Jean 2 : quand Dieu est là, le vin coule et le temple tombe

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Introduction

Samuel Ramos ouvre son message avec un livre qu'il est en train de lire : un ouvrage de Luc Ferry sur l'intelligence artificielle, qui pose la question du « grand remplacement ». Qu'est-ce qui restera aux humains dans quelques années ? Pour d'autres, l'expression désigne une théorie politique, que le prédicateur qualifie d'infondée. Dans les deux cas, dit-il, c'est le même ressort qui est employé : la peur d'être remplacé.

L'Église Protestante Évangélique de Toulouse poursuit sa série sur l'Évangile de Jean avec le chapitre 2, sous une question simple : quand Dieu est là, que se passe-t-il ? Le passage contient « deux scènes, deux fêtes ». À Cana, le vin coule à flot. À Jérusalem, Jésus vide la cour du temple.

Et à la fin, c'est bien d'un grand remplacement qu'il s'agit, mais pas celui qu'on redoute : le lieu où l'on rencontre Dieu ne sera plus un bâtiment. Ce sera une personne.

Plan du message

1. À Cana, le vin vient à manquer

  • On est en plein mariage, à Cana en Galilée, au nord du pays. À l'époque, une noce pouvait durer plusieurs jours. Marie est là, sans son mari, peut-être déjà veuve, et Jésus est venu avec ses disciples.
  • Dans la culture de l'honneur, le marié porte toute la charge de la noce. C'est le jour où il doit montrer au village entier qu'il tient la route. Plus de vin, c'est un échec public. Impossible de déménager pour se refaire une réputation : il croisera ces gens tous les jours et portera cette honte toute sa vie.
  • On comprend pourquoi Marie intervient : « Ils n'ont plus de vin » (verset 3). C'est trop grave.
  • Contre toutes les conventions sociales, Jésus la reprend : « Est-ce toi ou moi que cette affaire concerne ? Mon heure n'est pas encore venue. » C'est courtois, mais clairement distant.

2. Marie, un modèle de foi

  • Dans l'Évangile de Jean, la mère de Jésus n'apparaît qu'ici et au pied de la croix. Reprise sévèrement, elle réagit de manière étonnante : pas un mot de discussion.
  • Elle se tourne vers ceux qui font le service et leur dit : « Faites tout ce qu'il vous dira. » Elle ignore ce qu'il va faire, elle cesse de lui dire comment le faire, elle place sa confiance en lui.
  • « Ce n'est pas la mère de Dieu », précise le prédicateur, elle n'est pas digne de vénération. Mais pour les protestants, elle est « un modèle de foi comme il y en a peu dans l'Évangile de Jean » : alors qu'elle ne voit pas, ne sait pas et s'inquiète, elle sait que Jésus fera le meilleur dans le temps qui est le sien.
  • Le vin va manquer, c'est l'histoire de notre vie : « Il nous manque toujours quelque chose. » Notre économie est marquée par cela, et les applications sont conçues pour susciter en nous un sentiment de manque.
  • Ce que Jésus montre quand Dieu débarque dans notre monde, c'est que lui dicte le timing. « Désolé pour tous ceux qui aiment, comme moi, contrôler. C'est lui le boss. C'est lui qui décide quand il agit. »

3. Les jarres vides de la purification

  • « Chez Jean, rien n'est laissé au hasard. » Au verset 6, il y a là six jarres de pierre que les Juifs utilisaient pour leurs ablutions rituelles. Ce n'est pas de la vaisselle, c'est l'équipement religieux par excellence de l'époque, utilisé avant, pendant et après le repas.
  • On se purifiait parce qu'on savait qu'on en avait besoin. On purifiait l'extérieur, en sachant très bien que cela ne purifiait pas l'intérieur.
  • Au moment où le vin manque, les jarres sont vides : « Lorsque la vraie honte arrive, tout l'appareil religieux ne sert plus à rien. »
  • Jésus remplace leur usage : « Remplissez d'eau ces jarres. » Les serviteurs les remplissent jusqu'au bord. Entre 480 et 720 litres. Il y a un avant et un après.
  • Les serviteurs, eux, savent d'où vient le vin. Ils sont émerveillés, comme un enfant devant un tour de magie extraordinaire, sans doute sans avoir compris grand-chose.

