Qui peut tenir face au pharaon ? (Exode 5-6)

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Introduction : quand la foi rencontre un mur

Quentin est nouveau chrétien. Il luttait avec la dépression et l'anxiété, et il a enfin trouvé une joie qu'il ne connaissait pas en Jésus-Christ. Il s'attendait à ce que son chemin devienne plus paisible. Mais très vite, son choix de suivre Jésus lui a attiré des problèmes. Sa famille s'est opposée à sa décision, l'a harcelé. Certains de ses amis pensent qu'il a perdu la tête. Le voilà de nouveau en proie à la dépression et à l'anxiété, à cause des tensions que sa foi a créées dans ses relations. Il commence à se demander si, après tout, cela vaut vraiment la peine de suivre Jésus.

Juliette est chrétienne depuis longtemps, mais elle a l'impression de ne pas avancer. Les mêmes péchés reviennent, les mêmes mauvaises habitudes s'accrochent. Son patron est pénible. Elle n'est pas contente d'être célibataire. Elle se demande pourquoi Dieu n'a pas encore répondu à sa prière pour un mari. Des doutes remontent régulièrement : est-il vraiment là ? Est-il vraiment pour elle ?

Peut-être que tu te reconnais dans Quentin ou dans Juliette. Peut-être que tu traverses toi aussi une saison où les promesses de Dieu semblent lointaines, où l'ennemi paraît plus fort que Lui. C'est exactement le terrain d'Exode 5 et 6. Le peuple de Dieu souffre. Il commence à douter. Et Dieu, lui, ne se tait pas : il répète qui il est.

Le plan du texte

1. Face à un ennemi puissant et malin (Exode 5.1-23)

2. Dieu rappelle son identité et sa promesse (Exode 6.1-9)

3. Une promesse qu'il accomplira à travers ses messagers faibles (Exode 6.10-28)

1. Face à un ennemi puissant et malin (Exode 5)

Plein de confiance après avoir été bien reçus par les anciens des Israélites, Moïse et Aaron se rendent directement auprès du Pharaon. Ils auraient pu croire que ce serait aussi simple : quelques mots, et le Pharaon libère le peuple. Verset 1 : « Ainsi parle l'Éternel, le Dieu d'Israël : Laisse partir mon peuple. » On imagine le silence, l'attente. Et puis la réponse tombe, cinglante : « Qui est l'Éternel pour que je lui obéisse ? Je ne connais pas l'Éternel, aussi je ne laisserai point partir Israël. »

Moïse et Aaron se regardent. Ils essaient à nouveau, cette fois en reprenant exactement les mots que Dieu leur a donnés. Rien n'y fait. Le problème n'est pas dans la formulation. Le Pharaon ne connaît pas l'Éternel. C'est une question d'ignorance. S'il savait vraiment à qui il parle (le Créateur, le Dieu de l'univers), il ne répondrait pas ainsi. N'oublions pas que le Pharaon est sans doute le souverain le plus puissant du monde à cette époque. Pourquoi écouterait-il un vieux berger venu parler d'un Dieu qu'il ne connaît pas ? Pourquoi libérerait-il une force de travail de 600 000 hommes ? Cela n'a aucun sens pour lui. Le Pharaon a besoin de révélation.

Non seulement il refuse d'écouter, il commence à s'opposer avec puissance et avec ruse. Il ment sur Moïse et sur les Israélites. Il présente toute cette histoire comme un mensonge, une excuse pour échapper au travail. Verset 8 : « ce sont des paresseux. Voilà pourquoi ils crient : Allons offrir des sacrifices à notre Dieu. » Il blâme ses propres victimes. Puis il double la difficulté : les Israélites devront désormais ramasser eux-mêmes la paille, sans que la quantité de briques diminue. Le peuple souffre, physiquement. Les commissaires israélites se font frapper.

Ce conflit n'est pas d'abord politique. C'est un affrontement spirituel. Le Pharaon voit l'Éternel comme un rival. Au verset 1, Moïse parle « ainsi parle l'Éternel ». Au verset 10, les envoyés du Pharaon reprennent la même formule : « ainsi parle Pharaon. » Il se pose en anti-dieu. Et pour couronner sa stratégie, il crée la division. Le peuple se retourne contre Moïse et Aaron, comme si tout ce malheur venait d'eux. Verset 21 : « Que l'Éternel vous regarde et qu'il juge ! Vous nous avez rendus odieux au Pharaon et à ses serviteurs, vous avez mis une épée dans leurs mains pour nous tuer. »

Et Moïse craque à son tour. Il retourne vers l'Éternel et lui reproche presque le mal : « Seigneur, pourquoi as-tu fait du mal à ce peuple ? Pourquoi m'as-tu envoyé ? […] Tu n'as pas du tout délivré ton peuple. » Il doute que Dieu tienne sa promesse.

