Jonas dans le poisson : ce qu'il a testé pour toi
Le livre de Jonas s'ouvre sur un prophète qui s'enfuit. Dieu lui demande d'aller à Ninive, il part 2000 kilomètres dans l'autre sens, vers Tarsis. Le refrain revient trois fois au chapitre 1 : « loin de la face de l'Éternel ». Puis vient la tempête, le tirage au sort, et Jonas jeté par-dessus bord. La mer se calme aussitôt. Les marins païens, encore tremblants, se mettent à craindre le Seigneur et à lui offrir des sacrifices.
Et Jonas ? Il coule. C'est au fond de la mer, dans le noir, avant que le grand poisson ne l'engloutisse, que commence le chapitre 2. La question que ce texte te pose n'est pas d'abord théorique : de quoi as-tu besoin pour revenir à Dieu ? Et plus précisément, de quoi as-tu besoin pour revenir à la mission que le Seigneur te confie, être son témoin dans le monde ? Parce que revenir au Seigneur, ce n'est pas revenir à lui juste pour soi-même ; c'est retrouver le rappel de cette vocation qui remonte à l'appel d'Abraham : être une source de bénédiction pour toutes les nations.
La prière que Jonas fait monter depuis les entrailles du poisson n'est pas d'abord un modèle de repentance. C'est un aperçu vertigineux de ce que c'est d'être vraiment loin de Dieu, et de ce que c'est d'en être ramené. Jonas l'a testé pour toi, l'a goûté pour toi, et il annonce, sans le savoir encore, le signe que Jésus accomplira pour toi.
Plan de l'article
- Loin de la face de l'Éternel : testé pour toi (Jonas 2,1-7a)
- L'Éternel lent à la colère et riche en bonté : goûté pour toi (Jonas 2,7b-8)
- Le signe de Jonas : accompli pour toi (Jonas 2,9-11)
1. Loin de la face de l'Éternel : testé pour toi
« L'Éternel fit intervenir un grand poisson pour engloutir Jonas. Et Jonas demeura dans les entrailles du poisson trois jours et trois nuits. Jonas, dans les entrailles du poisson, pria l'Éternel son Dieu. » (Jonas 2,1-2)
On peut discuter après le culte du poisson, de sa taille, des sucs gastriques. Ce n'est pas le fond du problème. Il faut simplement recevoir cet événement comme ce qu'il est : un fait historique miraculeux. C'est un miracle qu'un tel poisson soit là, qu'il soit assez gros, qu'il avale Jonas tout cru, et que Jonas puisse respirer et prier avant d'être digéré. Dieu prépare quelque chose de plus grand par ce miracle.
Mais ce que Jonas décrit avant d'être avalé (dans les versets 4 à 7a), est plus impressionnant encore : « Tu m'as jeté dans un bas-fond au cœur des mers, et les courants d'eau m'ont environné ; toutes tes vagues et tous tes flots ont passé sur moi. Je disais : Je suis chassé loin de tes yeux ! Mais je verrai encore ton saint temple. Les eaux m'ont couvert jusqu'à l'âme, l'abîme m'a enveloppé, les roseaux ont entouré ma tête. Je suis descendu jusqu'aux racines des montagnes, les barres de la terre m'enfermaient pour toujours » (Jonas 2,4-7).
C'est cauchemardesque. Tu essayes de fuir un danger et tu ne peux pas courir. Tu as des algues qui te tirent vers le fond, les eaux qui te couvrent jusqu'à la gorge. Jonas a frôlé la mort. Le vocabulaire est presque celui d'un mort.
Et pourtant, ce qu'il vit là n'est que l'ombre de la réalité pour quiconque vit sans l'Éternel. Ces trois jours de Jonas dans les ténèbres, ce n'est que l'ombre de l'ombre de ce que ce sera de se retrouver de l'autre côté du jugement de Dieu. Pas un jugement temporaire comme ici, mais un jugement définitif : être coupé pour l'éternité de la face de l'Éternel, sans Dieu, sans vie, sans recours, sans secours. « Les barres de la terre m'enfermaient pour toujours. » Que la grâce que Dieu nous a faite en Jésus-Christ soit suspendue une fraction de seconde, et c'est notre réalité : nous serions chassés loin de sa face.
Ce texte t'invite donc à ouvrir les yeux. Pas seulement sur toi, mais sur la situation réelle de ceux qui ne sont pas les « happy few » de la grâce, sur tous ceux qui t'entourent et qui ne connaissent pas encore le Sauveur. Jonas a testé cela pour toi. Cela devrait te pousser à l'humilité, comme dans Jacques 4, et te pousser à l'intercession pour ta famille, tes amis, tes collègues.