4. Un signe : la signature du roi

  • Dans l'Évangile de Jean, les miracles ne sont jamais appelés des miracles. Ce sont des signes. Un signe, « c'est une signature ». Mais laquelle ?
  • Une telle quantité de vin n'est pas un hasard. C'était attendu, annoncé par les prophètes des siècles plus tôt : Amos, Jérémie, Osée, et Ésaïe, qui écrit que l'Éternel des armées prépare pour tous les peuples, sur cette montagne, un festin de vins vieux (Ésaïe 25:6).
  • Jean le dit : « nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père » (Jean 1:14). « C'est la signature, mes amis, du roi », du maître de l'univers.
  • Quand le vin se met à couler à flot, il n'y a pas que la fête qui est sauvée : c'est Dieu qui est là en personne.
  • Les jarres rappelaient sans cesse notre état devant Dieu et notre besoin de nettoyage. On les remplissait pour couvrir ce qu'on refusait de montrer. Avec l'arrivée de l'époux, c'est fini. La honte du marié est enlevée, c'est lui qu'on félicite, pendant que quelqu'un d'autre a fait le travail en silence.
  • Le pasteur interpelle : quelle spiritualité as-tu déployée pour couvrir ta honte et ta culpabilité ? Le roi est là pour régler le problème de fond.

5. Au temple, une célébration sans rencontre

  • Deuxième fête : la Pâque (verset 13), qui célèbre le jour où Dieu a délivré Israël d'Égypte, avec l'agneau égorgé, le sang sur les portes et la mort qui passe à côté.
  • Le temple d'Hérode était une signature de sa puissance : un chantier ouvert depuis 46 ans, une façade couverte d'or, l'une des merveilles du monde antique. Pour se le représenter, le prédicateur évoque Saint-Sernin, ses pierres, ses voûtes et ses siècles d'histoire. « Si en Palestine on avait fait les Journées du patrimoine », il y aurait eu un monde fou.
  • Les pèlerins venaient à pied de toute la Palestine et de la diaspora. Ils n'arrivaient pas « avec un bœuf sous le bras » : ils achetaient une bête sur place et changeaient leur monnaie romaine contre la monnaie du temple. Tout cela n'était pas mauvais en soi : « Ça servait la fête plutôt que Dieu lui-même. »
  • Au verset 15, Jésus fait un fouet avec des cordes, chasse tout le monde avec les brebis et les bœufs, jette par terre l'argent des changeurs et renverse leurs tables. « Waouh ! C'est chaud ! »
  • « Le problème, c'est pas le commerce, je le redis, le problème c'est la distraction. » Ce que Jésus voit, « c'est une célébration sans rencontre. C'est une religion sans relation. »
  • Le zèle de la maison de Dieu le dévorera (verset 17, citant le Psaume 69:10). Jean met cette parole au futur : sa passion pour le lieu où les hommes rencontrent Dieu va le conduire à la mort.
  • Au passage, Samuel Ramos rappelle que si l'Église appelle sa rencontre une célébration, ce n'est pas un hasard : on fait la fête, c'est la joie, c'est le reflet d'un Dieu qui aime la fête.

6. Le grand remplacement : le temple, c'est son corps

  • Les autorités réagissent : « Quel signe nous montres-tu pour agir ainsi ? » En version moderne : « Tu te prends pour qui ? » Une question qui n'attend pas de réponse. Et pourtant Jésus répond.
  • « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. » Il ne dit pas qu'il le détruira, ni qu'il le rebâtira : il dit qu'il le relèvera. Pour Jean, c'est un écho de la résurrection.
  • Pendant que ses auditeurs comptent les 46 années de chantier, Jean explique que Jésus parlait de son corps. « Voyez le grand remplacement. Le lieu où l'on rencontre Dieu ne sera plus une adresse, ni un bâtiment, ni un rite. Ce sera une personne. »
  • Le temple annonçait depuis toujours une rencontre entre Dieu et les hommes. Jésus le purifie et l'accomplit. Cela fait écho à la fin du chapitre 1 (verset 51) : le point de contact entre le ciel et la terre a un visage.
  • « Quand Dieu est là, mes amis, plus besoin de faire un pèlerinage dans je ne sais quel lieu pour obtenir la paix avec soi-même et avec Dieu. » « Personne n'a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l'a fait connaître » (Jean 1:18).

