Qu'est-ce que la foi chrétienne ? Avec Henri Blocher

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Introduction

Pour inaugurer le podcast de l'Église du Tabernacle (Paris 18e), le pasteur Benjamin Short reçoit Henri Blocher, théologien évangélique de renommée internationale et membre de l'assemblée. Ensemble, ils reviennent aux fondamentaux : qu'est-ce que la foi chrétienne ? Blocher répond en distinguant croyance et confiance, en revenant au sens du mot « Christ », en résumant la foi avec les cinq affirmations de la Réforme, en expliquant pourquoi Jésus devait mourir, et en indiquant par où commencer une lecture de la Bible. Un entretien clair, pastoral et exigeant sur ce qui fait la foi chrétienne authentique.

Plan du message

1. La foi, ce n'est pas seulement croire : c'est croyance et confiance

  • Henri Blocher se méfie de l'expression « avoir la foi » : la foi n'est pas un objet qu'on possède, c'est l'acte de croire.
  • Cet acte comporte deux grandes composantes : la croyance, qui affirme qu'un message est vrai, et la confiance, qui engage tout l'être dans la direction de ce qu'on croit vrai.
  • La confiance ajoute une dimension existentielle et personnelle : la foi n'est pas une simple affaire intellectuelle.

2. La foi chrétienne : le Messie annoncé, c'est Jésus

  • Le mot « chrétien » vient de « Christ », équivalent grec du terme hébreu « Messie » : le roi que Dieu avait promis à Israël pour délivrer son peuple, délivrer l'humanité, instaurer un règne de paix et de justice, et recréer le monde.
  • La foi chrétienne consiste à confesser que ce Messie, c'est l'homme Jésus, dont on prononçait sans doute le nom Yeshua en hébreu il y a 2000 ans.
  • Il a vécu en terre d'Israël, a exercé un ministère bref mais marqué par la prédication et les miracles, et a été mis à mort par la coalition de la jalousie des chefs de son peuple et des autorités romaines qui redoutaient tout trouble.

3. Résumer la foi chrétienne en quelques phrases

  • Premier point : Jésus est le Messie envoyé par Dieu, qui accomplit les prophéties.
  • Deuxième point : cela n'a de sens que dans le cadre de la révélation que Dieu avait déjà donnée dans les siècles précédents, révélation qui affirme notamment l'unicité de Dieu. Il n'y a qu'un seul Dieu ; les prétentions du polythéisme sont illusoires.
  • Troisième point : l'homme, homme et femme, a besoin de salut. Il est aliéné, sans communion véritable avec le Dieu qui l'a créé. Seul Dieu peut apporter la solution, et il le fait par son envoyé Jésus le Christ.
  • Quatrième point : ceux qui sont ainsi sauvés, en mettant leur confiance en lui et en recevant le don qu'il propose, forment une communauté unie par un lien surnaturel : l'Église.

4. Les cinq affirmations de la Réforme (les cinq sola)

  • Sola scriptura, « par l'Écriture seule ». La Bible, l'Écriture sainte, est un ensemble d'écrits inspirés par l'Esprit de Dieu à travers des messagers, prophètes et prophétesses au sens large. C'est cette parole consignée que nous devons suivre pour voir clair au milieu des erreurs et des mensonges.
  • Sola fide, « par la foi seule ». Ce qui a été redécouvert au XVIe siècle : nous sommes tellement incapables de nous sauver par nous-mêmes, et Dieu est tellement généreux, que le salut est gratuit ; il suffit de le recevoir, avec la croyance mais aussi le mouvement du cœur qui se donne à Dieu.
  • Sola gratia, « par la grâce seule ». La grâce n'est pas un fluide, ni une chose : c'est la faveur divine, la bonté de Dieu qui se manifeste en acte pour nous donner la vraie vie avec lui, la paix, la joie.
  • Solus Christus, « Christ seul ». Le Christ est celui par qui cette grâce nous parvient ; il en est l'artisan, parce qu'il liquide le problème de notre aliénation loin de Dieu, ce que la Bible appelle le péché. C'est en mettant notre confiance en lui, en nous unissant à lui par l'adhésion du cœur, que nous recevons ce cadeau qu'il a rendu possible.
  • Soli Deo gloria, « à Dieu seul la gloire ». Puisque Dieu fait un cadeau absolument gratuit et opère tout par son envoyé Jésus, aucune part d'honneur ne peut nous revenir. Si nous sommes sauvés, ce n'est pas que nous ayons quelque chose de plus que les autres, c'est simplement que nous acceptons le cadeau qu'il nous fait.

5. Pourquoi Jésus devait-il mourir ?

  • Henri Blocher reconnaît que le sujet est sombre, mais que la vérité oblige à en accepter les angles les plus durs.
  • La Bible enseigne que le salaire du péché, c'est la mort. Si Jésus nous sauve par sa mort, c'est parce qu'il prend sur lui notre mort.
  • Il satisfait parfaitement toutes les exigences de la sainteté du Dieu unique, pour que nous puissions désormais avancer librement dans la foi.

6. Croire sans pratiquer : une inconséquence, pas une option

  • À la question « croyant mais pas pratiquant », Blocher répond que rester à une simple croyance est encore très superficiel.
  • Jean Calvin, le réformateur, parlait à ce sujet « d'idées qui voltigent dans le cerveau ».
  • La vraie foi est immédiatement une pratique. Blocher se souvient d'un cours du philosophe protestant Paul Ricœur, qui citait comme plaisanterie l'idée d'un fétichiste « non pratiquant » : le ridicule est évident, puisque le fétichisme est par définition une pratique. Il en va de même pour la foi.

