L'IA, ce qu'elle révèle de nous : un regard chrétien

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Introduction

L'intelligence artificielle fascine, inquiète, et fait couler beaucoup d'encre. Mathias Gillardo, scientifique des données pour le médical et membre de l'Église du Tabernacle, apporte dans cette Soirée du 72 un regard à la fois technique et chrétien sur ce phénomène. Son propos n'est pas de trancher pour ou contre l'IA, mais de donner des éléments de compréhension pour tenir la tête froide, examiner toute chose, et se demander ce que notre rapport à ces machines dit de nous en tant qu'êtres humains.

Plan du message

1. Comprendre ce qu'est vraiment l'intelligence artificielle

  • L'IA n'est pas nouvelle : Alan Turing la pense dès 1950, la conférence de Dartmouth (1956) fonde le domaine, Deep Blue bat Kasparov aux échecs en 1997, Watson gagne à Jeopardy en 2011.
  • Selon la définition de John McCarthy, l'IA est une science et une ingénierie visant à créer des programmes informatiques capables d'effectuer des tâches qui requièrent normalement l'intelligence humaine.
  • Un système d'IA se construit en deux étapes : un apprentissage (architecture + base de données annotées + algorithme d'apprentissage) et une évaluation sur des données jamais vues, comme un étudiant qui passe un examen sur un exercice nouveau.
  • Les modèles actuels comme ChatGPT, Llama, Mistral, MidJourney ou DALL·E ont été rendus possibles par deux facteurs : l'explosion des données disponibles avec Internet, et les GPU qui permettent des calculs massifs en peu de temps.

2. Les avantages réels et les vrais dangers de l'IA

  • De nombreux usages sont utiles : recommandation, reconnaissance vocale pour les personnes en situation de handicap, véhicules autonomes, détection de fraude bancaire, aide au diagnostic médical, AlphaFold pour la découverte de médicaments.
  • Un exemple concret : un système commercial de détection de fractures aux urgences, entraîné sur plus de 500 000 images validées par 50 radiologues, a permis de réduire les erreurs des internes aux heures nocturnes, l'IA comme aide, pas comme remplacement.
  • Les dangers sont réels : perte d'emplois peu qualifiés, dépendance excessive, biais amplifiés (le système de recrutement d'Amazon de 2018 privilégiait les hommes), imprévisibilité des grands modèles.
  • Les vrais périls sont ailleurs : désinformation par deepfake (l'appel truqué de Joe Biden aux électeurs du New Hampshire en janvier 2024), cybercriminalité facilitée, arnaques par imitation vocale d'un proche, armements autonomes qui écartent l'humain du processus décisionnel.

3. Le débat de fond : un dilemme moral, pas un choix technique

  • Sami Biasoni le formule ainsi : l'IA nous propose la compensation d'un risque lointain mais important par des avantages certains à courte et moyenne échéance. Sommes-nous prêts à cet échange ?
  • Arrêter la recherche est illusoire : la pause de six mois demandée en mars-avril 2023 par des chercheurs et chefs d'entreprise n'a pas été respectée. C'est la régulation qui doit être visée, comme le rappelle Geoffrey Hinton, l'un des pères de l'IA moderne, qui a quitté Google pour pouvoir en parler librement.
  • L'Union européenne et les États-Unis y travaillent : l'AI Act européen a été approuvé, il classe les systèmes selon leur niveau de risque et impose transparence et non-discrimination.
  • Des contre-pouvoirs émergent aussi : Glaze protège les images d'artistes contre l'apprentissage non consenti, DeepWare détecte les vidéos et images générées par IA.

4. Ce que l'IA révèle de nous : entre transhumanisme et cœur endurci

  • En tant que chrétien, Mathias croit que Dieu nous a créés à son image, pas physiquement, mais en esprit et en cœur. Et nous, à notre tour, avons créé l'IA. Elle porte donc quelque chose de notre image.
  • Les enthousiastes extrêmes rejoignent le désir transhumaniste : faire de l'humain un dieu, tuer la mort, atteindre une intelligence absolue. Neuralink de Elon Musk teste ses puces cérébrales, d'autres entreprises promettent de donner vie aux photos des ancêtres.
  • Cette tentation est ancienne : dans le jardin d'Éden, le serpent convainc Ève que manger du fruit défendu la rendra semblable à Dieu. L'Ecclésiaste conclut plus tard que la puissance de l'intelligence n'est que vanité.
  • Les craintifs révèlent l'autre face : nos imperfections. Les modèles apprennent sur nos données réelles, avec nos injustices, nos biais, la faiblesse de nos cœurs. Si les données sont mauvaises, c'est que notre jugement l'est aussi.