7. Jésus sait ce qui est dans l'homme

  • Qui est visé ici ? Pas des gens scandaleux ou sans morale, mais ceux qui ont fait tout ce qu'il fallait, ceux qui n'ont rien à se reprocher sur le papier, chez qui l'activité religieuse tournait parfaitement, mais à vide.
  • Les six jarres le disaient déjà : on peut purifier l'extérieur à la perfection sans avoir rien nettoyé de l'intérieur.
  • Pendant la fête, beaucoup crurent en son nom en voyant ses signes, mais Jésus ne se fiait pas à eux, parce qu'il les connaissait tous. C'est le même verbe : ils croient en lui, mais lui ne croit pas en eux. Les rôles sont inversés : c'est lui qui regarde, c'est lui qui juge.
  • Il fallait aller plus loin que le miracle et comprendre ce qu'il signifiait. Jésus dit plus dérangeant encore que de traiter ces gens d'hypocrites : il n'avait pas besoin qu'on le renseigne sur l'homme, car il savait lui-même ce qui était dans l'homme.
  • Ces deux signes pointent vers deux autres, plus loin dans l'Évangile : une mort sur un bois et un tombeau vide. « On a le droit de les examiner, même le devoir. »
  • Quand Dieu est là, il ne fait jamais ce qu'on attend de lui. Là où l'on redoutait la pénurie, il pourvoit en surabondance. Là où l'on croyait obtenir le salut, il annonce la destruction et le remplacement : la gloire d'un côté, le jugement de l'autre.

Points à retenir

  • Quand le vin manque, Marie ne discute pas : « Faites tout ce qu'il vous dira. » La foi laisse Jésus décider du moment.
  • Les jarres de purification étaient vides au moment de la vraie honte. La religion extérieure ne peut pas nettoyer l'intérieur.
  • Le vin en abondance est un signe, la signature du roi : à Cana, c'est Dieu qui est là en personne.
  • Au temple, Jésus s'attaque à la distraction : une célébration sans rencontre, une religion sans relation.
  • Le lieu où l'on rencontre Dieu n'est plus un bâtiment ni un rite : c'est une personne, Jésus, mort et ressuscité.

Application personnelle

  1. Qu'est-ce qui manque dans ta vie en ce moment, et acceptes-tu que ce soit Jésus qui décide du moment où il agit ?
  2. Quelle spiritualité as-tu déployée pour couvrir ta honte ou ta culpabilité, au lieu de laisser Jésus régler le problème de fond ?
  3. Ta vie spirituelle tourne-t-elle bien, mais à vide : beaucoup d'activité, peu de rencontre avec Dieu ?
  4. Qu'est-ce qui, dans ta façon de vivre le culte, sert la fête plutôt que Dieu lui-même ?
  5. As-tu pris le temps d'examiner les deux signes que Jean annonce : la croix et le tombeau vide ?

Versets cités

Questions fréquentes

Pourquoi Jean parle-t-il de « signes » et non de miracles ?

Pour Samuel Ramos, dans l'Évangile de Jean les miracles ne sont jamais appelés ainsi : ce sont des signes. Un signe est comme une signature. À Cana, le vin en abondance annoncé par les prophètes est la signature du roi : Dieu est là en personne, et Jésus révèle ainsi sa gloire.

Que signifient les six jarres de pierre à Cana ?

Ces jarres servaient aux ablutions rituelles des Juifs : c'était l'équipement religieux de l'époque. Quand le vin manque, elles sont vides. Le prédicateur y voit une religion qui purifie l'extérieur sans nettoyer l'intérieur. Jésus remplace leur usage en les faisant remplir d'eau changée en vin.

Pourquoi Jésus chasse-t-il les marchands du temple en Jean 2 ?

Le commerce servait la fête, ce n'était pas mauvais en soi. Le problème, selon Samuel Ramos, c'est la distraction : une célébration sans rencontre, une religion sans relation. Jésus annonce alors que le vrai temple est son propre corps : le lieu où l'on rencontre Dieu devient une personne.

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