Introduction
Le pardon, quand on l'entend prêcher, produit souvent deux réactions : l'admiration et le silence. Admiration pour ceux qui l'ont vécu jusqu'au bout, comme ce mari missionnaire dans le sud du Liban qui, après l'assassinat de sa femme Bonnie, a déclaré aux médias : « Je pardonne à quiconque a fait cela. Cela n'enlève pas la douleur. C'est un pardon coûteux. Cela a coûté ma femme. Je crois que Jésus est mort pour nous. » Et silence, parce qu'au fond, on se sait très loin d'un tel pardon. Dans la parabole du débiteur impitoyable (Matthieu 18.21-35), Jésus t'invite à comprendre pourquoi le pardon est possible, et pourquoi tu peines encore à le vivre.
Plan du message
1. La raison du pardon : la parabole comme miroir
- Pierre pose une question à Jésus : « Combien de fois devrai-je pardonner à mon frère ? Jusqu'à sept fois ? » À l'époque, la tradition rabbinique (attestée dans le Talmud babylonien) enseignait qu'on pardonnait trois fois, mais pas la quatrième. Pierre pense donc déjà pousser la limite très loin.
- Jésus lui répond : « Non, pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois. » Il ne demande pas de tenir un compte jusqu'à 490. Il dit à Pierre : « Arrête de tenir des comptes. Le pardon doit être le mode de ta vie. »
- Pour faire comprendre cela, Jésus raconte une histoire. Il ne réprimande pas Pierre, il ne le culpabilise pas, il touche son cœur, comme le prophète Nathan avait touché le cœur de David avec l'histoire du riche qui vole la brebis du pauvre. Le premier réflexe est : « C'est horrible, c'est un ingrat, c'est absurde. » Puis Jésus retourne le miroir : ce serviteur, ça peut être toi.
- La conclusion (v. 35) éclaire toute l'histoire : « Voilà comment mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas du fond du cœur à son frère. » L'histoire doit être relue à la lumière de ce que Dieu a fait pour toi.
2. La dette impossible et la grâce reçue
- Le serviteur devait 10 000 talents, soit 60 millions de pièces d'argent : environ 200 000 ans de salaire, l'équivalent des impôts de quatre provinces romaines. Jésus prend exprès une somme volontairement irremboursable.
- Cette dette impossible est l'image de la tienne devant Dieu. Ce n'est pas une dette d'argent, c'est une dette morale et spirituelle. Tu dois à Dieu non seulement tes mauvaises actions, mais tout le bien que tu n'as pas fait, et surtout le fait que spontanément, tu vis pour toi-même plutôt que pour lui.
- Ta dette, ce n'est pas seulement ce que tu fais ou ce que tu ne fais pas, c'est ce que tu es. C'est une rupture profonde avec Dieu, que tu ne peux pas réparer toi-même.
- Et pourtant, verset 27 : « Pris de pitié pour lui, son maître le renvoya libre après lui avoir remis toute sa dette. » Il n'a rien payé. Il ne méritait rien. C'est exactement l'Évangile : Dieu t'a aimé, il t'a fait grâce, il a remis toute la dette au prix du sacrifice de Jésus sur la croix, qui a pris sur lui le jugement que tu méritais.
3. L'absurdité de refuser de pardonner
- À peine sorti, ce serviteur libéré tombe sur un compagnon qui lui doit 100 pièces d'argent, l'équivalent de 3 mois de salaire. Ce n'est pas rien, c'est une vraie dette. Mais entre 60 millions et 100, la différence est délibérée. Et lui, il le saisit à la gorge. Des auteurs romains rapportaient qu'il n'était pas rare que des créanciers tordent le cou à leurs débiteurs jusqu'à ce que le sang leur sorte du nez.
- Le scandale est évident. On le ressent tous. C'est exactement le même scandale, la même absurdité, quand toi, chrétien, tu refuses de pardonner à quelqu'un alors que Dieu t'a tout pardonné en Jésus-Christ.
- Paul le dit dans Éphésiens 4.32 : « Soyez bons et compréhensifs les uns envers les autres. Pardonnez-vous réciproquement comme Dieu vous a pardonné en Christ. »
- Imagine quelqu'un à qui on a donné une lampe de poche pour entrer dans une pièce sombre, et qui refuse de l'allumer parce qu'« elle est à moi ». C'est la même absurdité que d'avoir compris l'Évangile et de ne pas laisser cette grâce briller sur tes relations. La grâce reçue de Jésus doit circuler dans tes relations, sinon c'est incomplet.
- Le principe s'applique d'abord entre chrétiens (le contexte de Matthieu 18), mais il déborde : pardonner à un croyant, c'est préserver la communion avec Dieu ; pardonner à un non-croyant, c'est devenir un témoignage vivant de l'Évangile. Dans les deux cas, tu es appelé à pardonner.