5. Ce qui reste et qui ne se calcule pas : l'amour, le cœur, le sang

  • Peut-on réduire l'humain à son intelligence ? Non, la volonté s'y ajoute. Peut-on le réduire à sa créativité ? Une image MidJourney a gagné un concours d'art au Colorado en 2022, mais la créativité humaine, dans la musique, la nature, la gastronomie, reste bien plus vaste.
  • Ce qui distingue vraiment l'humain de la machine, c'est l'amour : pas seulement l'amour d'un couple, mais la capacité d'aimer un conjoint, un enfant, un ami, un prochain.
  • Les avatars conversationnels et les "petites amies IA" qui gagnent en popularité auprès des hommes révèlent un côté obscur : le durcissement du cœur, la paresse à accepter les imperfections des autres, l'orgueil de croire que c'est toujours l'autre qui devrait changer.
  • L'amour est fait de cœur et de sang, il ne peut pas être fait de calcul. Le sang nous sépare des machines. Et pour le chrétien, la preuve d'amour de Dieu envers des humains imparfaits, c'est du sang qui a coulé : celui de son Fils, qui s'est fait homme et pas machine.

Points à retenir

  • L'IA n'est ni magique ni intelligente au sens humain : c'est une science ancienne qui a explosé récemment grâce aux données massives et aux GPU.
  • Ses avantages sont réels (aide au diagnostic, accessibilité, détection de fraude), et ses dangers aussi (désinformation, cybercriminalité, biais amplifiés, armes autonomes).
  • Le vrai débat n'est pas technique mais moral : accepter des risques lointains contre des bénéfices immédiats, et poser des régulations plutôt que d'arrêter la recherche.
  • L'IA nous renvoie à nos deux tentations : le transhumanisme qui veut faire de l'homme un dieu (comme le serpent en Éden), et la peur qui révèle nos propres imperfections dans les données que nous produisons.
  • Ce qui reste et qui ne se calcule pas, c'est l'amour, fait de cœur et de sang, et pour le chrétien, c'est le sang du Fils fait homme qui en est la preuve définitive.

Application personnelle

  1. Quelle est ton attitude spontanée face à l'IA : enthousiasme, peur, indifférence, méfiance ? Qu'est-ce que cela dit de la place que tu donnes à la technologie dans ta vie ?
  2. Où utilises-tu déjà l'IA dans ton quotidien, et est-ce que cela remplace un effort humain que tu devrais continuer de faire (créativité, réflexion, contact avec l'autre) ?
  3. Reconnais-tu en toi le désir transhumaniste (vouloir échapper aux limites, à la mort, à l'imperfection), que la Bible identifie dès le jardin d'Éden ?
  4. Ton cœur s'est-il endurci face aux imperfections des autres, au point de préférer des relations "sans effort" plutôt que d'aimer des personnes réelles ?
  5. Comment gardes-tu la tête froide face aux promesses ou aux peurs autour de l'IA, pour ne pas en faire ni un sauveur ni un ennemi absolu ?

Versets cités

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Questions fréquentes

L'intelligence artificielle est-elle vraiment intelligente ?

Non, pas au sens humain. Mathias Gillardo le dit clairement dans sa conclusion : artificielle oui, mais pas intelligence. Les modèles d'IA simulent parfois l'intelligence humaine dans la façon dont les calculs sont réalisés, et les robots conversationnels génèrent des réponses qui ressemblent à des phrases, des sons, même des expressions faciales, mais ce sont des illusions. Il n'y a ni mouvement de cœur, ni vraie émotion, ni volonté derrière le calcul. Se convaincre que ces calculs peuvent faire naître une conscience serait une fuite en avant.

Un chrétien peut-il utiliser l'IA sans compromettre sa foi ?

Oui, à condition de garder la tête froide. L'exposé de Mathias Gillardo n'est pas un rejet global : il donne lui-même l'exemple d'une recette américaine traduite par ChatGPT, ou d'un chant en malgache complété par la même technologie. L'IA peut servir le bien commun, aider les médecins, protéger contre la fraude. Le problème n'est pas la technologie en elle-même, mais l'illusion d'en faire un sauveur (la "solution ultime à nos soupirs et à nos souffrances"), ou d'en devenir esclave.

Pourquoi l'IA ne remplacera-t-elle jamais complètement l'humain ?

Parce que l'humain n'est pas seulement de l'intelligence. Il est aussi de la volonté, de la créativité, et surtout de l'amour, fait de cœur et de sang. Le sang, dit Mathias Gillardo, nous sépare des machines. Et pour le chrétien, la preuve d'amour de Dieu envers l'humanité, c'est le sang de son Fils qui s'est fait homme et pas machine. Aucune ligne de code ne peut reproduire cela.

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