Introduction
« Nous ne pouvons parler à Dieu que parce que Dieu nous a parlé le premier. » William Philip, pasteur de The Tron Church à Glasgow, ouvre ainsi une courte série d'automne sur la manière de prier. Elle accompagne un livre en préparation, How We Pray, suite de Why We Pray, réédité l'an dernier.
La prière n'est pas une initiative humaine, explique-t-il. C'est une réponse à l'appel de Dieu dans l'Évangile, « la manifestation audible d'une foi réelle ». Une fois qu'on a compris cela, une autre question se pose : comment prier ? Pour y répondre, il ouvre le Notre Père en Matthieu 6.
Avant de montrer comment prier, Jésus montre comment ne pas prier. Deux « négatifs nécessaires » préparent un grand positif : s'adresser à Dieu personnellement, comme à notre Père qui est aux cieux.
Plan du message
1. On ne peut prier que parce que Dieu a parlé
- Le prédicateur pense aux banderoles « Essayez la prière » vues sur les bus. Que peut vouloir dire ce slogan, sinon un effort humain ou une divinité de notre imagination ? Autant écrire : « Essayez n'importe quoi. »
- On ne peut prier de façon sensée que lorsqu'on pense justement au seul vrai Dieu et au seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ.
- Nous avons été créés pour la communion avec Dieu. Nos cœurs rebelles ont brisé cette relation, mais par Jésus-Christ, Dieu nous a ramenés dans sa famille et adoptés comme ses enfants. « C'est pour cela que nous pouvons prier. »
- Le guide fiscal du Royaume-Uni compte des dizaines de milliers de pages. Dieu le Fils, lui, n'a donné que quelques lignes pour nous apprendre à prier Dieu le Père. « N'est-ce pas merveilleux ? » Certains chrétiens compliquent la prière. Pas Jésus.
2. Le contexte : une justice qui passe par la relation
- En Luc 11, le Notre Père répond à la demande des disciples : « Seigneur, enseigne-nous à prier. » En Matthieu, il s'inscrit dans le Sermon sur la montagne, dont le thème est la justice.
- Jésus dit que notre justice doit surpasser celle des scribes et des pharisiens (Matthieu 5:20), et même : « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Matthieu 5:48). Comment des pécheurs y arriveraient-ils ?
- Pour vivre la morale céleste du chapitre 5, il faut la mentalité céleste du chapitre 6, qui ne vient que d'une juste relation avec Dieu par Jésus-Christ : « Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu » (Matthieu 6:33).
- « La justice n'est jamais une affaire de moi. » Selon Jésus, elle est une affaire de relation. Les quatre premiers mots du Notre Père le résument : « Notre Père qui es aux cieux. »
- Douze fois ou plus dans ce chapitre, Jésus parle de « votre Père » : il récompense (versets 1, 4, 6), il sait (verset 8), il est céleste (verset 14), il sait ce dont vous avez besoin (verset 32). « Commençons-nous à saisir le message ? »
3. Premier négatif : pas la prière frauduleuse de la religiosité
- Aux versets 5 et 6, Jésus vise les hypocrites qui aiment prier debout dans les synagogues et aux coins des rues pour être vus. Une traduction le rend ainsi : ne faites pas de vos prières une production théâtrale.
- Cette prière cherche à agir sur l'opinion des gens et à se faire une réputation de piété. Elle ne rencontre pas Dieu. Jésus l'appelle hypocrisie.
- Notre culture occidentale aime dénoncer l'hypocrisie religieuse, parfois à juste titre, comme lors des scandales d'abus. Mais elle ferme les yeux sur celle des politiques et des médias. Reste qu'il est facile pour la religiosité, même christianisée, d'éclipser une vraie relation avec Dieu.
- Le pasteur se souvient des funérailles du pape Jean-Paul II, regardées à la télévision pendant des vacances pluvieuses en Espagne : foules immenses, robes, couleurs, processions. Ou des grands spectacles de télévangélistes. Dieu est-il assis dans sa loge, en train d'applaudir ? Non : le Père voit dans le secret.
- Notre piété évangélique n'est pas à l'abri. « Je suis toujours à la réunion de prière, moi. » On lui a dit un jour que la réunion de prière perdait beaucoup de monde quand il était en vacances. Il espère que ce n'est plus vrai. Mais la question demeure : de qui cherchons-nous les regards et les louanges ?
