Deux portes, une seule vie : entre par la porte étroite

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Deux portes, une seule vie : entre par la porte étroite

Série « Citoyen du Ciel, pieds sur Terre », partie 4. Prédication à partir de Matthieu 7.13-14 (Momentum).

Qu'est-ce qu'un vrai disciple de Jésus ? La question revient sans cesse aujourd'hui, et chacun y met un peu ce qu'il veut. Pour les uns, c'est la piété personnelle : prière, consécration, vie intérieure. Pour d'autres, ce sont les actions caritatives : si tu portes le nom de chrétien, ça doit se voir dans la ville. Et puis, tu le sais bien, une bonne partie de notre société est sceptique face à ce genre de question. Le simple fait de parler d'un « vrai disciple », ça sent un peu la radicalisation à leurs oreilles.

C'est avec tout cela en tête qu'il est bon de se poser la vraie question : que dit Jésus, lui ? Il ne parle pas en discours direct, comme on l'aimerait parfois. Non : lui qui est plus grand que Salomon, il nous parle avec le langage du sage, en image et en parabole. Et l'image qu'il choisit ici, c'est deux portes.

« Entrez par la porte étroite. Car large est la porte, spacieux est le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là. Mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent. »
, Matthieu 7.13-14 (LSG)

1. « Entrer » n'est pas une option, c'est un commandement

Cette phrase vient vraiment en conclusion du sermon sur la montagne. Toutes les images que Jésus va donner dans les versets suivants (les faux prophètes, le bon arbre et le mauvais arbre, la maison bâtie sur le roc), font référence à ces deux portes.

La première chose qu'on voit, c'est que Jésus dit « entrez ». C'est un commandement. Ce n'est pas du genre « vous avez un choix, faites votre choix ». Non, c'est « entrez ». Et il faut aussi se rappeler à qui il parle. Il parle à ses amis, à ceux qui sont prêts à le suivre et à passer toute la journée avec lui pour écouter son enseignement. C'est à ses disciples qu'il dit : entrez par cette porte étroite. Les choses deviennent sérieuses.

Et ce n'est pas la première fois dans l'Écriture qu'on parle comme ça. Le Messie qui prend la parole, il incarne toute l'Écriture, depuis Moïse jusqu'à Jean-Baptiste. Moïse déjà, en Deutéronome 32.46-47, dit à peu près la même chose :

« Prenez à cœur toutes les paroles que je vous conjure aujourd'hui de commander à vos fils, afin qu'ils observent et mettent en pratique toutes les paroles de cette loi. Car ce n'est pas pour vous une parole creuse : c'est pour votre vie. »

Moïse ne donne pas l'option. Si tu veux réussir ta vie dans la terre promise, voilà le chemin. Et son successeur reprend le même langage. Regarde Josué 24.15 :

« Et si vous ne pensez pas devoir servir l'Éternel, choisissez aujourd'hui qui vous voulez servir : ou les dieux que servaient vos pères au-delà du fleuve, ou les dieux des Amoréens dans le pays desquels vous habitez. Moi et ma maison, nous servirons l'Éternel. »

Josué va encore plus loin que Moïse. Vous êtes dans la terre promise, vous savez tout ce que Dieu a fait pour vous, vous voulez vraiment aller servir d'autres dieux ? Quand Jésus met ses amis devant les deux portes, il les inscrit donc dans une lignée qui remonte jusqu'au commencement.

2. Une parole qui froisse : hier comme aujourd'hui

Le problème, pour nous les modernes, c'est qu'on n'aime pas que les choses soient exclusives. Surtout en Occident, on veut rester ouvert, ouvert d'esprit, esprit critique. Et c'est en partie une bonne chose : c'est comme ça que notre société fonctionne. Mais dès que quelqu'un veut réduire le champ des choix, attention, ça froisse.

Et pourtant, est-ce que la vie n'est pas déjà remplie de choix exclusifs ? Se marier avec quelqu'un, c'est refuser toutes les autres options. Signer un contrat de travail, c'est renoncer à travailler pour la concurrence. On accepte ce genre d'exclusion, on la célèbre même. Sur les choses importantes de la vie, on est bien exclusif.

