Pardonner : le cœur caché derrière ta prière

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Introduction

Cela fait quelques semaines que tu entends parler de la prière dans cette série sur notre relation avec Dieu. On a regardé ensemble le Notre Père, cette prière-modèle donnée aux disciples. Aujourd'hui, on prend un peu d'avance parce qu'il y a un esprit qui se cache souvent derrière tes prières, et il se résume dans un seul mot : pardon.

Le passage-clé, c'est Matthieu 6.14-15. Juste après le Notre Père, Jésus enchaîne : « Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses. » Ces deux versets sonnent dur. Ils viennent secouer ta manière de prier, ta manière d'aimer, ta manière de vivre avec les autres.

Le pardon, c'est un don que Dieu te fait et que tu passes à ton tour. Ce n'est pas encore la réconciliation, où les deux parties reviennent ensemble. C'est plus modeste, mais c'est décisif : c'est ce qui rend la réconciliation à nouveau possible. Presque comme un relâchement, un moment où tu remets les choses à leur place. On l'a vu récemment aux États-Unis : dans une situation absolument terrible, un homme engagé dans sa foi et dans la politique a été assassiné, et sa veuve a publiquement pardonné le meurtrier. Il n'y avait évidemment pas de réconciliation. Mais il y avait un premier pas. Au moins, on va voir ce que ça fait pour elle.

Dans cet article, tu vas voir trois choses : ce que Jésus appelle une « faute », ce que veut dire pardonner, et comment tu peux entrer dans ce pardon-là.

Plan de l'article

1. Ce que Jésus appelle une « faute »

Pour comprendre le pardon, il faut d'abord comprendre ce qui est pardonné. Jésus parle d'« offense », de « faute », de « péché ». Ces mots ne sont pas seulement horizontaux, entre toi et l'autre. Ils sont d'abord verticaux : une offense envers Dieu.

Tu as hérité d'un monde en ruine. Il y a nation contre nation, conflit dans toutes les sphères. Et souvent, tu essaies de te protéger contre cette toxicité globale. Tu utilises les armes du silence, ou de la honte, pour te mettre à l'abri de ce qui peut te blesser. Ici, on ne parle pas d'abus ou de criminalité, ça, c'est une autre discussion, qui demande plus de temps. On parle de la vie normale sur terre, celle où l'on se blesse par mal-entendus, par insultes réelles ou imaginaires.

Mais d'où vient cette toxicité ? Pour comprendre l'origine, il faut remonter loin. Tu es porteur d'une nature humaine abîmée par le péché, qui a produit une distance et une honte vis-à-vis de Dieu. L'homme s'est mis à vivre comme s'il était souverain de lui-même. Romains 5.12 le dit clairement : « C'est pourquoi, comme par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu'ainsi la mort s'est étendue sur tous les hommes, parce que tous ont péché. »

À cause de cette séparation avec Dieu, tu règnes sur ta propre vie dans une société où tout le monde se prend pour roi. Forcément, il y a des accrochages, des conflits, des offenses. Mais ces frictions ne sont que les symptômes du péché de fond qui t'a coupé de Dieu.

2. Ce qui se joue en coulisses de tes prières

Ces blessures jouent dans les coulisses de ta prière, souvent sans que tu t'en aperçoives. Tu as été blessé, alors tu veux prier pour la personne. Ou plutôt, tu ne veux pas prier pour la personne. Tu veux prier pour tout ce qui est dans ton cœur, sauf pour elle.

Ou bien tu es comme les psalmistes, chaud sur le coup, et ça sort en style David : « Seigneur, brise-lui les dents ! » Ou alors tu es quelqu'un de très spirituel, tu sais que Jésus demande de prier pour tes ennemis. Alors tu pries quelque chose comme : « Seigneur, bénis-la avec l'humilité. » Autrement dit : humilie-la, Seigneur.

