Introduction
Jean-Baptiste croupit dans une prison. Depuis sa cellule, il entend parler des miracles de Jésus — des aveugles guéris, des sourds qui entendent, la bonne nouvelle annoncée aux pauvres — et pourtant lui, le premier témoin, reste enfermé. Il envoie ses disciples à Jésus avec une question toute nue : « Es-tu bien celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Ce sermon de Stéphane Guillet part de ce décalage douloureux entre les promesses du Royaume et la vie qu'on vit vraiment, pour t'inviter à discerner les signes discrets du Royaume déjà à l'œuvre autour de toi.
Plan du message
1. Jean-Baptiste face au décalage : la question qui fait mal
- Jean avait pourtant reconnu Jésus au moment du baptême : « Celui qui vient après moi est plus puissant que moi ».
- Mais entre-temps il a été jeté en prison, pendant que Jésus multiplie les miracles au dehors.
- Le décalage devient insupportable : d'un côté la bonne nouvelle annoncée aux pauvres, de l'autre lui, un des premiers soutiens de Jésus, qui croupit en cellule.
- La réponse de Jésus est saisissante : il cite Ésaïe 35 et 61, mais omet volontairement la partie sur la libération des prisonniers. Comme une délicatesse envers Jean, une manière de dire : « Le Royaume vient, mais pas encore pleinement. »
2. Le « déjà là » et le « pas encore » du Royaume
- Tout ce que Jésus énumère à Jean s'est réellement produit dans les chapitres 8 et 9 de Matthieu : aveugle guéri, sourd-muet libéré, lépreux purifié, jeune fille ramenée à la vie.
- Mais Jésus n'a pas cité la libération des prisonniers, parce que cette partie-là n'est pas encore accomplie — et Jean est bien placé pour le savoir.
- Le Royaume est en marche, il s'approche, mais il n'est pas encore pleinement présent. C'est cela qui explique notre « douloureux décalage » entre les promesses de la Bible et notre quotidien.
- Jésus ne nie pas ce décalage. Il le reconnaît même comme une possible « cause de chute » : « Heureux celui pour qui je ne serai pas une cause de chute » (Matthieu 11.6).
3. Les deux chemins : celui qui est frayé, celui qu'on fraye
- Ésaïe 35.8 parle d'un chemin déjà frayé : la « voie sacrée » où marchent les rachetés en route vers Sion, avec des cris de joie. Ce chemin, c'est Jésus lui-même.
- Matthieu 11 parle d'un chemin à frayer : celui que Jean a préparé pour la venue de Jésus.
- Aujourd'hui, tu es appelé aux deux : marcher sur le chemin sûr que Jésus a ouvert vers le Père, et frayer un chemin de témoignage pour que Jésus atteigne ceux qui ne le connaissent pas encore.
- Ce chemin de témoignage peut parfois passer par la prison, l'épreuve, le silence. Mais c'est précisément là que tu peux devenir le mieux placé pour ouvrir le chemin du Seigneur vers d'autres qui traversent la même chose — comme Joseph, comme Paul et Silas.
Points à retenir
- Le décalage entre les promesses du Royaume et ta situation présente n'est pas un signe que Dieu s'est retiré : c'est le « pas encore » d'un Royaume déjà en marche.
- Quand ce décalage t'écrase, imite Jean : n'entre pas en repli, n'entre pas en rumination. Va interroger Jésus. Le doute qui parle à Jésus vaut mieux que la certitude qui se replie sur elle-même.
- Apprends à discerner les signes du Royaume qui vient : une prière exaucée, un baptême, une vie en cours de restauration, un frère qui retrouve la joie. Tout autour de toi, il y en a plus que tu ne comptes.
- L'épreuve que tu traverses ne te rend pas inutile. Elle te rend peut-être plus apte que tout autre à frayer le chemin du Seigneur vers ceux qui traversent la même épreuve.