Reste que cette parole de Jésus, aujourd'hui, on la reçoit vite comme la marque d'une radicalisation. Cette semaine, dans un article du Figaro, Olivier Roy décrivait deux types de radicalité. La première est piétiste : elle veut avant tout défendre la vraie foi et la stricte observance des pratiques religieuses, et elle ne s'inscrit pas dans un projet politique. La seconde est activiste : elle veut aussi défendre les vertus d'une rigoureuse orthodoxie, mais en intervenant énergiquement dans la sphère politique, avec l'objectif final d'édifier un État religieux. Voilà le discours de notre monde.

Ne crois pas qu'à l'époque de Jésus, c'était très différent. Pour le Galiléen typique qui écoute le Maître, dire que le Messie est le seul chemin, ça passe, parce qu'eux attendent un coup d'État ! Ils attendent réellement que le Messie vienne avec son armée pour établir un nouveau gouvernement. Pour le pharisien, ça passe aussi : non parce qu'il s'intéresse au gouvernement, mais parce qu'il se croit déjà juste, et que pour lui c'est déjà gagné. Pour le sadducéen, c'est très différent, parce que c'est lui qui détient le pouvoir politique et qu'il sait que Jésus n'est pas de son camp. Ça devient très compliqué. Et pour les Romains ? L'histoire nous le dit : ce sera la persécution totale contre l'Église. Une offense totale, parce que pour eux il n'y a pas d'autre dieu que César.

Autrement dit, en son temps comme au nôtre, dire une chose pareille, ce n'est jamais facile.

3. La porte large : le chemin de la moindre résistance

« Large est la porte, spacieux le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là. »

Dans le langage du sage, on parle ici de la vie du simple, du naïf. Ce que Jésus décrit, c'est une grande porte qui n'a pas de définition claire et un chemin facile à tracer. C'est comme une ville sans muraille et sans portes gardées : une ville qui ne peut pas tenir. C'est le chemin de la moindre résistance. Le RER gratuit. L'autoroute sans péage. Ce qu'on emprunte naturellement, presque sans y penser.

Salomon l'avait déjà décrit en Proverbes 14.12 : « Telle voie paraît droite à un homme, mais son issue, c'est la voie de la mort. » Le RER gratuit, évidemment que tu vas le prendre. Mais il y a des contrôleurs qui circulent, et à la fin, dit Jésus, c'est la destruction.

Pourquoi la destruction ? Est-ce que le Seigneur ne veut pas qu'on prenne la voie rapide, la voie la plus facile ? Non. C'est l'apôtre Paul qui aide à mieux comprendre. En Éphésiens 2.1-3 :

« Vous étiez morts par vos offenses et par vos péchés, dans lesquels vous marchiez autrefois, selon le train de ce monde, selon le prince de la puissance de l'air, de l'esprit qui agit maintenant dans les fils de la rébellion. Nous tous aussi, nous étions de leur nombre, et nous vivions autrefois selon les convoitises de notre chair, accomplissant les volontés de la chair et de nos pensées, et nous étions par nature des enfants de colère, comme les autres. »

Pourquoi la porte est-elle large et tout le monde y va ? Parce qu'ils ne sont pas nés de nouveau, ils ne sont pas régénérés, ils ne savent pas la différence. C'est comme quelqu'un qui ne pourrait pas voir la couleur verte. Tu lui dis : « Regarde, cette pelouse là-bas est magnifique, elle est verte. » Entre une belle pelouse et une pelouse toute jaune, pour lui c'est la même chose. Il ne sait pas. Et cette personne, qui ne peut pas distinguer, va suivre ce que font les autres.