- La prière religieuse ressemble à celui qui cite des noms importants : une connaissance l'appelait surtout pour lui raconter qui il avait vu récemment. Jésus dit : si tu pries ainsi, tu as déjà ta récompense.
- Dans une vraie relation, on veut être avec quelqu'un parce qu'on l'aime. Un jeune marié n'a pas besoin d'être récompensé pour partir en lune de miel : c'est cela, sa récompense.
- On ne peut pas avoir les deux : on ne peut servir deux maîtres (Matthieu 6:24), le trésor est au ciel ou sur la terre (Matthieu 6:19-20). La vraie prière ne cherche pas une réputation terrestre mais une relation céleste avec Dieu.
4. Second négatif : pas la prière frénétique des païens
- Aux versets 7 et 8, Jésus dit de ne pas multiplier les vaines paroles comme les païens, qui pensent être exaucés à force de paroles.
- Le pharisien cherche à manipuler l'opinion des hommes pour obtenir une réputation. Le païen cherche à manipuler Dieu pour obtenir des biens sur la terre. L'un veut la louange des hommes, l'autre leurs possessions. Au fond, les deux veulent se servir de Dieu.
- « Ce sont les païens qui recherchent toutes ces choses » (Matthieu 6:32). Les grands parkings des centres commerciaux qui se remplissent en ce moment même sont, dit-il, les grands temples païens de notre culture.
- En Inde, où il se rend chaque année, il voit cette prière frénétique partout : sanctuaires, offrandes, paroles sans fin, rituels pour attirer la chance, le karma ou la richesse.
- Notre culture séculière n'est pas si différente dans la crise : « Il n'y a pas beaucoup d'athées dans une tranchée. » Depuis la mort de la princesse Diana, les fleurs, les veillées et les bougies se multiplient, avec un christianisme populaire, des mantras ou la recherche de miracles.
- Nous aussi, face à un cancer, au mariage dont on rêve ou à la carrière qu'on désire, nous pouvons essayer de faire plier Dieu par nos nombreuses paroles. Cette prière oublie que Dieu est un Père, et non un être malveillant à craindre.
- Le Père pourvoit à tous nos besoins, pas forcément à tous nos désirs. Tes enfants voudraient du chocolat et des bonbons au petit déjeuner. Un parent aimant leur donne ce dont ils ont besoin, parce qu'il sait.
- Le prédicateur avoue avoir lui-même prié ainsi : « Organisons un marathon de prière, une nuit entière, et soyons épuisés le reste de la semaine. Dieu sera vraiment impressionné par notre endurance. »
5. Le positif : la prière familiale d'une relation personnelle
- En grec, le contraste du verset 9 est plus marqué : « Vous donc, au contraire, priez ainsi : Notre Père qui es aux cieux. » Nous prions comme des fils qui parlent à leur Père.
- Eugene Peterson le rend ainsi : avec un Dieu comme celui-là qui t'aime, tu peux prier très simplement. La simplicité de la prière reflète la simplicité d'une relation personnelle.
- À un inconnu, on écrit une longue lettre prudente. À un ami de longue date, un seul mot suffit. Avec un ami proche, le pasteur échange parfois un mot, et l'autre répond par un simple point d'exclamation. Après cinquante ans de mariage, un sourcil levé en dit beaucoup.
- Quand il travaillait pour le Proclamation Trust à Londres, il rentrait tard de conférences. Il montait embrasser ses jeunes enfants endormis. Parfois, l'un d'eux se retournait, lui passait les bras autour du cou en disant « Papa », puis se rendormait. « C'était tout ce dont j'avais besoin. » C'est ce que dit à Dieu « Notre Père qui es aux cieux ».
- Un frère de l'église, atteint d'un cancer et aujourd'hui décédé, lui confia à l'hospice qu'il était trop confus pour prier : il arrivait à « Notre Père » et ne se souvenait plus de la suite. Le pasteur lui répondit : « C'est la partie qui compte vraiment. »
- Après une longue journée de prédication aux côtés de John Wesley, George Whitefield aurait jeté ses bottes, se serait allongé et aurait dit : « Seigneur, tout va bien entre nous, n'est-ce pas ? Bonne nuit. » Puis il s'est endormi. « C'est cela, la vraie prière. »
- William Still disait : « La vraie prière signifie que toute ma vie de pensée est imprégnée de sa présence. » Chaque parole du Père remplit nos pensées, et chacune de nos pensées lui répond par un grand oui.
