Introduction : personne n'est à l'abri de l'orgueil
Il y a des sujets sur lesquels on préfère passer vite. L'orgueil en fait partie. Dès qu'un prédicateur ouvre la bouche là-dessus, notre premier réflexe, c'est de penser à quelqu'un d'autre : un frère, un collègue, un voisin. « Ah, ce message-là, il faudrait que lui l'entende. »
Le problème, c'est que ce message est pour toi. Et il est pour moi. Comme le rappelle David Pothier dans cette prédication à la Chapelle Mile End (Nouvelle Vie), l'orgueil est un péché commun à tous les êtres humains. Nous sommes tous des orgueilleux. La seule question, c'est de savoir si tu es un orgueilleux qui se complaît dans son orgueil, ou un orgueilleux en quête d'humilité.
Dans Marc 10.32-45, Jésus prend la question à bras-le-corps. Il vient d'annoncer sa mort à ses disciples, et Jacques et Jean s'approchent pour lui demander les meilleures places dans son royaume. Une demande centrée sur soi, insensible à la souffrance de leur Maître. Mais Jésus ne les envoie pas promener. Il engage la conversation pour venir démasquer l'orgueil qui se cache dans leur cœur. Ce matin-là, il veut faire la même chose avec le tien.
Le plan du message
1. L'orgueil démasqué
Saint-Augustin l'a dit : l'orgueil est la mère de tous les péchés. Il porte plusieurs masques. Certains sont faciles à repérer, d'autres beaucoup plus subtils.
Les masques évidents : la vantardise (« j'ai couru dix kilomètres ce matin »), l'arrogance, la vanité (le gars qui se prend en selfie devant le miroir du gym), l'entêtement d'avoir une opinion sur tout et de vouloir la donner sans qu'on la sollicite, interrompre les autres, l'égocentrisme, la cupidité, et l'autosuffisance de celui qui se déclare self-made, sans besoin de personne.
Les masques plus subtils : la comparaison (on regarde ceux qui sont mieux que nous pour se ronger de jalousie, ou ceux qui sont moins bien pour se sentir supérieur), l'autodénigrement (qui n'est pas de l'humilité mais une forme d'orgueil qui pêche les compliments), l'apitoiement sur soi (« pourquoi moi ? »), la timidité (parfois, c'est simplement la peur du regard des autres), et la fausse humilité qui refuse un compliment ou un cadeau pour se donner l'air modeste.
Le pire masque de tous, c'est l'orgueil spirituel. C'est celui des pharisiens. Ce chrétien qui a beaucoup lu, beaucoup grandi, et qui finit par trouver que plus aucune église n'est correcte, plus aucun pasteur n'est solide, qu'il n'y a que sa théologie à lui qui tient debout. Il se déconnecte du corps de Christ, cultive l'amertume, magnifie le péché des autres et devient aveugle au sien. Un des plus grands défis de la maturité chrétienne, c'est de cesser d'être le fils prodigue sans devenir le fils aîné.
Derrière chaque action, derrière chaque décision, si tu épluches l'oignon jusqu'au bout, il n'y a que deux réponses possibles : ou tu le fais pour ta gloire, ou tu le fais pour la sienne.
2. La grandeur redéfinie
Ce qui est fascinant dans ce texte, c'est que Jésus ne reproche pas à Jacques et Jean de vouloir être grands. Il redéfinit ce que « grand » veut dire.
« Quiconque veut être grand parmi vous, qu'il soit votre serviteur. Et quiconque veut être le premier parmi vous, qu'il soit l'esclave de tous. » (Marc 10.43-44)
À l'époque, dans la Grèce antique, l'humilité n'était pas une vertu. Au mieux on parlait de modestie, c'est-à-dire de savoir cacher son orgueil. Aujourd'hui, dit David Pothier, on assiste à un retour à ce monde-là. Regarde les médias sociaux : l'orgueil y est glorifié, normalisé, présenté comme la clé du succès. La société entière devient plus narcissique. Mais dans le royaume de Jésus, les plus grands, ce sont ceux qui s'abaissent. Celui qui s'élève sera abaissé ; celui qui s'abaisse sera élevé.