7. Ce que la vraie foi produit en nous

  • Un grand soulagement, une libération : je suis libre du fardeau de culpabilité que mes actes avaient entraîné.
  • La possibilité de parler à Dieu comme à un ami (infiniment élevé, mais qui se penche vers moi), et la liberté de m'adresser à lui comme un enfant parle à son père.
  • La paix, la joie, et une relation nouvelle, renouvelée, avec les autres (hommes, femmes et enfants), avec qui nous vivons.

8. Par où commencer pour découvrir la foi chrétienne

  • Puisque tout part de sola scriptura, Blocher recommande de chercher la vérité dans la Bible elle-même, en commençant probablement par l'un des évangiles. Le mot « évangile » signifie « bonne nouvelle », préservé jusque dans l'arabe « Injil ».
  • Il recommande particulièrement l'Évangile selon Jean : son style est simple, il est signé par « le disciple que Jésus aimait », témoin oculaire proche de Jésus, qui a pris le temps de discerner la signification de la vie, de la mort et de la résurrection de son maître. C'est aussi l'Évangile le plus riche en profondeur théologique.
  • Blocher reprend le mot d'un Père de l'Église : dans l'Évangile de Jean, « les petits enfants et les petits agneaux peuvent se baigner à l'aise » et « les éléphants peuvent nager sans problème ». Il y en a pour tout le monde.
  • Pour ceux qui préfèrent commencer autrement : Matthieu insiste beaucoup sur les prophéties accomplies, Luc est riche en détails, Blocher rappelle que Luc était médecin et qu'on retrouve dans son évangile « l'œil du médecin ».

Points à retenir

  • La foi n'est pas seulement une croyance intellectuelle : c'est aussi une confiance qui engage tout l'être dans la direction de ce qu'on croit vrai.
  • « Chrétien » veut dire « du Christ », c'est-à-dire du Messie annoncé dans l'Ancien Testament et identifié en Jésus de Nazareth ; croire, c'est confesser que le Messie promis, c'est lui.
  • Les cinq sola résument la foi évangélique : par l'Écriture seule, par la foi seule, par la grâce seule, par le Christ seul, à Dieu seul la gloire.
  • Jésus devait mourir parce qu'il prend sur lui notre mort (le salaire du péché), et satisfait la sainteté du Dieu unique, pour que nous marchions désormais librement.
  • Croire sans pratiquer, c'est laisser « voltiger les idées dans le cerveau » (Calvin) : la vraie foi produit libération, paix, joie, et une prière filiale à Dieu comme à un Père.

Application personnelle

  1. Ta foi est-elle seulement une croyance intellectuelle, ou engage-t-elle aussi la confiance de tout ton être ? À quels endroits concrets cela se voit-il (ou pas), dans ta vie ?
  2. Sais-tu expliquer, avec tes propres mots, ce que veut dire « Christ » et pourquoi le fait que Jésus soit le Messie change tout pour toi ?
  3. Parmi les cinq sola, laquelle te touche le plus aujourd'hui, et laquelle te paraît la plus difficile à laisser transformer ta manière de vivre ?
  4. Quelle est ta réaction intérieure quand tu entends que « le salaire du péché, c'est la mort », et que Jésus a pris cette mort à ta place ? Soulagement, gêne, indifférence, résistance ?
  5. Si un ami te demandait ce soir par où commencer pour découvrir la foi chrétienne, saurais-tu lui indiquer l'Évangile de Jean et lui expliquer pourquoi ?

Versets cités

  • Romains 6:23 · « Le salaire du péché, c'est la mort. »
  • Romains 8:15 · L'Esprit d'adoption par lequel nous crions : « Abba, Père ! »
  • Deutéronome 6:4 · « L'Éternel notre Dieu est le seul Éternel. »
  • Éphésiens 2:8-9 · Sauvés par grâce, par la foi ; ce n'est pas de vous, c'est le don de Dieu.
  • Évangile selon Jean · Le disciple que Jésus aimait raconte la vie, la mort et la résurrection de son maître.

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Questions fréquentes

Quelle est la différence entre croyance et confiance dans la foi chrétienne ?

Henri Blocher distingue deux composantes de la foi. La croyance affirme qu'un message est vrai, c'est un contenu qu'on tient pour véridique. La confiance, elle, engage toute la personne dans la direction de ce qu'elle croit vrai : c'est une démarche existentielle qui donne à la croyance sa dimension personnelle. Les deux vont ensemble. Une croyance sans confiance reste, comme le disait Calvin, une idée qui voltige dans le cerveau ; une prétendue confiance sans croyance véritable manque de fondement.

Que veulent dire les cinq sola de la Réforme ?

Ces cinq affirmations latines résument la foi évangélique : sola scriptura (par l'Écriture seule), sola fide (par la foi seule), sola gratia (par la grâce seule), solus Christus (par le Christ seul) et soli Deo gloria (à Dieu seul la gloire). Elles affirment que la Bible est notre norme, que le salut est un don gratuit reçu par la foi, qu'il vient de la faveur de Dieu manifestée dans le Christ, et que tout l'honneur en revient à Dieu, pas à nous. Blocher précise que ces termes latins n'ont rien d'intellectuel : c'était simplement la langue commune du XVIe siècle.

Peut-on être « croyant mais pas pratiquant » ?

Pour Henri Blocher, la formule est une inconséquence. La vraie foi est immédiatement une pratique : elle libère du fardeau de la culpabilité, ouvre à la prière filiale, produit paix, joie et relations renouvelées. Rester à la simple croyance, c'est laisser « voltiger les idées dans le cerveau », selon la formule de Calvin. Blocher cite aussi la boutade de Paul Ricœur sur le « fétichiste non pratiquant » : le ridicule est immédiat, puisque le fétichisme est par définition une pratique. Il en va de même de la foi chrétienne : elle se vit, ou elle n'est pas vraiment reçue.

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