Introduction
« Aucune tentation ne vous est survenue qui n'ait été humaine. » Ce verset de 1 Corinthiens 10:13 fait partie, selon David Garcia, du « top 50 », « voire au top 10 » des versets promesses. Il est très souvent cité, « peut-être trop », parfois à bon escient, parfois à mauvais escient, au point de ressembler à un bon slogan.
Que lui donnons-nous vraiment ? Un verset qui apaise, une bouffée d'oxygène dans un moment difficile, « un petit coup de baguette magique qui requinque » ? Le prédicateur, qui prêche ce matin-là devant deux assemblées réunies, propose de lire les quinze premiers versets du chapitre 10 pour remettre cette promesse dans son contexte. Cela n'enlève rien à l'usage qu'on peut en faire ailleurs, puisque l'ensemble de la Bible reste le contexte au sens le plus large.
Ce qu'il y trouve : une promesse magnifique, entourée d'un avertissement et d'une exhortation. Dieu est fidèle, et c'est justement pour cela que tu es appelé à avoir le courage de fuir.
Plan du message
1. Un verset célèbre dans une Église en désordre
- Paul a fondé l'Église de Corinthe lors de son deuxième voyage missionnaire, vers l'an 51. Il y est resté dix-huit mois.
- Sa lettre veut corriger des désordres et répondre aux questions que des membres de l'Église lui ont posées par écrit. « Si je parle de ça, ce n'est pas parce que je pense qu'il y a des désordres ici. Mais il y en a peut-être dans nos vies. »
- L'Église est divisée : des partis se sont formés, riches et pauvres se méprisent, des frères se font des procès, certains fréquentent des prostituées, il y a des cas d'inceste, des questions sur le mariage et sur la viande sacrifiée aux idoles, des accusations contre Paul, des usages particuliers des dons spirituels, une remise en cause de la résurrection.
- La société corinthienne et la pensée de l'époque s'étaient infiltrées dans l'Église. Certains n'avaient peut-être jamais rompu, d'autres étaient retombés.
- Beaucoup se souviennent du verset 13, mais pas de son contexte : « Oui, je connais le verset, je l'ai déjà lu. Alors, attends, laisse-moi réfléchir. »
2. Épreuve ou tentation ?
- La Nouvelle Bible Segond parle d'épreuve : « Avec l'épreuve, il ménagera aussi une issue pour que vous puissiez la supporter. » La Colombe et le Semeur 2015 parlent de tentation.
- Le mot grec peirasmos peut se traduire par l'un ou par l'autre. Aujourd'hui, le verset sert tantôt pour la tentation, tantôt pour l'épreuve, et peut-être plus souvent pour l'épreuve.
- Dans ce contexte, « tentation » semble plus cohérent, mais cela ne supprime pas le sens d'épreuve. L'épreuve peut engendrer la tentation : « Tu ne t'occupes pas de moi, ça fait six mois que ça dure, un an, deux ans, trois ans. » C'est la tentation de tourner les talons.
- La tentation, elle, est toujours une épreuve. Dans les deux cas, c'est une traversée du désert, et les deux se superposent bien souvent.
3. La convoitise, un désir tout-puissant
- Paul vient de rappeler les épisodes malheureux d'Israël au désert : l'idolâtrie du veau d'or, la débauche sexuelle, la provocation de Dieu, les murmures. Il avertit les Corinthiens de ne pas tomber à leur tour. Quand il écrit, la chose est déjà bien avancée chez eux.
- Selon la conviction de Paul au verset 13, Israël avait la possibilité de ne pas tomber. Dieu tendait la main, mais un certain nombre ont fait le choix de succomber.
- Les murmures portaient sur les regrets de l'Égypte : la manne n'était « pas terrible », « c'était mieux avant », on pensait aux concombres et à la nourriture riche d'autrefois. Le peuple s'est laissé entraîner par le « ramassis de gens » sorti d'Égypte avec lui (Nombres 11:4-6).
