Introduction
Le prédicateur de Momentum ouvre Jonas 3, un chapitre où l'impensable se produit : une ville païenne, violente, méchante, à la réputation terroriste, se prosterne devant le Dieu d'Israël après une seule journée de prédication. La grande Ninive, 120 000 personnes, l'équivalent du 8e ou du 9e arrondissement de Paris, met la cendre sur la tête, jeûne, crie à Dieu et se détourne de sa mauvaise conduite. Et Dieu, qui avait résolu le jugement, épargne la ville.
Le titre du message est directement tiré du Psaume 51, cette prière du roi David : « Ô Dieu, tu ne dédaignes pas un cœur brisé et contrit. » Ce que David a expérimenté, ce que Jonas a fini par découvrir au fond de la mer, les Ninivites vont l'incarner d'une manière radicale. C'est un hymne à la gloire de la grâce de Dieu, un éveil à sa clémence pour tout ennemi qui revient.
En arrière-plan de la prédication, une image de Paris, pas de Ninive. Parce que la question posée par ce chapitre n'est pas d'abord archéologique. Elle est pour toi. Es-tu prêt à entendre la mauvaise nouvelle du jugement qui vient, et l'immense espoir du pardon offert à quiconque revient à Dieu ?
Plan de l'article
- Une seconde chance pour Jonas et pour Ninive (v. 1-2)
- La vraie repentance provient d'une proclamation fidèle (v. 3-4)
- Un profond désespoir : Ninive prend Dieu au sérieux (v. 5-8)
- Un immense espoir : qui sait si Dieu ne reviendra pas ? (v. 9)
- Dieu pardonne quiconque vient à lui dans une vraie repentance (v. 10)
1. Une seconde chance pour Jonas et pour Ninive (v. 1-2)
Le chapitre recommence presque comme un disque rayé. Jonas 1.1 : « La parole de l'Éternel fut adressée à Jonas fils d'Amittaï en ces mots. » Jonas 3.1 : « La parole de l'Éternel fut adressée à Jonas une seconde fois en ces mots. » Jonas a fui à l'ouest, aussi loin que possible, jusqu'au fond de la cale d'un bateau, puis jusqu'au ventre du grand poisson au fond de la mer. Il a fait l'expérience que le Dieu vivant est un Dieu inévitable, mais aussi une main qui sauve.
Dans le monde antique, chaque civilisation avait ses divinités locales : le dieu de la montagne, le dieu de la mer, le dieu de la fertilité. Jonas et le peuple d'Israël savent, eux, que l'Éternel n'est pas un petit dieu local qu'on pourrait esquiver. Il est le seul Dieu vivant. On ne se cache pas de lui dans un coin du monde.
Et cette fois, l'ordre est le même qu'au premier chapitre : « Lève-toi, va à Ninive la grande ville et fais-y la proclamation que je te dis. » Ninive était devant Dieu « une grande ville de trois jours de marche ». Une superpuissance rebelle, dont la méchanceté est montée jusqu'à Dieu (chapitre 1). Pour situer, le prédicateur rappelle qu'à l'emplacement de Ninive se trouve aujourd'hui la ville de Mossoul, dans l'actuel Irak. À l'époque de Jonas, c'était la capitale d'un État terroriste, connu pour envoyer des groupes de terreur en avant de son armée régulière.
Et c'est vers ce peuple-là que Dieu envoie son prophète. Non pas d'abord pour détruire, mais pour avertir. Parce que Dieu ne laisse pas le mal proliférer en toute impunité, mais avant le jugement définitif, il tient les hommes au courant de son intention. C'est une chose que le jugement arrive et que Dieu ne dise rien à personne. C'en est une autre que le jugement arrive et que Dieu envoie un messager pour préparer une réaction.
2. La vraie repentance provient d'une proclamation fidèle (v. 3-4)
Cette fois, Jonas obéit. Verset 3 : « Alors Jonas se leva, il alla à Ninive selon la parole de l'Éternel. » Et verset 4, il proclame partout et à tous, brut de décoffrage : « Encore quarante jours, et Ninive sera bouleversée. » Le temps de parcourir la ville (trois jours de marche), c'est le temps de couvrir chaque recoin, chaque place, chaque rue. Et à chaque place, la même annonce : dans quarante jours, tout est fini.
Est-ce un modèle de prédication d'évangélisation, ce que fait Jonas ? Le prédicateur répond : non et oui. Non, parce qu'on n'est pas tenu d'avoir le cœur dur de Jonas, qui fait en sorte que seule la partie dure soit dite. Et oui, parce qu'il dit tout de même l'essentiel : le jugement arrive, il a une échéance, et Dieu montrera la fin de sa patience.
