Victimisation ou courage : Jésus devant Pilate te révèle

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Introduction

Le message commence par une question qu'on entend souvent aujourd'hui, et qu'on avait déjà posée au prédicateur : est-ce que Jésus, finalement, n'est pas un échec ? Si Dieu s'est incarné, pourquoi devait-il mourir ? N'est-ce pas rabaissant de croire que Dieu s'est humilié comme ça, crucifié, peut-être même nu sur une croix ? Est-ce que ce n'est pas un raté ?

Le philosophe allemand Friedrich Nietzsche disait que le christianisme a pris le parti de tout ce qui est faible, bas, manqué. Récemment, un youtubeur reprenait cette idée : Nietzsche aurait vu juste, le christianisme serait le symbole d'une morale de la faiblesse, de la victimisation, l'éloge du perdant. Alors, quand Jésus est mort sur la croix, c'était ça ?

Avec tout le respect dû à Nietzsche, le prédicateur pense qu'il n'a pas bien compris la portée de ce que Jésus a fait sur la croix. Ou peut-être que les chrétiens qu'il a observés ne lui ont pas montré la profondeur de ce que Jésus était en train de faire. Le texte étudié ce matin, Matthieu 27.11-31, raconte les dernières heures de Jésus avant la crucifixion. Il nous dit quelque chose de Dieu, mais aussi quelque chose de nous. Et il est tout sauf de la victimisation.

Plan du message

1. Le contexte : un procès monté sur un mensonge

  • Il y a 2000 ans, Jésus vivait parmi le peuple juif, en Palestine. Les chefs religieux étaient en colère contre lui, parce qu'il dénonçait l'hypocrisie religieuse. Il était assez piquant, et il montrait que le chemin pris par les religieux éloignait les gens de Dieu plus qu'il ne les rapprochait.
  • Les chefs religieux accusent Jésus d'encourager les gens à ne pas payer l'impôt (on lit cela dans Luc 23). Argument efficace face aux Romains qui dirigeaient le territoire, mais c'est un mensonge. La phrase « Il faut rendre à César ce qui est à César », passée dans notre langage courant, vient justement de Jésus, qui ne s'opposait pas à l'impôt.
  • Jésus est donc amené en procès devant Ponce Pilate. Est-il allé trop loin dans ses critiques ? Est-ce un martyre ? Le texte montre que c'est tout autre chose.

2. Jésus devant Pilate : le roi qui prend la responsabilité de nous sauver (v. 11-14)

  • Pilate demande : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus confirme : « Tu le dis. » C'est osé, parce qu'à l'époque il n'y a qu'un roi, c'est César. Mais face aux fausses accusations, Jésus ne répond rien, ce qui étonne beaucoup le gouverneur.
  • Pourquoi ce silence ? Parce que Jésus accepte le plan de donner sa vie pour nous sauver. Bien avant sa venue, les prophètes parlaient de la mission du Messie. Ésaïe 53.3-7 le décrit méprisé, abandonné des hommes, homme de douleur, blessé pour nos péchés, brisé pour nos iniquités, « semblable à un agneau qu'on mène à la boucherie » : « il n'a point ouvert la bouche ».
  • Ce passage fait écho exactement à la scène devant Pilate. Jésus ne répond pas aux accusations parce que c'était écrit. Il n'est pas crucifié parce qu'il a fait du mal, mais parce que c'était sa mission : payer pour nos fautes.
  • Jésus n'est pas passif. Il sait que des mensonges tournent et que s'il argumente, il entre dans un débat avec des mensonges. Cela ne veut pas dire qu'il faut se laisser faire devant l'injustice : d'autres passages appellent à avoir soif de justice, et Jésus lui-même chasse les marchands du temple et se met en colère face à ceux qui manipulent et mentent. Mais ici, sa mission, c'est d'effacer les fautes.
  • Dieu est un Dieu de justice. Normalement, nous devrions payer nos fautes : notre rébellion contre l'autorité de Dieu, notre autosuffisance, notre manque d'amour. Dieu avait un plan : payer lui-même. C'est ce que Jésus est en train de faire, silencieux comme la prophétie l'avait annoncé.

