Introduction
Pour ce culte de Noël, Étienne, pasteur principal, ouvre l'assemblée avec une question toute simple : « Qu'est-ce qui fait ta joie ? » Il te renvoie à ces joies que tu connais bien (Noël en famille, un concert, un match, une personne qu'on aime retrouver), et il ose ajouter une remarque moins réjouissante : toutes ces joies ont quelque chose d'éphémère.
La montée vers le 24 au soir, l'excitation, les lumières, et puis début janvier où tout redescend. Tu vois de quoi il parle. Faut-il alors cesser d'espérer une joie durable pour ne plus être déçu ? Devenir sec, blindé, ironique ? Étienne répond : que Dieu nous en garde. Parce que dans Ésaïe 12.1-6, il y a la promesse d'une joie irremplaçable, offerte par un Dieu irremplaçable.
Cette prédication te propose de dépasser tes présupposés pour aller regarder ce que ce petit chapitre annonce : d'où vient cette joie, ce qu'elle produit, et pourquoi elle rejoint ton aujourd'hui.
Plan de l'article
- Une joie irremplaçable : pourquoi celles que tu connais s'usent
- Ce qui produit cette joie (v. 1) : reconnaître que le mal est aussi en toi
- La surprise du verset 1 : le Dieu qui juge est aussi celui qui pardonne
- Ce que cette joie produit (v. 2 à 5) : confiance, allégresse, transmission
- Le verset 6 : Dieu au milieu de la ville qu'il vient bâtir
- La connexion avec Noël : le paratonnerre de Dieu planté à Jérusalem
- Aujourd'hui, ici : le « jour » et le « lieu » du texte, c'est maintenant
1. Une joie irremplaçable : pourquoi celles que tu connais s'usent
Étienne enfonce une porte ouverte : tu aspires à la joie. Et pourtant, tes joies actuelles ont un défaut, elles s'épuisent. La montée joyeuse vers Noël est un bon exemple. En Alsace, dit-il (parce qu'il est alsacien), , il y a les petits gâteaux, les lumières, les marchés, la famille qui revient, le vin chaud. Le 24 au soir et le 25 au matin sont particulièrement précieux. Puis ça redescend. Et lui, il déteste début janvier.
Tu peux décliner l'exemple : un concert, un match au Stade de France, une relation forte, une personne aimée qu'on retrouve. On vit un moment intense, puis vient le moment de dire au revoir, et ça pique un peu. La joie est réelle, mais elle est courte.
Fallait-il alors devenir méfiants, ne plus rien attendre pour éviter la déception ? Étienne renverse la table. Quand un être aimé débarque dans ta vie, il illumine même le plat de jambon-pâtes du quotidien. Avec Dieu, dit-il, c'est « ça 2.0 », « ça 3XL ». D'une manière plus profonde, plus vraie, plus durable, il existe une joie qui vient irriguer tous les détails de ta vie. Une joie présente jusque dans les moments pas si joyeux. Une joie qui n'est pas guillerette ni éphémère, mais profonde et véritable. Seul le Dieu irremplaçable peut te donner une joie irremplaçable.
2. Ce qui produit cette joie (v. 1) : reconnaître que le mal est aussi en toi
Le prophète Ésaïe a écrit environ 750 ans avant Jésus. Il ouvre le chapitre 12 par une parole surprenante : « Je te célèbre, Éternel, car tu as été irrité contre moi ; ta colère s'est détournée, et tu m'as consolé. »
Premier présupposé à dépasser, prévient Étienne : le « je le savais », Dieu en colère, le Dieu vengeur médiéval, celui qui fait peur. Il aime à répondre : heureusement qu'on s'est libérés de ce dieu-là… parce que ce n'est pas le Dieu de la Bible. C'est peut-être le Dieu qu'on a voulu faire croire, mais pas celui qu'Ésaïe présente.
La colère dont parle le verset est appropriée. Elle vient de ce que, pour Dieu, le mal est vraiment mal. Ça le fâche. Et (bonne nouvelle), Dieu ne dit pas « OK avec le mal », petit ou grand, dans ta vie ou dans l'univers. Il est déterminé à y mettre un terme. C'est une bonne nouvelle fondamentale de l'Évangile.