3. L'orgueil discipliné
Jésus ne dit pas « faites disparaître » votre orgueil. Tant que nous ne serons pas dans sa présence glorieuse, chacun d'entre nous aura un combat à mener. Mais il faut discipliner son orgueil, sinon il finit par détruire ta vie spirituelle.
Première discipline : devenir un serviteur. Attention à la nuance. Servir, c'est quelque chose que tu fais quand ça te tente. Être un serviteur, c'est qui tu es, même quand ça ne te tente pas. Est-ce que tu es un serviteur dans ta maison, ton mariage, ton travail, ton voisinage, ton église ? Ou est-ce que tu attends d'être servi ?
Deuxième discipline : refuser de t'apitoyer. David Pothier partage ici son propre parcours. Pendant une grande partie de sa vie, il a vécu dans l'apitoiement sans savoir que c'en était. Il pensait être hyper sensible ; il était surtout hyper orgueilleux. « Quand tu manques d'humilité, tu es toujours blessé. »
L'apitoiement est une addiction. Plus tu le pratiques, plus tu veux le pratiquer. Tu y trouves un faux réconfort. Tu penses que ça te rend humble alors que ça gonfle ton ego, parce que c'est centré sur toi, toi, toi. Chaque fois que tu t'apitoies, c'est comme si tu versais une goutte d'orgueil dans ton vase. Une goutte ne change rien, mais goutte après goutte, ton vase se remplit, et tu deviens blessé de plus en plus facilement.
La bonne nouvelle : ça marche dans l'autre sens aussi. Chaque fois que tu prends une blessure et que tu la portes à Dieu au lieu de la ruminer, « Seigneur, ça fait mal, mais je te la donne, tu es mon consolateur, tu es mon guérisseur », tu déposes une goutte d'humilité. Et un jour, en regardant derrière, tu réalises que ce que les gens disent ne te blesse plus comme avant.
Attention à la nuance importante : il y a une différence entre être victime de quelque chose (une injustice, un abus, un traumatisme réel) et se victimiser. Nier ce qu'on t'a fait est mauvais. Mais rester au tapis à t'apitoyer ne solutionne rien. Tu n'es pas appelé à t'apitoyer, tu es appelé à être vainqueur, sur tes souffrances, sur tes blessures, sur les injustices que tu as subies. Choisis. Tu n'es la victime de personne. Jésus lui-même n'a pas été une victime à la croix : il a choisi d'y aller.
On croit qu'on aide les gens en boostant leur ego. C'est faux. On bâtit l'estime de quelqu'un en boostant son humilité, pas son orgueil.
4. La grandeur démontrée
Le point culminant du message, c'est Jésus lui-même. Il a démontré la plus grande grandeur de l'histoire en démontrant la plus grande humilité de l'histoire.
On voit son humilité dans ses propos, dans sa simplicité, dans son accueil de ceux que personne n'accueillait, dans son service (il lave les pieds de ses disciples), dans sa soumission au Père, et surtout dans son incarnation. Lui qui était égal à Dieu ne s'est pas accroché à son droit. Il s'est abaissé, il s'est humilié, il est devenu un homme. Le créateur s'est identifié à sa créature. L'intemporel s'est laissé enfermer dans le temps. L'omniprésent s'est limité à un lieu à la fois. L'immortel a connu la faim, la soif, le froid, la solitude. Celui qui entendait les anges chanter « saint, saint, saint » a entendu la foule crier « crucifie-le ». Volontairement. Pour ses ennemis.
Comme le dit David Pothier, une des choses qui fait dire que le christianisme n'est pas une invention humaine, c'est justement ça : aucun être humain ne serait capable d'inventer une religion où le plus humble est le roi. Le christianisme ne vient pas d'en bas, il vient d'en haut. Ce n'est pas ce que nous faisons pour atteindre Dieu, c'est ce que Dieu a fait pour venir nous chercher.
Points à retenir
- Tout le monde est orgueilleux. La seule vraie question, c'est de savoir si tu es en quête d'humilité ou pas.