Ce récit met en lumière un schéma qui traverse la vie du peuple de Dieu. Quand les promesses tardent, quand la souffrance entre chez toi, quand tes ennemis semblent trop forts, tu commences à douter. Est-il vraiment bon ? Est-il vraiment capable de me sauver ? C'est particulièrement le cas des nouveaux croyants. Typiquement, les choses deviennent plus difficiles avant de s'améliorer. Tu décides de suivre Dieu pour être libéré de tes addictions, de ton égoïsme, de tes péchés, et tu découvres qu'il est bien plus difficile de quitter ton ancienne manière de vivre que tu ne le pensais. Tu te sens impuissant à te délivrer toi-même. La promesse semble tarder. Les autres se moquent.

Pourtant, cette opposition ne devrait pas nous surprendre. Dieu l'avait déjà annoncée. Exode 3.19 : « Je sais que le roi d'Égypte ne vous laissera pas aller, si ce n'est par une main puissante. » Exode 4.21 : « J'endurcirai son cœur, et il ne laissera point aller le peuple. » Et pour les chrétiens, le Nouveau Testament nous prévient de la même manière. 1 Pierre 4.12 : « Bien-aimés, ne soyez pas surpris, comme d'une chose étrange qui vous arrive, de la fournaise qui est au milieu de vous pour vous éprouver. » Jésus lui-même l'a dit à ses disciples : « S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi » (Jean 15.20). La promesse que ce sera dur est là. Mais on oublie vite. Nous avons besoin qu'on nous rappelle sans cesse la parole de Dieu.

2. Dieu rappelle son identité et sa promesse (Exode 6.1-9)

Face à cette crise, Moïse fait la bonne chose : il crie à Dieu. Il lui expose ses plaintes, ses doutes. Et Dieu, au lieu de le punir ou de l'abandonner, l'écoute. Le Pharaon n'écoute pas ; Dieu écoute. L'antidote au doute et au découragement, c'est de parler avec Dieu et de se rappeler qui il est.

Ce qui est frappant, c'est que Dieu ne donne aucune nouvelle révélation ici. Il répète, patiemment, ce qu'il a déjà dit. D'abord, il révèle qu'il a un projet dans cette souffrance. Exode 6.1 : « Tu verras maintenant ce que je vais faire au Pharaon ; une main puissante le forcera à les laisser aller, une main puissante le forcera à les chasser de son pays. » Dieu aurait pu écraser le Pharaon immédiatement. Mais il a un projet plus grand à travers ces difficultés.

Ensuite, il rappelle son nom. Verset 2 : « Moi, je suis l'Éternel. » C'est précisément la question que le Pharaon avait lancée : « Qui est l'Éternel ? Je ne le connais pas. » Dieu répond, non pas au Pharaon d'abord, mais à Moïse. « Je suis apparu à Abraham, à Isaac et à Jacob comme le Dieu tout-puissant, mais je n'ai pas été connu d'eux sous mon nom, l'Éternel. » Cela peut sembler étrange, puisque le nom apparaît déjà dans la Genèse. Mais ici, il ne s'agit pas de la première fois où le nom est prononcé, il s'agit du moment où Dieu se révèle pleinement comme celui qui accomplit son alliance. Le nom « l'Éternel » (en hébreu, lié au verbe « je suis »), désigne l'Être en dehors du temps et de l'espace, la source de tout ce qui existe. On ne peut pas le définir par sa création, puisqu'il la dépasse. Mais ce Dieu transcendant veut se faire connaître : il emprunte notre langage, il s'abaisse, il agit dans l'histoire.

Et l'histoire qu'il vient accomplir est celle de son alliance. Exode 6.6-8 déploie une cascade de promesses au futur, toutes à la première personne : « Je vous affranchirai des travaux dont vous chargent les Égyptiens. Je vous délivrerai de leur servitude, et je vous sauverai à bras étendu et par de grands jugements. Je vous prendrai pour mon peuple, je serai votre Dieu, et vous saurez que c'est moi, l'Éternel, votre Dieu. Je vous ferai entrer dans le pays que j'ai juré de donner à Abraham, à Isaac et à Jacob ; je vous le donnerai en possession, moi, l'Éternel. » Sept verbes au futur, sept « je » divins. Face à l'impuissance totale des Israélites, Dieu déclare qu'il fera tout, unilatéralement. Il n'est pas seulement le Dieu tout-puissant ; il est le Dieu fidèle qui utilise sa puissance non pour se servir lui-même, comme le Pharaon, mais pour tenir sa parole envers son peuple.