2. L'Éternel lent à la colère et riche en bonté : goûté pour toi
Jonas ne bénéficie pas de ce qu'il mérite. Il a fui, il a désobéi. Il mérite le jugement et la mort. Ce n'est pas parce qu'il fait partie du peuple d'Israël que cela va changer quelque chose. Et pourtant, au verset 7, arrive le « mais » de la grâce, ce petit mot qui bouleverse tant de textes bibliques.
« Je suis descendu jusqu'aux racines des montagnes, les barres de la terre m'enfermaient pour toujours. Mais tu m'as fait remonter vivant de la fosse, Éternel, mon Dieu ! Quand mon âme était abattue au-dedans de moi, je me suis souvenu de l'Éternel, et ma prière est parvenue jusqu'à toi, jusqu'à ton saint temple » (Jonas 2,7-8).
Jonas le sait. Il l'a déjà déclaré aux marins : « Je crains l'Éternel, le Dieu des cieux, qui a fait la mer et la terre » (Jonas 1,9). Si c'est l'Éternel qu'il a désobéi, c'est aussi l'Éternel qui l'a fait descendre dans le jugement jusqu'aux racines des montagnes. Mais c'est le même Éternel qui est capable de le ramener et de le sauver. Celui qui est puissant pour juger est puissant pour sauver.
Pour toi, c'est une immense nouvelle. Tu es invité à voir l'horreur du jugement pour quiconque se trouve loin de la face de l'Éternel. Mais tu es aussi conduit à être émerveillé, à être confus, à rester sans mots dans l'adoration de ton Dieu qui t'arrache au séjour des morts. La clé pour accomplir la mission en revenant au Seigneur, c'est de réaliser ce que ce Seigneur a fait pour toi. Loin de lui, il t'a ramené à lui.
« Je suis descendu jusqu'aux racines des montagnes » (c'était toi. « Les barres de la terre m'enfermaient pour toujours »), c'était ta destinée. « Mais tu m'as fait remonter vivant de la fosse », voilà la grâce. Tu n'es plus submergé par les eaux du jugement ; tu es submergé par l'immensité de l'amour de Dieu. Le vieux cantique le dit bien : « Prenez de l'encre dans les ondes, changez le ciel en parchemin, donnez la plume à tout le monde et que chacun soit écrivain. Vous dire tout l'amour de Dieu remplirait les cieux et la terre entière avec ses divins rouleaux. »
Si tu as du mal à revenir au Seigneur, c'est peut-être que tu as oublié d'où il t'a tiré. Si tu as du mal à parler du Sauveur autour de toi, c'est peut-être que tu as oublié d'où tu viens. Et si, comme beaucoup, tu es « tombé dedans » enfant, l'accoutumance à la grâce peut te rendre blasé, et te faire perdre de vue la grâce dont les autres ont besoin.
3. Le signe de Jonas : accompli pour toi
Au chapitre se referme un malaise. Jonas prononce au verset 9 : « Ceux qui s'attachent à de vaines idoles éloignent d'eux la miséricorde. Pour moi, je t'offrirai des sacrifices avec un cri de reconnaissance, j'accomplirai les vœux que j'ai faits. Le salut appartient à l'Éternel » (Jonas 2,9-10).
Tout ce que Jonas dit est orthodoxe. Tout est vrai. D'ailleurs, ce chapitre est presque une anthologie de psaumes : on y entend le Psaume 3, le 5, le 18, le 30, le 31, le 42, le 69, le 116, le 130, le 142 et bien d'autres. Jonas sait exactement ce qu'il faut dire quand il faut le dire.
Mais nulle part, dans ce chapitre, Jonas ne pleure sur son attitude. Nulle part il ne se repent explicitement de sa fuite. Nulle part il ne mentionne sa désobéissance et sa révolte. Les marins païens du chapitre 1 · eux, ont laissé tomber leurs idoles pour craindre le Dieu vivant. Contrairement à Jonas, leur cœur y était.
Et toi ? Il est possible, en tant que chrétien, que ton cœur se trouve dans cette accoutumance coupable : accoutumance à ton propre péché, pour lequel tu finis par ne plus vraiment demander pardon ; accoutumance aux vérités extraordinaires que Dieu proclame par sa parole, ces vérités que tu répètes aux autres sans qu'elles ne te percutent plus toi-même. Tu peux citer les versets, expliquer la croix, présenter le salut, et rester intérieurement inchangé. Est-ce que la parole que tu proclames aux autres te vise, toi ? Est-ce qu'elle change ton cœur ?
C'est dur. Mais c'est bon. Cela te force à désespérer de toi-même pour regarder au Seigneur du salut. Et c'est là qu'apparaît le signe de Jonas.
Jésus lui-même, en Matthieu 12, fait référence à ces trois jours dans le ventre du poisson : « Une génération méchante et adultère demande un signe ; il ne lui sera donné d'autre signe que celui du prophète Jonas. Car, de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre d'un grand poisson, de même le Fils de l'homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre » (Matthieu 12,39-40).
