Introduction
Un père fonde une entreprise que tout le monde jugeait irréalisable. Il y laisse sa santé, son temps, sa vie. Avant de mourir, il partage : au benjamin, une grosse somme d'argent ; au cadet, des objets précieux ; à l'aîné, les clés de l'entreprise. L'aîné pourrait ressentir qu'on lui refile une corvée, alors qu'on lui remet la marque la plus grande de confiance. C'est exactement ce qui se passe quand Dieu nous confie sa mission. Après une série entière sur les facettes de la bonne nouvelle (pardonné, justifié, libéré, régénéré, adopté), cette dernière facette a un goût différent : elle sonne moins comme un cadeau que comme une tâche. Cette prédication te montre pourquoi c'est une erreur de perspective, et pourquoi la clé qu'on te tend est précisément ce qui va te faire connaître Dieu.
Plan du message
1. Comprendre : nous sommes envoyés
- Le texte de référence est 2 Corinthiens 5.14-21. Paul rappelle que Jésus est mort pour tous, qu'il est ressuscité, et que ceux qui vivent maintenant « ne vivent plus pour eux-mêmes mais pour celui qui est mort à leur place ».
- Au verset 19, Paul écrit que Dieu « a fait de nous les dépositaires du message de la réconciliation ». Un dépositaire, c'est celui à qui l'on confie un dépôt.
- Au verset 20 : « Nous faisons donc fonction d'ambassadeur au nom du Christ, comme si Dieu adressait par nous cette invitation aux hommes. » Un ambassadeur, selon la définition, exerce la charge d'un envoyé officiel, quelqu'un qui parle au nom d'un autre, qui représente une autorité qui n'est pas la sienne.
- Voilà la facette : par la mort et la résurrection de Jésus, tu es envoyé. Envoyé pour partager toutes les facettes que tu as toi-même reçues.
- Ce n'est pas une invention de Paul. Après sa résurrection, Jésus dit lui-même : « Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. » Ses dernières paroles ne sont pas « vivez comme des pardonnés » ou « vivez comme des justifiés », mais « allez dans le monde entier ». La dernière parole d'une personne, il faut y faire attention.
2. Mesurer : un statut, pas une tâche
- Premier ajustement : envoyé, c'est un statut, pas une activité. Le jour où sa fille Naomi est née, le prédicateur n'a pas passé un diplôme pour devenir père. On lui a mis l'enfant dans les bras, et il l'était. Imagine-le dire à sa femme : « Je suis papa, mais je le ferai seulement le week-end. » Quelque chose clocherait. Père, c'est ce qu'il est, et ça déborde sur toutes ses activités.
- Beaucoup vivent la facette « envoyé » comme une case à cocher : « je vais faire de l'évangélisation », « je vais faire la mission ». Comme si on pouvait être pleinement chrétien et, en option, faire un peu d'envoi quand on a le temps.
- Paul le contredit au verset 17 : « Celui qui est uni au Christ est une nouvelle créature. Ce qui est ancien a disparu, voici ce qui est nouveau est déjà là. » Une nouvelle créature dont la nature même est tournée vers les autres.
- La juste mesure : l'envoi ne me sauve pas, c'est Dieu qui a tout fait, sinon on serait sauvé par ses œuvres. Mais on ne peut pas être sauvé sans devenir un envoyé. Tu es pardonné, justifié, libéré, enfant de Dieu, et tu es envoyé, avec la même certitude.
3. Mesurer : un choix, pas une nécessité
- Pourquoi Dieu nous envoie-t-il ? Il n'a pas besoin de nous. S'il voulait juste que le message arrive vite et proprement, il pourrait l'écrire dans le ciel, envoyer des anges, ou toucher les cœurs directement. Franchement, tu es le moyen le moins fiable qu'il puisse choisir : tu bafouilles, tu as honte, tu te trompes.
- Alors s'il te choisit, c'est qu'il l'a décidé. Comme un parent qui fait un gâteau avec un enfant : l'enfant renverse la farine, casse les œufs à côté du bol, on met deux fois plus de temps. Si le seul but était le gâteau, on le ferait tout seul. Mais le vrai but, c'est aussi de passer ce moment avec l'enfant, de lui apprendre, de le voir grandir.
- Dieu fait pareil : son but est bien sûr que des perdus soient sauvés, mais il veut aussi te transformer en chemin. En te mettant « en mode envoyé », il te fait goûter à sa puissance, à sa force, à son cœur, il te fait devenir comme son Fils.
- Témoignage du prédicateur : arrivé dans un village du nord de la Côte d'Ivoire, malade du palu et de la typhoïde, découragé, ne parvenant pas à apprendre le Jula, il partage un jour l'Évangile, très mal. Personne ne comprend. La nuit même, à 2h du matin, un des auditeurs lui envoie un message : « Ton Jésus m'a parlé cette nuit et m'a montré toutes mes fautes. » Depuis 15 ans, il n'a jamais cessé d'en voir des exemples.