Dans les Proverbes, le simple, le naïf, n'est pas moindre que les autres. Il est tout simplement Monsieur Tout-le-Monde. Il croit que tout ira bien, mais il ne réfléchit pas aux conséquences spirituelles, parce qu'il ne les connaît pas. Comme le résume Zack Eswine : « Le problème avec la naïveté, ce n'est pas son ouverture ; c'est sa réticence à fermer la porte quand le mal veut entrer. »

Pense à Blanche-Neige. La voilà tranquille à faire le ménage. Toc toc, la vieille sorcière. Pourquoi ces personnages ouvrent-ils toujours ? « Ah, une sorcière ? Bon, entre ! » Pire encore : « Tu veux une pomme ? Génial, merci, j'ai faim. » Voilà la porte large. Pour la franchir, il suffit de suivre ta propre pente. Que tu sois intelligent, méchant, engagé, narcissiste, peu importe, c'est la même chose. La seule règle, c'est : surtout, ne pas réfléchir à l'éternité.

4. La porte étroite : un don, un choix, une vision longue

« Mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent. »

Contrairement à tout ce qu'on vient de voir, Jésus appelle ses disciples à choisir un autre type de vie. Elle est coûteuse. Elle demande des sacrifices. Elle est spécifique. Et elle est nettement moins populaire. C'est à l'image de Proverbes 1.20-23, où la sagesse appelle dans les rues ceux qui n'ont pas d'avenir pour les instruire. Jésus appelle ses amis à cette même sagesse : entrer par la porte étroite.

Et par là, Jésus te montre le cœur du Père. Rappelle-toi le verset 11, quelques lignes plus haut : « Qui parmi vous donnera un serpent à son fils qui demande du poisson ? Vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants : combien plus votre Père céleste ? » (Matthieu 7.9-11). La porte étroite est un bon don, un don qui vient du Père.

Cette porte demande aussi une vision à long terme. On regarde en ce moment à la maison une série qui s'appelle Alco, l'histoire d'un oncle qui a « réussi » sa vie et qui instruit son neveu : « Voilà ce que tu dois faire si tu veux devenir comme moi. » Ce qui m'a fait rire, mais qui parle bien du long terme : il emmène son neveu acheter une glace. Le petit est trop content. Et l'oncle lui dit : « Tu vois mon physique, mon apparence ? C'est grâce à mes années de sacrifice, à toutes ces années où j'ai dû dire non aux glaces… et là, j'aimerais bien un petit bout de la tienne. »

Ce que Jésus te demande, évidemment, ce n'est pas d'être vaniteux comme cet oncle. C'est d'avoir une mentalité de long terme sur ta vie, par la régénération du Saint-Esprit. Jésus, dans sa bonté, t'appelle à bien plus grand : à l'éternité elle-même. Encore une fois : la porte étroite, c'est le don de Dieu. C'est la grâce qui t'aide à éviter énormément de mal, ne serait-ce que la perdition. Ou comme Paul le dit en Romains 8.18 : « J'estime que les souffrances du temps présent ne sauraient être comparées à la gloire à venir qui sera révélée pour nous. »

5. À quoi ressemble cette porte étroite ? Regarde Pierre

À quoi ça ressemble concrètement, cette porte étroite ? Prends l'exemple de l'apôtre Pierre. On le critique souvent, parce qu'il fait parfois des bêtises. Mais regarde ce qu'il fait.

  1. Il quitte tout pour suivre Jésus. Il avait un métier stable, la pêche. Quand Jésus l'appelle, il quitte tout pour le suivre. Ça, c'est la porte étroite.
  2. Il se relève après sa chute. En Matthieu 16, Pierre confesse magnifiquement qui est Jésus. Deux minutes plus tard, il essaie de détourner Jésus de la croix, et Jésus lui dit : « Arrière de moi, Satan ! » Pierre aurait pu s'enfermer, devenir amer. Il se relève et continue à suivre Jésus.
  3. Il est restauré après avoir renié. Peut-être son erreur la plus flagrante : il renie son Maître trois fois. Que fait Jésus ? Il va vers lui, et trois fois lui demande « M'aimes-tu ? » (Jean 21.15-19). Une fois pour chaque reniement, le Seigneur le restaure. Ça, c'est la porte étroite.
  4. Il édifie l'Église et accepte la correction. En Actes 2, à la Pentecôte, il prêche et les gens viennent à Christ. Plus tard, il est persécuté, jeté en prison. Il édifie les églises. En Galates 2, Paul le reprend devant tout le monde. Que fait Pierre ? Il continue sa route.
  5. Il va jusqu'au bout. Nous savons qu'il fut crucifié pour le Seigneur.

