Introduction
Il arrive un moment, dans la vie chrétienne, où tu voudrais juste souffler. Servir, donner, te lever, recommencer chaque semaine, ça finit par peser. Tu regardes ta vie, elle est stable, elle est bénie, et une phrase monte dans ton cœur : « Laissez-moi tranquille. »
C'est le titre du message que Jérémie Poulet a apporté à l'Église La Chapelle, à Montréal. Un message pour ceux qui aiment Jésus depuis longtemps, qui se sont beaucoup impliqués, et qui sentent parfois le feu baisser. À partir de la vie d'Abraham, il rappelle une vérité qui dérange doucement : la bénédiction n'est pas la ligne d'arrivée. Dieu t'a sauvé pour son Royaume, pas pour t'installer.
Si tu es fatigué, si tu doutes que ça vaille encore la peine, ce message est pour toi. Pas pour te culpabiliser, pour rallumer le feu.
Plan de l'article
- Regarde où sont plantés tes tamaris
- Es-tu encore prêt à entendre Dieu t'appeler ?
- Le bois, le feu et l'agneau : ce qui te manque vraiment
- De l'émotion à la dévotion : comment répondre concrètement
1. Regarde où sont plantés tes tamaris
Dans Genèse 21.33, on lit : « Abraham planta des tamaris à Beer-Schéba, et là il invoqua le nom de l'Éternel, Dieu d'éternité. » Abraham vient de conclure une alliance de paix avec Abimélec. Enfin la tranquillité. Enfin les puits d'eau, l'équivalent, à l'époque, de nos puits de pétrole. Il peut se poser, se projeter, bâtir.
Alors il plante un tamaris. Pour un nomade, ce geste est énorme : c'est descendre du dromadaire, arrêter de bouger, choisir le confort. Le tamaris n'est pas un arbre fruitier, c'est un arbre de bois de chauffage et de construction, un arbre d'indépendance énergétique. Abraham prépare son confort à long terme.
Et tu sais quoi ? Toi aussi tu aspires à Beer-Schéba. Tout le monde aspire à être tranquille et béni. Ce n'est pas un péché. Dieu peut te bénir dans le pays des Philistins, c'est-à-dire dans un contexte qui ne le célèbre pas, qui vit dans l'idolâtrie, le matérialisme, le chacun pour soi. Le pays des Philistins, franchement, ça ressemble à notre génération.
Mais voici le piège : l'objectif de ta vie n'est pas de prospérer ici-bas. Ce n'est pas un péché de prospérer, mais ce n'est pas la mission. Tu as été sauvé pour accomplir les œuvres bonnes que Dieu a préparées d'avance (Éphésiens 2.8-10). Tu n'es pas sauvé par les œuvres, tu es sauvé pour les œuvres.
Si tu n'entretiens pas ta passion pour le Royaume de Dieu, tu entretiendras la passion pour ton petit royaume : tes affaires, ta carrière, ton compte en banque, ta pension, tes tamaris. Merci à Dieu pour la bénédiction, mais merci surtout d'être le Dieu de la bénédiction. C'est lui qu'il faut poursuivre, pas le décor.
2. Es-tu encore prêt à entendre Dieu t'appeler ?
Le verset qui suit immédiatement l'histoire des tamaris, c'est Genèse 22.1-2 : « Après ces choses, Dieu mit Abraham à l'épreuve, et il lui dit : Abraham ! Et il répondit : Me voici ! Dieu dit : Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac ; va-t'en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste sur l'une des montagnes que je te dirai. »
Après la paix. Après les tamaris. Après le confort. Dieu demande l'impensable. Un test.
Autour d'Abraham, les peuples sacrifiaient des enfants à leurs idoles. Dieu doit vérifier : as-tu adopté la mentalité du pays dans lequel tu vis ? Penses-tu que je suis comme les autres dieux ? Où est ta confiance en moi ? Rassure-toi tout de suite : Dieu n'a jamais voulu la mort d'Isaac, et il ne veut jamais la mort des enfants, jamais, sous aucun prétexte. Ce qu'il cherche, c'est un cœur consacré.
