Introduction
1 Corinthiens 7 fait partie de ces textes qui peuvent devenir dangereux si tu les lis mal. Non pas dangereux en eux-mêmes, mais parce qu'ils peuvent activer chez toi de mauvais réflexes : le légalisme, l'activisme, l'idée que la vie chrétienne se résume à une liste de « tu dois » et « tu ne dois pas » sur la vie affective. Dans ce message prêché le 21 juin 2026 à partir de 1 Corinthiens 7.25-40, Jacques Nussbaumer, enseignant en théologie à la Faculté de Vaux-sur-Seine et membre de la commission de service et de référence des CAEF, t'invite à un tout autre chemin : apprendre à lire ces versets à la lumière de l'Évangile pour découvrir la vraie liberté chrétienne, autant dans le mariage que dans le célibat.
Plan de l'article
1. Deux repères pour lire la Bible sans se braquer
Le prédicateur commence par deux remarques générales sur la manière d'aborder l'Écriture, et en particulier les épîtres.
Premier repère : certains textes sont difficiles, et ce n'est pas grave. Le verset 36 de 1 Corinthiens 7 en est un bon exemple. La Bible du Semeur traduit : « Mais si quelqu'un craint de mal se comporter envers la jeune fille qui lui est destinée… » Elle précise en note qu'on peut aussi traduire : « Si quelqu'un juge manquer aux convenances envers sa fille parce qu'elle a passé l'âge… » Rien à voir. S'agit-il d'un homme qui se demande s'il doit s'engager lui-même dans une relation maritale, ou d'un père qui réfléchit à marier ou non sa fille ? On peut défendre les deux à partir du texte grec.
Ce genre de difficulté n'affecte ni l'autorité ni la pertinence de l'Écriture. La Bible n'est pas une parole magique : elle est Parole de Dieu et parole d'homme. Ta compréhension normale de l'Écriture doit intégrer le fait qu'il y a régulièrement des difficultés d'interprétation, et parfois plusieurs interprétations possibles d'un même passage. C'est le texte biblique qui fait autorité, pas l'interprète. Il faut donc être prudent et modeste avec tes interprétations, et ne pas te braquer trop vite sur des versets difficiles. C'est aussi un exercice spirituel : tu tends parfois à confondre la foi et les certitudes, alors que Dieu te conduit d'abord sur un chemin de foi et de confiance, à partir de ce qui est clair dans l'Écriture.
Deuxième repère : la Bible parle depuis un contexte, à un contexte. Si on comprend que Paul parle d'un père mariant sa fille, on reconnaît que la plupart d'entre nous ne se retrouvent plus dans cette situation. On ne marie plus nos enfants ; ils se marient dans une alliance libre et volontaire, et pour bien des raisons c'est tant mieux du point de vue chrétien. Cela rappelle que la Bible contient de nombreuses instructions qui concernent un autre contexte et qu'il n'est pas question de les appliquer telles quelles.
Quand tu lis une épître de Paul, il écrit dans un contexte, pour ce contexte : ici, celui de la ville de Corinthe au premier siècle. Ce qu'il est important de percevoir, c'est comment Paul réfléchit à la vie chrétienne à partir de l'Évangile. Sa logique n'est pas de dicter de nouvelles règles, mais d'aider les chrétiens à se demander : comment convient-il de comprendre et d'interpréter Jésus-Christ et son message dans ce contexte particulier ? Cette même question fondamentale se pose à toi aujourd'hui : comment interpréter Jésus-Christ et son message dans ton contexte moderne, français, parisien ?
Plus tu apprends à lire la Bible ainsi, moins tu seras tenté par le légalisme. Pour Paul, l'Évangile est libérateur. Tu es sauvé par grâce au moyen de la foi : il n'est plus question d'essayer de suivre des règles pour plaire à Dieu. Toute ta pensée doit apprendre à vivre dans cette liberté.
2. Le cœur du passage : une sagesse de vie à la lumière de l'Évangile
Dans une société hypersexualisée qui pousse certains à définir leur identité prioritairement par leur orientation sexuelle, quel soulagement de rappeler que ce qui te définit le plus fondamentalement, ce n'est pas ta vie sexuelle, c'est l'Évangile de Jésus-Christ. Ton identité est en lui, et toute ta vie est en lui.
