Il y a un monde qui attend, et il ne t'attend pas comme croyant
Il y a une phrase qui dérange dans Romains 8, quand on la lit lentement : la création n'attend pas la manifestation des croyants, elle attend la manifestation des fils de Dieu. Ce n'est pas la même chose. Le monde ne cherche pas des gens qui vont à l'église le dimanche. Il cherche des femmes et des hommes qui savent qui ils sont, qui savent qui est leur Dieu, et qui portent quelque chose de lui là où ils vivent.
Ce message clôture la série « Waymaker » : être quelqu'un qui ouvre un chemin. Aujourd'hui, le titre est simple : un monde qui attend. Il attend que tu sortes, que tu influences, que tu témoignes. Il attend Esther. Il attend Paul. Il attend Marie de Béthanie. Il attend Pierre au portail du temple. Et il t'attend, toi.
Esther : une femme, un mandat, un peuple sauvé
Regarde Esther. Une femme déterminée, courageuse, qui a tout laissé pour aller faire ce que Dieu lui demandait. Partie d'immigrée, presque esclave, elle est arrivée à la place la plus influente qu'on pouvait avoir : la cour du roi. Dieu lui a donné un mandat qu'elle a mené jusqu'au bout. Ce mandat, c'était d'être influente sur un peuple entier, sur des millions de Juifs qui devaient être exterminés. Grâce à ce que Dieu avait mis dans son cœur, elle a libéré ce peuple.
Sa qualité, aux yeux du monde, c'était sa beauté. Le roi l'a vue et il a été saisi. Toi et moi, on n'a peut-être pas cette qualité-là (peut-être toi, moi non). Mais nous avons d'autres qualités : l'organisation, l'écriture, la parole, la peinture, la sagesse dans le conseil. Avec ces qualités-là, Dieu peut nous amener exactement à l'endroit où il veut nous placer, parce que le monde, qui ne connaît pas Dieu, voit d'abord nos qualités.
Quelle est ta qualité aujourd'hui ? Elle n'est pas là par hasard. C'est par elle que tu peux sortir de l'église et être influent là où Dieu te demande d'être.
Actes 1.8 : le petit « mais » qui change tout
Le verset central, c'est Actes 1.8 : « Mais vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. »
Regarde le premier mot : « mais ». S'il y a un « mais », c'est qu'il y a quelque chose avant. Jésus vient d'annoncer à ses disciples qu'il s'en va, qu'il faut attendre le Consolateur. Et à ce moment-là, les disciples posent une question très humaine : « Seigneur, est-ce en ce temps que tu rétabliras le royaume d'Israël ? » Autrement dit : « Toi tu pars, et nous, qu'est-ce qu'on va devenir ? Est-ce qu'au moins il va y avoir un royaume, la paix, quelque chose pour nous ? »
Jésus leur répond en substance : c'est Dieu qui connaît les temps, ce n'est pas votre affaire. Et il ajoute ce « mais ». Mais vous, vous recevrez une puissance, et vous serez mes témoins. Il déplace le regard des disciples d'eux-mêmes vers les autres.
La différence entre le « moi » et le témoin
Un témoin, ce n'est pas quelqu'un qui pense à lui. Un témoin, c'est quelqu'un qui pense à donner à l'autre ce qu'il a reçu. Le « moi » veut recevoir et garder pour soi. Le témoin veut donner ce qu'il a à l'intérieur.
Quand j'ai commencé à jouer au foot, vers six ou sept ans, j'étais tout le temps sur le banc. Chaque samedi la composition tombait : Daniele, absent. Le samedi d'après, même chose. À un moment, tu te braques. Pendant que les autres jouaient, je souhaitais que mon équipe perde, parce que j'étais tellement en colère de ne pas jouer. Comme ça, l'entraîneur verrait bien qu'il manque Daniele. Ça a duré deux ans. Cette pensée-là, c'est l'ego. C'est le « moi » qui prend toute la place.
Souvent, dans nos vies, on fonctionne comme ça. Une circonstance nous dérange, un truc ne va pas, et on ramène tout à soi : « et moi ? » La vie en abondance que Jésus promet ne se trouve pas là. Elle se trouve quand on commence à s'occuper de l'autre, du prochain, de celui qui est à côté. Le Saint-Esprit ne t'est pas donné pour que tu te débrouilles avec toi-même. Il t'est donné pour que tu deviennes témoin.
