Éphésiens 4 : former les saints, une mission de l'Église

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Introduction

Cornhill Scotland fête ses 20 ans. Pour l'occasion, un épisode spécial du podcast Talking Points réunit autour d'un animateur Willie Philip, président de Cornhill Scotland, revenu en Écosse il y a plus de 22 ans pour servir à The Tron Church de Glasgow, et Andy Gemmill, directeur du cours de formation des pasteurs. Ce n'est pas une prédication mais une conversation à trois voix. Leur sujet : former des hommes et des femmes à un ministère fidèle à la Bible.

La question posée d'entrée est simple : pourquoi est-ce une chose que l'Église doit faire, et non une chose qu'elle peut faire ? Pour Willie Philip, tout revient à un point de base : « l'autorité suprême dans l'Église, et pour toute la foi et toute la vie, ce sont les Écritures ». La Bible est en amont de tout le reste.

Ce premier épisode pose les convictions. Former les saints n'est pas l'affaire de quelques candidats repérés pour le pastorat : c'est une culture que chaque Église locale est appelée à bâtir.

Plan de l'échange

1. La Bible en amont de tout

  • La théologie, l'histoire de l'Église et les disciplines pratiques comptent, mais elles découlent toutes de la chose première : l'Écriture.
  • Si l'on n'apprend pas d'abord à quelqu'un à manier l'Écriture avec compétence, engagement et soin, peu importe ce qu'il sait faire d'autre : il lui manque l'essentiel.
  • Willie Philip voit deux erreurs. La pire est d'ignorer ce besoin. La deuxième, bien plus courante, est de supposer qu'il est acquis et de se concentrer sur autre chose. « On ne peut pas l'ignorer, mais on ne peut pas non plus le supposer. »
  • Andy Gemmill ajoute un constat : les Églises se portent bien quand les Écritures y sont bien enseignées. Ne pas former les futurs enseignants serait comme une entreprise qui n'investit pas dans la recherche, ou une organisation qui ne prépare pas ceux qui la dirigeront demain.
  • Il ne suffit donc pas que la Bible soit bien prêchée en chaire aujourd'hui. Il faut s'engager à ce que cela continue pour les générations suivantes.

2. Former les saints : un travail d'équipe à transmettre

  • À quoi sert la Parole bien enseignée ? Andy Gemmill renvoie à Éphésiens 4 : les saints sont équipés pour l'œuvre du ministère.
  • Quand on dit « ministère », on pense souvent au salarié de l'Église. Mais l'œuvre de l'Évangile est « un sport d'équipe », et l'équipe doit être développée. Si elle ne l'est pas, peu importe ce qui se passe en chaire.
  • Le but : que les chrétiens vivent ensemble, se parlent et agissent les uns envers les autres et devant le monde de telle sorte que l'Évangile du Seigneur Jésus se répande.
  • Nos mots façonnent nos pensées. On réserve « ministère » à la chaire et « formation » à un petit groupe. Résultat : la plupart des assemblées ne se pensent pas comme équipées ensemble pour l'Évangile. « On écrème quelques personnes prometteuses sans développer tout le monde. »
  • Le travail de celui qui est employé par l'Église est d'aider chacun à progresser. « Pourquoi ne le ferais-tu pas ? »
  • Willie Philip cite 2 Timothée 2 : ce que Timothée a entendu, il doit le confier à des hommes fidèles, capables de l'enseigner à d'autres. On transmet, puis on transmet encore.
  • Mais cela ne s'arrête pas à une chaîne de pasteurs. Le but est d'élargir à toute l'Église : former des pasteurs qui, à leur tour, créent dans leurs assemblées une culture de formation et de développement de tous les saints.
  • Historiquement, la plupart des pasteurs ne voyaient pas la formation d'autres pasteurs comme une part de leur responsabilité première, alors que Paul le dit explicitement.
  • Si l'Église locale est l'organe de l'évangélisation, elle est aussi l'organe de la formation. Cela suppose une culture d'Église, pas seulement des initiatives individuelles.
  • Andy Gemmill reconnaît que c'est un combat en montée : demande à un membre d'une Église évangélique où se fait la formation au ministère, il ne répondra presque jamais « ici ». L'animateur nuance : un nombre croissant d'Églises avancent dans ce sens, même si le combat reste rude.

