ils tiennent un langage qui n'est pas celui de la paix et préparent la tromperie contre les gens tranquilles du pays, ceux qui ne cherchent qu'à vivre en paix. Puis ils ouvrent grand la bouche : « Ah! ah! nos yeux regardent! » C'est le rire de ceux qui croient avoir gagné. Jésus reprendra l'expression haï sans cause pour parler de lui-même, la veille de sa mort (Jean 15:25) ; on la trouve aussi au Psaume 69. La prière de David devient ainsi celle du Juste par excellence. Pour toi, c'est une consolation : si tu es détesté sans raison, tu n'es pas seul, Jésus est passé par là avant toi.
v. 22-26Réveille-toi et juge-moi : remettre sa cause au juste juge
David répond au regard moqueur de ses ennemis par un autre regard : Éternel, tu le vois ! Il supplie Dieu de ne pas rester silencieux, de se réveiller, de défendre sa cause. Puis il fait une demande étonnante : juge-moi selon ta justice. Il ne réclame pas un passe-droit, il accepte que la même justice s'applique à lui, parce qu'il sait sa cause juste dans cette affaire. Les imprécations reviennent : que ses adversaires soient couverts de honte et revêtus d'opprobre. Les chrétiens ne lisent pas tous ces paroles de la même façon. Certains y voient un cri légitime contre l'injustice, que l'on peut encore adresser à Dieu ; d'autres estiment que Jésus, en demandant d'aimer ses ennemis et en priant pour ses bourreaux (Matthieu 5:44 ; Luc 23:34), invite à les prier autrement ; d'autres encore y lisent l'annonce du jugement final. Tous s'accordent sur un point : la vengeance appartient à Dieu seul (Romains 12:19).
v. 27-28La paix que Dieu veut pour son serviteur
Le psaume ne se termine pas sur les ennemis, mais sur une foule qui se réjouit. Ceux qui prennent plaisir à l'innocence de David, c'est-à-dire qui désirent que justice lui soit rendue, sont invités à proclamer sans cesse la grandeur de Dieu. Leur louange dit quelque chose de magnifique : l'Éternel veut la paix de son serviteur. Le mot hébreu est shalom, une paix complète, qui touche toute la vie. Dieu n'est pas indifférent à ce que tu subis : il désire ton bien. Le dernier verset forme la troisième fin en louange : la langue qui criait à l'injustice célébrera désormais la justice de Dieu, tous les jours. Le chemin du psaume est là : de la plainte à la confiance, et de la confiance à la louange, avant même que tout soit réglé.
Comment prier Psaume 35
Quand prier ce psaume
- Quand tu es accusé à tort au travail, en famille ou dans ton église.
- Quand quelqu'un que tu avais aidé se retourne contre toi.
- Quand tu subis un harcèlement, des moqueries ou des rumeurs que tu ne peux pas arrêter.
- Quand la colère contre celui qui t'a fait du tort t'empêche de dormir.
- Quand tu attends depuis longtemps que justice te soit rendue.
- Quand tu es tenté de te venger ou de répondre au mal par le mal.
Une prière inspirée de Psaume 35
Éternel, mon Dieu, défends-moi. Tu vois ce que je subis : les paroles fausses, les accusations sur des choses que j'ignore, le mal qu'on me rend pour le bien. Je ne te cache ni ma colère ni ma peine ; je les dépose devant toi plutôt que de les ruminer. Combats pour moi, toi qui délivres le faible d'un plus fort que lui. Que les mensonges soient démasqués et que les pièges tendus contre moi échouent. Je renonce à me venger : la justice t'appartient, et je te confie ma cause. Juge-moi selon ta justice, et montre-moi aussi ma part de tort, s'il y en a une. Seigneur Jésus, toi qui as été haï sans cause et qui as prié pour ceux qui te crucifiaient, apprends-moi à prier pour ceux qui me font du mal, afin qu'ils changent et te rencontrent. Je ne sais pas jusqu'à quand il faudra attendre. Alors dis à mon âme que tu es mon salut, et garde-moi de l'amertume. Toi qui veux la paix de ton serviteur, donne-moi ta paix dès maintenant, et ma langue célébrera ta justice tous les jours. Amen.
Versets clés
De David. Eternel! défends-moi contre mes adversaires, Combats ceux qui me combattent!
David ne se venge pas lui-même : il demande à l'Éternel de plaider sa cause et de combattre à sa place. Remettre l'affaire à Dieu est le geste central du psaume.
Ils me rendent le mal pour le bien: Mon âme est dans l'abandon.
Le mal rendu pour le bien est la blessure qui revient le plus dans ce psaume. David avait prié et jeûné pour ceux qui l'attaquent maintenant.
Eternel, tu le vois! ne reste pas en silence! Seigneur, ne t'éloigne pas de moi!
Le cri passe de l'accusation à Dieu lui-même : tu le vois, ne reste pas en silence. Ce verset donne des mots pour dire à Dieu qu'on a besoin qu'il agisse.
Qu'ils aient de l'allégresse et de la joie, Ceux qui prennent plaisir à mon innocence, Et que sans cesse ils disent: Exalté soit l'Eternel, Qui veut la paix de son serviteur!
Le psaume ne se termine pas sur la haine, mais sur la louange et sur la paix que Dieu veut pour son serviteur.
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Questions fréquentes sur Psaume 35
Que signifie le Psaume 35 ?
Le Psaume 35 est la prière d'un homme accusé à tort. David demande à Dieu de le défendre, décrit les pièges et les faux témoignages qu'il subit, puis promet de louer Dieu publiquement quand il sera délivré. Il montre que l'on peut dire sa détresse à Dieu en toute franchise et lui laisser la justice.
Qu'est-ce qu'un psaume d'imprécation ?
C'est un psaume qui demande à Dieu de juger les ennemis, parfois en termes violents, comme aux versets 4 à 8. Il s'agit d'un appel à la justice divine, non d'un ordre de se venger. Jésus enseigne par ailleurs d'aimer ses ennemis. Les chrétiens y voient un cri de souffrance qui apprend à remettre la colère à Dieu.
Qui a écrit le Psaume 35 ?
Le titre l'attribue à David. Le texte ne nomme pas l'événement, mais la poursuite par Saül et la trahison de proches pendant la révolte d'Absalom sont les contextes que proposent le plus souvent les commentateurs. Le psaume traduit une situation que David a vécue plus d'une fois.
Comment prier le Psaume 35 aujourd'hui ?
Si tu es victime d'une injustice, lis-le à voix haute et dis à Dieu ce que tu ressens, sans te censurer. Puis remets l'affaire entre ses mains, comme au verset 1, et demande-lui de te garder de la rancune. Termine par la louange des versets 27 et 28, qui ouvrent sur la paix.
Articles citant Psaume 35
Traduction Louis Segond 1910 — domaine public.