Introduction
« Dieu n'est pas un petit vieux à qui l'on peut donner des coups de pied dans les tibias, puisque de toute façon il nous donne des bonbons. » Ivano ouvre ainsi sa prédication à la Chiesa Battista di Milano, ce dimanche 11 octobre 2026. Dieu est un Père affectueux, le Père miséricordieux, mais il ne renonce pas à éduquer ses enfants. Sa parole console et encourage. Elle peut aussi reprendre, et parfois durement.
Le texte du jour, Actes 2:37-42, arrive au temps de la Pentecôte. Le prédicateur remarque que la lecture a laissé de côté la partie la plus difficile du discours de Pierre : « Nous avons mis de côté les légumes, les herbes amères, pour arriver à la partie la plus douce, au dessert », la joie du partage et d'une communauté nouvelle. Il choisit pourtant de revenir à ces herbes amères.
Ce message s'inscrit dans une réflexion sur le chemin du discipulat : comment devient-on disciple de Jésus, et quelle place le baptême tient-il dans ce parcours ?
Plan du message
1. Une prédication dure, pas un discours motivant
- Le discours de Pierre, rempli du Saint-Esprit, n'est « pas une prédication simplement émouvante, émotionnelle, motivante ». Elle est cinglante, et même, pour Ivano, pas très belle du point de vue rhétorique.
- Pierre vient de parler de la responsabilité des Romains, ces incirconcis qui ont cloué sur la croix les mains de son Maître (Actes 2:23). Puis il se tourne vers ceux qui l'écoutent : « Vous l'avez crucifié » (Actes 2:36).
- Pierre est lui-même juif parmi les Juifs. Et il parle avec aplomb, lui qui a fui le Golgotha et renié son Maître. « Ce n'est pas le beau message après lequel tu rentres chez toi en disant : quelle joie ! »
- On rentrera pourtant heureux, assure le prédicateur, « un peu comme celui qui est allé chez le dentiste et qui rentre heureux parce que le mal de dents est passé. Parfois, le remède est amer et douloureux ».
- Les auditeurs pensaient avoir la conscience propre : les méchants, ce sont les Romains. Pierre leur dit qu'ils sont complices de la mort d'un juste.
2. La conversion est un processus
- Ivano est convaincu que beaucoup de ceux qui écoutaient Pierre ce jour-là n'avaient rien à voir avec la condamnation du Christ. Ils avaient probablement suivi Jésus et l'avaient écouté prêcher au temple, jour après jour.
- Il ne veut pas que le baptême de 3000 personnes en un jour fasse croire que l'on devient chrétien du matin au soir. « Le parcours de foi est un processus. » En un jour, tu peux mûrir la décision de suivre le Christ, mais cette décision demande normalement du temps.
- Le baptême est la manifestation de ce choix, « un peu comme le choix de signer un contrat, un peu comme le choix de célébrer un mariage ». On s'est rencontrés, on s'est parlé, puis vient le moment où l'on dit : « Je te choisis, je choisis de quel côté me tenir. »
- Il ne s'agit pas seulement de regarder sur Google Maps le trajet du bon disciple et sa destination, mais de se mettre à marcher avec Jésus. Jésus conduit ses disciples dans les eaux du baptême, comme lui-même y est descendu quand Jean-Baptiste appelait le peuple à la conversion.
- La conversion, la metanoia, est un changement de mentalité, un renouvellement de la pensée : quitter une vie consacrée au péché, au mal, à l'agressivité et à la violence.
3. Il est facile de voir le mal chez les autres
- La veille, Ivano prêchait l'Évangile à la prison d'Opera. On pense volontiers que l'appel à la conversion concerne ces criminels, parmi lesquels des hommes qui ont tué leur femme. Dans l'église, une chaise rappelle d'ailleurs la violence faite aux femmes. « Mais moi, quel mal est-ce que je fais ? »
- Parmi les détenus eux-mêmes, l'un disait avec une condamnation féroce : il a tué sa femme et il ne s'est pas repenti. Pendant l'échange de la paix, un homme a serré la main du prédicateur puis l'a tendue à ce détenu, qui a refusé de la lui serrer.