Et Abraham répond « Me voici ». Ça veut dire qu'il entend encore la voix de Dieu. La bénédiction ne l'a pas rendu sourd. La bénédiction ne l'a pas rendu indifférent. La bénédiction ne l'a pas rendu indisponible.
Jérémie témoigne : en 2005, alors qu'il était conseiller financier avec un plan de carrière solide, Dieu l'a appelé à devenir pasteur. Son fils Baptiste avait trois ans. Le passage sur le sacrifice d'Isaac lui a fait peur, et Dieu lui a répondu dans son cœur : « Je ne te demande pas de sacrifier ton fils. Je te demande de te consacrer, toi et ta famille. » Se consacrer, c'est faire totalement confiance à Dieu pour ce qu'il te demande.
Alors la question devient personnelle : au milieu de tes bénédictions, entends-tu encore ton prénom prononcé par Dieu ? Souvent, on entend surtout le prénom des autres. On a même une liste de gens que Dieu devrait appeler à faire des sacrifices à notre place. Mais Dieu, lui, appelle ton prénom.
3. Le bois, le feu et l'agneau : ce qui te manque vraiment
Dans Genèse 22.6-8, Isaac observe la scène et pose une question redoutable : « Voici le feu et le bois ; mais où est l'agneau pour l'holocauste ? » Le sacrifice, à l'époque, exigeait trois éléments : du bois, du feu, un agneau.
Regarde bien le texte : Abraham n'a pas acheté du bois, il n'a pas ramassé du bois, il n'a pas volé du bois. Il a fendu du bois. Et on ne fend que son propre bois. Fais le test si tu doutes : prends une hache et va fendre le bois du voisin, tu comprendras vite.
Abraham te dit quelque chose de puissant : quand tu es béni, prends une partie de ce que Dieu t'a confié et offre-le en sacrifice. Isaac a compris, en observant son père, que dans la maison on se prive de certaines ressources pour honorer Dieu. C'est ça, la transmission. Et nos enfants, l'ont-ils compris ? Comment est-ce que tu parles, à la maison, des sacrifices que tu offres à Dieu ?
Consacrer une partie de tes biens, de ton temps, de tes talents à la maison de Dieu (pas ponctuellement, mais durablement), c'est le mouvement normal d'une vie sauvée. Il y aura des cycles : parfois beaucoup, parfois moins. C'est la vie. Mais tu veux garder la dynamique du sacrifice, même quand tout va bien.
Toi, aujourd'hui, tu as le bois : les bénédictions, les tamaris, les ressources. Tu as l'agneau : Jésus-Christ, l'agneau de Dieu, offert une fois pour toutes (Jean 1.29). Tu n'as plus besoin d'apporter un animal à l'église, l'agneau a été pourvu.
Alors qu'est-ce qui te manque ? Le feu.
Si tu n'as plus envie de servir, de donner, de t'impliquer, si tu commences à penser « laissez-moi tranquille », il y a de grandes chances que ce soit un manque de feu. Pas un manque de bois, pas un manque d'agneau. Un manque de feu. Et le feu, c'est comprendre qui Jésus est. Jésus est roi, Jésus est vivant, Jésus règne, Jésus t'aime, Jésus t'a sauvé, Jésus t'appelle, Jésus te restaure, Jésus t'instruit, Jésus te guide, Jésus te relève, Jésus te guérit, Jésus vit en toi. « Je n'ai pas fini avec toi. J'y crois encore », dit Jésus. Voilà le feu qui donne du sens à tous les sacrifices.
4. De l'émotion à la dévotion : comment répondre concrètement
Attention, ne réagis pas sur une émotion. Un message qui touche, ce n'est pas suffisant. Il faut que l'émotion devienne de la dévotion.