Sur ce socle, Paul aborde le célibat et le mariage. Sa réponse s'appuie d'abord sur un discernement du temps : il évoque « les détresses de l'heure présente » (v. 26), avertit que « le temps est limité » (v. 28), rappelle que « le présent ordre des choses va vers sa fin » (v. 31). Pour prendre une métaphore un peu bateau : Paul leur dit, « les amis, l'iceberg est devant nous, le Titanic va couler. Voyagez léger et ne vous engagez pas dans des liens qui vous retiendraient sur le bateau. » Il souhaite les savoir « libres de toute préoccupation » (v. 32), pour qu'ils soient « entièrement dévoués au service du Seigneur » (v. 35).
Cette analyse du temps présent ne concerne pas seulement le mariage : aux versets 30 et 31, c'est l'ensemble des choix de vie des chrétiens qui est placé sous cette lumière. La sagesse chrétienne passe par un discernement du temps à l'horloge de Jésus-Christ. Devant un projet immobilier à Paris, tu peux te demander : est-ce que ce choix te permet de rester connecté à ton église, de soutenir financièrement les serviteurs de Dieu, de participer à la vie du peuple de Dieu ? Devant un choix professionnel, tu peux voir un frère refuser une promotion pour préserver un temps de service dans l'église ; un autre au contraire progresser dans sa carrière pour soutenir la mission ou témoigner dans une grande entreprise. La question, c'est : quelle est ta lecture spirituelle du temps, et comment cela t'aide-t-il à décider avec sagesse ?
Concrètement, pour le mariage : tu veux te marier, très bien. Mais tu n'es pas non plus tenu de te marier. Les célibataires ont trop souvent entendu la phrase « c'est bientôt ton tour » lors d'un mariage. Il n'y a pas d'obligation. Les attentes sociales, familiales ou culturelles doivent rester en dessous de ta liberté chrétienne, la liberté de celles et ceux qui sont d'abord serviteurs et servantes du Seigneur. Il y a aujourd'hui un nombre important de célibataires dans nos églises, et il est essentiel de les valoriser plutôt que de les dévaloriser. Le célibat n'est pas un statut inférieur. Pour certains, c'est un don imposé par la vie ; d'autres le vivent bien : aucune raison de les pousser au mariage.
3. Les versets 36-38 : ferme résolution, sans contrainte, pleine possession
Les versets 36 à 38 sont difficiles à traduire. Le prédicateur retient dans le verset 37 trois éléments que Paul relie à la liberté chrétienne : « ferme résolution », « sans y être contraint », « dans la pleine possession de sa volonté ». À l'époque, tous n'avaient pas cette liberté : les esclaves n'étaient pas toujours libres de leur mariage, et on connaissait les mariages arrangés. Paul examine toujours comment la liberté chrétienne peut se déployer dans le contexte réel de ses lecteurs.
Et alors que tu vis dans une société avec d'incroyables libertés jamais connues dans l'histoire, ce que Paul évoque ici t'interpelle. Quand on voit la pression culturelle et publicitaire qui pousse à dépenser des sommes indécentes pour une robe et une seule journée de fête, on peut interroger la liberté dans le Seigneur. Plus profondément, il y a des ressemblances troublantes entre Corinthe et notre milieu évangélique. À Corinthe, certains étaient tentés par une forme d'ascétisme (7.1) ; en même temps, il y avait de la débauche et même un inceste (chapitre 5). On retrouve un contraste analogue dans nos milieux.
Le prédicateur, la cinquantaine, évangélique et fils de pasteur, connaît un peu l'envers du décor. La question des interdits en matière conjugale et sexuelle a longtemps eu tendance à devenir obsessionnelle chez les évangéliques : les règles « tu dois, tu ne dois pas » l'ont emporté sur l'éducation à la liberté chrétienne. Le cadre que Dieu donne pour la vie affective, c'est bien l'alliance du mariage : non sous la forme d'une contrainte, mais comme un espace sécurisé où expérimenter et développer la vie affective. Or on a beaucoup insisté sur les interdits, et beaucoup moins sur les conditions pour que ce cadre soit vraiment sécurisé.
On découvre depuis quelques années combien nos églises, avec leur discours parfois pudibond, étaient aussi remplies de violence conjugale, de viols conjugaux, d'incestes et d'abus sexuels de tous ordres. Pire, un certain nombre de ces abus ont parfois été couverts par les responsables, surtout s'ils concernaient des gens bien en vue. C'est une honte pour le peuple de Dieu. Aujourd'hui, il faut tenir un langage vrai sur le passé et un langage clair pour l'avenir. Il faut insister avec force sur le respect de la volonté du conjoint : « ferme résolution sans contrainte ». Il n'y a pas d'obligation ou de devoir conjugal qu'on pourrait imposer par la force physique ou psychologique. Il est encore plus inimaginable de contraindre un enfant, un jeune homme ou une jeune fille à accepter des relations imposées par un parent, un ami, un pasteur, un responsable de groupe de jeunes. Cela doit être impossible au sein du peuple de Dieu.
