Générations : pourquoi on ne se comprend plus

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Introduction

Boomers, X, Millennials, Z, Alpha. Cinq générations qui vivent en même temps, souvent sous le même toit, dans la même église, et qui pourtant ont l'impression de parler des langues différentes. Dans cet épisode d'ON S'Y RETROUVE, Patrice Martorano reçoit Claude, Justine et Lucas (un Boomer, une Millennial et un Genzy), pour un vrai jeu de ping-pong intergénérationnel. Le constat est là : selon une étude européenne, entre 2000 et 2020, la part de parents qui ne comprennent plus les choix de vie de leurs enfants est passée de 20 % à 52 %. Pourquoi ce fossé se creuse-t-il, et surtout, comment le peuple de Dieu peut-il tenir ensemble quand tout, autour, cherche à séparer les âges ?

Plan du message

1. Ce qui fait qu'une génération pense et parle autrement

  • Les silencieux (nés après la Grande Dépression, la Seconde Guerre mondiale, l'Algérie) : des gens qui se sont tus, qui ont beaucoup travaillé, qui ont encaissé. Le père de Claude finissait ses pots de confiture avec le doigt pour ne rien gâcher.
  • Les valeurs dominantes : Boomers → effort, mérite, hiérarchie ; Génération X → indépendance et responsabilité ; Millennials → collaboration et créativité ; Gen Z → inclusion, authenticité, impact social ; Alphas → curiosité, rapidité, expérimentation.
  • La motivation principale : Boomers, "réussir sa vie" ; Gen X, "trouver sa place" ; Millennials, "donner du sens" ; Gen Z, "être soi-même" ; Alphas, "explorer et créer".
  • Comme le disait Napoléon, pour comprendre un homme il faut connaître comment était son monde quand il avait 20 ans. Le père de Claude avait vécu la Seconde Guerre entre 7 et 14 ans, puis 28 mois en Algérie. Claude a vu tomber le mur de Berlin, l'effondrement de l'URSS, un souffle de liberté. Aujourd'hui, il a la peine de voir que tout se referme. Patrice, lui, se souvient de la chute des tours jumelles le 11 septembre 2001, ce jour où « un monde s'est effondré ». Lucas rappelle que bientôt, des enfants n'auront pas connu le Covid.

2. Le logiciel factuel contre le logiciel émotionnel

  • Pour Patrice, la grande source de malentendu, c'est le "logiciel" de communication. Jusqu'à sa génération et à celle qui la suit un peu, on raisonne factuellement. À partir de la génération Z, le logiciel devient émotionnel.
  • Chez Claude enfant, à table, les enfants se taisaient. Chez Justine, tout le monde parlait en même temps. Chez les jeunes parents Millennials aujourd'hui, on met l'enfant "au même niveau" que l'adulte.
  • Le rapport à la responsabilité change du tout au tout. Pour Patrice, confier une responsabilité c'est reconnaître une maturité. Pour la génération Z, prendre une responsabilité c'est souvent perçu comme une entrave à la liberté, à la sphère privée, au temps, au bien-être.
  • Lucas confirme : dans sa génération, le "syndrome de l'imposteur" est très présent, cette impression permanente de ne pas être à sa place, que quelqu'un d'autre ferait mieux. Patrice répond que tout le monde passe par là (lui-même comme pasteur), mais que la vraie nouveauté chez les jeunes, c'est le rapport à la liberté qui pèse sur la prise de responsabilité.

3. Des tensions et des malentendus qui viennent de loin

  • Chaque génération a tendance à mépriser la suivante. Justine reconnaît qu'elle-même juge les tendances Alpha (le "brainrot", les "Skibidi Toilets"). Et Claude cite Socrate, cinq siècles avant Jésus-Christ : "Nos jeunes aiment le luxe, ils ont de mauvaises manières, méprisent l'autorité et bavardent au lieu de travailler. Ils ne se lèvent plus quand un aîné entre dans la pièce. Ils contredisent leurs parents, bavardent avant la fin des repas et tyrannisent leurs maîtres."
  • Le problème n'est donc pas neuf. Mais il s'aggrave. Une étude européenne (menée entre 2000 et 2020 auprès de 8 000 à 10 000 parents) montre que la part de parents qui ne comprennent plus les décisions et les choix de vie de leurs enfants est passée de 20 % à 52 %.
  • Le rapport au travail illustre bien ce basculement : la grand-mère de Justine a travaillé de 15 à 77 ans, son travail c'était toute sa vie. Aujourd'hui, on ne s'identifie plus à son travail, on cherche du sens ailleurs. Un homme de 1995 produisait 1 900 fois plus qu'un homme de 1900, grâce à la mécanisation.
  • Le rapport au temps aussi a basculé : dans la génération de Claude, il fallait attendre trois semaines pour une lettre. Aujourd'hui, tout est instantané, on entre déjà dans une époque où le smartphone lui-même risque de disparaître au profit de lunettes et montres connectées, où des androïdes assistants commencent à être commercialisés.