3. Pilate : se laver les mains, c'est choisir quand même (v. 15-26)

  • Pilate tente un dilemme : relâcher Barabbas, un grand criminel, ou Jésus, qui n'a pas l'air violent. Il espère peut-être que la foule se calmera. Il sait que c'est par envie que les chefs religieux ont livré Jésus.
  • Sa femme lui fait dire : « Qu'il n'y ait rien entre toi et ce juste, car aujourd'hui j'ai beaucoup souffert en songe à cause de lui. » Elle aussi est tiraillée par cette injustice. Mais Pilate n'écoute pas sa femme : sa carrière compte plus que sa femme, ce qu'on pense de lui compte plus que tout.
  • Pilate, gouverneur romain chargé de garder la paix dans la région de Jérusalem, sent bien que ce procès est injuste. Mais il ne prend pas ses responsabilités. Il veut plaire à tout le monde. Il est accroché à sa réputation, à son métier, à ce que les gens pensent de lui.
  • Alors il se lave les mains devant la foule : « Je suis innocent du sang de ce juste. Cela vous regarde. » Un geste qu'aucun Romain ne faisait ; on le trouve dans l'Ancien Testament, et peut-être que les chefs juifs le lui ont suggéré. Mais qu'a-t-il fait ensuite ? Il a quand même condamné Jésus. C'est lui le responsable.
  • Se laver les mains, c'est dire « je suis innocent ». Or s'il y a un innocent dans l'histoire, c'est Jésus. Ne pas prendre ses responsabilités, c'est une faute. Ici, ne pas choisir, c'est choisir de toute façon. Pilate cherche à esquiver, mais c'est bien lui qui permet que Jésus soit crucifié.

4. Et nous ? Le contraste entre Pilate et Jésus

  • N'est-ce pas ce que nous essayons de faire aussi ? Nous savons qu'il y a des choses qui clochent, des choses que nous devrions faire, mais il nous manque du courage et nous faisons comme tout le monde. La pression sociale : si je dis que je suis chrétien à mon boulot, dans mon école, qu'est-ce que les gens vont penser ?
  • Peut-être que tu crois en Jésus, mais tu résistes à te faire baptiser, tu remets ton engagement à demain, « quand je serai grand, quand je serai vieux ». Peut-être que tu sens qu'il existe un Dieu, que le monde n'est pas venu par hasard, mais tu ne veux pas trop chercher parce que ça t'engagerait. Tu préfères suivre le mouvement et attendre qu'une belle surprise arrive toute seule.
  • On a beau essayer de se laver les mains de nos responsabilités : ne rien faire, c'est choisir. Même comme chrétiens, nous savons qu'il faut aimer Dieu, suivre Jésus, aimer notre prochain, former des disciples, partager notre foi. Mais nous avons d'autres préoccupations et nous remettons à demain. Le prédicateur le reconnaît lui-même : « Tellement de fois j'ai manqué de faire ce que je sentais que Dieu m'appelait à faire. »
  • Le contraste est fou. Pilate est inquiet, confus, perdu, stressé par la vie : qu'est-ce qui va m'arriver demain, aurai-je encore mon confort ? Il n'arrive pas à trouver la vérité, il est relativiste, tout le monde a raison, donc il doit plaire à tout le monde. Il voit un innocent devant lui et il le laisse crucifier. Il n'est pas innocent, mais il dit le contraire : c'est un début d'hypocrisie.
  • Jésus, lui, accomplit sa mission, même si elle est injuste, même si elle engendre de la souffrance. Il est confiant, assuré, stable. Il ne veut pas plaire à tout le monde, il veut plaire à Dieu son Père. Il fait confiance à la mission que le Père lui a donnée. Il est courageux : il choisit de mourir pour nous tous et il va jusqu'au bout. Innocent, il ne cherche pas à se justifier dans tous les sens, parce qu'il sait qu'il est au bon endroit.

5. Le roi couronné d'épines (v. 27-31)

  • Les soldats déshabillent Jésus, le couvrent d'un manteau écarlate, tressent une couronne d'épines, lui mettent un roseau dans la main comme un sceptre, s'agenouillent devant lui : « Salut, roi des Juifs ! » Puis ils crachent sur lui et le frappent à la tête avec le roseau, avant de l'emmener pour le crucifier.
  • Pilate laisse faire, et Jésus est humilié comme l'annonçait la prophétie d'Ésaïe, 700 ans avant. Les soldats le déguisent en roi et lui rendent un faux hommage pour s'amuser. Ils ne se rendent pas compte que ce qu'ils miment, c'est ce qu'il est réellement : il est vraiment le roi, mais pas un roi comme les autres.
  • Nous pensons qu'un roi, c'est quelqu'un de riche et de puissant, confortable dans son palais. Romains 5.8 dit : « Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous. » Voilà le roi de la Bible : un roi qui descend de son trône, qui vient jusqu'à nous et ramasse la poussière pour effacer notre rébellion, notre manque d'amour, notre manque de courage, notre silence quand nous aurions dû prendre nos responsabilités.
  • On ne parle donc pas d'un christianisme qui fait l'éloge de la lâcheté ou de la victimisation, comme Nietzsche pouvait le sous-entendre. Le christianisme fait l'éloge d'un Dieu courageux, tellement plein d'amour qu'il donne sa vie pour ses ennemis. Pendant qu'on le frappe, Jésus aime ses bourreaux, il veut les sauver et les pardonner. C'est l'amour sacrificiel, celui qui donne sans condition. Nous, nous aimons les gens aimables ; qui donnerait sa vie pour ses ennemis ? Dieu est le seul à faire ça.
  • Le théologien D. A. Carson relève un signe fort dans la couronne d'épines qui fait saigner la tête de Jésus : dans Genèse 3, la malédiction de l'humanité éloignée de Dieu a donné au monde des épines. Cette couronne symbolise la couronne de notre péché, de notre rébellion. Jésus la porte.

