Introduction
« Écoute Israël, le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être et de toute ta force. » Ces mots ouvrent le Shema, la prière que les juifs traditionnels récitent deux fois par jour. Une prière si centrale que Jésus lui-même la reprend quand un spécialiste des Écritures lui demande quel est le premier commandement.
Il y a dans ce texte un mot qui gêne, surtout en Occident : Dieu est présenté comme jaloux, ou dans certaines traductions comme exclusif, un Dieu qui ne tolère aucun rival. Comment recevoir cela aujourd'hui, dans une culture qui vante l'autonomie et le « chacun sa religion » ?
Le pasteur Stuart nous invite à entendre le Shema comme la parole d'un Dieu qui nous a aimés le premier et qui, en retour, attend un amour qui ne triche pas. Un amour de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta force.
Plan de l'article
- Croire au Dieu unique et jaloux
- Ni l'oublier, ni le remplacer
- L'honorer sans le provoquer
- L'aimer, c'est le respecter et le servir
1. Croire au Dieu unique et jaloux
Avant tout commandement, il y a un appel : « Écoute Israël. » Se mettre en mode écoute, ce n'est pas facile aujourd'hui, entre les sonneries, les notifications et le bruit ambiant. Ce n'est pas non plus s'enfermer dans un silence pesant. C'est écouter la parole de Dieu, écouter son Esprit, écouter les prières des autres croyants. Pendant le culte, mieux vaut écouter avant de parler.
Le Shema commence par une affirmation qui chamboule tout : « Le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur. » Ce Dieu unique a fait alliance avec son peuple. Il est notre Dieu, parce qu'il a choisi d'aimer en premier. Et c'est parce qu'il nous a aimés le premier qu'il peut nous commander de l'aimer en retour, sans détour.
Les religions du Livre (judaïsme, christianisme, islam), sont monothéistes. Un seul Dieu. Le pasteur Stuart évoque un vieux livre de J.I. Packer, Connaître Dieu, qui détaille les qualités de Dieu. Parmi elles, celle qui reste peut-être la plus difficile à recevoir pour un Européen : Dieu est un Dieu à la passion jalouse. Un amour intensif et exclusif. Cela peut faire penser à un amant possessif ; c'est en tout cas une manière humaine de dire quelque chose de vrai sur Dieu. S'il est unique et qu'il t'aime, il ne tolère pas que tu ailles ailleurs. Il ne veut pas laisser son peuple dépérir. C'est en cela qu'il est jaloux pour nous.
Ce qui gêne, c'est cette exclusivité. Un seul Dieu qui réclame tout de nous, cela heurte notre autonomie et l'idée moderne du « chacun sa religion, chacun ses convictions ». C'est justement ce que le texte remet en question. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta force.
Cette formule ne cherche pas à découper l'être humain en morceaux. Elle désigne la personne dans sa globalité. Le cœur, c'est l'intériorité, la sincérité, la constance, la volonté, la pensée. Aimer Dieu de tout son cœur, ce n'est pas seulement être sentimental, c'est aimer sans réserve mentale, sans tricher, sans penser à autre chose. L'être, c'est toute la personnalité, tel que tu es. La force, c'est toute ton énergie. Cet amour pour Dieu est-il encore vivace en toi ? Tu peux perdre la première flamme, mais la Parole et l'Esprit veillent pour te réveiller à cet amour fort pour le Seigneur.
2. Ni l'oublier, ni le remplacer
Dieu promet à son peuple qu'il aura de quoi bien vivre dans la terre promise : des villes qu'il n'a pas bâties, des maisons pleines de richesses qu'il n'a pas amassées, des puits qu'il n'a pas creusés, des vignes qu'il n'a pas plantées. Et tout de suite, l'avertissement tombe : « Prends bien garde de ne pas oublier le Seigneur. »
Le danger pour nous qui vivons en Occident, à moins d'être dans une situation vraiment précaire, c'est exactement cela : oublier Dieu. Le confort, la bonne cuisine, les voyages, tout cela peut nous faire glisser vers l'idée que Dieu serait un accessoire. C'est pour cette raison que la Bible insiste tant sur le fait de se souvenir. Se souvenir de ce que Dieu a fait dans l'histoire du salut. Se souvenir de ce qu'il a fait dans ta vie. Quand les nuits sont longues et que rien ne marche, rappelle-toi de ce qu'il a déjà fait pour toi.
