Le prix à payer pour garder la pureté de l'Évangile

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Introduction

Le 14 septembre 2025, Frantz Galland, membre du conseil d'église de Momentum à Grenoble, a ouvert une nouvelle série sur l'épître de Paul à Tite. L'occasion ? Une église en pleine structuration, un conseil provisoire depuis deux ans, et pas encore d'anciens installés. La question qui se pose alors est simple mais brûlante : quelles sont les qualités qu'on attend d'un ancien, et comment l'ensemble des membres discerne-t-il ceux que Dieu appelle ?

Le texte lu ce matin-là, c'est Tite chapitre 1. Un chapitre qui parle des exigences pour ceux qui prennent des responsabilités dans l'église, mais aussi de la façon dont l'église entière doit se comporter face aux perturbateurs. Le titre du message, Frantz Galland l'annonce d'emblée : « Le prix du maintien de la pureté de l'Évangile ». Un prix qui passe par deux réalités indissociables, l'établissement d'une autorité crédible, et la confrontation des rebelles.

Si tu es membre d'une église, si tu la sers, si tu la pries, si tu la portes, ce message te concerne directement. Parce que garder l'Évangile pur, ce n'est pas seulement l'affaire des responsables. C'est l'affaire de tous les rachetés.

Plan du message

1. Pourquoi Paul écrit à Tite : la vision grand angle de l'Évangile

Paul ouvre sa lettre en se présentant comme « serviteur de Dieu et apôtre de Jésus-Christ pour la foi des élus de Dieu et la connaissance de la vérité qui est selon la piété » (Tite 1:1). Sa mission n'est pas floue. Elle est double : amener les croyants à une foi mature dans la vérité de l'Évangile, et voir cette foi produire un comportement qui glorifie Dieu, c'est ce que la Bible appelle la piété.

Ce que Paul décrit, c'est une vision d'ensemble du dessein de Dieu. Il fait remonter cet Évangile « avant tous les siècles » (v. 2). Il agence les pièces comme les morceaux d'un puzzle : l'élection, la foi, l'éternité, la piété, la vie éternelle, la prédication. Tout tient ensemble. Tout se répond.

Et devant ce grand tableau, une conclusion s'impose : cet Évangile doit être maintenu et il doit être défendu. Parce qu'il y a, dans les églises que Paul a fondées en Crète, des perturbateurs (que Paul appelle littéralement des « rebelles »), dont l'enseignement bouleverse les croyants. D'où le programme du chapitre 1 : établir une autorité crédible, et confronter ceux qui menacent la vérité.

2. Première partie : établir une autorité crédible dans les rassemblements

Paul écrit à Tite dans une situation précise. Après sa première captivité à Rome, il a probablement fondé les églises de Crète avec des Juifs crétois convertis (pense à la Pentecôte, Actes 2) et avec des chrétiens venus d'ailleurs. Il laisse Tite sur place pour « mettre en ordre ce qui reste à régler » et pour « établir des anciens dans chaque ville » (v. 5).

Un détail important : cette lettre n'est pas seulement pour Tite. Elle est faite pour être lue à toute l'assemblée. Paul le confirme à la fin, au chapitre 3 verset 15 : « Que la grâce soit avec vous tous. » Autrement dit, le discernement des exigences pour un ancien concerne l'église entière. Ce n'est pas une décision entre initiés : c'est un discernement collectif.

3. Trois domaines d'irréprochabilité pour l'ancien

Aux versets 6 à 9, Paul dresse une exigence claire : l'ancien doit être « irréprochable ». Le mot grec ne veut pas dire « parfait » ou « sans péché », sinon personne ne pourrait remplir la charge. Il veut dire « inattaquable », « sans charge susceptible d'être retenue contre lui après investigation publique ». Vivre d'une manière consistante avec la grâce que l'Évangile confère.