6. Ressuscité, il rend ses disciples courageux

  • Jésus est crucifié, une mort atroce, mais trois jours après il ressuscite. Les disciples hallucinent, beaucoup ne croient pas et pensent à un fantôme. Mais Jésus réapparaît plusieurs fois, il mange avec eux, il se laisse toucher. Ils ont eu du mal à croire, jusqu'à ce qu'ils se rendent compte : c'est bien Jésus, et il l'avait dit.
  • Si Dieu est vraiment Dieu, il est logique qu'il soit plus fort que la mort. Nous ne voulons pas d'un petit Dieu ; le Dieu de la Bible est grand et fort.
  • L'Évangile de Matthieu se termine sur ce roi qui n'est pas comme les autres (Matthieu 28.16-20). Les disciples se prosternent, mais « quelques-uns eurent des doutes ». Ils sont fébriles, et le prédicateur avoue se sentir souvent fébrile devant ses responsabilités. Jésus s'apprête pourtant à leur confier une mission immense : faire de toutes les nations des disciples. Ce sont de pauvres gars, sans grandes études, des paumés.
  • Jésus leur dit en substance : je connais vos doutes, mais ce n'est pas vous qui allez y arriver, c'est moi qui ai tout pouvoir, et je serai avec vous. Jésus est le roi tout-puissant qui comble nos faiblesses. Si tu as peur de témoigner de ta foi à l'école ou au travail, tu peux être rassuré : Dieu va t'aider, c'est lui qui est courageux.
  • Le christianisme des 300 premières années s'est déployé dans la persécution, pas par des conquêtes ou des guerres. Une croissance folle de gens qui ont aimé leur prochain. Quand la lèpre et les maladies se répandaient, les chrétiens étaient les seuls à rester prendre soin des malades, au risque d'attraper eux-mêmes leurs maladies. Des écrits racontent que les premiers chrétiens étaient des fous, des gens hyper courageux.

Points à retenir

  • Le silence de Jésus devant Pilate n'est pas de la passivité : c'est l'accomplissement d'Ésaïe 53. Il accepte de payer pour nos fautes, c'était sa mission.
  • Se laver les mains ne rend pas innocent. Ne pas choisir, c'est choisir ; ne pas prendre ses responsabilités, c'est une faute.
  • Pilate veut plaire à tout le monde et perd la vérité. Jésus veut plaire à son Père et va jusqu'au bout, confiant et stable.
  • Le christianisme ne fait pas l'éloge de la faiblesse mais d'un Dieu courageux, qui aime ses ennemis et donne sa vie pour eux (Romains 5.8).
  • Dieu ne nous appelle pas à la victimisation mais à reconnaître nos faiblesses, à nous prosterner devant Jésus et à recevoir de lui le courage.

Application personnelle

  1. Dans quel domaine est-ce que tu te « laves les mains » aujourd'hui, en sachant pourtant qu'il y a quelque chose que tu devrais faire ?
  2. Comme Pilate, à quoi es-tu accroché (réputation, carrière, regard des autres) au point de ne pas écouter les alertes que Dieu place autour de toi ?
  3. Tu crois en Jésus, mais qu'est-ce que tu remets à demain : le baptême, un engagement, une parole à dire à ton boulot ou dans ton école ?
  4. Où as-tu manqué d'amour récemment, pour ta famille, ton conjoint, ton prochain ? Peux-tu le confesser à Jésus ce matin ?
  5. Le premier acte courageux, c'est de dire : « Je reconnais que je suis perdu sans ton aide, Jésus. » Es-tu prêt à le dire ?

Versets cités

FAQ

Le christianisme fait-il l'éloge de la faiblesse, comme le disait Nietzsche ?

Non. Le texte de Matthieu 27 montre un Dieu courageux, qui choisit librement de mourir pour ses ennemis et de payer leur dette. La croix n'est pas un échec subi, c'est une mission accomplie jusqu'au bout.

Pourquoi Jésus ne se défend-il pas devant Pilate ?

Parce que c'était écrit : Ésaïe 53 annonçait un serviteur qui « n'a point ouvert la bouche ». Jésus n'est pas passif, il refuse d'entrer dans un débat avec des mensonges et accepte le plan de Dieu pour effacer nos fautes.

Que veut dire « se laver les mains » comme Pilate ?

C'est se déclarer innocent tout en laissant l'injustice se faire. Pilate a quand même condamné Jésus. Pour nous, cela veut dire que ne rien faire, remettre à demain, suivre le mouvement, c'est déjà un choix dont nous sommes responsables.

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