Dieu a fait descendre Jonas dans les entrailles de la mer et l'en a ramené vivant, parce que cela préparait un miracle bien plus grand : celui qu'il ferait pour son Fils. Jésus n'a pas plongé au fond de la mer, mais dans le séjour des morts. Il n'a pas testé quelques éclats de la colère de Dieu : il a pris cette colère de plein fouet, dans sa totalité, à ta place. Il n'a pas expérimenté une simple délivrance hors d'un poisson : il a gagné pour toi la totalité d'un salut parfait.
Le poisson a « vomi » Jonas sur la terre ferme (Jonas 2,11), image presque triviale. Concernant Jésus, le séjour des morts l'a rendu parce qu'il ne pouvait pas le retenir. Le salut appartient à l'Éternel. Il ne t'appartient pas parce que tu es chrétien depuis l'enfance, ni parce que tu connais les bons versets. Il appartient au Seigneur, et il en fait ce qu'il veut, y compris pour des hommes et des femmes très loin.
Points à retenir
- Être loin de la face de l'Éternel n'est pas une figure de style : c'est une réalité redoutable, dont Jonas ne t'offre qu'une ombre.
- Le jugement temporaire de Jonas au fond de la mer préfigure le jugement définitif que subissent celles et ceux qui restent loin de Dieu.
- La grâce se lit dans un tout petit mot : « Mais tu m'as fait remonter vivant de la fosse » (Jonas 2,7).
- On peut prononcer des vérités parfaitement orthodoxes sans que le cœur ne soit repentant : Jonas cite des Psaumes sans reconnaître explicitement sa désobéissance.
- Le signe de Jonas, ce sont les trois jours et trois nuits que Jésus a passés dans le sein de la terre pour porter la colère de Dieu à ta place et te sauver.
Application personnelle
- Te souviens-tu encore d'où le Seigneur t'a tiré, ou l'accoutumance à la grâce t'a-t-elle rendu blasé ?
- Pour qui autour de toi es-tu prêt à intercéder cette semaine, en réalisant que « loin de la face de l'Éternel » est leur réalité présente ?
- Y a-t-il un péché précis dont tu t'excuses vaguement mais dont tu ne demandes plus vraiment pardon ?
- Est-ce que la parole que tu proclames aux autres (dans ton foyer, ton église, ton travail), te vise toi ? Est-ce qu'elle change ton cœur ?
- Comment le fait que Jésus a subi trois jours dans le séjour des morts à ta place transforme-t-il concrètement ta manière de vivre aujourd'hui ?
Versets cités
- Jonas 1,9 · Jonas confesse craindre l'Éternel devant les marins
- Jonas 2,1-2 · Trois jours dans les entrailles du poisson
- Jonas 2,4-7 · Description de la descente au fond des eaux
- Jonas 2,7-8 · « Mais tu m'as fait remonter vivant de la fosse »
- Jonas 2,9-11 · « Le salut appartient à l'Éternel »
- Matthieu 12,39-40 · Le signe de Jonas annoncé par Jésus
- Jacques 4 · Appel à l'humilité
FAQ
Le grand poisson de Jonas est-il un événement historique ou une image ?
Le texte le présente comme un fait, et Jésus lui-même s'en sert comme d'une réalité historique en Matthieu 12. Ce n'est pas un événement ordinaire : c'est un miracle unique dans l'histoire. Que le poisson soit là, qu'il soit assez gros, qu'il avale Jonas tout cru, et que les sucs gastriques ne le dévorent pas avant qu'il ait pu prier, tout cela requiert l'intervention directe de Dieu. Plutôt que de chercher des équivalents naturels, il vaut mieux le recevoir comme un miracle qui prépare un miracle plus grand encore.
Pourquoi dit-on que la prière de Jonas 2 n'est pas vraiment une prière de repentance ?
Parce que Jonas y cite abondamment les Psaumes (on y entend les Psaumes 3, 18, 30, 42, 69, 116, 130 et bien d'autres), sans jamais mentionner explicitement sa désobéissance, sa fuite, ni son refus d'aller à Ninive. Tout ce qu'il dit est orthodoxe et vrai, mais son cœur ne pleure pas sur sa révolte. La suite du livre, au chapitre 4, montrera d'ailleurs que son cœur n'est pas encore aligné avec le cœur de Dieu pour les nations.
Qu'est-ce que le « signe de Jonas » dans les évangiles ?
En Matthieu 12,39-40, Jésus déclare qu'il ne sera donné à sa génération « d'autre signe que celui du prophète Jonas ». De même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre du grand poisson, le Fils de l'homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre. Autrement dit, la délivrance miraculeuse de Jonas prépare et annonce la mort et la résurrection de Jésus, une délivrance infiniment plus grande, où Jésus porte la totalité de la colère de Dieu à notre place.
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