3. L'ABC de la formation : académie, frères, Église

  • Willie Philip raconte, avec humour, que l'idée lui est venue un jour dans son bain : un tabouret à trois pieds, un « ABC ».
  • A pour académie : un programme d'étude, des choses à apprendre. Le but est l'excellence dans l'enseignement des Écritures, centré sur l'exposition de la Bible, pour équiper des gens qui en équiperont d'autres.
  • B pour les frères (« brothers ») : on n'apprend pas seul. La communauté apporte l'échange, l'encouragement et un réseau de personnes que l'on connaît et en qui l'on a confiance.
  • C pour l'Église (« church ») : c'est là que l'on voit un vrai ministère d'exposition et d'équipement, que l'on reçoit des occasions de servir et que l'expérience grandit. « C'est la chose la plus bizarre au monde de former quelqu'un au ministère en l'éloignant du lieu où se fait le ministère. »
  • L'Église est aussi le lieu où l'on est évalué le plus utilement. Paul le dit à Timothée : tes progrès doivent être évidents pour tous. On peut être le plus brillant de la classe et être très déficient dans ce que demande le ministère. Dans la vie de l'Église, cela ne passe pas.
  • Séparer l'académie de l'Église locale a été, selon Willie Philip, l'une des choses les plus catastrophiques pour la formation au ministère. Cornhill cherche délibérément à inverser cette tendance.

4. Grandir sur tous les plans en même temps

  • Andy Gemmill reconnaît qu'une formation à plein temps loin de l'Église permet de couvrir beaucoup de choses, plus vite. Mais séparer ce qui doit aller ensemble a un coût.
  • Pour la personne formée d'abord : on peut être très bon dans les livres et faible sur le plan relationnel. Selon lui, la plupart des pasteurs qui chutent au Royaume-Uni ne chutent pas par manque de théologie, mais sous le poids des exigences relationnelles du ministère.
  • Placer quelqu'un dans des responsabilités pour lesquelles il n'est pas équipé relationnellement, après des années de formation, « c'est tout simplement manquer de bonté ». Mieux vaut découvrir les choses tôt et faire grandir ensemble les connaissances, les responsabilités et la maturité relationnelle.
  • Pour l'assemblée ensuite : il est très encourageant de voir les siens progresser. L'un des intervenants évoque le programme d'apprentis lancé dans une Église dont il était pasteur : un jeune homme que l'assemblée avait connu à travers toute son adolescence, aujourd'hui âgé de 25 ans, a prêché un sermon correct une année, puis un très bon sermon l'année suivante. L'Église s'est dit : « Nous pouvons faire des choses ici. »
  • D'un point de vue pratique aussi, il est bien plus simple de former tes propres membres et de les embaucher que d'aller chercher quelqu'un dehors : tout le monde sait à quoi s'attendre.

5. Prêcher pour des visages, pas pour des professeurs

  • Un étudiant brillant peut ne pas savoir ouvrir les Écritures pour une assemblée ordinaire. À la sortie de sa formation théologique dans l'Église d'Écosse, Willie Philip prêchait pour ses professeurs : « Je n'écrivais pas des sermons, j'écrivais des dissertations. »
  • Il lui a fallu longtemps pour en sortir. C'est pour cela qu'il écrit encore ses sermons à la main : au clavier, il n'arrivait pas à s'empêcher d'écrire un texte à lire plutôt qu'un message à dire. Son travail n'était pas d'impressionner des professeurs, mais d'enseigner le peuple du Seigneur.
  • Prêcher devant des gens que tu connais, dont tu sais ce qu'ils traversent, rappelle que le but n'est pas l'apprentissage des gens, mais leur vie.
  • « Il y a un danger à confondre le moyen avec la fin. » Avoir bien enseigné un passage ne suffit pas s'il n'a transformé personne. Le but est que la vie de Christ se développe dans les personnes. Prêcher et appliquer les Écritures, ce n'est pas moins qu'enseigner, c'est davantage.

6. Un besoin toujours aussi grand en Écosse

  • Willie Philip a passé cinq ans à Londres au Proclamation Trust avant de revenir en Écosse, il y a un peu plus de 22 ans. Il voyait un vide croissant dans la formation au ministère, et il savait qu'un tel projet ne pourrait naître sans une Église pour le porter, comme Cornhill à Londres était né du ministère de St Helen's.
  • Il imaginait un projet sur dix ans. Dans la providence de Dieu, cela est allé bien plus vite : une conversation presque fortuite avec Edward Lobb, alors que Willie Philip était encore à Londres. Edward Lobb est arrivé en Écosse en 2005, un an après lui, et Cornhill Scotland a été lancé à ce moment-là.
  • Andy Gemmill pose une question directe aux Églises : d'où viendra ton prochain pasteur ? « Sur le papier, il ne vient pas. » Les pasteurs ne poussent plus comme des fruits dans un verger. Selon lui, pas beaucoup plus d'une dizaine de personnes par an, dans le pays, sortent formées avec une vraie conviction pour le ministère d'exposition.
  • Le besoin n'est pas seulement une question de nombre. Des Églises évangéliques demandent si un candidat doit vraiment passer par Cornhill avant le cours pastoral. Cela trahit une culture qui suppose connaître la Bible et cherche la « recette secrète » ailleurs : un programme de séminaire, les langues originales ou autre chose.

