Introduction
Est-ce que tu t'es déjà senti vraiment chez toi quelque part ? Confortable, au repos, à ta place ? Silas ouvre sa prédication sur Luc 15 avec cette question franche, et sa réponse est nette : non. Malgré nos efforts pour construire ce chez-nous auquel on aspire, on échoue toujours. On n'est jamais tout à fait satisfait de notre appartement parisien : il faudrait un peu plus de hauteur sous plafond, une vue un peu plus dégagée. Quand on vit seul, le confort devient vite une prison de solitude. Quand on cohabite, ça devient laborieux. Nos familles sont souvent le nid des frictions les plus vives. Et même nos corps (ces maisons de nos âmes sur cette terre), nous rappellent notre fragilité : la maladie, la fatigue, l'âge qui rattrape.
Si on n'arrive pas à trouver ce sentiment du chez-soi sur cette terre, la Bible nous enseigne qu'il y a une raison à ce malaise. Au commencement, Adam et Ève se sont laissés tenter par Satan qui prétendait qu'ils seraient comme Dieu s'ils mangeaient du fruit de la connaissance du bien et du mal (Genèse 3). Depuis, toute l'humanité fait le même choix : s'éloigner de Dieu, faire ce qui nous plaît quand ça nous plaît. Et ça, c'est le cœur du péché. On construit nos vies avec nos propres plans, nos propres forces, nos propres valeurs, et ça ne marche pas. Notre malaise persiste, il pourrit notre relation avec nous-même et avec les autres.
Pourtant, Dieu continue de nous chercher. Et Jésus, au chapitre 15 de Luc, prononce trois paraboles pour montrer combien il se réjouit de pouvoir nous sauver. La plus célèbre des trois, celle du fils prodigue, étend une invitation directe : rentre à la maison. Le Père est là pour t'accueillir les bras grand ouverts. Et Silas nous donne trois raisons pour lesquelles cette invitation est irrésistible.
Plan du message
1. Sa bonté attire (Luc 15.11-19)
- Tout commence par l'illustration frappante du péché qui a inspiré le nom même de la parabole. Le fils cadet prend une série de décisions que l'on pourrait charitablement qualifier de malavisées. Il demande son héritage, ce qui, dans la culture juive de l'époque, revient à souhaiter la mort de son père (Luc 15.12).
- Puis il part dans un pays lointain. Loin de son père, loin du peuple hébreu, loin du temple à Jérusalem qui est le centre de la vie religieuse juive. Il dissipe sa fortune en vivant dans la débauche, si bien qu'il doit se lier à un habitant du pays comme serviteur pour garder les pourceaux, ce qui viole ouvertement la loi de Dieu.
- Toutes ces décisions sont des symptômes du péché. Il méprise son père, il renonce à sa dignité de fils, il cherche la liberté de suivre les passions les plus folles loin du Père. On reconnaît ce même péché qui accable toute l'humanité, et on en reconnaît aussi les conséquences.
- Il a cherché la liberté : il est devenu serviteur. Il a cherché l'abondance : il rêve maintenant de manger la nourriture des cochons, ce qui est particulièrement humiliant pour un juif. Il a cherché l'indépendance : il n'a trouvé que la solitude, personne ne s'occupe assez de lui pour voir qu'il a besoin de manger. C'est le trou qu'il s'est creusé lui-même.
- Et au milieu de ce chaos, le souvenir de la bonté du père lui revient. Silas prend une image très parlante : c'est un peu comme la saison d'hiver dans laquelle nous allons bientôt entrer, avec ses semaines grises et froides. Et au milieu de ces semaines-là, on se souvient de la chaleur du soleil sur notre visage, des couleurs d'un coucher. C'est magnifique. C'est avec cette même douceur que le souvenir de la bonté du père revient au fils prodigue.