4. Pourquoi le serviteur : et toi, ne pardonne pas
- Il a réagi à chaud. « À peine sorti », il saisit l'autre à la gorge. Pour ceux qui ont un caractère sanguin, quand on a mal, le réflexe c'est de faire mal. « Je n'ai jamais regretté d'avoir attendu pour donner suite à une offense. Par contre, j'ai rarement bien réagi à chaud. » Il faut prendre du temps, non pour ruminer, mais pour se souvenir de qui l'on est et de ce que Dieu a fait pour nous.
- Il a cru que pardonner était un signe de faiblesse. « Si je pardonne, je m'abaisse, je cède, je me laisse marcher dessus. » C'est une erreur de perception. Le serviteur n'est pas fort, il est enchaîné. Chaque refus de pardonner est une chaîne qui t'attache à celui qui t'a offensé. Ta colère te domine, et tu deviens l'esclave de ton ressentiment. Qui est prisonnier ? Toi, pas ton collègue. C'est toi qui portes la chaîne. Pardonner, c'est un acte de liberté.
- Il a cru que le pardon était une récompense. « Il ne le mérite pas. » Mais le pardon n'est pas un sentiment ni une récompense, c'est un acte d'obéissance. Tu ne pardonnes pas parce qu'il le mérite, tu pardonnes parce que Jésus mérite que tu reflètes sa grâce.
- Il a confondu pardon, réconciliation et confiance. Le pardon, c'est libérer la rancune et s'engager à ne pas se venger. La réconciliation, c'est restaurer la communion relationnelle : elle dépend de la repentance de l'autre. La confiance, elle se reconstruit par degrés, avec sagesse. Un chrétien pardonne inconditionnellement, mais une relation brisée ne peut être restaurée sans que l'autre reconnaisse sa faute. « Pardonne librement, libère la rancune, engage-toi à ne pas te venger, réconcilie-toi si c'est possible, et reconstruis la confiance avec sagesse. »
- Il a voulu garder la justice dans ses mains. Le serviteur n'est jamais allé voir le roi, il n'a jamais parlé de sa blessure au maître. Pardonner ne signifie pas que la justice ne sera pas faite. Rappelle-toi : Dieu ne t'a pas pardonné en ignorant la justice. Jésus est mort sur la croix. La justice s'est appliquée à Jésus. Dieu ne te demande pas de renoncer à la justice, il te demande de lui faire confiance à lui pour la justice.
- Il a marché seul. Les autres compagnons de service étaient « profondément attristés » par la situation, mais lui ne leur a rien dit. Souvent, tu ne peux pas pardonner tout seul. Tu as besoin de compagnons de service qui sont attristés (non pas de gens qui se réjouissent des conflits), pour prier avec toi, te conseiller, te porter dans le processus. Même un pasteur a besoin d'aide pour se réconcilier avec quelqu'un.
5. Ce que le pardon n'est pas : et ce qu'il est
- Le pardon n'est pas nier le mal subi. Jésus donne exprès une petite dette de 100 pièces : c'est petit par rapport à 60 millions, mais c'est quand même 3 mois de salaire, une vraie dette, un vrai tort, une vraie douleur. Dieu ne minimise jamais le mal que tu as subi.
- Le pardon n'est pas oublier. Le pardon, c'est reconnaître : « J'ai mal. Je reconnais la douleur. Mais je pardonne, parce que le pardon libère mon cœur. » Pardonner, c'est remettre la dette entre les mains du roi.
- Le pardon n'est pas non plus un pardon « à contre-cœur », ce que Jésus refuse au verset 35 : « Si chacun de vous ne pardonne pas du fond du cœur. » Combien de fois dit-on « je te pardonne »… avant d'aller critiquer la personne derrière son dos ? « Tu sais ce qu'il m'a fait ? Tu sais ce qu'il m'a fait ? » C'est encore imposer sa propre justice, cette fois par le pouvoir de la langue.
- Le pardon, c'est aussi apprendre à parler à Dieu de sa blessure. « Dieu, j'ai été blessé. C'est injuste. S'il te plaît, libère-moi de la rancune. Je n'y arrive pas. Exerce ta justice à toi. Je veux te faire confiance. » Une personne disait un jour à un pasteur : « Tu ne peux pas dire que je peux pardonner. » Réponse : « Toi, tu ne peux pas pardonner. Mais Dieu en toi peut produire le pardon. » La question devient alors : est-ce que tu veux que Dieu produise ce pardon en toi par son Saint-Esprit ?
Points à retenir
- Jésus ne demande pas 490 fois, il demande d'arrêter de tenir des comptes. Le pardon doit devenir le mode de ta vie chrétienne.
- Ta dette envers Dieu était irremboursable, et pourtant elle a été effacée à la croix. C'est ce fondement (pas ta force morale), qui rend le pardon possible envers les autres.