7. Le tranchant de la hache et la voix de Dieu

  • Andy Gemmill compare le ministère à une hache. Il faut un tranchant aiguisé et un peu de poids. Un système théologique et la capacité de bien penser ajoutent du poids. Mais faire un ministère biblique sans savoir bien enseigner les Écritures, c'est comme abattre un arbre avec une masse : il manque la précision.
  • Willie Philip y voit le danger du succès : la génération suivante pense avoir absorbé l'exposition biblique, alors qu'elle n'en a absorbé qu'un vernis, la pointe de l'iceberg.
  • Monter un exposé qui rebondit sur un passage est facile. Se demander pourquoi l'auteur de 2 Rois ou Paul dans Romains a écrit ce texte ainsi, pour qui et dans quel but, est « un tout autre jeu ».
  • Paul demande à Timothée de se présenter devant Dieu comme « un ouvrier qui n'a point à rougir ». Dick Lucas expliquait que ce mot évoque un travailleur qui casse des pierres sur la route, en sueur. Une maxime citée pendant l'échange le résume : « Les Écritures ne livrent pas leurs trésors à une recherche faite au hasard. » Il ne s'agit pas de polir un sermon, mais de creuser pour extraire la vérité que ce texte dit à ce peuple.
  • Les livres de la Bible sont des documents écrits avec une intention. Chercher cette intention donne de la précision : c'est la Bible qui fixe l'ordre du jour de l'Église, pas le pasteur.
  • C'est la plus haute vision de la Parole : l'Écriture n'est pas seulement une source de doctrine, c'est la parole vivante par laquelle Dieu parle aujourd'hui, par le Saint-Esprit. Inutile de chercher la voix de Dieu ailleurs. La tâche du prédicateur est de faire entendre cette voix avec précision. Voilà pourquoi, pour Cornhill, c'est le cœur du programme.

Points à retenir

  • L'Écriture est l'autorité suprême de l'Église : former à bien la manier ne peut être ni ignoré ni supposé acquis.
  • Selon Éphésiens 4, le ministère est un travail d'équipe : chaque Église locale est appelée à équiper tous les saints, pas seulement quelques candidats.
  • La formation la plus solide unit l'académie, les frères et l'Église, et fait grandir ensemble le savoir, l'expérience et la maturité relationnelle.
  • Le but de l'enseignement n'est pas le savoir des gens mais leur vie : la vie de Christ formée en eux.
  • Bien enseigner la Bible est un travail d'ouvrier : chercher ce que Dieu a voulu dire et faire par ce texte, pour que sa voix soit entendue aujourd'hui.

Application personnelle

  1. Quand tu entends le mot « ministère », penses-tu d'abord au pasteur, ou à ta propre place dans l'équipe de l'Évangile ?
  2. Dans ton Église, qui est en train d'être formé à ouvrir la Bible aux autres, et quelle part peux-tu prendre dans cet élan ?
  3. Te contentes-tu d'un vernis de connaissance biblique, ou acceptes-tu de creuser un texte pour comprendre ce qu'il voulait accomplir ?
  4. Si tu enseignes ou animes un groupe, cherches-tu à transmettre des informations ou à voir des vies transformées ?
  5. D'où viendra le prochain responsable de ton Église, et comment peux-tu prier et agir pour qu'il soit formé parmi vous ?

Versets cités

Questions fréquentes

Que veut dire « former les saints » selon Éphésiens 4 ?

Pour Andy Gemmill, l'œuvre de l'Évangile est un travail d'équipe. Le ministère ne se limite pas à la personne en chaire : tous les chrétiens sont équipés pour vivre ensemble, se parler et parler au monde de telle sorte que l'Évangile se répande. Le rôle de celui qui est employé par l'Église est d'aider chacun à progresser.

Pourquoi former les pasteurs au sein de l'Église locale ?

Willie Philip parle d'un « ABC » : l'académie (un programme d'étude), les frères (une communauté qui apprend ensemble) et l'Église. C'est dans l'Église qu'on reçoit des occasions de servir, qu'on acquiert de l'expérience et qu'on est évalué sur son caractère et ses relations, pas seulement sur ses résultats en classe.

Pourquoi apprendre à bien enseigner la Bible demande-t-il autant de travail ?

Il est facile de bâtir un exposé qui prend appui sur un passage. Il est bien plus difficile de comprendre pourquoi l'auteur biblique a écrit ce texte ainsi, pour qui et dans quel but. Les livres de la Bible ont été écrits pour accomplir quelque chose. Comme Paul le dit à Timothée, il faut travailler comme un ouvrier pour dispenser droitement la parole de la vérité.

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