- Ce souvenir le convainc de son égoïsme. Il contraste immensément avec la déroute où l'a mené son péché. Et cette bonté change le cours de sa vie en produisant la vraie repentance. Au verset 18 : « Père, j'ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d'être appelé ton fils. Traite-moi comme l'un de tes employés. »
- La vraie repentance, c'est d'abord reconnaître notre péché envers Dieu et envers les autres. C'est ensuite reconnaître notre besoin de suivre Dieu, le fils prodigue admet qu'il est dépendant de son père. Et c'est enfin reconnaître qu'on ne peut rien apporter à Dieu qui puisse nous justifier. Le fils ne se présente pas avec des excuses ou un plan de remboursement. Il vient les mains vides.
- Au début du chapitre 15 (v.1), on lit que « les péagers et les pêcheurs s'approchaient de Jésus pour l'entendre ». Les péagers, ce sont les collaborateurs de l'envahisseur romain. Les pêcheurs, plus largement, les gens qui ne respectent pas la loi juive. Ils se seraient sans doute reconnus dans le personnage du fils prodigue, dans son péché comme dans sa repentance. S'ils venaient à Jésus pour l'écouter, c'est qu'ils avaient déjà fait ce chemin de repentance dans leur cœur.
- Peut-être que toi aussi, tu entends la bonté du Père t'appeler ce matin. C'est un remarquable exemple de vraie repentance pour t'inspirer. La juste réponse à cette voix du Père, c'est cette attitude-là : reconnaître, admettre, venir sans excuse.
2. Sa miséricorde restaure (Luc 15.20-24)
- Le cadet tient bon sa résolution. Il se lève, il revient au Père. Et Jésus nous donne alors peut-être l'une des plus célèbres, des plus belles et des plus émotionnelles scènes de retrouvailles jamais écrites.
- D'abord, le père guette la venue de son fils qui était parti depuis longtemps. Il l'attend encore. Puis il est ému de compassion lorsqu'il le voit, pas en colère, ému de compassion (Luc 15.20).
- Ensuite, le père court le retrouver. Et pour un homme âgé dans cette culture, courir est particulièrement humiliant : pour courir, il a besoin de soulever sa tunique, d'exposer ses jambes, de risquer de trébucher sur son vêtement. Et pourtant, le père le fait pour voir son fils au plus vite.
- Lorsqu'il le retrouve, il le prend dans ses bras et l'embrasse, alors que sans doute ce fils puait, étant donné qu'il était avec les cochons juste auparavant.
- Enfin, le père coupe le mot de repentance de son fils avant même qu'il puisse terminer, pour acter la restauration. « Apportez vite la plus belle robe et mettez-la lui. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales pour ses pieds. Amenez le veau gras et tuez-le. Mangeons et réjouissons-nous. » (Luc 15.22-23)
- Quelle miséricorde. Et quelle restauration impressionnante. Dieu veut déverser sa grâce sur les repentis authentiques et leur redonner une dignité, la dignité que nous avions délaissée en tant que fils.
- Le point culminant de la scène se trouve au verset 24, dans cette phrase du père : « Car mon fils que voici était mort, il est revenu à la vie. Il était perdu et il est retrouvé. »
- Cette phrase en dit long sur la gravité du péché. Ce n'est pas une plaisanterie. Baigner dans le péché loin du Père, c'est la mort. Et la grâce du Père qui restaure la dignité de son fils, c'est aussi puissant que la résurrection. Cette puissance de Dieu pour la restauration sera aussi manifestée en Jésus lui-même, qui prononce cette parabole un peu avant sa propre mort et sa propre résurrection.
- Pour les péagers et les pêcheurs qui écoutaient Jésus, cette phrase devait leur arracher des larmes et un sourire. C'était l'assurance que Dieu les acceptait avec autant de joie que ce fils prodigue. Et si nous venons à Dieu avec une repentance authentique, on sait que Dieu nous restaure et nous rend comme ses enfants.
3. Son amour appelle (Luc 15.25-32)
- Il y a un changement dramatique d'ambiance. Alors que tout le reste de la parabole se déroulait au milieu de l'action, ici on est en marge de la fête. L'aîné revient des champs, entend la musique, s'informe de ce qui se passe, en restant loin (v.25-27). Et on se rend déjà compte qu'il est loin de son père, physiquement autant qu'intérieurement.
- C'est confirmé par sa colère qui éclate aux versets 29-30. C'est une réaction très humaine, que nos cœurs très humains comprennent quelque part. Ça semble presque injuste au premier abord. Mais cette réaction montre combien le cœur de ce fils aîné est orgueilleux.