- « On se dit des fois : c'est juste un petit truc. » La convoitise est bien plus qu'une petite séduction : c'est un désir tout-puissant pour nous les humains. Son objet, quel qu'il soit, peut devenir le rival de Dieu, une idole.
- Salomon, le grand roi qui avait reçu sagesse, intelligence, richesse et gloire, celui qui a construit le temple, s'est laissé piéger par ses propres amours. Il est allé jusqu'au culte d'Astarté. Son cœur ne fut point tout entier à l'Éternel (1 Rois 11:1-9). Il avait oublié que tout lui venait de Dieu.
- Les Hébreux avaient oublié eux aussi que Dieu les avait délivrés de l'esclavage. Christ nous a délivrés, libérés d'une mort certaine. Alors pourquoi regretter et convoiter ce qui est derrière, au point de donner à l'objet de notre convoitise la place de Dieu ?
- « Combien de fois j'ai entendu : je n'ai pas eu de jeunesse, il faut bien que j'y goûte un peu. » C'est croire que ceux qui vivent sans Dieu vivent sans contrainte.
- Paul met en garde contre la fréquentation des temples païens, liée à la viande sacrifiée aux idoles. La question pour aujourd'hui : « Est-ce que tu as un temple païen ce matin ? Qu'est-ce qui est l'objet de ma convoitise ? Qui est mon idole ? »
- « Ma liberté en Christ me le permet » ? Paul répond quelques versets plus loin : tout est permis, mais tout n'est pas utile, tout n'est pas constructif (1 Corinthiens 10:23).
4. Le cadre autour du verset
- Dans beaucoup de maisons chrétiennes, un verset est affiché dans l'entrée, comme « nous servirons l'Éternel ». Si l'on encadrait 1 Corinthiens 10:13, que mettrait-on autour ?
- Avant : « Que celui qui pense être debout prenne garde de tomber » (verset 12). Après : « Mes bien-aimés, fuyez l'idolâtrie » (verset 14).
- « Le verset tout seul a très peu de sens. » Isolé, il laisse croire qu'il n'y a aucune exigence et que Dieu s'occupe de tout.
- Tous sont susceptibles de tomber, Paul compris. Puis vient la promesse, puis l'appel à fuir. « Tout est dit : avertissement, encouragement, promesse et exhortation. »
- C'est « un package ». On détache souvent une parole parce qu'elle nous convient, en se disant : je prends la promesse, il ne m'arrivera rien. Mais la promesse n'empêche pas l'avertissement, et elle ne dispense pas du bon conseil.
5. Méfie-toi de l'assurance en toi-même
- L'avertissement vise ceux qui se croient à l'abri, plus spirituels que les autres, forts de leurs dons, libres de fréquenter qui ils veulent sans se laisser influencer.
- « C'est quand on est jeune que l'on se croit fort et dispensé d'écouter ceux qui nous ont précédés. » Mais en vieillissant, on reste pareil si on n'a pas réglé le problème. Il y a des gens de cinquante ans qui veulent rattraper les passions de la jeunesse (2 Timothée 2:22).
- « L'orgueil, source d'autosatisfaction, est un super tremplin pour la chute. » Comme au ski : on se croit capable d'amortir toutes les chutes, jusqu'à la vraie chute.
- Paul appelle les Corinthiens à mettre leur confiance en Dieu, et non en eux-mêmes, dans une idéologie, un maître à penser ou une star.
- Il le fait avec un amour fraternel : il les appelle « mes bien-aimés ». Son souci est d'aider et de pointer l'issue, pas de condamner. « Quand on aime, on ose se dire des choses dures. »
- Son meilleur conseil : fuir, « prendre ses jambes à son cou », se détourner, partir loin. « La situation est grave. Danger de mort. » Tout éloignement de Dieu fait tomber dans l'idolâtrie, parce que la place laissée vide est donnée à quelque chose ou à quelqu'un d'autre.