Tu vois comment le non-pardon peut se déguiser en prière ? Pour être juste envers David, il ne priait pas pour se venger : il remettait sa situation entre les mains du Seigneur. Et quand Jésus demande de prier pour tes ennemis, il ne te demande pas de les bénir par l'humiliation.

Pardonner quelqu'un, c'est un relâchement. C'est reconnaître qu'il y a un seul Juge, et que ce n'est pas toi. Comme le dit Craig Keener : « Le jour du jugement appartient à Dieu seul. Et lorsque nous nous arrogeons cette seule prérogative, nous nous heurtons idolâtrement à sa divinité, méritant ainsi le jugement. » Autrement dit : quand tu refuses le pardon à quelqu'un, tu prends la place de Dieu. Tu prononces un jugement. Tu condamnes à sa place. Et comme tu voles le trône de Dieu, tu deviens toi-même passible de jugement. C'est pour ça que Jésus insiste : il faut pardonner, et pardonner du cœur.

3. Ce que veut vraiment dire « pardonner »

On apprend aux enfants à dire « pardon ». L'un dit « pardon », l'autre répond « pardon », mais on sait très bien qu'entre les deux, il n'y a pas eu d'échange réel. Il y a un acte de pardon à poser.

Le mot que Jésus utilise, dans le dictionnaire biblique, se traduit ainsi : « se libérer d'une obligation ou d'une conséquence légale ou morale, annuler, renvoyer, pardonner ». Je répète : se libérer d'une obligation, annuler comme une dette, renvoyer. C'est plus qu'un sentiment. C'est plus que quelques paroles creuses. Il y a quelque chose qui doit se passer au cœur.

Comment savoir si tu as vraiment pardonné à quelqu'un ? Ce n'est pas facile. Dallas Willard le formule bien : « Nous pardonnons à quelqu'un un tort qu'il a commis quand nous décidons que nous ne le ferons plus souffrir pour cela. »

C'est là que le pardon devient difficile. Tu arrives à ce point de relâchement profond où tu peux dire : « OK, je ne veux plus te faire payer. » Cela exclut les prières mesquines que je viens de décrire. Cela exclut aussi les prières de bénédiction déguisées en couteau.

Bien sûr, tout dépend de la gravité de l'offense. Honnêtement, il y a plein de choses que tu prends à cœur et que tu devrais peut-être juste oublier. Pour des choses plus graves, ça peut nécessiter un processus long. Tu dis : « Oui, Seigneur, je lui pardonne. » Cinq minutes plus tard, ça revient. La frustration monte. « Seigneur, je lui pardonne. » Et ainsi de suite, toute la journée. L'important, c'est de garder ce cœur sensible, de laisser Dieu faire le travail en toi, à son rythme à Lui. Parce que le rythme de Dieu, ce n'est pas le tien. Tu veux qu'il te libère à l'instant. Peut-être qu'il a des choses à te montrer au fur et à mesure que tu te débarrasses de cette blessure. Parfois, il y a des choses qui sont humainement impossibles à pardonner. Il te faut la puissance de Dieu.

4. Comment as-tu été pardonné, toi ?

Une bonne question à te poser, c'est : comment as-tu été pardonné, toi ? Prends l'image des médias sociaux. Il y a une offense, tu bloques la personne. Pour revenir en arrière et pardonner, il faut qu'il se passe quelque chose. Tôt ou tard, il faut débloquer.

Quand tu méprises quelqu'un, c'est une offense. Peut-être la personne ne le voit pas. Certes, souvent elle le voit, mais peut-être que tu penses qu'elle ne le voit pas. Dieu, lui, le voit. Et mépriser quelqu'un qui est créé à l'image de Dieu, comme toi tu l'es, c'est finalement pécher contre Dieu.