- Il n'est pas si différent de son frère cadet. D'abord, il contribue lui aussi à semer la division dans sa famille, par sa colère, par sa distance, et par sa condescendance envers son frère. Au verset 30, il l'appelle « ton fils » (refusant sa proximité avec lui), et il le déshumanise en disant qu'il « a dévoré ton bien ».
- Ensuite, on peut voir qu'il semble considérer son père comme quelqu'un à qui il devrait rendre des comptes. C'est une relation très transactionnelle. Il ne voit pas son père comme son père : il le voit plutôt comme un portefeuille, tout comme son frère au début de la parabole. C'est pour ça qu'il lui demande un chevreau (v.29).
- Il y a une différence cruciale entre l'aîné et son frère cadet : l'aîné, lui, ne se repent pas. Il ne voit même pas qu'il a besoin de se repentir. « Jamais je n'ai désobéi à tes ordres », dit-il (v.29). Mais fait-il vraiment la volonté du Père en l'obligeant à sortir pour l'inviter à rejoindre la fête ?
- Ces œuvres pour le Père sont bonnes en soi. Mais c'est tout simplement ce qui était attendu d'un fils respectueux et fidèle envers ses parents. Silas prend une image : c'est un peu comme si un époux cherchait à se faire valoir auprès de son épouse parce qu'il est resté fidèle. C'est une bonne chose, mais c'est aussi l'attendu étant donné l'engagement du mariage.
- Contrairement au cadet, ce fils aîné vient les mains pleines d'exigence au père. Il a besoin de se repentir comme son frère l'avait fait. Il a besoin de lâcher l'idée que ses efforts et ses bonnes œuvres pourraient le justifier. Mais son cœur est dur. Il semble aveugle au miracle de la grâce de son père.
- C'est peut-être pour ça que la réponse du père est remplie de tendresse pour lui faire comprendre ce qui lui manque. Et c'est peut-être aussi pour ça que le père répète la même phrase qu'à son cadet, au verset 32 : « Car ton frère que voici était mort et il est revenu à la vie. Il était perdu et il est retrouvé. »
- Mais cette fois-ci, la phrase résonne dans le vide. C'est la fin de la parabole. On n'a pas, comme au verset 4, la mention « ils commencèrent à se réjouir ». On ne sait pas. La réponse de l'aîné est laissée en suspens. Va-t-il voir le miracle de la grâce de son père et se repentir ? Ou va-t-il rester ferme dans son orgueil ?
- Si on regarde au verset 2 de ce même chapitre 15, Jésus s'adresse aussi aux pharisiens qui méprisaient les péagers et les pêcheurs qui l'écoutaient. Les pharisiens se seraient rendus compte que le personnage de l'aîné leur était adressé. Jésus les appelle à comprendre que leurs efforts à respecter la loi ne sont pas suffisants pour être justes devant Dieu. Même s'ils refusent de le voir, ils sont tout aussi pêcheurs que les pêcheurs qu'ils méprisent.
- L'invitation à venir à la maison, elle est lancée là, en suspens, comme cette parabole. Si c'est une invitation que tu n'as pas encore acceptée, qu'est-ce qui t'en empêche ? Est-ce que tu penses que tu n'as pas besoin de la grâce ? Jésus dit que si. Est-ce que tu penses que ton péché est trop grand pour être pardonné ? Jésus dit que non. Les bras du Père sont grand ouverts. Entre pour voir combien il est bon.
Points à retenir
- Notre soif d'un vrai chez-nous ne peut être comblée qu'auprès de Dieu. Tant qu'on construit avec nos propres plans, on échoue toujours.
- La vraie repentance a trois éléments : reconnaître son péché envers Dieu et les autres, admettre notre besoin de dépendre de Dieu, accepter qu'on ne peut rien apporter pour se justifier.
- Le Père court à ta rencontre. Il ne t'attend pas à la porte à distance. Il court, il t'embrasse alors que tu pues encore, il coupe même le mot de tes excuses pour acter ta restauration.