4. Comment le peuple d'Israël a tenu à travers les âges

  • Patrice pose la question : comment un peuple comme Israël a-t-il pu tenir des siècles, même en diaspora, sans se dissoudre, en gardant une culture et surtout des liens intergénérationnels ?
  • Une des réponses de Lucas : la considération des aînés. Dans notre société, les personnes âgées sont souvent placées en EHPAD et le fardeau des anciens n'est plus honoré comme un trésor.
  • Une autre réponse : le peuple hébreu savait ce qu'il devait à Abraham, à Moïse, à ses pères et grands-pères dans la foi. Cette reconnaissance implicite passait de génération en génération et créait de l'intergénérationnalité.
  • Patrice évoque l'exemple inverse : le fils de Salomon, Roboam. Quand les anciens l'ont conseillé d'alléger la charge du peuple, il a écouté sa jeune garde qui lui a fait dire : "Mon petit doigt est plus gros que les reins de mon père." Résultat : le pays a explosé, il y a eu schisme.
  • Les jeunes ont besoin de reconnaître ce que les aînés leur ont préparé. Et les aînés, comme "papa Jean", ont besoin de s'effacer pour appuyer la génération qui monte, même quand elle apporte des choses qu'ils n'ont jamais enseignées (la vidéo à l'église, l'identité en Christ, etc.).

5. Le défi du lien générationnel dans l'Église

  • Pour Patrice, c'est un fardeau qu'il porte pour la saison à venir : ce qui va maintenir l'Église, c'est que les générations n'explosent pas, parce que la pression sera si forte qu'il faudra la ressource de toutes les générations pour tenir.
  • La force du grand-père de Patrice, ce n'était pas d'être bon "générationnellement". Il parlait mieux l'allemand que le français, il était au rythme d'un papi. Sa vraie force, c'était que son seul cap, c'était la cause de l'Évangile. "Est-ce que ça gagne des âmes ? Oui. Alors c'est formidable, allons-y." Cela le rendait très flexible.
  • 50 % des enfants qui naissent aujourd'hui en France naissent dans des familles monoparentales. La maman a tout à faire, et l'intergénérationnalité au quotidien devient rare. À la place, ce sont d'autres voix (réseaux sociaux et autres), qui prennent le poids de la transmission.
  • Lucas insiste sur deux clés qu'il a apprises avec sa grand-mère : le temps (on ne comprend pas une personne âgée sans passer du temps avec elle) et la reconnaissance de ses propres limites (accepter qu'on ne sait pas tout, et qu'il y a un savoir dans la génération d'avant).
  • Patrice ajoute un défi symétrique : sa génération et celle de Justine doivent aussi investir maintenant dans le lien avec les plus jeunes (les Alphas), sinon on reproduira exactement l'erreur d'avant, celle de disqualifier ce qu'on ne comprend pas.

6. Ce que la Bible dit de la transmission

  • Proverbes 30:12-13 décrit "une génération qui se croit pure et qui n'est pas lavée de sa souillure, une génération aux yeux hautains et aux paupières insolentes."
  • Tite 2 dit que les femmes âgées enseignent aux jeunes femmes à tenir un ménage et à s'occuper des enfants. Il y a là un modèle de transmission par la relation, pas juste par le contenu.
  • Le Psaume 78 dit : "Ce que nous avons entendu, ce que nos pères nous ont raconté, nous ne le cacherons pas à leurs enfants. Nous dirons à la génération future les louanges de l'Éternel, sa puissance, les prodiges qu'il a opérés." Raconter, se raconter, dire, s'asseoir autour d'une table pour transmettre.
  • Ce que Lucas partage à la fin : beaucoup de jeunes de la génération Z rêvent d'un père ou d'une mère spirituelle, d'un mentor, de quelqu'un qui investit en eux. Ce besoin est massif dans l'Église, parce qu'à la double peine de leur génération s'ajoute pour beaucoup l'absence de repère à la maison.
  • La réponse de Patrice : plus qu'un coach ou un mentor formel, il faut resserrer les liens générationnels à un niveau étendu. Quand les liens sont resserrés dans une famille, on ne se pose même plus la question du coach, la transmission se fait naturellement. Concrètement dans l'Église Momentum : les 25-30 ans sont invités à rejoindre en priorité des groupes de vie adultes, pour retrouver auprès des aînés ce que la société ne leur donne plus.