Ça, c'est la porte étroite. C'est Proverbes 24.16 : « Sept fois le juste tombe, et il se relève. » Ça, c'est notre Pierre. C'est le chemin que Jésus trace pour toi.

6. Ce qui est peut-être le plus beau : Jésus y est passé le premier

Ce qui est peut-être le plus beau dans tout ça : si Jésus sélectionne pour toi un chemin difficile, c'est parce qu'il a déjà marché dessus lui-même.

« Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive. »
, Matthieu 16.24 (LSG)

C'est ce que fait le bon Maître. Il t'appelle à aller là où il est déjà venu. Le Fils éternel de Dieu, qui vivait dans la majesté et la gloire, a pris sur lui notre humanité, a renoncé à lui-même, nous a rachetés de toute notre honte et de toute notre condamnation. Ce n'est pas du tout une œuvre politique. C'est loin de la violence. C'est plutôt : prendre sa croix et le suivre jusqu'au bout. Cela demande un changement de cœur. Et ce qui est beau, c'est que Jésus, lui, partage sa vie avec toi.

Points à retenir

  • « Entrez » est un commandement, pas une suggestion. Jésus parle à ses amis, à ses disciples : les choses deviennent sérieuses.
  • La porte large est le chemin par défaut, celui qu'on suit sans réfléchir, parce qu'on n'a pas encore vu la différence. À sa fin, dit Jésus, c'est la destruction.
  • La porte étroite est un don du Père, une grâce, pas d'abord un effort. C'est la sagesse qui appelle, et c'est le cœur d'un bon Père qui donne de bonnes choses à ses enfants.
  • Vivre cette porte, ce n'est pas être parfait : c'est, comme Pierre, tomber et se relever, être repris et continuer sa route, jusqu'au bout.
  • Jésus ne t'envoie jamais sur un chemin qu'il n'a pas parcouru lui-même. Il a franchi le premier la porte étroite, jusqu'à la croix.

Application personnelle

  1. À quelle porte ta vie ressemble-t-elle en ce moment : celle qu'on emprunte sans réfléchir, ou celle qu'on choisit à cause de Jésus ?
  2. Où, dans ta semaine, refuses-tu de « fermer la porte quand le mal veut entrer » ? Écrans, paroles, relations, argent ?
  3. Si tu es honnête, sur quoi bases-tu ton assurance devant Dieu : sur le fait que tu « te crois juste », comme le pharisien, ou sur la grâce reçue en Jésus ?
  4. Y a-t-il une chute récente qui te retient de te relever ? Que ferait Pierre à ta place aujourd'hui ?
  5. Quelle croix concrète Jésus te demande-t-il de porter cette semaine pour le suivre ?

Versets cités

FAQ

Est-ce que « porte étroite » veut dire qu'il faut être parfait pour être sauvé ?

Non. La porte étroite est d'abord un don du Père, une grâce (Matthieu 7.11) : la nouvelle naissance par le Saint-Esprit. C'est parce que tu es régénéré que tu commences à voir la différence entre les deux chemins et que tu peux te relever à chaque chute, comme Pierre (Proverbes 24.16).

Pourquoi Jésus dit-il qu'il y en a « peu » qui trouvent la porte étroite ?

Parce que le chemin par défaut, celui de la moindre résistance, est spirituellement invisible tant qu'on n'est pas né de nouveau. La foule suit ce que font les autres. La porte étroite, elle, est spécifique : elle demande de choisir Christ, de renoncer à soi-même et d'accepter une vision à long terme, ce qui va à contre-courant du monde.

Choisir la porte étroite, est-ce se replier ou faire de la politique religieuse ?

Ni l'un ni l'autre. Jésus n'appelle ni à un piétisme replié, ni à un projet politique pour imposer un État religieux. Il appelle chacun personnellement à un changement de cœur : prendre sa croix, le suivre, aimer Dieu et son prochain, jusqu'au bout (Matthieu 16.24).

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