L'autre danger, c'est le remplacement. « Vous ne rendrez pas de culte à d'autres dieux. » Cette injonction est fréquente dans l'Ancien Testament, et elle reste actuelle. Qu'est-ce qui, dans ton quartier, ta famille, tes proches, prend la place du Seigneur ? Il y a les rites traditionnels, l'envie d'imiter tout le monde ou sa famille. Il y a les superstitions, les fêtes commerciales comme Halloween, le culte des ancêtres. Il y a même des choses plus subtiles : le véganisme qui devient une religion, le foot, l'hypnotisme, tout ce qui se cache derrière l'occultisme et qui a l'air innocent.
Le pasteur Stuart cite une publicité actuelle où un monsieur dit qu'il ne peut rien refuser à sa « petite ». Sa petite, c'est la voiture. Il y a aussi ceux qui disent : « Mon chien, c'est mon meilleur ami. » Ou pour d'autres : « Sans ma famille, sans notre cousinade, je ne pourrais pas vivre. » La voiture, le chien, la famille peuvent être des soutiens dans la vie. Mais si tu en fais un refuge absolu, ces choses finissent par occuper la place de Dieu. Et cela nous arrive tous, par moments.
3. L'honorer sans le provoquer
« Ne mettez pas le Seigneur votre Dieu à l'épreuve comme vous l'avez fait à Massa. » Pour comprendre, il faut connaître un peu sa Bible. À Massa, le peuple s'est senti autorisé à jouer à Dieu, à croire qu'il savait mieux que lui ce qu'il lui fallait. C'est une tentation qui nous guette encore : mettre en doute la présence agissante de Dieu, lui exiger un signe au lieu de lui faire confiance. Une impertinence, en somme : réclamer une preuve de la bonté divine comme condition de notre obéissance.
Dit plus simplement : « Si Dieu ne fait pas ceci ou cela pour moi, je ne lui cause plus. » C'est un peu enfant, mais c'est une réaction très humaine. Sauf que traiter Dieu comme cela, c'est nourrir un ressentiment envers celui qui nous aime avec passion.
Jésus lui-même s'abstient de provoquer son Père. Face au tentateur qui lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi », il répond justement par ce verset : « Tu ne provoqueras pas le Seigneur ton Dieu. » Dans l'Évangile de Marc, à plusieurs reprises, notre maître refuse de faire un miracle pour prouver son identité à des gens incrédules.
C'est encore le problème aujourd'hui. Les gens disent : « Ah, si je voyais un miracle, je croirais. » C'est faux. Ils trouveront toujours une explication : un concours de circonstances, une coïncidence, autre chose. Réclamer des miracles, ce n'est pas forcément ce que Dieu demande. Le plus grand signe de son amour que nous pouvons montrer au monde, c'est l'amour entre chrétiens.
4. L'aimer, c'est le respecter et le servir
« Reconnais l'autorité du Seigneur ton Dieu et adore-le lui seul. » C'est bien dit. Aimer le Seigneur, c'est bien plus que « craindre Dieu », même si craindre Dieu, au fond, c'est simplement le respecter. Certains n'aiment pas cette idée de crainte. Il ne s'agit pas de terreur, mais du respect qui reconnaît qui il est.
Ce respect se traduit dans la louange, mais aussi dans le langage que tu adresses à Dieu. Le pasteur Stuart le dit sans détour : il est très réticent aux prières où on tutoie Dieu comme un copain. Dieu est notre Père, oui, mais ce n'est pas un pote. C'est le Dieu saint. Nous sommes des créatures fautives. On ne peut pas le traiter comme un paquet de cacahuètes.
Ce respect se traduit aussi dans la mise en pratique de son message. C'est là où le bât blesse. La plupart des prédications, on les oublie. Alors si Dieu t'a parlé aujourd'hui, s'il y a une chose sur laquelle son Esprit a mis le doigt, garde-la. Ne retiens pas le reste. « Agis avec droiture, fais ce qui est bien aux yeux du Seigneur. Alors tu trouveras le bonheur. » Dieu s'intéresse à ce que son peuple soit heureux. C'est pour cela qu'il donne ses commandements.