- Refuser de pardonner n'est pas de la force, c'est une chaîne. C'est toi qui restes prisonnier, pas celui qui t'a offensé.
- Pardon, réconciliation, confiance ne sont pas la même chose. Pardonne toujours ; réconcilie-toi si c'est possible ; reconstruis la confiance avec sagesse.
- Pardonner ne veut pas dire renoncer à la justice : ça veut dire déposer la justice entre les mains du roi.
- Tu n'es pas obligé de pardonner tout seul. Fais-toi accompagner par des compagnons de service qui aiment Dieu et sont attristés par la situation.
- La bonne prière, ce n'est pas seulement « Seigneur, aide-moi à pardonner » ; c'est aussi « Seigneur, fais-moi comprendre encore plus ce que tu as fait pour moi. » Plus tu comprends l'Évangile, plus le pardon coule de ta vie.
Application personnelle
- Quand quelqu'un te critique, te blesse ou te trahit, quelle est ta première réaction spontanée : rancune, colère, désir de revanche ? Ou est-ce que tu te rappelles ce que Jésus a payé pour toi ?
- Sans aller tout de suite dans les grandes blessures de ta vie : regarde ton quotidien avec ton conjoint, tes enfants, tes collègues, tes voisins. Où le pardon est-il absent ? Où la grâce de Jésus n'a-t-elle pas circulé ?
- Y a-t-il une personne à qui tu « pardonnes » en apparence, mais que tu continues à critiquer derrière son dos ? Ce n'est pas encore un pardon du fond du cœur.
- As-tu déjà pris le temps de parler à Dieu d'une blessure précise, pas juste de la ruminer, mais de la lui déposer et de lui demander de la justice ?
- Confonds-tu peut-être pardon et réconciliation ? Pardon et confiance à 100 % ? Y a-t-il une situation où cette confusion t'empêche de faire le premier pas ?
- Y a-t-il un compagnon de service (un ami mûr, un responsable d'église), que tu pourrais appeler cette semaine pour t'aider à porter une blessure que tu portes seul depuis trop longtemps ?
Versets cités
- Matthieu 18:21-35 · La parabole du débiteur impitoyable
- Éphésiens 4:32 · « Pardonnez-vous réciproquement comme Dieu vous a pardonné en Christ »
- 2 Samuel 12 · Nathan et David : la parabole de la brebis
- Matthieu 18:15-17 · La démarche du pardon entre frères
- Proverbes 11:14 · « Le salut se trouve dans un grand nombre de conseillers »
- 2 Corinthiens 5:18-19 · « Nous avons le ministère de la réconciliation »
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Questions fréquentes
Est-ce que pardonner veut dire oublier ou minimiser ce qu'on m'a fait ?
Non. La parabole prend soin de mentionner une vraie dette (100 pièces, environ 3 mois de salaire), pour montrer que Dieu ne minimise jamais le mal subi. Pardonner, ce n'est pas dire « ce n'est rien », ni faire comme si de rien n'était. C'est reconnaître : « J'ai mal, la douleur est réelle, mais je choisis de libérer la rancune, de m'engager à ne pas me venger, et de remettre cette dette entre les mains du roi. » Le pardon libère ton cœur sans effacer la vérité de ce que tu as vécu.
Est-ce que je dois faire confiance à nouveau à la personne qui m'a fait du mal ?
Il faut distinguer trois choses. Le pardon, tu le donnes toujours, c'est un acte d'obéissance à Christ. La réconciliation, elle, dépend de la repentance de l'autre : Dieu lui-même a offert son pardon à tous par la croix, mais réconcilie ceux qui se repentent. La confiance, enfin, se reconstruit avec sagesse, par degrés. Vouloir du bien à quelqu'un, c'est parfois ne pas lui accorder immédiatement sa pleine confiance, pour son bien à lui, et pour protéger les autres. Pardonner librement, mais reconstruire la confiance sagement, ce n'est pas incohérent : c'est biblique.
Que faire quand je n'y arrive vraiment pas ?
Deux choses. D'abord, arrête d'essayer de pardonner tout seul par ta force : dis honnêtement à Dieu « je n'y arrive pas, produis en moi ce pardon par ton Saint-Esprit. » Toi, peut-être, tu ne peux pas, mais Dieu en toi peut. Ensuite, ne marche pas seul. Trouve des compagnons de service qui sont vraiment attristés par la situation (pas des amis qui alimentent les conflits), et laisse-les prier avec toi et te conseiller. Et la prière la plus profonde, ce n'est pas seulement « Seigneur, aide-moi à pardonner », c'est « Seigneur, fais-moi comprendre encore plus ce que tu as fait pour moi ». Plus l'Évangile devient clair dans ton cœur, plus le pardon coule naturellement vers les autres.
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