- Vérité spirituelle : tu veux voir des miracles, tu veux voir Dieu à l'œuvre ? Mets-toi en mode envoyé. C'est un cercle vertueux. Une église qui vit l'envoi est une église qui est bénie. Une église qui stagne finit par se regarder les uns les autres (« il a des grandes oreilles, celui-là »), et à se critiquer.
4. Vivre : connais ton poste : où est ton ambassade ?
- Un ambassadeur a un statut, mais aussi une adresse, un pays, une ville où il est en poste. Alors : où est ton ambassade ?
- Verset 20 : « Nous faisons donc fonction d'ambassadeur. » Au présent. Ce n'est pas un projet pour quand tu seras plus solide, quand tu connaîtras mieux ta Bible, quand tu auras lu de bons livres. C'est déjà vrai de toi, assis sur cette chaise.
- Pour certains, l'ambassade est au bout du monde. Pour beaucoup, elle est au bureau à 9h, sur le chantier, dans la salle des profs, à la pharmacie, dans la boutique, derrière le comptoir du restaurant, à l'école, sur le palier, dans l'ascenseur, dans ta famille, dans le groupe d'amis du samedi soir.
- Verset 18 : « Il nous a confié le ministère de la réconciliation. » On ne confie pas l'œuvre de sa vie à n'importe qui. Comme le père qui tend les clés à son fils : ce que le fils prend pour une corvée est la plus grande marque de confiance.
- La vraie question n'est pas « est-ce que je serai envoyé un jour ? » mais « est-ce que je vois enfin le terrain que je foule tous les jours pour ce qu'il est vraiment ?, un endroit où Dieu m'a placé pour le représenter, là où personne ne le fera à ma place. »
5. Vivre : comprends ton rôle : prier, aimer, parler
- Deux peurs à démonter d'abord. La honte, ce n'est pas la peur de mal m'y prendre, c'est la peur de ce qu'on va penser de moi, moqueries, catalogage, rejet. Un vrai ambassadeur vit en territoire étranger et il le sait : il ne sera pas aimé par tout le monde. Sa valeur ne dépend pas du pays où il est envoyé, mais de son roi. Le seul avis qui compte pour lui, c'est celui de sa cité céleste. La peur de l'échec vient d'une autre confusion : on croit qu'un ambassadeur débarque en assénant tout de suite pourquoi son pays est le meilleur. Va faire ça en Afghanistan pour la France, on verra le résultat.
- Rôle 1 : consulter. Le premier rôle d'un ambassadeur, c'est de rester en connexion permanente avec son pays d'origine. Il ne décide rien seul. Il demande, il écoute, il reçoit ses instructions. Traduction : est-ce que tu pries pour ton collègue, pour ton ami ? Watchman Nee, jeune converti en Chine, a écrit tous les noms de sa classe sur une feuille et a prié un par un pour chacun. Avant la fin de l'année, toute la classe s'est convertie. Il n'a pas commencé par un grand discours, il a commencé à genoux.
- Rôle 2 : être en relation. Le cœur du métier d'ambassadeur, ce ne sont pas les discours, ce sont les gens. Une statistique récente : 95 % des gens qui sont venus à Jésus l'ont fait via des relations au travail, 4 % via l'amitié, 1 % via une annonce directe. En 15 ans de partage de l'Évangile, une seule personne est venue par un partage direct, le reste, par des relations sincères. Aime les gens, prends du temps avec eux, ne les traite pas comme des cibles.
- Rôle 3 : parler. Oui, il y a un moment où il faut des mots. L'adage « le témoignage suffit, il ne faut pas parler » est une bêtise : le Saint-Esprit agit par la proclamation de l'Évangile. Mais la pression retombe dès qu'on comprend qu'on « fait un gâteau avec son Père céleste ». Tu casseras des œufs à côté du plat, Dieu peut faire le travail sans toi. Alors lance-toi. Une simple ouverture : lundi matin à la machine à café, dire « ce week-end, je suis allé à l'église ». C'est ce petit acte qui a ouvert, un an après, la porte pour que six collègues du prédicateur viennent à l'église.
6. Deux encouragements pour finir
- Pour celui qui pense qu'il est trop tard. « Ça fait dix ans que je suis dans cette boîte et personne ne sait que je suis chrétien. » C'est un piège du diable. Il n'est jamais trop tard pour un ambassadeur de reprendre son poste. Tu n'as pas à expliquer dix ans de silence ni à faire un grand discours pour rattraper le temps perdu. Commence demain : note leurs noms, prie pour eux, montre que tu les aimes, demande des occasions.