- Le fils aîné, c'est celui qui reste à la maison mais qui ne se repent pas. Ses œuvres ne le justifient pas. Il a autant besoin de la grâce que son frère parti au loin.
- La parabole reste ouverte pour l'aîné. C'est à toi, aujourd'hui, de répondre à l'invitation.
Application personnelle
- Où en es-tu de ta soif d'un vrai chez-toi ? Est-ce que tu la remplis avec des projets, des relations, des lieux, ou est-ce que tu la remets au Père ?
- Peux-tu formuler à haute voix aujourd'hui, comme le cadet : « Père, j'ai péché contre le ciel et envers toi » ? Sans plan de remboursement, sans excuse préparée.
- Est-ce que tu te reconnais plutôt dans le cadet (parti loin, mode débauche ou mode chaos personnel) ou dans l'aîné (resté à la maison, mais orgueilleux et rancunier) ? Les deux ont besoin de rentrer.
- Est-ce qu'il y a une personne dans ton entourage que tu considères, comme le frère aîné, « trop loin » pour être atteinte par la grâce de Dieu ? Que va changer cette prédication dans ta manière de la regarder ?
- Si tu es déjà entré dans la maison du Père, comment est-ce que tu accueilles les nouveaux frères et sœurs ? Avec autant de joie que Dieu t'a accueilli ?
Versets cités
- Luc 15.11-32 · la parabole du fils prodigue et du frère aîné
- Luc 15.1-2 · les péagers et les pêcheurs qui viennent écouter Jésus, les pharisiens qui murmurent
- Luc 15.17-19 · « Rentré en lui-même, il se dit… »
- Luc 15.20 · le père ému de compassion qui court
- Luc 15.22-24 · la robe, la bague, les sandales, le veau gras : la restauration
- Luc 15.32 · « Ton frère que voici était mort et il est revenu à la vie »
- Genèse 3 · Adam et Ève tentés par le serpent
- Luc 14 · les pharisiens qui pensent mériter la première place, les foules qui suivent Jésus sans renoncer à leurs ressources
Questions fréquentes
Que veut dire concrètement « rentrer à la maison » quand on parle de Dieu ?
Rentrer à la maison, c'est revenir vers le Père après avoir construit sa vie avec ses propres plans, ses propres forces, ses propres valeurs. C'est reconnaître que notre malaise, notre soif d'un vrai chez-soi ne peut être comblée qu'auprès de Dieu. Le fils prodigue rentre en lui-même (Luc 15.17), reconnaît son péché envers Dieu et envers son père, admet qu'il ne peut rien apporter pour se justifier, et se met en route vers son père. C'est cela la vraie repentance : pas un plan de remboursement, pas une liste de bonnes résolutions, mais un cœur qui admet et qui revient les mains vides.
Pourquoi le père court-il vers son fils dans la parabole ?
Dans la culture juive du 1er siècle, un homme âgé qui court en public est humilié : il doit soulever sa tunique, exposer ses jambes, prendre le risque de trébucher. Et pourtant le père court. Il ne reste pas à la porte à attendre. Il ne demande pas d'explication. Il ne remet pas la scène à plus tard. Il court, il embrasse un fils qui pue encore la porcherie, il coupe même le mot de repentance pour acter la restauration en donnant robe, bague et sandales. Voilà l'image que Jésus donne du Père : ce n'est pas un juge distant qui attend tes excuses, c'est un père humilié par sa hâte de te retrouver.
Le fils aîné, c'est qui aujourd'hui ?
Le fils aîné, c'est celui qui reste à la maison mais qui ne se repent pas. Il croit mériter sa place par ses efforts, il voit son père comme un portefeuille, il déshumanise son frère. Jésus s'adresse ici aux pharisiens de son temps (Luc 15.2) et à tous ceux qui pensent que leurs bonnes œuvres suffisent devant Dieu. La parabole se termine sur une question ouverte : va-t-il rentrer à la fête ? Silas laisse la réponse à chacun : peut-être que le fils aîné, aujourd'hui, c'est toi, le chrétien fidèle qui a besoin, autant que le cadet parti au loin, de la grâce seule pour tenir debout devant le Père.
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