Pour saisir la différence, le prédicateur renvoie à Actes 17. Quand Paul arrive devant les Athéniens, il prend beaucoup de temps. Il cite leurs poètes, il explique qu'il n'y a pas plusieurs dieux mais un seul, qu'en lui nous avons la vie, le mouvement et l'être, que c'est lui qui nous donne à manger. Il vient les trouver dans leur culture, avec sensibilité. Et puis il finit son discours en disant que ce Dieu-là a ressuscité un homme d'entre les morts, par qui il va juger le monde.
On serait tenté de dire à Paul : « Tu avais si bien commencé, pourquoi finir sur le jugement ? » Tout simplement parce que prêcher fidèlement la parole de Dieu, c'est ne pas faire l'économie de l'annonce du jugement. Ne pas parler du jugement de Dieu à ce monde, c'est ne pas prêcher fidèlement l'Évangile. C'est ce que Jésus lui-même annonce dans Marc 1.14-15 : « Les temps sont accomplis, le royaume de Dieu est proche. Repentez-vous et croyez à la bonne nouvelle. »
Peut-être qu'en chrétien occidental confortable, tu oublies parfois ces échéances. Tu as le sentiment que la vie ressemble à un long fleuve tranquille. Tu rames un peu, parfois plus fort, et tu avances. Mais ce que Jonas dit, ce que Paul dit, ce que Jésus dit, c'est autre chose. La vie, sous le regard de Dieu, ressemble plutôt à un fleuve qui court vers une chute d'eau. Le juste jugement de Dieu contre tous ceux qui se sont révoltés contre lui. Et la question que ce texte te pose est simple : quelle décision prends-tu ?
Tu peux essayer de ramer, comme beaucoup de religions. Ce n'est pas ça qui te fera sortir du rapide. Être chrétien, ce n'est pas juste collecter un ensemble d'informations utiles et vraies sur Dieu, un peu comme Jonas, qui connaissait ses psaumes sur le bout des doigts. C'est prendre toujours mieux conscience que le Dieu vivant que nous chantons est le Dieu inévitable. Et que proclamer son Évangile, c'est appeler les hommes à lui pour qu'ils aient le pardon de leurs péchés, qu'ils soient sauvés de son jugement, et qu'il puisse les transformer à son image.
3. Un profond désespoir : Ninive prend Dieu au sérieux (v. 5-8)
Et c'est là qu'intervient le miracle. Verset 5 : « Les gens de Ninive crurent en Dieu. Ils proclamèrent un jeûne et se revêtirent de sacs, depuis les plus grands jusqu'aux plus petits. » Le prédicateur invite à relire lentement. Toute une ville (l'équivalent d'un arrondissement parisien entier), qui, dans un même élan, entend une parole gênante et croit en Dieu. Quand la parole est proclamée fidèlement, la parole peut faire son œuvre.
Le contraste est saisissant. Jonas prend le temps de décrire cette repentance en détail. À croire qu'il n'a pas beaucoup vu ce même mouvement chez lui, dans le peuple d'Israël. Les écrits historiques le confirment : le peuple qui, lui, connaissait Dieu était à l'opposé de cette attitude. Un peuple qui rejette Dieu, se tourne vers d'autres idoles, et produit le mal à tous les étages, du roi jusqu'au plus petit. Un peuple qui va bientôt être puni.
Regarde plutôt le roi de Ninive (versets 6-8). La nouvelle lui parvient. Il se lève de son trône, ôte son manteau, se couvre d'un sac et s'assoit sur la cendre. Puis il fait crier ceci dans la ville : « Par décision du roi et de ses grands, que les hommes et les bêtes, le gros et le menu bétail, ne goûtent de rien, ne paissent pas et ne boivent pas d'eau. Que les hommes et les bêtes soient couverts de sacs, qu'ils crient à Dieu avec force, et que chacun revienne de sa mauvaise conduite et de la violence attachée aux paumes de ses mains. »
Extraordinaire. Eux, les terroristes, la superpuissance arrogante, les ennemis jurés de Jonas (eux qui ne connaissaient même pas Dieu par son nom propre), l'Éternel, sont saisis d'un profond désespoir. Ils prennent au sérieux la parole de Dieu. Ils mesurent le gouffre infranchissable, la colère que leur méchanceté appelle sur eux. Ils prennent au sérieux la mauvaise nouvelle que Dieu adresse à tous les hommes en général et à Ninive en particulier.