Paul à Troas : obéir même sans son meilleur ami
Paul est un cas d'école. Après une conversion violente, un ministère qui démarre, il traverse une période de confusion totale. En Actes 16, il veut aller en Galatie : le Saint-Esprit l'en empêche. Il veut aller en Bithynie : l'Esprit de Jésus lui refuse encore. Ajoute à cela un retour à Jérusalem pour trancher une discussion douloureuse sur la circoncision, et surtout une dispute violente avec Barnabas, son compagnon de route, autour de Marc. Ils se séparent. Paul continue avec Silas, mais il vient de perdre son meilleur ami de mission.
C'est dans ce climat qu'il arrive à Troas. Là, il reçoit la vision d'un Macédonien qui l'appelle : « Passe en Macédoine, secours-nous. » L'Europe s'ouvre. Mais en 2 Corinthiens, Paul avoue quelque chose de très humain : « Étant arrivé à Troas pour l'Évangile de Christ, quoique le Seigneur m'y eût ouvert une porte, je n'eus point de repos d'esprit, parce que je ne trouvai pas Tite, mon frère ; c'est pourquoi, ayant pris congé d'eux, je partis pour la Macédoine. » En grec, « pas de repos » veut vraiment dire : il n'arrivait pas à se poser. Il cherchait Tite. Il voulait au moins embrasser son ami avant de partir.
Il ne l'a pas trouvé. Il est parti quand même. C'est grâce à cette obéissance-là que l'Évangile est passé en Europe. Si Paul était resté à Troas à courir après Tite, tu ne lirais probablement pas cet article aujourd'hui.
Le jeune homme qui voulait d'abord son héritage
Souviens-toi de ce jeune homme dans les Évangiles : « Seigneur, permets-moi d'aller d'abord ensevelir mon père. » Son père n'était pas encore mort. Il allait peut-être vivre encore dix ans. Si un fils n'était pas présent au décès du père, il ne recevait pas l'héritage. Traduction : « Jésus, je veux te suivre, mais laisse-moi d'abord régler mon petit magot, ma sécurité financière. Après, je viendrai. »
Il a perdu l'occasion de suivre Christ, non pas parce que le désir n'était pas là, mais parce qu'il pensait d'abord à lui. Tant qu'on pense à soi, on ne peut pas être témoin. Un témoin, c'est quelqu'un qui lâche pour pouvoir témoigner, et qui fait confiance à la providence de Dieu.
Marie de Béthanie : donner ce qu'on a de plus cher
Après la résurrection de Lazare, il y a un banquet. Lazare est à table avec Jésus. Marie, sa sœur, entre avec un vase d'huile parfumée. Elle le verse sur les pieds de Jésus, puis elle essuie ces pieds avec ses cheveux. Le geste choque les disciples. L'un d'eux proteste : « Pourquoi ce gâchis ? On aurait pu donner cet argent aux pauvres. » Jésus répond : cette femme prépare mon ensevelissement.
À la valeur d'aujourd'hui, ce parfum coûtait environ 60 000 francs. Tout ce que Marie possédait. Quelques jours plus tôt, elle était détruite : son frère venait de mourir, et deux femmes seules à cette époque ne valaient rien socialement. Jésus lui a rendu son frère. Sa manière de dire merci, ce n'était pas quelques mots, c'était : « Tout ce que j'ai, je te le donne. Ma sécurité n'a plus d'importance. Je t'ai, toi. »
Aujourd'hui, Jésus ne te demande pas de vendre ta maison, ni de donner 60 000 francs, ni de quitter ton travail (sauf révélation personnelle). Il te demande de lui donner ce que tu as de plus cher. Et pour un enfant de Dieu, ce n'est plus la richesse. Ce qu'il te demande de donner, c'est le témoignage de Christ.
Pierre au temple : « ce que j'ai, je te le donne »
Pierre a longtemps été le champion du « et moi ? ». Quand Jésus parle à Jean de sa mort, Pierre l'interrompt : « C'est bien beau ce que tu dis sur Jean, mais moi ? Comment vais-je mourir ? » Puis vient la Pentecôte. Le Saint-Esprit descend, et quelque temps plus tard, devant un boiteux à la porte du temple, Pierre lâche cette phrase : « Je n'ai ni argent, ni or, mais ce que j'ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lève-toi et marche. »
C'est ce basculement-là qu'il te faut. La richesse la plus grande que tu as, c'est Christ. Et c'est celle-là que l'Esprit te demande de partager. Pas ton argent. Pas tes propriétés. Le témoignage de la puissance de Dieu.
Deux témoignages, un seul appel
Être témoin, c'est deux choses très concrètes :
- Être témoin du caractère de Christ. C'est le concentré du fruit de l'Esprit : amour, paix, bienveillance, patience, maîtrise de soi, bonté, douceur. Ton caractère parle avant ta bouche.