Cette irréprochabilité couvre trois domaines, et Paul refuse toute vie compartimentée :

a) Domaine familial (v. 6). « Mari d'une seule femme, ayant des enfants fidèles qui ne soient ni accusés de débauche ni rebelles. »

Sur « mari d'une seule femme » : il est peu probable que Paul vise ici la polygamie, car la même expression grecque est utilisée en 1 Timothée 5:9 pour décrire une veuve. Ce que Paul recherche, c'est un homme totalement dévoué à son épouse, fidèle, engagé dans le mariage tel que Dieu l'a institué.

Sur « enfants fidèles » : le mot grec désigne des enfants encore à la maison, ce qui limite la responsabilité de l'ancien à ses enfants mineurs. Et le mot « fidèles » ne signifie pas nécessairement « convertis » ; certaines traductions parlent d'enfants « croyants », mais faire peser sur un enfant l'obligation de se convertir sous peine de faire démissionner son père du conseil, ça reste une position lourde à porter. La Semeur traduit mieux l'idée : des enfants « dignes de confiance », qu'on ne puisse accuser d'inconduite ou d'insoumission. Cela rejoint 1 Timothée 3:4-5 : « diriger bien sa propre maison, tenir ses enfants dans la soumission et une parfaite honnêteté ».

Comme le résume Charles Nicolas, le foyer est le premier espace révélateur du caractère d'un responsable. Ce n'est pas la peine de proclamer des vérités dans l'église si, à la maison, on traîne des casseroles.

b) Domaine personnel (v. 7-8). Paul liste d'abord ce que l'ancien ne doit pas être : « ni arrogant, ni colérique, ni adonné au vin, ni violent, ni porté à un gain honteux ». Cinq travers qui minent la crédibilité et blessent le témoignage.

Il ne doit pas être un homme centré sur lui-même, autoritaire, dominateur, qui veut toujours avoir raison. Il ne doit pas être susceptible, prompt à s'emporter. Frantz Galland l'a dit tel quel : il y a toujours des personnes qui utilisent leur charisme pour promouvoir leur ego et masquer leurs travers dans le peuple de Dieu. On l'a vu récemment dans le milieu évangélique, des figures très douées, très reconnues, qui se sont révélées arrogantes. Et le préjudice porté au témoignage de l'Église est sérieux.

Puis Paul liste les qualités positives : « hospitalier, ami des gens de bien, modéré, juste, saint, tempérant, attaché à la vraie parole ».

Sur l'hospitalité (littéralement « qui aime l'étranger »), Frantz Galland partage un témoignage personnel. Avec son épouse Nellie, ils ont exercé un ministère d'hospitalité pendant vingt ans, accueillant des jeunes chez eux. Ce n'est pas toujours facile, notamment à cause des différences culturelles. Mais ils ont logé des « perles ». Sam en a fait partie ; Kalma a clôturé sa saison. L'hospitalité, c'est un trait qui se vit d'abord au sein même de l'église.

Sur modéré (traduit aussi par « réfléchi », « sensé », « pondéré »), le mot grec évoque le maître de soi, un esprit sérieux et consciencieux. Un nombre significatif de commentateurs estime que ce mot a aussi une connotation sexuelle, car il est présent dans l'éthique stoïcienne comme le terme habituel pour la maîtrise de soi face aux appétits sexuels. Dans une société hyper-sexualisée comme la nôtre, un responsable doit être vraiment maître de lui-même, tenir ses passions en bride, résister à la tentation permanente. Comment ? Par la grâce de Dieu et l'œuvre de l'Esprit, mais cette œuvre doit être visiblement présente.

Sur attaché à la vraie parole (v. 9) : le mot « attaché » est très fort. C'est le même verbe que Jésus emploie quand il dit que nul ne peut servir deux maîtres, qu'on s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Et « telle qu'elle a été enseignée » renvoie à l'enseignement des apôtres, celui dans lequel la première Église persévérait (Actes 2:42) et que la Didachè reprendra. L'ancien est donc un homme ancré dans la Parole, nourri de la saine doctrine, capable de la transmettre et de réfuter les faux enseignants.

c) Domaine doctrinal (v. 9). C'est la charge d'enseigner et de défendre. « Afin d'être capable d'exhorter selon la saine doctrine et de réfuter les contradicteurs. » Deux directions : nourrir les croyants dans la vérité, et faire barrage à l'erreur.