- Sur ce chemin qu'a ouvert Jésus, il n'est pas impossible que la gaieté et la joie viennent à ta rencontre — parce que c'est aussi une promesse de Dieu.
Application personnelle
- Où vis-tu aujourd'hui ce « décalage » entre ce que Dieu a promis et ce que tu vis ? Peux-tu, comme Jean, en faire une question adressée à Jésus plutôt qu'une rumination silencieuse ?
- Prends deux minutes : quels « signes du Royaume » vois-tu autour de toi ces derniers mois — dans ton entourage, dans ton église, dans ta propre vie ? Nomme-les.
- Est-ce qu'il y a une prière que tu as arrêté de prier parce que la réponse tarde ? Que ferais-tu si tu prenais au sérieux que le Royaume est « en marche » mais « pas encore pleinement accompli » ?
- L'épreuve que tu traverses aujourd'hui : y a-t-il quelqu'un qui vit la même chose et à qui tu pourrais — précisément à cause de ce que tu vis — frayer un chemin vers le Seigneur ?
Versets cités dans le sermon
- Ésaïe 35 — Le désert refleurira, les yeux des aveugles s'ouvriront, la voie sacrée conduit à Sion avec des cris de joie.
- Matthieu 11.2-11 — Jean, dans sa prison, envoie ses disciples demander à Jésus : « Es-tu celui qui doit venir ? »
- Ésaïe 61 — L'annonce de la venue du Messie, la libération des captifs.
- Matthieu 8 — 9 — Les miracles de Jésus qui accomplissent la liste citée à Jean.
- Matthieu 10.7-8 — L'envoi des disciples : « Proclamez que le règne des cieux s'est approché. »
- Matthieu 5.3-12 — Les Béatitudes : « Heureux ceux qui pleurent », « heureux ceux qui sont persécutés. »
- 2 Corinthiens 1.3-7 — Paul : consolé dans l'épreuve pour consoler à son tour ceux qui la traversent.
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Questions fréquentes
Pourquoi Jésus ne libère-t-il pas Jean-Baptiste de sa prison, alors qu'il est capable de guérir des aveugles ?
Parce que le Royaume que Jésus inaugure est « déjà là » sans être « encore pleinement accompli ». Jésus cite délibérément Ésaïe en s'arrêtant avant la promesse de libération des prisonniers, comme pour dire à Jean : « Oui, les miracles annoncés se produisent, mais toute la promesse n'est pas encore réalisée. » Jean n'est pas oublié, et sa prison n'est pas un échec de Dieu : elle est le lieu même où il continue de frayer un chemin pour le Seigneur, comme Joseph, comme Paul et Silas. Le décalage que Jean vit, tu le vis peut-être aussi — et Jésus ne le nie pas, il le prend au sérieux.
Comment tenir quand mes prières ne sont pas exaucées comme je l'espérais ?
Fais ce que Jean fait dans le texte : n'entre pas en repli, entre en dialogue. Va interroger Jésus. La bonne attitude quand le décalage t'écrase, ce n'est pas de tourner en rond dans tes pensées, ni de te convaincre que les promesses sont « de beaux rêves ». C'est d'aller poser franchement ta question à Jésus, comme Jean : « Es-tu vraiment celui-là ? » Et en même temps, apprends à discerner les signes du Royaume déjà là : une réponse à une prière, un baptême, une vie qu'il restaure autour de toi. Le Royaume est en marche, même quand ta prière précise n'est pas encore exaucée.
Qu'est-ce que ça change pour moi que Jean ait douté ?
Cela change que ton doute n'est pas un scandale. Jean était « le plus grand parmi ceux qui sont nés de femmes », et pourtant il a envoyé demander à Jésus s'il était vraiment le Messie. Jésus ne le reprend pas, ne le méprise pas, ne le rejette pas. Il répond — avec précision et avec délicatesse. Ta question, même la plus dure, ne te disqualifie pas. Ce qui te disqualifierait, ce serait de la garder pour toi sans jamais oser la poser à celui-là même qui peut y répondre.
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