- Ivano partage ce jugement sur le plan moral, mais comme chrétien il est appelé à le questionner. « Il est facile de voir le mal, le dégoût chez les autres, le dégoût de la société. » On peut se plaindre chaque dimanche de la marche du monde et de la politique, d'ici ou d'outre-Atlantique.
- Pierre fait une opération plus compliquée : il regarde en face les personnes qui sont devant lui.
4. Une parole qui transperce le cœur
- D'où vient l'autorité de Pierre, lui qui s'est enfui ? Elle n'est pas humaine. Quand le prophète annonce la parole, ce n'est pas avec son autorité personnelle : c'est le Saint-Esprit de Dieu qui adresse cette parole au peuple.
- « Il est toujours trop facile de dire : personne ne peut me juger, parce que tout le monde a péché. Toi tu pèches, je pèche, ça va comme ça. » Dieu a une parole contre le péché, une parole qui conduit à la responsabilité.
- « Ils eurent le cœur vivement touché » (Actes 2:37) : le verbe grec est un composé du verbe qui signifie « je transperce », celui que l'évangéliste emploie pour le soldat romain qui perce de sa lance le côté du Seigneur (Jean 19:34). La parole les a transpercés au centre.
- Ils ont compris que si quelque chose arrive à un juste et que l'on se tourne de l'autre côté, on est responsable. L'autorité de Pierre naît de là : il a été le premier à se rendre compte qu'il avait fui pour sauver sa vie, et il a pleuré amèrement (Luc 22:62).
- Nous nous rongeons pour le péché des autres à chaque journal télévisé. La discipline de la confession du péché, elle, libère de ces toxines, en reconnaissant notre lâcheté et notre inattention.
- Le prédicateur témoigne : la première fois qu'il a entendu cette parole et commencé à comprendre sa responsabilité dans la société et dans sa famille, elle lui brûlait et l'agaçait. C'était « le désagrément curatif et thérapeutique d'un père qui te reprend ».
- Cette culpabilité n'est pas destinée à nous tuer. Le feu du jugement de Dieu descend sur les cœurs à la Pentecôte et brûle le péché. Le baptême devient le lieu de la grâce et du rafraîchissement, où cette brûlure peut être éteinte et apaisée.
5. Sauvez-vous de cette génération tordue
- Le mot traduit par « perverse » (Actes 2:40) a pour racine le grec skolios. Ivano fait entendre l'écho avec la scoliose : une génération tordue, courbée, qui se regarde le nombril.
- Il défend ces textes contre l'accusation d'antisémitisme : ils parlent d'un péché historique d'Israël à ce moment-là. Mais à la place de Pierre, des brigands, des soldats romains payés pour faire respecter la loi, « il y a aussi nous ».
- Il y a chaque policier à Paris face aux étudiants en révolte, et nous devons choisir de quel côté nous tenir. « Ne pas te positionner, c'est te tenir de ce côté-là. Tu es responsable toi aussi par ton silence. »
- Le prédicateur évoque une exécution capitale par fusillade qui doit bientôt être diffusée à la télévision. Les Romains aimaient le spectacle de la mort, et la crucifixion en faisait partie. La croix, transformée en gloire du Christ, était en réalité le lieu de l'ignominie.
- Si l'on organisait aujourd'hui des jeux où des gens sont tués, des milliers voudraient y assister et paieraient des billets très chers. Il y a en nous quelque chose de viscéral, d'animal, qui nous y pousse.
- Les premiers chrétiens ont refusé cette barbarie. Augustin et d'autres grands de l'Église l'ont condamnée, et les conciles aussi. « Tu es chrétien ? Tu ne peux pas aller au cirque voir des gens se faire tuer. Tu es chrétien, tu ne peux pas regarder cette émission à la télévision, tu ne peux pas te réjouir qu'un homme soit tué. »
- « Et si, au fond de toi, tu couves cette joie, sache que c'est ta part non convertie. » Le vieil homme continue d'habiter en toi comme en moi. Ressentir viscéralement le désir de vengeance ne le rend pas juste. La parole de Dieu est là pour nous libérer de ce vieil homme, qui doit être transpercé chaque fois.