4. Trois remarques de conclusion sur les qualités de l'ancien

Frantz Galland conclut cette première partie par trois observations qui te concernent, que tu sois responsable ou membre :

Première remarque : la famille est le premier espace révélateur du caractère. Quand Frantz Galland a été appelé à la charge d'ancien, ce sont son épouse Nellie et leur fils Jonathan qui ont d'abord été interrogés (à travers un questionnaire), pour parler du mari, du père. Sage démarche. Parce que si les proches ne peuvent pas témoigner d'un caractère consistant, à quoi bon les belles paroles publiques ?

Deuxième remarque : ce qui est en jeu, c'est la crédibilité du message au travers de la crédibilité du messager. Une réputation se construit sur le long terme, mais elle peut être détruite en très peu de temps. Le témoignage n'est jamais indépendant du témoin.

Troisième remarque : personne ne remplit parfaitement toutes ces qualités, sauf le Seigneur Jésus. Le fruit de l'Esprit, avec toutes ses facettes, ne pousse pas en un jour. La bonne question n'est donc pas : « Est-il parfait ? », mais : « Est-il clairement en chemin pour incarner ces qualités ? Voit-on déjà les premiers fruits ? » Là encore, le discernement collectif de l'église est nécessaire.

5. Deuxième partie : la confrontation des rebelles

Le maintien de la pureté de l'Évangile passe aussi par la confrontation. Tite doit faire face à des faux docteurs légalistes, issus du judaïsme, qui tentaient de mélanger des traditions humaines avec l'Évangile de la grâce. Paul les décrit sans détour aux versets 10 à 16 : « Il y a en effet, surtout parmi les circoncis, beaucoup de gens rebelles, de vains discoureurs et de séducteurs. »

Paul va même jusqu'à citer un prophète crétois (Épiménide), qui disait de ses propres compatriotes : « Les Crétois sont toujours menteurs, de méchantes bêtes, des ventres paresseux. » Et Paul ajoute : « Ce témoignage est vrai. » Ce n'est pas une caricature qu'il valide ; c'est un constat qu'il assume pour dire à Tite qu'il ne doit pas se laisser impressionner par les manœuvres locales.

La mission de Tite est claire : fermer la bouche à ces perturbateurs. Le mot grec veut dire littéralement « museler », c'est-à-dire les faire taire, les réduire au silence. Il doit les reprendre sévèrement, parce que leur comportement et leur enseignement détournent les croyants de la vérité (v. 16).

Pourquoi une telle intensité ? Parce que le maintien de la saine doctrine au sein du rassemblement est une priorité. De la compréhension de l'Évangile que tu as, découle la réponse par un comportement qui glorifie Dieu. Une mauvaise doctrine produit tôt ou tard une vie déviée.

6. Le prix à payer pour reprendre les rebelles

Ne nous leurrons pas : reprendre les perturbateurs coûte cher. Tite va être critiqué, contesté, peut-être calomnié. Il y a un prix à payer, et c'est pour cela que le responsable doit avoir une solide réputation et une capacité à honorer Dieu jusque dans la confrontation.

Frantz Galland partage une image tirée de l'actualité. Vendredi, il regardait un débat télévisé après l'assassinat de Charlie Kirk. Sur le plateau, quatre personnes qui criaient, s'emportaient, se coupaient la parole. Résultat : des idées qui pouvaient être justes devenaient inaudibles, et laissaient un arrière-goût malsain. La discipline dans l'assemblée est l'une des choses les plus difficiles à exercer pour un responsable, mais elle est nécessaire, même quand la solution de facilité serait de pratiquer « la politique du pas de vagues ».