Nous n'avons pas de terre promise à conquérir. Notre terre promise, c'est la communion fraternelle autour de la table du Seigneur, dans la vie de l'église. Notre bonheur, c'est d'être avec le Christ, ensemble, paisibles, parce que nous avons reçu sa grâce.
Jésus l'a résumé en Marc 12 : le premier commandement, c'est aimer Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta pensée, de toute ta force ; et le second, aimer ton prochain comme toi-même. Les deux vont ensemble. L'amour du Père cherche à t'attirer vers lui, et à attirer par toi ceux qui l'ignorent encore. Ne reste pas comme le spécialiste des Écritures dans l'Évangile de Marc, à qui Jésus dit qu'il n'est « pas loin du royaume ». Ne reste pas loin. C'est Jésus qui incarne et inaugure ce règne. Il est la porte d'entrée, et il est l'image visible de l'amour du Père pour toi.
Points à retenir
- Le Shema commence par « Écoute » : la foi commence par une posture d'écoute, pas par notre performance.
- Dieu est unique et jaloux : il t'aime d'un amour intensif et exclusif, il ne tolère pas que tu ailles ailleurs.
- Aimer Dieu de tout ton cœur, c'est l'aimer sans réserve mentale, avec toute ta personne et toute ton énergie.
- Le vrai danger en Occident, ce n'est pas la persécution : c'est d'oublier Dieu à cause du confort, ou de le remplacer par des idoles subtiles.
- Le plus grand signe de l'amour de Dieu, ce n'est pas un miracle spectaculaire, c'est l'amour entre chrétiens.
Application personnelle
Prends un moment pour te poser ces questions :
- Qu'est-ce qui, dans ta vie, occupe aujourd'hui la place que Dieu devrait avoir : ta voiture, ton animal, ta famille, ton travail, un loisir ?
- Quand est-ce que tu as vraiment pris le temps de te souvenir, en détail, de ce que Dieu a fait dans ton histoire ?
- Est-ce que ton amour pour le Seigneur est encore vivace, ou est-ce qu'il s'est éteint doucement sous les habitudes ?
- Est-ce que tu attends de Dieu qu'il te prouve son amour par un signe avant de lui faire confiance ?
- Quel geste concret d'amour envers un frère ou une sœur pourrais-tu poser cette semaine, comme signe visible de la présence de Dieu ?
Versets cités
- Deutéronome 6:4-19 · Écoute Israël
- Marc 12:28-31 · Le plus grand commandement
- Psaume 116 · J'aime l'Éternel
- Deutéronome 6:16 · Massa, ne pas mettre Dieu à l'épreuve
- Matthieu 4:1-11 · La tentation de Jésus au désert
FAQ
Qu'est-ce que le Shema Israël ?
Le Shema est la prière centrale du judaïsme, tirée de Deutéronome 6:4-9 et de quelques autres passages du Deutéronome et des Nombres. Les juifs traditionnels la récitent deux fois par jour. Elle commence par : « Écoute Israël, le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur. » Jésus la reprend en Marc 12 comme le premier de tous les commandements, et l'associe à l'amour du prochain.
Pourquoi la Bible dit-elle que Dieu est jaloux ?
Certaines traductions parlent d'un Dieu « jaloux », d'autres d'un Dieu « exclusif » ou d'un « Dieu qui ne tolère aucun rival ». L'idée n'est pas celle d'un amant possessif au sens humain, mais d'un amour intensif et exclusif. Si Dieu est unique et qu'il t'aime, il ne tolère pas que tu ailles chercher ailleurs ce que lui seul peut donner. Il est jaloux pour toi, parce qu'il ne veut pas te laisser dépérir loin de lui.
Quelles sont les idoles modernes ?
Une idole moderne, c'est ce qui prend dans ta vie la place absolue qui revient à Dieu. Le pasteur Stuart évoque quelques exemples très concrets : la voiture (« ma petite », comme dans une pub actuelle), le chien devenu meilleur ami, la famille et la cousinade sans lesquelles on croit ne pas pouvoir vivre. Il mentionne aussi les superstitions, Halloween et les fêtes commerciales, le culte des ancêtres, le véganisme érigé en religion, le foot, l'hypnotisme et tout ce qui se cache derrière l'occultisme sous une apparence innocente. Ces choses ne sont pas toutes mauvaises en soi, mais elles deviennent des idoles quand elles occupent la place du Seigneur.
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