Et la réaction ? Verset 9 : « Ainsi parla Moïse aux enfants d'Israël. Mais l'angoisse et la dure servitude les empêchèrent d'écouter Moïse. » Croire que Dieu va agir au milieu de notre souffrance, quand nos ennemis semblent plus grands que nous, c'est difficile. Peut-être que tu te reconnais dans cette incrédulité. La parole de Dieu semble impossible, incohérente avec ta réalité. Tu commences à te dire que ce sont peut-être juste de belles histoires. Une jolie histoire, mais sans vraie solution pour un monde où les méchants gagnent, où l'injustice règne, où les relations se brisent. Et à l'intérieur, ta propre nature pécheresse t'accable et tu te demandes si tu seras vraiment libéré un jour.

Face à cela, Dieu ne dit pas : « Lutte plus fort. » Il ne propose pas une nouvelle stratégie. Il dit : « Tu verras. Rappelle-toi ce que j'ai déjà fait. Souviens-toi de ce que j'ai dit. Et regarde comment j'agirai. »

3. Une promesse accomplie à travers des messagers faibles (Exode 6.10-28)

Dieu répète son ordre à Moïse : « Va, parle au Pharaon, roi d'Égypte, pour qu'il laisse aller les enfants d'Israël hors de son pays. » Et Moïse, un peu décevant, réplique : « Voici, les enfants d'Israël ne m'ont point écouté ; comment le Pharaon m'écouterait-il, moi qui n'ai pas la parole facile ? » Il ressort la même excuse qu'au buisson ardent. Moïse est vieux, 80 ans. Il souffrait probablement d'un trouble de la parole. Voilà le héros du livre de l'Exode : un vieil homme fragile, plein de doutes. C'est lui que Dieu a choisi.

C'est presque un peu drôle. On arrive à un climax : le peuple souffre, le Pharaon gagne, la foi du héros vacille. Que va-t-il se passer ? Et là, comme une pause publicitaire, le texte s'interrompt avec une généalogie (versets 14-27). Pourquoi ? Elle rappelle plusieurs choses essentielles.

D'abord, elle nous montre que l'Exode est de l'histoire, pas du mythe. La généalogie trace une ligne de Ruben, le premier-né d'Israël, jusqu'à Phinées, personnage bien connu du livre des Juges, contemporain de l'auditoire d'origine. L'auteur ancre le récit dans la vraie histoire. Ce sont des événements qui ont eu lieu, avec un peuple réel. C'est pourquoi la généalogie se conclut avec la répétition solennelle du verset 26-27 : « Ce sont ces Aaron et ce Moïse […]. Ce sont eux qui parlèrent au Pharaon, roi d'Égypte, pour faire sortir d'Égypte les enfants d'Israël. »

Ensuite, elle rappelle la nature imparfaite du peuple de Dieu. Dieu ne les sauve pas parce qu'ils sont exemplaires. En lisant la liste, on se souvient tout de suite des ratés. Verset 14, Ruben : connu pour avoir couché avec la concubine de son père. Verset 15, Siméon : connu pour avoir trompé et massacré les habitants de Sichem. Le même verset mentionne « Saül, fils de la Cananéenne », un mariage interdit par la loi de Dieu. Et ce ne sont que les deux premiers versets. Moïse et Aaron sont réels, historiques, faibles, et ils font partie d'un peuple imparfait. Ce sont eux, pourtant, à qui Dieu a parlé, et eux que Dieu a envoyés.

Après cette pause, le récit reprend et Moïse persiste dans son excuse. Versets 29-30 : « Je suis l'Éternel. Dis au Pharaon, roi d'Égypte, tout ce que je te dis. Et Moïse répondit en présence de l'Éternel : Voici, je n'ai pas la parole facile ; comment le Pharaon m'écouterait-il ? » Le message est clair : Dieu accomplit son projet à travers des messagers faibles.