Nous devons nous rappeler à ce stade-là que nous sommes héritiers d'Adam et Ève. Notre configuration par défaut, ce n'est pas l'amitié avec Dieu : c'est la rébellion. Nous ne naissons pas amis de Dieu, nous naissons ennemis de Dieu. Nous naissons plus Ninivites que membres du peuple d'Israël. C'est ce qui rend ce texte encore plus beau : si le pardon est possible pour Ninive, il l'est pour toi aussi.
4. Un immense espoir : qui sait si Dieu ne reviendra pas ? (v. 9)
Mais il y a un mais. Ce n'est pas juste un profond désespoir face à l'inéluctable. Poussés par la proclamation de la parole, les Ninivites entrevoient une chose essentielle. Verset 9 : « Qui sait si Dieu ne reviendra pas, n'aura pas de regret, et s'il ne reviendra pas de son ardente colère, en sorte que nous ne périssions pas. »
Ils savent que si Dieu est le Dieu inévitable, le seul juge, il a aussi le pouvoir d'offrir le pardon, la clémence, le salut à quiconque l'invoque. Jonas, lui, a fait cette expérience au fond de la mer : le même bras qui l'a exposé au jugement l'a aussi sauvé. Les Ninivites, dans leur repentance authentique, voient la même chose de manière plus définitive. La vraie repentance ne s'exprime pas seulement dans l'humiliation devant Dieu, elle se manifeste aussi dans un espoir immense.
Cet espoir, c'est comme un arc-en-ciel au-dessus du rapide. Si le Dieu qui a fait des cascades tonitruantes et inévitables est capable de mettre un arc-en-ciel là, ne crois-tu pas qu'il est aussi capable, lui qui va juger tous les hommes, d'offrir un espoir, d'offrir un salut ?
L'analogie du prédicateur est simple. Sur une route, quand une voiture en face te fait des appels de phares, tu regardes ton compteur, tu changes de comportement. C'est peut-être pas très avouable, mais on le fait : on prend l'information au sérieux. Sur une rivière, si on te dit « n'y va pas avec ton canoë », tu mets le canoë sur le bord ou tu changes de cours d'eau. Tu changes ton comportement.
Si tu es capable de changer ton comportement sur des choses aussi anodines, pourquoi une information aussi claire et fiable (celle de la Bible, sur le jugement qui vient et le pardon offert), ne suffirait-elle pas à te faire changer ? À te réaligner sur le Dieu qui te parle ?
5. Dieu pardonne quiconque vient à lui dans une vraie repentance (v. 10)
La réponse de Dieu tient en un verset. Verset 10 : « Dieu vit qu'ils agissaient ainsi et qu'ils revenaient de leur mauvaise conduite. Alors Dieu regretta le mal qu'il avait résolu de leur faire, et il ne le fit pas. »
La formule est choquante, « Dieu regretta le mal qu'il avait résolu de leur faire ». C'est une formule biblique consacrée qui revient à plusieurs endroits, pour dire le mystère qui se passe en Dieu quand des personnes qui méritaient d'être jugées ne le sont finalement pas, parce qu'elles viennent à lui pour lui demander pardon. Un regret plein de grâce. Le regret du Dieu qui aime les hommes et les femmes qu'il a créés, qui se révoltent contre lui, et qu'il veut sauver.
Les Ninivites, aussi nombreux et puissants soient-ils, se présentent devant Dieu avec rien dans les mains. Juste un cri d'appel marqué par une vraie repentance. Et plus clairement encore que Jonas au fond de la mer, ils savent que leur secours repose exclusivement sur qui Dieu est, et non pas sur ce qu'ils pourraient lui offrir.
Quand tu vois la cascade arriver, la vraie question, ce n'est pas « on prie ou on rame ? ». C'est : arrête de ramer, arrête de croire qu'avec tes forces tu vas te sauver, et prie. Parce que le Seigneur est le Dieu sauveur, et qu'il pardonne quiconque vient à lui dans une vraie repentance. Voilà la promesse centrale de la Bible et la bénédiction suprême pour les nations.
Ce que les Ninivites ont vu de loin, avec tellement de clairvoyance, les gens de ton temps devraient pouvoir le distinguer d'une manière plus claire encore. Parce qu'entre-temps, Dieu a fait tomber le jugement mérité par tous les hommes sur son propre Fils. Romains 5.6-10 : « Lorsque nous étions encore sans force, Christ, au temps marqué, est mort pour des impies. À peine mourrait-on pour un juste… Mais Dieu prouve son amour envers nous en ce que, lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous. Si, lorsque nous étions ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils, à bien plus forte raison, étant réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie. »
Bande de Ninivites, dit le prédicateur, c'est nous. Nés ennemis de Dieu, réconciliés par la mort du Fils, sauvés par sa vie. Ça a dû coûter à Jonas de parler à ses ennemis et de leur annoncer que Dieu leur faisait grâce. Ça peut te coûter aussi. Mais rappelle-toi : ça a coûté tellement plus à Jésus.