Sauf, ajoute Étienne, « si le mal est en moi ». C'est difficile à accepter, il le sait. Notre culture s'est construit des narratifs qui altèrent notre jugement sur le bien et le mal. Prends le Père Noël : cadeaux pour les gentils, punition pour les méchants. Cela suppose qu'il y aurait des gentils d'un côté et des méchants de l'autre. Or l'humanité ne se trie pas comme ça. Le soir, devant la glace, quand tu repasses ta journée avec honnêteté, tu reconnais que le mal n'est pas seulement dans l'autre : il est aussi en toi.
Étienne appelle cela « le syndrome du cycliste parisien » : intransigeant avec ceux qui te coupent la route, tolérant et compréhensif quand c'est toi qui es en faute. Ce même syndrome pourrit ton quotidien : voisinage, travail, couple, famille, amitiés. Et même dans ta relation avec Dieu, il est plus facile de blâmer Dieu que d'accepter que le mal soit aussi en toi.
L'honnêteté sur soi est essentielle. Regarde le tête-à-tête d'Ésaïe avec Dieu : « Tu as été irrité contre moi. Ta colère s'est détournée. Tu m'as consolé. » Il a fallu que cet homme arrête les faux-semblants et reconnaisse qu'il était en faute devant le Dieu de la vie et du bien, celui qui ne tolère pas plus le mal que tu subis que le mal que tu commets. C'est ça, la justice équitable de Dieu.
3. La surprise du verset 1 : le Dieu qui juge est aussi celui qui pardonne
Il y a une seconde surprise dans ce même verset. Le Dieu qui sonde les cœurs, qui ne supporte pas le mal, qui juge le mal dans sa colère, est aussi le Dieu qui pardonne. « Tu as été irrité contre moi, mais ta colère s'est détournée. Tu m'as consolé. »
Ce Dieu juste, qui juge le mal, pardonne à quiconque vient à lui, se détourne du mal et lui demande grâce. Il pardonne gratuitement, sans compter, et il couvre tout ce que tu as fait. Cela, dit Étienne, c'est le cœur battant, le moteur de la joie chrétienne. Sans cette réconciliation, la joie que promet Ésaïe ne serait qu'un vernis. Avec elle, la joie devient un style de vie.
4. Ce que cette joie produit (v. 2 à 5) : confiance, allégresse, transmission
Les versets suivants décrivent les effets concrets de cette joie, sur toi et sur ceux qui t'entourent.
Une relation personnelle joyeuse. Au verset 2, cet homme, cette femme s'exclame : « Voici le Dieu de mon salut, j'aurai confiance et je n'aurai pas peur, car l'Éternel est ma force et mon cantique ; il est devenu mon salut. » Premier fruit : la confiance à la place de la défiance. Tu n'as plus à craindre un dieu vengeur qui terrorise, c'est un Père. C'est pour cela qu'on prie « Notre Père ». Le refus de se reposer sur ses propres forces devient possible : il est ta force pour vivre, pour pardonner, pour aimer au-delà de tes limites. Et il est devenu ton salut.
L'allégresse et le désir de louer. Puis le texte passe du « tu » au « vous » : « Vous puiserez de l'eau avec joie aux sources du salut » (v. 3). Il y a comme un cortège de fête. La joie devient communicative, elle appelle à louer Dieu : « Louez l'Éternel, invoquez son nom, publiez ses œuvres parmi les peuples. Rappelez la grandeur de son nom. » (v. 4)
Une joie qui se transmet. C'est la caractéristique de la joie chrétienne : elle ne se garde pas au chaud pour soi, elle se donne. Quelque chose de si bon, tu veux que les autres en soient joyeux avec toi. « Célébrez l'Éternel, car il a fait des choses magnifiques ; qu'elles soient connues par toute la terre ! » (v. 5)
5. Le verset 6 : Dieu au milieu de la ville qu'il vient bâtir
Verset 6 : « Pousse des cris de joie et d'allégresse, habitante de Sion ; car il est grand au milieu de toi, le Saint d'Israël. »
Sion, ici, désigne la ville de Dieu (Jérusalem), mais pas celle qui est aujourd'hui située quelque part au Proche-Orient. C'est la Jérusalem que Dieu fait venir, la ville dans laquelle il habitera. Et le jour où il y habitera sera le moment des cris de joie éternelle, du triomphe éternel. Loin d'être lointain, invisible, inaccessible, Dieu sera « au milieu » de cette ville.