C'est un schéma qui traverse toute la Bible et qui trouve son sommet en Jésus. Jésus de Nazareth : un homme qui, aux yeux du monde, semblait faible, insignifiant, et qui est pourtant le Fils de Dieu, le prophète plus grand que Moïse. Au début de son ministère, il ouvre le rouleau d'Ésaïe et lit : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres ; il m'a envoyé pour proclamer aux captifs la délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour renvoyer libres les opprimés, pour publier une année de grâce du Seigneur. » Puis il dit : « Aujourd'hui, cette parole de l'Écriture est accomplie. » Jésus est le meilleur Moïse : il n'a pas fui sa mission, il a annoncé fidèlement le message de Dieu face aux puissances du monde. Et Paul écrit : « Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes, […] afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu » (1 Corinthiens 1.27-29). Dieu aime travailler à travers ce qui semble faible, pour que chacun reconnaisse que c'est l'Éternel qui affranchit. À lui seul revient la gloire.

Il se peut que Dieu semble tarder à accomplir ses promesses. Tu peux lui faire confiance : il agit pour ton bien et pour sa gloire. Il tient sa parole.

Points à retenir

  • Le doute apparaît quand la souffrance dure et que la promesse tarde. Ce n'est pas nouveau : c'est le schéma récurrent du peuple de Dieu.
  • L'antidote au doute n'est pas plus d'effort, mais plus de révélation. Il faut réentendre qui est Dieu, ce qu'il a fait, ce qu'il a promis.
  • Le nom « l'Éternel » est le nom du Dieu qui garde son alliance. Sa puissance est au service de sa fidélité.
  • Dieu accomplit ses projets à travers des messagers faibles, pour que la gloire lui revienne, à lui seul.
  • Jésus est le meilleur Moïse : il n'a pas fui sa mission, et il apporte la vraie délivrance.

Application personnelle

  • Quand tu doutes, où vas-tu chercher des réponses en premier, ta capacité, tes stratégies, ou la parole de Dieu ?
  • Peux-tu nommer trois promesses concrètes que Dieu a déjà tenues dans ta vie ? Les rappeler régulièrement, est-ce un réflexe pour toi ?
  • Y a-t-il une souffrance actuelle qui te pousse à croire que Dieu est absent ou contre toi ? Que dit le texte à ce sujet ?
  • Te sens-tu trop « aux lèvres malhabiles » pour parler de Jésus autour de toi ? Comment cette histoire de Moïse te libère-t-elle ?
  • Si tu n'es pas encore chrétien, es-tu prêt à ouvrir un évangile (celui de Jean, par exemple), et à laisser Jésus parler de lui-même ?

Versets cités

FAQ

Pourquoi la vie chrétienne devient-elle parfois plus difficile après avoir choisi de suivre Jésus ?

Parce que Dieu ne nous promet pas une vie sans opposition, mais une vie avec lui au milieu de l'opposition. Le texte d'Exode 5 et 6 le montre : l'annonce de la délivrance déclenche d'abord l'hostilité du Pharaon. Dieu l'avait prévenu Moïse en Exode 3.19 et 4.21. Jésus a fait la même mise en garde à ses disciples (Jean 15.20), et Pierre nous invite à ne pas être surpris par « la fournaise » (1 Pierre 4.12). L'opposition n'est pas le signe que Dieu a manqué à sa parole, elle fait partie du chemin.

Que signifie exactement « Je suis l'Éternel » en Exode 6.2 ?

Le nom « l'Éternel » vient d'une racine hébraïque liée au verbe « être ». C'est une manière de dire qu'il est en dehors du temps et de l'espace, source de tout ce qui existe. Mais dans le contexte d'Exode 6, ce nom est surtout associé à l'alliance : c'est le nom du Dieu qui se souvient de ses promesses et qui les accomplit. Quand Dieu dit « Je suis l'Éternel », il ne fait pas seulement une déclaration métaphysique ; il rappelle qu'il est le Dieu fidèle qui va tenir parole envers son peuple.

Comment lutter contre le doute quand Dieu semble tarder ?

Le texte donne une réponse claire : par la révélation, pas par l'effort. Dieu ne dit pas à Moïse de « croire plus fort ». Il lui rappelle qui il est, ce qu'il a déjà fait, et ce qu'il va faire. Concrètement, cela veut dire retourner à la Bible pour réentendre sa parole, se souvenir des promesses tenues (dans l'Écriture et dans ta propre vie), et lui parler franchement de tes doutes, comme Moïse l'a fait. Dieu écoute, même quand le Pharaon n'écoute pas.

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