- Pour celui qui est découragé par le manque de résultat. Le rôle de l'ambassadeur n'est pas dans le résultat mais dans le fait de porter le message. L'arrière-grand-père du prédicateur, Evan Short, est parti à Kairouan en Tunisie à la fin du 19e siècle. Il y a passé 40 ans de ministère sans voir un seul converti. Aujourd'hui, il y a des églises en Tunisie. Nous ne sommes qu'un maillon d'une longue chaîne. Certains ambassadeurs ne voient pas des résultats, celui d'après les aura.
Points à retenir
- « Envoyé » n'est pas une corvée ajoutée aux bénédictions ; c'est une facette entière de la bonne nouvelle. La dernière parole de Jésus n'est pas « vivez comme des pardonnés » mais « allez ».
- Envoyé, c'est un statut, pas une tâche. Être uni à Christ, c'est être une nouvelle créature dont la nature même est tournée vers les autres.
- Dieu ne t'envoie pas parce qu'il a besoin de toi, il l'a choisi. En chemin, il te fait le connaître, il te fait grandir, il te fait devenir comme son Fils.
- Ton ambassade, c'est là où tu mets les pieds tous les jours. Bureau, chantier, école, palier, famille, Dieu t'a placé là pour le représenter, et personne ne le fera à ta place.
- Le rôle d'ambassadeur se joue dans trois pratiques : prier pour ceux que Dieu a mis sur ton chemin, aimer sincèrement, parler quand l'ouverture arrive.
- Il n'est jamais trop tard pour reprendre le poste. Et le résultat n'est pas ta responsabilité, porter le message l'est.
Application personnelle
- Est-ce que je vis « envoyé » comme un statut permanent ou comme une case à cocher que je remets à plus tard, quand je serai plus solide ?
- Où est concrètement mon ambassade cette semaine, quels sont les visages précis que Dieu m'a mis en poste devant ?
- Ai-je noté quelque part les noms de trois collègues, amis ou membres de ma famille pour qui je prie régulièrement ? Sinon, je le fais aujourd'hui.
- Est-ce que ma présence à mon travail ou dans mon quartier est purement fonctionnelle, ou est-ce que je prends le temps d'aimer et de créer du lien sincère ?
- Quelle peur me tient en retrait, la honte du regard des autres, la peur d'échouer, la peur de ne pas trouver les mots ? Est-ce que je peux, cette semaine, faire un petit premier acte d'ambassadeur (dire simplement que je suis allé à l'église, par exemple) ?
Versets cités
- 2 Corinthiens 5.14-21 · Ambassadeurs pour Christ
- Jean 20.21 · Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie
- Jean 17.18 · Je les ai envoyés dans le monde
- Marc 16.15 · Allez dans le monde entier
Questions fréquentes
Si je ne partage jamais ma foi, est-ce que je perds mon salut ?
Non. L'envoi ne te sauve pas, c'est Dieu qui a tout fait par la croix et la résurrection de Jésus, et prétendre l'inverse reviendrait à dire qu'on est sauvé par ses œuvres. Mais la Bible enseigne qu'on ne peut pas être vraiment sauvé sans devenir un envoyé. Celui qui est uni à Christ est une nouvelle créature, dont la nature même est tournée vers les autres. Alors la vraie question n'est pas « vais-je perdre quelque chose ? » mais « est-ce que je suis en train de passer à côté de la puissance de Dieu à l'œuvre dans ma vie ? »
Je ne sais pas bien parler, je bafouille, je ne connais pas assez la Bible : Dieu peut-il quand même se servir de moi ?
Oui. Il choisit précisément le moyen le moins efficace pour te transformer en chemin. Ton rôle d'ambassadeur commence par consulter (prier) et aimer (créer du lien sincère). Le parler vient après, et il commence par ce que Jésus a fait dans ta vie, quelque chose que personne ne peut te contester. Un « je suis allé à l'église ce week-end » à la machine à café peut ouvrir plus de portes qu'un long exposé théologique. Tu apprendras en le faisant, comme l'enfant qui casse des œufs à côté du bol avant d'apprendre à les casser dedans.
Ça fait des années que j'essaie et je ne vois aucun résultat. Faut-il abandonner ?
Non. Le rôle de l'ambassadeur n'est pas dans le résultat, il est dans le fait de porter fidèlement le message. Evan Short, missionnaire à Kairouan en Tunisie, a servi 40 ans sans un seul converti. Il y a aujourd'hui des églises en Tunisie. Nous ne sommes qu'un maillon d'une longue chaîne. Continue à prier, à aimer, à parler quand l'ouverture arrive, et laisse à Dieu le fruit qu'il choisira de faire porter, quand et par qui il voudra.
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