Points à retenir
- Le Dieu vivant est un Dieu inévitable. On ne se cache pas de lui dans un coin du monde. Ni Jonas, ni Ninive, ni toi.
- La vraie repentance provient d'une proclamation fidèle. Elle ne fait pas l'économie de l'annonce du jugement, parce que sans jugement à l'horizon, il n'y a pas de bonne nouvelle du salut.
- La vraie repentance a deux visages : un profond désespoir et un immense espoir. Ninive prend au sérieux la colère de Dieu et sa clémence possible.
- Nous naissons plus Ninivites que Israélites. Notre configuration par défaut, c'est la rébellion contre Dieu, ce qui rend sa grâce d'autant plus glorieuse.
- Dieu pardonne quiconque vient à lui dans une vraie repentance. C'est la promesse centrale de la Bible et la bénédiction suprême pour les nations.
- Le jugement mérité est tombé sur Jésus. Ce que Ninive a entrevu de loin, tu peux le regarder en face à la croix.
Application personnelle
- Où en es-tu de ta propre repentance ? Est-elle un profond désespoir face à ta rébellion, doublé d'un immense espoir en la grâce de Dieu ?
- Y a-t-il, dans ta vie, une manière de « ramer » (de compter sur tes forces, tes performances, ta religiosité), au lieu de simplement crier à Dieu ?
- Comment parles-tu du jugement de Dieu autour de toi ? Est-ce que tu l'évites parce que c'est inconfortable, ou est-ce que tu le dis avec courage et avec l'annonce du pardon ?
- Quels sont tes « Ninivites » à toi, les personnes que tu aurais du mal à voir bénéficier de la grâce de Dieu ? Que dit cela de ton propre cœur ?
- Prends un moment de silence, et remets à Dieu les personnes de ton entourage (amis, famille, voisins, collègues, ennemis), qui ne le connaissent pas encore.
Versets cités
- Jonas 3 · texte principal, la seconde parole à Jonas et la repentance de Ninive
- Jonas 1 · la première parole, la fuite et le jugement pour Ninive
- Jonas 2 · la prière de Jonas au fond de la mer, « le salut appartient à l'Éternel »
- Psaume 51 · « Ô Dieu, tu ne dédaignes pas un cœur brisé et contrit »
- Actes 17 · Paul aux Athéniens, l'annonce du jugement par Jésus ressuscité
- Marc 1.14-15 · « Les temps sont accomplis, le royaume de Dieu est proche. Repentez-vous »
- Romains 5.6-10 · Christ est mort pour des impies alors que nous étions ennemis
FAQ
Pourquoi la prédication de Jonas n'est-elle qu'à moitié un modèle d'évangélisation ?
Parce que Jonas dit l'essentiel (le jugement arrive dans quarante jours), mais avec un cœur dur qui ne dit que la partie dure. Il ne parle pas encore explicitement de la clémence possible. Le prédicateur invite à comparer avec Paul à Athènes (Actes 17) : Paul prend beaucoup de temps pour rejoindre les Athéniens dans leur culture, en citant leurs poètes, avant d'annoncer le jugement par Jésus ressuscité. Prêcher fidèlement, c'est ne pas escamoter le jugement, mais ce n'est pas non plus s'y limiter.
Que veut dire « Dieu regretta le mal qu'il avait résolu de leur faire » ?
C'est une formule biblique consacrée qui exprime le mystère de la grâce : quand des personnes qui méritaient le jugement viennent à Dieu dans une vraie repentance, il ne les juge pas. Ce n'est pas que Dieu change d'avis comme un homme volage ; c'est que sa nature clémente répond au cœur brisé et contrit qui se tourne vers lui. Le prédicateur y voit « un regret plein de grâce », le regret du Dieu qui aime ses créatures rebelles et qui veut les sauver.
Comment est-ce que ce texte s'applique à moi si je ne suis pas encore chrétien ?
Précisément parce que tu es dans la situation exacte des Ninivites avant leur repentance : né ennemi de Dieu, exposé au jugement, mais aussi sous une clémence possible. La différence, c'est que toi, tu vois beaucoup plus loin qu'eux : tu sais que le jugement mérité par tous les hommes est déjà tombé sur Jésus à la croix. Il n'y a plus qu'à faire ce que Ninive a fait : reconnaître ta rébellion, crier à Dieu, et te tourner vers Christ. Dieu ne dédaigne pas un cœur brisé et contrit.
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