Le but de la confrontation n'est jamais l'écrasement. Le but, c'est de ramener à la saine doctrine, de garder les brebis du danger, de préserver la pureté de l'Évangile pour l'ensemble du corps.

Points à retenir

  1. L'Évangile doit être maintenu et défendu. Tite 1 le dit sans ambiguïté : l'Évangile est trop précieux pour qu'on le laisse s'abîmer sous des enseignements déviés.
  2. L'irréprochabilité de l'ancien couvre trois domaines : familial, personnel, doctrinal. Aucune vie compartimentée n'est acceptable pour un responsable.
  3. Le discernement des exigences pour un ancien concerne l'église entière. Ce n'est pas la décision d'un cercle d'initiés, c'est un travail collectif.
  4. La famille est le premier espace révélateur du caractère. Ta crédibilité de service se construit d'abord chez toi.
  5. Confronter les rebelles a un prix. Mais ne pas les confronter en a un plus élevé : l'infection lente de tout le corps.

Application personnelle

Prends un moment devant Dieu et laisse ces questions t'interroger :

  1. Est-ce que je prie régulièrement pour les responsables de mon église, ou est-ce que j'attends d'eux qu'ils tiennent tout seuls ?
  2. Y a-t-il, dans ma vie, une compartimentation entre ce que je montre à l'église et ce que vivent mes proches ? Que dirait ma famille du serviteur que je suis ?
  3. Est-ce que je suis capable d'accepter des paroles qui me déplaisent, ou est-ce que je me justifie systématiquement quand on me reprend ?
  4. Face à un enseignement qui me trouble, est-ce que je vérifie à la Parole, ou est-ce que je suis emporté par la personnalité de celui qui parle ?
  5. Suis-je devenu une racine d'amertume dans mon église, en portant un mécontentement chronique ? Ai-je besoin de revenir à l'Évangile ?

Versets cités

  • Tite 1 · texte principal du message : établir des anciens et confronter les rebelles.
  • 1 Timothée 3:4-5 · l'ancien doit bien diriger sa propre maison.
  • 1 Timothée 5:9 · l'expression « femme d'un seul mari » utilisée pour une veuve.
  • Luc 12:53 · l'Évangile source de division dans les familles.
  • Actes 2:42 · persévérer dans l'enseignement des apôtres.
  • 1 Timothée 4 · veiller sur soi-même et sur son enseignement.
  • Hébreux 12:15 · la racine d'amertume qui infecte les autres.

FAQ

« Mari d'une seule femme » interdit-il à un homme divorcé et remarié d'être ancien ?

Le texte ne vise probablement pas la polygamie, car la même expression grecque est utilisée pour une veuve en 1 Timothée 5:9. Paul cherche un homme totalement dévoué à son épouse, engagé dans le mariage tel que Dieu l'a voulu. Chaque situation particulière (divorce, remariage, célibat), demande un discernement pastoral qui tienne compte du parcours de la personne, de sa croissance, et de la crédibilité de son témoignage aujourd'hui.

Que faire quand mon église laisse passer un enseignement contraire à la saine doctrine ?

D'abord vérifier à la Parole, avec humilité, sans supposer. Ensuite en parler à un responsable de confiance, pas par plainte publique, mais par souci de la vérité. Tite 1 rappelle que la mission de reprise revient d'abord aux responsables, et que leur solidité est justement ce qui permet à l'église d'être protégée. Prier pour eux et pour un discernement collectif est le bon point de départ.

Pourquoi Paul demande-t-il à Tite d'être aussi ferme avec les perturbateurs ?

Parce qu'un enseignement dévié n'est jamais neutre : il détourne les croyants de la vérité de l'Évangile (v. 16). Paul cite Hébreux 12:15 en filigrane, la racine d'amertume qui infecte les autres. Ne pas confronter, c'est laisser l'infection se propager. La fermeté de Tite n'est pas de la dureté ; c'est de l'amour pour le corps de Christ.

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