6. Veiller et s'approcher de Dieu
- Jésus nous enseigne à prier : « Ne nous laisse pas tomber en tentation » (Matthieu 6:13), un enseignement et une exhortation. Si Christ a vaincu, nous devons à notre tour mettre toute notre énergie à vaincre avec lui, par lui et même pour lui.
- Pierre écrit : « Veillez, soyez vigilants. Votre adversaire, le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant qui il dévorera » (1 Pierre 5:8). « Ce n'est pas tendre. »
- Jacques ajoute : « Soumettez-vous donc à Dieu ; résistez au diable, et il fuira loin de vous. Approchez-vous de Dieu, et il s'approchera de vous » (Jacques 4:7-8). Veiller, c'est donner à Dieu la juste place, prendre du temps avec lui seul et en assemblée.
- Paul dit à Timothée de poursuivre la justice, la foi, l'amour et la paix avec ceux qui invoquent le Seigneur d'un cœur pur (2 Timothée 2:22), et de s'exercer à la piété, de s'entraîner à rester attaché à Dieu (1 Timothée 4:7). Dieu ne va pas tout faire à ta place : il a déjà tout fait et veut te donner la main pour marcher avec toi. « Mais tu as ta part. »
- La Parole est cette perle de grand prix dont nous aimons parler. « Mais est-ce qu'elle est ma perle ? Est-ce que je la dévore ? » Le Psaume 1 et le Psaume 119 poussent vers elle. Écoute Dieu, parle-lui, confesse ce qui doit l'être : c'est ainsi qu'il ouvre la voie vers l'issue.
- L'attachement à Dieu, la piété, produit le fruit de l'Esprit, jusqu'à la maîtrise de soi. Ceux qui appartiennent à Jésus-Christ ont crucifié l'homme livré à lui-même avec ses passions et ses désirs (Galates 5:22-24). Nous n'avons aucun besoin de nous laisser séduire par les plaisirs futiles, éphémères et dangereux du monde.
- Jésus, tenté quarante jours au désert, a répondu par la Parole. On peut le faire en sortant un verset appris par cœur, ou par une Parole vivante dont on est imprégné. Celui qui croit en lui, des fleuves d'eau vive couleront de son sein (Jean 7:38) : pas besoin de chercher ailleurs.
7. Le courage de fuir
- L'air du temps dit autre chose. Oscar Wilde écrivait : « Le seul moyen de se délivrer de la tentation, c'est d'y céder », et « Je peux résister à tout, sauf à la tentation. » Mirabeau disait que le parti le plus sûr pour se débarrasser de la tentation est d'y succomber. « Il y a beaucoup de copains aujourd'hui pour eux. Je prie qu'aucun d'entre nous n'en soit. »
- Il est dur de résister à la pression, de ne pas faire comme tout le monde. D'où ce que le prédicateur ose appeler le « courage fuyant » : d'habitude, le courage fait face ; ici, on fait face en se détournant. Il faut du courage pour marcher à contre-courant.
- « Il ne suffit pas de se dire : t'inquiète, Dieu a tout prévu, même la sortie du tunnel. » Il y a aussi l'appel : fuyez ce qui est dérangeant pour Dieu.
- Miguel de Unamuno écrivait que discuter avec la tentation, c'est être sur le point d'y céder. « J'y vais, j'y vais pas, c'est pas grave. » En s'approchant trop près, on flirte avec elle, et notre prière « garde-nous de céder à la tentation », dite de manière presque mécanique, ne correspond peut-être plus vraiment au désir de notre cœur.
- Alfred Kuen raconte l'histoire d'un chef d'entreprise qui cherchait un chauffeur. Une seule question aux trois candidats : à quelle distance d'un précipice conduiriez-vous ma voiture ? Le premier : à un mètre. Le deuxième : à cinquante centimètres. Le troisième : le plus loin possible. « Lequel il a pris ? Je vous laisse conclure. »
- Trois choses pour conclure. D'abord, l'humilité : personne n'est à l'abri de la chute, et la maturité en Christ n'est pas une question de connaissances accumulées mais de mise en pratique et de communion avec Christ.