- Être témoin de la puissance de Christ. Pas la tienne. Celui qui est en toi est plus grand que celui qui est dans le monde. La puissance de Jésus qui guérit, qui délivre, qui restaure des vies.
Rien de plus, rien de moins. Ni marketing spirituel, ni exhibition. Le caractère et la puissance.
La demande d'aujourd'hui : être rempli, pas seulement baptisé
Sans être rempli du Saint-Esprit, on n'y arrive pas. Et il ne s'agit pas seulement du baptême de l'Esprit reçu une fois, mais d'être rempli à nouveau, encore, ailleurs, aujourd'hui. Pour déborder de lui, il faut être rempli de lui. Sans amour, on n'est rien et on ne peut rien faire. Or l'Esprit est amour. Être rempli du Saint-Esprit, c'est être rempli de l'amour de Dieu, pour sortir et toucher les personnes non pas avec du jugement, mais avec de la grâce, en les aimant comme elles sont, en leur donnant les richesses du Royaume : des révélations, des paroles de vie, la foi.
Points à retenir
- Le monde n'attend pas des « croyants », il attend la manifestation des fils et filles de Dieu.
- Ta qualité (organisation, parole, écriture, sagesse…) est un pont vers le monde. Comme la beauté d'Esther.
- Le « mais » d'Actes 1.8 déplace ton regard : passe du « moi » au témoin.
- Suivre Christ demande parfois de partir sans son « Tite », comme Paul quittant Troas.
- Ce que Jésus te demande de donner aujourd'hui, ce n'est pas ton argent : c'est le témoignage de sa puissance.
- Être rempli du Saint-Esprit n'est pas une expérience unique : c'est un besoin quotidien.
Application personnelle
- Quelle est la qualité que Dieu a mise en moi et que le monde autour peut voir ? Est-ce que je la mets vraiment à son service ?
- Sur quel « et moi ? » est-ce que je bloque en ce moment ? Une circonstance, une frustration, un manque de reconnaissance ?
- Est-ce qu'il y a un « Tite » que je cherche encore avant de partir là où Dieu m'appelle ? Un ami, un confort, une sécurité ?
- Est-ce que j'ai déjà dit à Jésus, comme Marie : « tout ce que j'ai est à toi » ? Qu'est-ce que ça change concrètement dans ma semaine ?
- Qu'est-ce que le Saint-Esprit voudrait donner à travers moi cette semaine, à quelqu'un que je vais croiser ?
Versets cités
- Romains 8.19 · « La création attend avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu. »
- Actes 1.6-8 · « Mais vous recevrez une puissance… vous serez mes témoins. »
- Actes 16.6-10 · Paul empêché en Galatie et en Bithynie, appelé en Macédoine.
- 2 Corinthiens 2.12-13 · Paul à Troas sans repos, faute de Tite.
- Luc 9.59-62 · « Permets-moi d'aller d'abord ensevelir mon père. »
- Jean 12.1-8 · Marie verse le parfum sur les pieds de Jésus.
- Actes 3.1-8 · Pierre au temple : « Je n'ai ni argent ni or. »
- Galates 5.22-23 · Le fruit de l'Esprit.
FAQ
Que veut dire « la création attend la manifestation des fils de Dieu » (Romains 8.19) ?
Paul distingue deux choses : être croyant, et se manifester comme fils ou fille de Dieu. La création ne s'intéresse pas à une étiquette religieuse ; elle attend des personnes qui savent qui elles sont en Christ, et qui portent son caractère et sa puissance dans les lieux où elles vivent. Être manifesté, c'est sortir de son contexte religieux pour influencer le monde.
Pourquoi insister sur le petit mot « mais » d'Actes 1.8 ?
Parce qu'il montre le déplacement que Jésus opère chez ses disciples. Ils lui demandent : « et nous ? » Il répond : « mais vous serez mes témoins. » Le « mais » fait passer le regard du « moi » à l'autre. La puissance du Saint-Esprit n'est pas donnée pour te consoler de tes frustrations, mais pour te rendre témoin auprès de quelqu'un d'autre.
Comment savoir si je suis rempli du Saint-Esprit aujourd'hui, et pas seulement une fois dans le passé ?
Regarde ce que tu débordes. Si tu débordes de ton propre orgueil, de ta chair, de toi-même, alors il est temps de demander à être rempli à nouveau. Être rempli, c'est une décision quotidienne : se remettre sous la conduite de l'Esprit pour que ce soit son amour, son caractère et sa puissance qui débordent de toi vers les autres.
pour prendre des notes et poser une question.