Voilà les effets que produit cette joie : le désir de le connaître, l'espérance, la reconnaissance.
6. La connexion avec Noël : le paratonnerre de Dieu planté à Jérusalem
Quel est le lien de tout cela avec Noël ? Le prophète Ésaïe annonce, environ 750 ans à l'avance, un jour précis et un lieu précis. Verset 1 : « en ce jour-là ». Verset 4 : « vous direz en ce jour-là ». Un jour à venir dans un lieu à venir, quelque chose qui devait se passer à Jérusalem. Or, dit Étienne, Noël commence à Bethléhem, mais tout s'est accompli à Jérusalem : pas à la crèche, mais à la croix.
Étienne emploie une image forte : le paratonnerre de Dieu. Sous un orage violent, sans paratonnerre, il vaut mieux se mettre à l'abri. Dieu, qui est décidé à juger le monde mais qui aime les hommes qui pourtant commettent le mal, a décidé de planter dans la terre son paratonnerre. Pas contre la foudre, contre sa propre colère. Il a fait tomber cette colère sur la croix.
C'est pour cela que Jésus est mort. Et Jésus est né dans le but de mourir. C'est le cœur de l'Évangile tel que la Bible le présente. Dieu l'a donné pour qu'il prenne sur lui, à ta place, la colère que méritaient tes fautes. Voilà pourquoi, à l'avance, Ésaïe pouvait écrire « ta colère s'est détournée » (v. 1). La foudre du jugement dernier est déjà tombée il y a environ 2000 ans sur la croix du Christ. C'est l'espérance chrétienne : aller vers le jugement dernier, non avec crainte, mais avec paix, parce que la sanction est tombée en Jésus.
Et le Christ n'est pas venu seulement pour mourir. Il est ressuscité pour t'offrir la vie de Dieu : la grâce, le pardon, la paix, la joie. C'est à cela que Jésus pense quand il dit à la femme samaritaine en Jean 4.13-14 : « Quiconque boit de cette eau aura encore soif ; mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura jamais soif, et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d'eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle. » C'est cela, « puiser de l'eau avec joie aux sources du salut ». L'enfant né dans une mangeoire à animaux est celui par qui Dieu t'a rendu accessibles les promesses de cette prophétie.
7. Aujourd'hui, ici : le « jour » et le « lieu » du texte, c'est maintenant
Un salut irremplaçable offert par un Dieu irremplaçable pour une joie irremplaçable. Que fais-tu maintenant ?
Comme au lendemain des fêtes, tu as le choix, dit Étienne. Soit tu reprends le cours normal de la vie avec ses hauts, ses bas, ses joies et ses peines, et tu attends les prochaines vacances. Soit tu ouvres ton cœur à la joie de Dieu.
Deux objections peuvent résonner. La première : « C'est beau, mais cette joie permanente, je ne la sens pas en permanence aujourd'hui. » C'est vrai. Dieu prépare un nouveau ciel et une nouvelle terre : là, ce sera la norme. Le verset 6 pointe vers ce moment où il sera grand « au milieu » de la ville, de manière définitive. En attendant, Dieu te donne ici et maintenant, 24/7, par le Saint-Esprit qui habite chaque disciple de Jésus, cette paix et cette joie quelles que soient les circonstances.