Le CNEF a mis en place le service Stop Abus pour accompagner les victimes d'abus dans les églises. Mais au-delà de la dénonciation, il faut éduquer et promouvoir une véritable liberté chrétienne, centrée sur le service du Seigneur et à l'image du Seigneur lui-même : infiniment respectueuse des limites que pose la dignité du prochain, que ce soit ton conjoint, un enfant ou quelqu'un d'autre.
Points à retenir
- Lire la Bible, c'est apprendre à réfléchir d'abord à partir de Jésus-Christ. Le sens d'un texte biblique pour toi sera toujours un sens déterminé à la lumière de l'Évangile.
- La foi n'est pas la certitude. Dieu te conduit sur un chemin de confiance, à partir de ce qui est clair dans l'Écriture, sans exiger que tu maîtrises toutes les interprétations.
- Mariage et célibat sont deux chemins également valides. Aucun n'est un statut inférieur, aucun ne s'impose comme un devoir ; les deux sont des contextes d'exercice du service chrétien dans la liberté des enfants de Dieu.
- Discerner le temps est un acte spirituel. Tes grands choix (logement, carrière, engagements) méritent d'être relus à la lumière de l'Évangile et du moment que traversent ton église et ton contexte.
- La liberté chrétienne est infiniment respectueuse de l'autre. Elle exclut toute forme de contrainte physique ou psychologique dans la vie affective et sexuelle, dans le mariage comme en dehors.
Application personnelle
- Devant un texte biblique difficile, est-ce que tu cherches trop vite une certitude, au lieu d'accueillir humblement que plusieurs interprétations peuvent exister sans que l'autorité de l'Écriture ne soit remise en cause ?
- Quels sont les grands choix (mariage, célibat, logement, carrière, engagements) que tu as faits ou envisages de faire ? Peux-tu les relire à la lumière du temps que traverse ton église et de l'Évangile ?
- Comment ton église ou ta communauté traite-t-elle les personnes célibataires ? Est-ce qu'elle exerce des pressions, ou reconnaît-elle pleinement la valeur de leur chemin ?
- Dans ta vie de couple, dans ta famille ou dans ton entourage, laisses-tu place à la « ferme résolution, sans contrainte » de l'autre ? Y a-t-il des zones où tu dois désapprendre l'obligation pour laisser place au respect ?
- Ton attachement au Seigneur est-il « sans partage » (v. 35), ou d'autres priorités tirent-elles ton cœur au point de nuire à ta libre consécration ?
Versets cités
- 1 Corinthiens 7.25-40 · texte principal du message
- 1 Corinthiens 7.1 · tentation d'ascétisme à Corinthe
- 1 Corinthiens 5 · la débauche dénoncée par Paul
- 1 Corinthiens 6 · contexte du chapitre précédent
FAQ
Que dit vraiment 1 Corinthiens 7.25-40 sur le mariage et le célibat ?
Paul y répond à des questions concrètes des Corinthiens à partir de l'Évangile. Il rappelle que se marier n'est pas un péché, ne pas se marier non plus, et que les deux chemins sont bons. Sa préoccupation première n'est pas de dicter une règle universelle mais d'aider les chrétiens à rester libres pour le Seigneur dans un temps qu'il perçoit comme court et difficile.
Pourquoi certains versets, comme 1 Corinthiens 7.36, peuvent-ils être traduits de deux manières différentes ?
Parce que le texte grec est ambigu. Selon les mots retenus, il peut s'agir d'un homme qui hésite à se marier lui-même ou d'un père qui hésite à marier sa fille. Ces incertitudes de traduction ne remettent pas en cause l'autorité de l'Écriture : elles rappellent que la Bible est Parole de Dieu et parole d'homme, à lire avec humilité et en communauté.
Comment l'Église peut-elle mieux accueillir les personnes célibataires ?
En arrêtant de considérer le célibat comme un statut inférieur ou une étape à dépasser. En cessant les phrases comme « c'est bientôt ton tour ». En valorisant le service que les célibataires peuvent rendre au Seigneur avec cette liberté particulière que décrit Paul aux versets 32-35, et en leur confiant pleinement les responsabilités auxquelles ils sont appelés.
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