Le Notre Père le dit : « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » Le mot pour « offenses », c'est dette. Pardonne-nous nos dettes, comme nous pardonnons aussi les dettes de ceux qui sont endettés envers nous. Quand tu méprises les autres, tu creuses cette dette. Tu crées un monde de surendettement les uns envers les autres, mais surtout un monde surendetté envers Dieu.

Tu as accumulé une facture que tu ne peux pas payer, une condamnation devant Dieu que tu ne peux pas contourner, un cercle vicieux dans lequel tu t'enfonces. C'est justement pour cela que Jésus est envoyé. Dieu a pris l'humanité sur Lui-même. Jésus est devenu un homme. C'est l'humanité qui a créé cet environnement, alors c'est en devenant homme que Jésus vient la faire sortir de ce cercle vicieux. Il a payé de sa propre vie ce que nous devons les uns envers les autres, et surtout ce que nous devons à Dieu, pour effacer cette dette.

Romains 5.18 le dit : « Ainsi donc, comme par une seule offense la condamnation a atteint tous les hommes, de même par un seul acte de justice la justification qui donne la vie s'étend à tous les hommes. » Christ a déjà tout fait pour enlever cette honte par sa propre vie, et il t'offre la possibilité de devenir enfant de Dieu par la foi en Lui.

5. Pardonner, ce n'est pas devenir meilleur que l'autre

Alors comment pardonner ? Et pourquoi ? D'abord, ce n'est pas un mérite. Si tu pardonnes aux autres, ce n'est pas parce que tu as compris quelque chose ou parce que tu es arrivé à un plateau où « enfin, tu es bon ». Et c'est ça qui est le plus difficile en tant que chrétien : si tu arrives à pardonner à quelqu'un, ça ne te rend pas meilleur que cette personne. Parce que tu as reçu le pardon. Et ce que tu reçois du Christ, tu le passes aux autres.

Quand tu reçois ton salaire de ton employeur, personne ne remercie la banque qui a fait le virement. De la même manière, tu n'es pas la source du pardon. Jésus est la source. Tu le reçois, tu le passes. On ne peut donner que ce qu'on a reçu.

C'est là qu'arrive l'avertissement de Jésus. Écoute bien : si tu n'arrives pas à pardonner aux autres, il est fort possible que tu n'appartiennes pas à Christ. Ce n'est pas ton refus de pardonner qui mérite l'enfer. C'est le refus de son pardon, la prétention que tu n'as pas besoin de Lui.

6. La parabole du serviteur impitoyable (Matthieu 18.23-35)

Jésus donne un exemple, et c'est comme toujours le meilleur exemple. C'est en Matthieu 18.23-35. Le royaume des cieux est semblable à un roi. Actualisons : un président. Il a entendu qu'un de ses ministres a détourné 10 millions d'euros. Il le fait venir : « Voici toutes les preuves. Le déficit est important. Tu dois me payer ces 10 millions. » Il y a la presse derrière, tout le monde regarde.

L'homme voit toute sa vie s'effondrer. Il a tout gaspillé dans un train de vie extravagant. Il supplie : « Sois clément envers moi, sinon je vais en prison, ma vie est ruinée. » Le président réfléchit, puis dit : « Écoute, je te pardonne, je te libère de cette dette. » L'homme sort, soulagé. Et qu'est-ce qu'il voit ? Chloé. « Chloé, tu n'as pas les 100 € que je t'ai prêtés la semaine dernière ? » Elle répond : « Je vais demander à mon père, il paiera pour moi, mais moi je n'ai pas. » L'homme, impitoyable, l'insulte devant tout le monde et menace de la poursuivre, elle et son père. La presse est toujours là. Ça fait la une de Libération, du Figaro. Tout le monde sait.