- Ensuite, la fidélité de Dieu, cœur du verset 13 : non pas que Dieu fasse tout à notre place, mais sa présence et sa participation active dans notre marche. « Sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jean 15:5). Un jour après l'autre.
- Enfin, notre réponse : une fidélité sans partage, qui fuit toute forme d'idolâtrie, sans quitter le monde où nous sommes appelés à être sel et lumière. Nos prises de position sont souvent bien plus percutantes que nos paroles.
- Cette promesse n'est pas un gri-gri, un porte-bonheur qu'on agite en attendant que ça aille mieux demain. « Choisissons la fidélité, ce qui implique quand il le faut la fuite. Choisissons Dieu, choisissons Jésus-Christ. »
Points à retenir
- 1 Corinthiens 10:13 est encadré par un avertissement (verset 12) et une exhortation (verset 14). Isolé de son cadre, il perd beaucoup de son sens.
- La convoitise est un désir tout-puissant : son objet peut prendre la place de Dieu, comme pour Israël au désert et pour Salomon.
- L'assurance en soi-même et l'orgueil sont un tremplin pour la chute. Personne n'est à l'abri, quel que soit son âge.
- Dieu est fidèle : il est présent et actif dans ta marche, mais tu as ta part, veiller, t'approcher de lui, te nourrir de sa Parole.
- Face à la tentation, le courage consiste à fuir, et à rester le plus loin possible du précipice.
Application personnelle
- Quand tu cites 1 Corinthiens 10:13, l'utilises-tu comme une promesse isolée ou avec son avertissement et son appel à fuir ?
- Quel est ton « temple païen » aujourd'hui : qu'est-ce qui est l'objet de ta convoitise, ou qui est ton idole ?
- Dans quel domaine te crois-tu assez fort pour ne pas te laisser influencer ?
- Est-ce que la Parole de Dieu est vraiment ta perle : la lis-tu, t'en nourris-tu, en es-tu imprégné ?
- À quelle distance du précipice conduis-tu ta vie en ce moment, et de quoi as-tu besoin de fuir cette semaine ?
Versets cités
- 1 Corinthiens 10:1-15
- 1 Corinthiens 10:23
- Nombres 11:4-6
- 1 Rois 11:1-9
- 2 Timothée 2:22
- Matthieu 6:13
- 1 Pierre 5:8
- Jacques 4:7-8
- 1 Timothée 4:7
- Psaume 1
- Psaume 119
- Galates 5:22-24
- Jean 7:38
- Jean 15:5
Questions fréquentes
Que veut dire 1 Corinthiens 10:13 dans son contexte ?
Paul écrit à une Église divisée, où la pensée de la société corinthienne s'est infiltrée. Il vient de rappeler les chutes d'Israël dans le désert. Pour David Garcia, le verset 13 est encadré par un avertissement (« que celui qui pense être debout prenne garde de tomber ») et une exhortation (« fuyez l'idolâtrie »). Pris seul, il perd beaucoup de son sens.
Faut-il parler d'épreuve ou de tentation en 1 Corinthiens 10:13 ?
Le mot grec peirasmos peut se traduire par l'un ou l'autre : la Nouvelle Bible Segond dit « épreuve », la Colombe et le Semeur disent « tentation ». Dans ce contexte, « tentation » semble plus cohérent, mais le sens d'épreuve demeure : l'épreuve peut engendrer la tentation de tourner le dos à Dieu, et la tentation est toujours une épreuve.
Pourquoi faut-il du courage pour fuir la tentation ?
D'habitude, le courage consiste à faire face. Face à la tentation, David Garcia parle de « courage fuyant » : on fait face en se détournant. Il faut du courage pour marcher à contre-courant d'un monde où tout le monde vit de la même manière, et pour ne pas discuter avec la tentation.