- L'orgueil a des masques évidents et des masques subtils. Vantardise, arrogance et vanité sont faciles à voir ; comparaison, autodénigrement, apitoiement et fausse humilité le sont beaucoup moins.
- L'orgueil spirituel est le plus dangereux, parce qu'une fois qu'on est tombé dedans, on ne le voit plus.
- Dans le royaume de Dieu, la grandeur passe par l'abaissement. Être un serviteur, ce n'est pas ce que tu fais, c'est qui tu es.
- Refuser l'apitoiement est une discipline concrète d'humilité. Chaque blessure remise à Dieu est une goutte d'humilité versée dans ton vase.
- L'humilité de Jésus est le fondement de notre pardon. Sans son abaissement, pas de croix ; sans la croix, pas de pardon.
Application personnelle
Prends quelques minutes pour te poser ces questions honnêtement devant Dieu :
- Sous quel masque mon orgueil se cache-t-il le plus souvent : vantardise, comparaison, autodénigrement, apitoiement, timidité, fausse humilité, orgueil spirituel ?
- Est-ce que je suis en train de devenir « fils aîné », celui qui juge le péché des autres sans voir le sien ?
- Dans ma maison, mon travail, mon église, est-ce que je sers quand ça me tente, ou est-ce que je suis un serviteur ?
- Quelle blessure récente est-ce que je rumine au lieu de la déposer devant Dieu ?
- Si je réponds aux dix questions du test de David Pothier (voir plus bas), qu'est-ce qui remonte ?
Le petit test en 10 questions
Un point par « oui ». David Pothier propose de faire l'exercice honnêtement.
- Est-ce que tu languis pour beaucoup d'attention ?
- Est-ce que tu deviens jaloux ou critique des gens qui ont du succès ?
- Est-ce que tu dois toujours gagner (même contre ton enfant de trois ans) ?
- Est-ce que tu as des habitudes de mensonge ?
- Est-ce que tu as de la difficulté à reconnaître les erreurs que tu as faites ?
- Est-ce que tu es en conflit avec plusieurs personnes en même temps ?
- Est-ce que tu es profondément vexé quand on te fait attendre ?
- Est-ce que tu es profondément vexé quand les gens n'honorent pas leur engagement ?
- Est-ce que tu agis comme si les choses t'étaient dues, plutôt qu'avec gratitude ?
- Est-ce que tu es convaincu d'être une bonne personne, supérieure à la moyenne en morale ?
Verdict de David Pothier : si tu as entre 1 et 10, tu es orgueilleux. Si tu as 0, tu es vraiment orgueilleux, et il te faut te repentir maintenant.
Versets cités
- Marc 10.32-45 · texte principal de la prédication
- Jacques 4.6 · « Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles »
- Proverbes 6.16-19 · les sept choses que l'Éternel a en horreur, à commencer par les yeux hautains
- Ésaïe 66.2 · « Voici sur qui je porterai mes regards : sur celui qui souffre et qui a l'esprit abattu »
- Philippiens 2.5-11 · l'humiliation et l'élévation de Christ
FAQ
Est-ce mal de vouloir être « grand » ?
Non. Jésus ne reproche pas à Jacques et Jean de vouloir être grands, il redéfinit ce que « grand » veut dire. Dans le royaume de Dieu, la grandeur passe par le service et l'abaissement, pas par la domination.
Quelle est la différence entre humilité et autodénigrement ?
L'autodénigrement (« je suis nul, je ne vaux rien ») n'est pas de l'humilité, c'est une forme d'orgueil qui pêche les compliments et reste centrée sur soi. L'humilité, c'est recevoir un compliment et redonner la gloire à Dieu.
Comment reconnaître l'orgueil spirituel ?
Quelques signes : plus aucune église ni aucun pasteur ne trouvent grâce à tes yeux, tu vois clairement le péché des autres mais pas le tien, tu te déconnectes du corps de Christ, tu cultives l'amertume et tu juges facilement. C'est le plus dangereux des orgueils parce qu'il aveugle celui qui en souffre.
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