La seconde : « C'est trop envahissant pour moi. Trop de changement. J'ai un peu honte de croire à tout ça. » Étienne dit qu'il comprend. Puis il pose une question : n'y a-t-il pas des changements de vie radicaux qui méritent d'être vécus, qui valent le coup ? Son invitation, c'est que, au-delà de tes réticences et de tes présupposés, tu te dises : ce jour précis dont parle le texte, je voudrais que ce soit aujourd'hui. En ce jour-là : c'est mon jour. Et au lieu de dire « peu importe la colère de Dieu », je dis « je fais confiance au Dieu qui pardonne, au Christ qui est mort à ma place ». Le lieu, c'est ici. Aujourd'hui, ici, j'arrête de tergiverser, je m'abandonne et je crois.
Points à retenir
- Tes joies actuelles sont réelles mais éphémères. Seul le Dieu irremplaçable donne une joie irremplaçable, présente jusque dans les moments pas si joyeux.
- La joie d'Ésaïe 12 commence par une reconnaissance honnête. Le mal n'est pas seulement dans l'autre, il est aussi en toi. Le tête-à-tête avec Dieu ne supporte pas les faux-semblants.
- Le Dieu qui juge le mal est aussi celui qui pardonne. Sa colère se détourne quand tu viens à lui : c'est le cœur battant de la joie chrétienne.
- Cette joie se déploie en confiance, allégresse, louange, transmission. Elle passe du « je » au « nous », elle veut être connue partout.
- Noël prend son sens à la croix. Le Christ est le paratonnerre de Dieu : la colère qui devait tomber sur toi est tombée sur lui à Jérusalem.
- Le « jour » et le « lieu » du texte, ça peut être aujourd'hui et ici. Aucune circonstance n'oblige à remettre cette décision à demain.
Application personnelle
- Quelle joie récente as-tu vécue ? Qu'est-ce qu'elle a laissé en toi une fois passée ?
- Ce soir, devant la glace, es-tu prêt à reconnaître honnêtement où le mal est passé par toi cette semaine, pas seulement là où d'autres t'ont blessé ?
- Où le « syndrome du cycliste parisien » abîme-t-il aujourd'hui ta vie (voisinage, travail, couple, amitiés) ?
- Si le pardon gratuit de Dieu est vrai pour toi, qui a besoin que tu lui donnes ce même pardon cette semaine ?
- Qu'est-ce qui te retient de te dire aujourd'hui, ici : « j'arrête de tergiverser, je m'abandonne et je crois » ?
Versets cités
- Ésaïe 12.1-6 · texte principal : une joie irremplaçable
- Ésaïe 11 · le rameau de la racine d'Isaï, la paix messianique
- Jean 4.13-14 · l'eau que Jésus donne, source jaillissante jusque dans la vie éternelle
FAQ
Comment une « joie irremplaçable » peut-elle exister dans les moments douloureux ?
Étienne insiste sur le fait que cette joie n'est pas guillerette ni éphémère : elle est profonde et véritable. Elle ne dépend pas des circonstances parce qu'elle repose sur ce que Dieu a fait à la croix. Le pardon reçu, la paix avec Dieu et la présence du Saint-Esprit ne s'évaporent pas quand la vie devient difficile. La joie chrétienne n'ignore pas la douleur, elle traverse la douleur.
Pourquoi Étienne insiste-t-il autant sur la colère de Dieu contre le mal ?
Parce que si Dieu était indifférent au mal (au tien comme à celui qui te blesse), , sa consolation ne vaudrait rien. Une colère appropriée face au mal est le signe d'un Dieu juste, qui prend au sérieux ce qui abîme les humains. La bonne nouvelle du verset 1 devient alors saisissante : ce Dieu qui déteste le mal détourne sa colère quand tu viens à lui, parce qu'elle est déjà tombée sur Christ à la croix.
Comment vivre aujourd'hui, ici, ce que le texte appelle « en ce jour-là » ?
Étienne propose une décision très concrète : arrête de tergiverser, remets ta confiance dans le Dieu qui pardonne et dans le Christ mort à ta place, puis laisse cette joie devenir communicative, en louant, en faisant connaître ce que tu as reçu, en pardonnant à ton tour. Ce « jour » et ce « lieu » annoncés par Ésaïe ne sont plus loin : la croix les a rendus disponibles pour ton aujourd'hui.
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