Et voilà ce que Jésus dit, verset 32 : « Alors le maître fit appeler ce serviteur, et lui dit : Méchant serviteur, je t'avais remis en entier ta dette, parce que tu m'en avais supplié ; ne devais-tu pas aussi avoir pitié de ton compagnon, comme j'ai eu pitié de toi ? Et son maître irrité le livra aux bourreaux, jusqu'à ce qu'il eût payé tout ce qu'il devait. C'est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne à son frère de tout son cœur. »

La différence entre le serviteur impitoyable et ce qui devrait être, c'est une condition de cœur. Sa dette a été payée. Mais il n'a pas vraiment reçu ce paiement, parce qu'il se comporte tout de suite après comme quelqu'un qui n'a pas reçu la grâce.

Points à retenir

  • Le pardon est un don que tu reçois avant d'être un don que tu passes. Tu n'es pas la source, Jésus l'est.
  • Refuser de pardonner, c'est voler le trône de Dieu. Tu te fais juge à sa place, et tu deviens toi-même passible de jugement.
  • Pardonner, ce n'est pas oublier ni fabriquer un sentiment, c'est décider de ne plus faire payer l'autre pour ce qu'il t'a fait.
  • Le pardon n'est pas la réconciliation, mais c'est ce qui la rend à nouveau possible.
  • Ce peut être un processus long : garde ton cœur sensible et laisse Dieu travailler à son rythme à Lui, pas au tien.

Application personnelle

Prends un moment de calme et réponds honnêtement à ces questions.

  • Y a-t-il une personne dont tu évites soigneusement de parler à Dieu ? Qu'est-ce que ce silence dit du pardon que tu retiens ?
  • Dans tes prières, est-ce que tu déguises parfois du non-pardon en « prière de bénédiction » ? Comment le Seigneur t'invite-t-il à être plus vrai ?
  • Selon la définition de Dallas Willard, « décider de ne plus faire souffrir l'autre pour ce qu'il t'a fait » : où en es-tu concrètement avec les personnes qui t'ont blessé ?
  • Es-tu prêt à accepter que pardonner puisse être un processus long, où tu redis chaque jour « Seigneur, je lui pardonne » ?
  • As-tu réellement reçu le pardon de Christ pour toi, ou est-ce que tu vis encore comme le serviteur impitoyable qui a été libéré mais qui n'a pas laissé la grâce lui changer le cœur ?

Versets cités

FAQ

Est-ce que pardonner, c'est excuser ou minimiser ce qui m'a été fait ?

Non. Pardonner, ce n'est pas dire « ce n'est pas grave ». C'est reconnaître qu'il y a eu une dette réelle et décider de ne plus la faire porter à l'autre. Comme le rappelle le message, il faut aussi distinguer les blessures de la vie normale des cas d'abus ou de criminalité, qui appellent d'autres démarches (justice, protection, accompagnement) en plus du chemin intérieur du pardon.

Que faire si je pardonne le matin et que la blessure revient l'après-midi ?

C'est normal, surtout pour les offenses graves. Le pardon n'est pas toujours un événement, c'est souvent un processus. Tu redis « Seigneur, je lui pardonne » autant de fois qu'il le faut. L'important, c'est de garder le cœur sensible et de laisser Dieu travailler en toi à son rythme à Lui, sans te condamner parce que tu n'y arrives pas d'un coup.

Est-ce que pardonner veut dire renouer avec la personne comme avant ?

Pas nécessairement. Le pardon n'est pas la réconciliation. Le pardon est un acte que tu poses devant Dieu, seul si besoin. La réconciliation demande deux personnes et suppose que la relation puisse être reconstruite en vérité. Le pardon rend la réconciliation à nouveau possible, mais il ne l'oblige pas.

Passer à l'action

Si tu as été blessé, peut-être même gravement, et que tu ne sais pas comment pardonner, ne reste pas seul avec ta blessure. Recueille-toi auprès de Jésus. Celui qui est mort pour toi t'offre la force dont tu as besoin. Il t'accompagne dans le pardon au fil du temps. Tu n'as pas à le produire par toi-même, tu n'as qu'à le recevoir et à le laisser passer à travers toi.

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