Points à retenir

  • Comprendre une génération, c'est se mettre à la place de son contexte : ce qu'elle a vécu quand elle avait 20 ans.
  • Le grand décalage aujourd'hui, ce n'est pas seulement les valeurs, c'est le "logiciel" : les plus jeunes fonctionnent à l'émotion, les plus âgés au fait. Sans en avoir conscience, on ne se comprend pas.
  • Le problème des générations qui se disqualifient est aussi vieux que Socrate, mais l'écart est en train de s'aggraver (52 % de parents qui ne comprennent plus leurs enfants en 2020, contre 20 % en 2000).
  • Ce qui a permis à Israël de tenir à travers les siècles, c'est un cap commun et une reconnaissance intergénérationnelle. Roboam a fait exploser le royaume le jour où il a écouté sa jeune garde plutôt que les anciens.
  • Dans l'Église, la clé n'est pas un coaching formel, c'est le lien. Les jeunes ont besoin de temps et de reconnaissance de leurs limites ; les anciens ont besoin de flexibilité pour la cause de l'Évangile ; les Millennials ont à investir maintenant dans le lien avec les Alphas.

Application personnelle

  1. De quelle génération suis-je, et quelles sont les valeurs profondes que je porte sans même m'en rendre compte : effort, indépendance, sens, être soi-même, exploration ?
  2. Quand je parle avec quelqu'un d'une autre génération et que je ne le comprends pas, est-ce que je m'arrête pour identifier son "logiciel" (factuel ou émotionnel), ou est-ce que je conclus trop vite qu'il a tort ?
  3. Ai-je aujourd'hui, dans ma vie, quelqu'un d'une autre génération à qui je prends vraiment le temps de parler, comme Lucas avec sa grand-mère ?
  4. Si je suis un aîné dans la foi, est-ce que j'ai la souplesse de "papa Jean" pour appuyer une génération qui va faire les choses autrement que moi, du moment que la cause de l'Évangile avance ?
  5. Dans ma famille ou dans mon groupe de vie, qu'est-ce que je pourrais commencer à raconter (histoire, témoignage, souvenir), pour que la génération d'après sache "ce que l'Éternel a fait" (Psaume 78) ?

Versets cités

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Questions fréquentes

Pourquoi les générations ont-elles autant de mal à se comprendre aujourd'hui ?

Parce que le contexte de chaque génération est très différent (guerre pour les uns, mur de Berlin pour les autres, 11 septembre, Covid, réseaux sociaux…) et parce que le "logiciel" de communication change : les générations plus âgées raisonnent factuellement, alors qu'à partir de la génération Z, le logiciel devient très émotionnel. Une étude européenne montre qu'entre 2000 et 2020, la part de parents qui ne comprennent plus leurs enfants est passée de 20 % à 52 %.

Qu'est-ce que la Bible dit de la transmission entre générations ?

Le Psaume 78 appelle chaque génération à raconter à la suivante ce que l'Éternel a fait. Tite 2 confie aux femmes âgées la formation des jeunes femmes. 1 Rois 12 raconte à l'inverse comment Roboam a fait exploser le royaume le jour où il a écouté sa jeune garde plutôt que les anciens. Et Proverbes 30 avertit contre "la génération qui se croit pure" et aux paupières insolentes. Le fil rouge : la génération suivante doit reconnaître ce qu'elle reçoit, et la précédente doit avoir la flexibilité pour l'appuyer.

Comment vivre concrètement l'intergénérationnel dans l'Église aujourd'hui ?

À l'Église Momentum, l'orientation donnée par Patrice Martorano est claire : quand les 25-30 ans cherchent un groupe de vie, ils sont d'abord envoyés vers des groupes de vie adultes plutôt que vers des groupes exclusivement jeunes. Là, ils trouvent des pères et des mères spirituels, quelqu'un qui aide à faire la mécanique, à jardiner, à s'occuper d'un bébé, à prier. Pour les jeunes, c'est passer du temps avec les anciens et reconnaître leurs limites. Pour les aînés, c'est garder la flexibilité de "papa Jean" : si ça sert la cause de l'Évangile, allons-y.

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