6. Trois mille qui vivent : une communauté nouvelle
- Luc raconte un peuple entier, 3000 personnes, qui descendent dans les eaux du baptême parce qu'elles assument leur responsabilité, leur part de faute. Elles ne rentrent pas simplement chez elles heureuses : elles changent de manière de vivre.
- Elles qui vivaient chacune de leur côté se rassemblent. Ivano ose l'image d'un parti, « un parti du bien, non politique » : une communauté qui fait partie de la société mais refuse de se plier à ses règles et choisit de vivre selon la loi de Dieu, non celle de Rome ni de la culture dominante.
- Cette douleur au cœur peut être aussi l'Esprit de Dieu qui écrit ses commandements sur le cœur (Jérémie 31:33). Quand Moïse descend avec les tables écrites du doigt de Dieu, le peuple adore un veau d'or, et ce jour-là 3000 hommes meurent (Exode 32:28). À la Pentecôte, quand l'Esprit écrit la loi sur le cœur, 3000 personnes vivent.
- Cette vie nouvelle se voit dans la durée : ils persévèrent dans l'enseignement des apôtres, qui n'est autre que l'Évangile, dans la communion fraternelle, la fraction du pain et les prières (Actes 2:42). Le miracle de la Pentecôte se poursuit aujourd'hui, en 2026, chaque fois que l'Évangile est écouté.
- L'appel final est adressé avec la même autorité que celle de Pierre : « Sauve-toi de cette génération tordue qui regarde son propre nombril. Sauve-toi d'être coresponsable de tant de violence et donne corps à un monde nouveau, une société nouvelle, une communauté nouvelle, non pas idéale, mais réelle. »
Points à retenir
- Dieu est un Père miséricordieux qui éduque : sa parole peut consoler, mais aussi reprendre durement, comme un remède amer qui guérit.
- La conversion est un processus. Le baptême manifeste un choix mûri : celui de marcher avec Jésus et de choisir de quel côté se tenir.
- Il est facile de voir le mal chez les autres. La parole de l'Esprit nous transperce le cœur pour nous rendre responsables, y compris de nos silences.
- La confession du péché ne vise pas à écraser : le feu de l'Esprit brûle le péché et la grâce du baptême apaise cette brûlure.
- Les 3000 de la Pentecôte forment une communauté nouvelle, persévérante dans l'enseignement, la communion, la fraction du pain et la prière.
Application personnelle
- Quand la parole de Dieu te reprend, la reçois-tu comme le soin d'un père ou cherches-tu à t'en protéger ?
- Te plains-tu plus facilement du mal chez les autres que tu ne reconnais le tien ?
- Dans quelle situation te tournes-tu de l'autre côté face à quelqu'un qui souffre, et quel choix te demande ton silence ?
- Y a-t-il en toi une « part non convertie », un désir de vengeance ou un goût pour la violence, que tu dois confier à Dieu ?
- As-tu fait le choix public de suivre Jésus et de faire partie d'une communauté réelle, et comment vis-tu cette persévérance au quotidien ?
Versets cités
Questions fréquentes
Que signifie « ils eurent le cœur vivement touché » en Actes 2:37 ?
Ivano explique que le verbe grec est un composé du verbe qui signifie « transpercer », celui que l'évangéliste emploie pour le soldat romain qui perce le côté de Jésus avec sa lance. Les auditeurs de Pierre ont été transpercés au cœur par la parole : ils ont compris que se détourner quand un juste souffre rend responsable.
Les 3000 baptisés de la Pentecôte se sont-ils convertis en un seul jour ?
Pour le prédicateur, on peut décider en un jour de suivre le Christ, mais le parcours de foi est un processus. Beaucoup de ces personnes avaient sans doute écouté Jésus au temple pendant son ministère. Le baptême manifeste un choix mûri, comme on signe un contrat ou comme on célèbre un mariage.
Que veut dire « Sauvez-vous de cette génération perverse » ?
Le mot grec vient de la même racine que « scoliose » : une génération tordue, courbée, qui regarde son propre nombril. Ivano précise que ce texte n'est pas antisémite : à la place des auditeurs de Pierre, il y a aussi chacun de nous, appelé à choisir de quel côté se tenir et à rejoindre une communauté nouvelle.