6. Connais-tu ce Père ?
- Selon Jésus, la prière est simplement la mise en voix de quelque chose de réel entre nous et notre Père.
- Demander si tu connais cette simplicité et cette joie dans la prière, c'est demander si tu connais vraiment le Père céleste par Jésus, son Fils. « J'espère que oui. Si ce n'est pas le cas, j'espère que ce sera bientôt le cas. Et c'est possible. »
- Il conclut avec la paraphrase de Peterson des versets 7 à 9 : le monde est plein de prétendus guerriers de la prière qui ignorent tout de la prière, avec leurs formules et leurs techniques pour obtenir de Dieu ce qu'on veut. « C'est à ton Père que tu as affaire, et il sait mieux que toi ce dont tu as besoin. »
- Dans la prière finale, il demande à Dieu de nous garder de devenir des pharisiens ou des païens, qui cherchent à manipuler les autres ou à le manipuler, et de nous attirer à lui pour l'aimer et nous réjouir en lui pour toujours.
Points à retenir
- La prière n'est pas une initiative humaine. C'est la réponse à un Dieu qui nous a parlé le premier en Jésus-Christ.
- La vraie prière ne cherche pas à impressionner les autres. Le Père voit dans le secret, et être avec lui est déjà la récompense.
- La vraie prière ne cherche pas à manipuler Dieu par une multitude de paroles. Il sait ce dont nous avons besoin avant que nous le demandions.
- La prière commence quand on s'adresse à Dieu personnellement : « Notre Père qui es aux cieux. »
- Une relation profonde rend la prière simple. Même trop fatigué pour aller plus loin, dire « Notre Père », c'est dire ce qui compte.
Application personnelle
- Quand tu pries en public ou à la réunion de prière, de qui cherches-tu le regard : de Dieu, des autres chrétiens, d'un responsable ?
- Dans quelle situation de ta vie as-tu tendance à multiplier les paroles pour faire plier Dieu ?
- Fais-tu confiance à ton Père pour tes besoins, même lorsqu'il ne te donne pas tout ce que tu désires ?
- Prends-tu des moments dans le secret, porte fermée, simplement pour être avec Dieu ?
- Connais-tu vraiment Dieu comme ton Père par Jésus-Christ ? Sinon, qu'est-ce qui te retient de venir à lui ?
Versets cités
- Matthieu 6:1-15
- 1 Timothée 2:5
- Luc 11:1-4
- Matthieu 5:20
- Matthieu 5:48
- Matthieu 6:19-24
- Matthieu 6:32-33
Questions fréquentes
Pourquoi Jésus commence-t-il par dire comment ne pas prier ?
William Philip parle de « négatifs nécessaires » qui éclairent le positif. Jésus écarte d'abord la prière frauduleuse de la religiosité, qui cherche à être vue des hommes (Matthieu 6:5-6), puis la prière frénétique des païens, qui multiplient les paroles pour obtenir ce qu'ils veulent (Matthieu 6:7-8). Les deux cherchent à se servir de Dieu.
Que signifie prier « Notre Père qui es aux cieux » ?
Pour William Philip, ces premiers mots résument tout : la vraie prière commence quand on s'adresse à Dieu personnellement. Elle reflète la relation que Dieu nous a donnée en Jésus-Christ. Notre Dieu est dans les cieux, et il est notre Père : il voit dans le secret, il sait ce dont nous avons besoin et il prend soin de nous.
Faut-il beaucoup de paroles pour que Dieu nous entende ?
Non. Jésus dit que les païens s'imaginent être exaucés à force de paroles, alors que le Père sait de quoi nous avons besoin avant que nous le lui demandions (Matthieu 6:7-8). Comme entre deux amis de longue date, la relation profonde rend la prière simple. Pour le prédicateur, dire « Notre Père », c'est déjà dire ce qui compte vraiment.
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