Concrètement : rentre chez toi, prie sur ce message, fais le point. Regarde tes tamaris. Évalue où sont tes bénédictions, tes grâces, tes dons, tes talents, tes ressources, à tous les niveaux : financier, matériel, en talent, en temps. Puis regarde ce que tu vas fendre. Ce que tu vas consacrer à Dieu. Souviens-toi que l'agneau de Dieu t'a aimé, et laisse l'Esprit rallumer en toi un nouveau désir de servir avec ta famille.
Abraham vit ce qu'on appelle un cercle vertueux : sa foi nourrit son obéissance, son obéissance nourrit son adoration, son adoration nourrit sa foi. Le gars est en mouvement, même béni, même dans le pays des Philistins. C'est ça que Dieu veut pour toi.
Points à retenir
- Tu n'es pas sauvé pour ton royaume, mais pour le Royaume de Dieu. La bénédiction est un cadeau, pas la destination.
- La bénédiction ne doit jamais étouffer la voix de Dieu. Reste disponible à répondre « Me voici » même quand tout va bien.
- On ne fend que son propre bois. Consacrer, c'est prélever sur ce que Dieu t'a confié, pas sur ce que les autres ont.
- Jésus a déjà pourvu à l'agneau. Ce qui te manque, ce n'est jamais le sacrifice de Christ, c'est le feu, la révélation de qui il est.
- Transforme l'émotion en dévotion. Ne prends pas une décision impulsive : prie, évalue, engage-toi durablement.
Application personnelle
- Quels sont les « tamaris » que tu regardes pousser en ce moment (le confort, la carrière, la sécurité), et qui occupent la place que Dieu devrait avoir ?
- Quand as-tu répondu « Me voici » à Dieu pour la dernière fois ? Es-tu encore capable de l'entendre t'appeler par ton prénom ?
- Qu'est-ce que tu es prêt à « fendre » cette semaine (du temps, une ressource, un talent), pour l'offrir concrètement à l'œuvre de Dieu ?
- Ton feu est-il en train de s'éteindre ? Qu'est-ce qui, chez Jésus, a besoin de te redevenir vivant en ce moment ?
- Comment ta famille voit-elle les sacrifices que tu offres à Dieu ? Que transmets-tu, sans le dire, à tes enfants ?
Versets cités
- Genèse 21.33 · Abraham plante un tamaris à Beer-Schéba et invoque le Dieu d'éternité
- Genèse 22.1-14 · Dieu met Abraham à l'épreuve et pourvoit le bélier
- Éphésiens 2.8-10 · Sauvé par la grâce, par le moyen de la foi, pour les œuvres bonnes
- Jean 1.29 · Voici l'Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde
FAQ
Est-ce mal de vouloir être tranquille et de profiter de la bénédiction ?
Non, ce n'est pas un péché de prospérer ni de vouloir la paix. Dieu lui-même a conduit Abraham à Beer-Schéba. Ce qui devient problématique, c'est quand la tranquillité étouffe la voix de Dieu et que la bénédiction devient l'objectif au lieu d'être un moyen de servir. Tu peux te reposer, mais ne t'installe pas au point de ne plus entendre Dieu t'appeler.
Pourquoi Dieu demande-t-il à Abraham de sacrifier son fils s'il ne veut pas la mort des enfants ?
Dieu n'a jamais eu l'intention qu'Isaac meure, le bélier était déjà prévu. C'était un test de consécration après une longue saison de confort au milieu de peuples qui sacrifiaient réellement leurs enfants aux idoles. Dieu voulait vérifier qu'Abraham ne l'avait pas confondu avec les dieux des nations, et qu'il lui faisait toujours entièrement confiance.
Concrètement, qu'est-ce que ça veut dire « consacrer sa famille » ?
Ce n'est pas offrir tes enfants en sacrifice, comme l'a précisé Dieu à Jérémie Poulet. C'est faire entrer ta famille dans une dynamique de service : consacrer une partie de vos revenus, de votre temps, de votre énergie, de vos vacances à l'œuvre de Dieu. C'est apprendre à tes enfants, par l'exemple, qu'on se prive de certaines choses pour honorer Dieu, et faire confiance qu'il pourvoira à ce qui manque.
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