La Bible — Louis Segond 1910

Luc 14

En bref

Luc 14 se déroule d'abord à table, chez un chef des pharisiens, un jour de sabbat. Jésus y guérit un malade, conseille de prendre la dernière place, invite à recevoir ceux qui ne peuvent rien rendre, puis raconte la parabole du grand souper où les invités s'excusent. Il se tourne ensuite vers les foules et pose le prix du disciple : le préférer à tout, porter sa croix, compter ses forces. Le chapitre mêle l'invitation gratuite de Dieu et l'appel sérieux à le suivre.

Le chapitre en 5 parties

  1. v. 1-6Un jour de sabbat, Jésus guérit un homme devant les pharisiens
  2. v. 7-14La dernière place et la table ouverte à ceux qui ne peuvent rien rendre
  3. v. 15-24La parabole du grand souper : les invités s'excusent
  4. v. 25-33Le coût du disciple : préférer Jésus, porter sa croix, bien calculer
  5. v. 34-35Le sel qui perd sa saveur

1Jésus étant entré, un jour de sabbat, dans la maison de l'un des chefs des pharisiens, pour prendre un repas, les pharisiens l'observaient.

2Et voici, un homme hydropique était devant lui.

3Jésus prit la parole, et dit aux docteurs de la loi et aux pharisiens: Est-il permis, ou non, de faire une guérison le jour du sabbat?

4Ils gardèrent le silence. Alors Jésus avança la main sur cet homme, le guérit, et le renvoya.

5Puis il leur dit: Lequel de vous, si son fils ou son boeuf tombe dans un puits, ne l'en retirera pas aussitôt, le jour du sabbat?

6Et ils ne purent rien répondre à cela.

7Il adressa ensuite une parabole aux conviés, en voyant qu'ils choisissaient les premières places; et il leur dit:

8Lorsque tu seras invité par quelqu'un à des noces, ne te mets pas à la première place, de peur qu'il n'y ait parmi les invités une personne plus considérable que toi,

9et que celui qui vous a invités l'un et l'autre ne vienne te dire: Cède la place à cette personne-là. Tu aurais alors la honte d'aller occuper la dernière place.

10Mais, lorsque tu seras invité, va te mettre à la dernière place, afin que, quand celui qui t'a invité viendra, il te dise: Mon ami, monte plus haut. Alors cela te fera honneur devant tous ceux qui seront à table avec toi.

11Car quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé.

12Il dit aussi à celui qui l'avait invité: Lorsque tu donnes à dîner ou à souper, n'invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni des voisins riches, de peur qu'ils ne t'invitent à leur tour et qu'on ne te rende la pareille.

13Mais, lorsque tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles.

14Et tu seras heureux de ce qu'ils ne peuvent pas te rendre la pareille; car elle te sera rendue à la résurrection des justes.

15Un de ceux qui étaient à table, après avoir entendu ces paroles, dit à Jésus: Heureux celui qui prendra son repas dans le royaume de Dieu!

16Et Jésus lui répondit: Un homme donna un grand souper, et il invita beaucoup de gens.

17A l'heure du souper, il envoya son serviteur dire aux conviés: Venez, car tout est déjà prêt.

18Mais tous unanimement se mirent à s'excuser. Le premier lui dit: J'ai acheté un champ, et je suis obligé d'aller le voir; excuse-moi, je te prie.

19Un autre dit: J'ai acheté cinq paires de boeufs, et je vais les essayer; excuse-moi, je te prie.

20Un autre dit: Je viens de me marier, et c'est pourquoi je ne puis aller.

21Le serviteur, de retour, rapporta ces choses à son maître. Alors le maître de la maison irrité dit à son serviteur: Va promptement dans les places et dans les rues de la ville, et amène ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux.

22Le serviteur dit: Maître, ce que tu as ordonné a été fait, et il y a encore de la place.

23Et le maître dit au serviteur: Va dans les chemins et le long des haies, et ceux que tu trouveras, contrains-les d'entrer, afin que ma maison soit remplie.

24Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon souper.

25De grandes foules faisaient route avec Jésus. Il se retourna, et leur dit:

26Si quelqu'un vient à moi, et s'il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, et ses soeurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple.

27Et quiconque ne porte pas sa croix, et ne me suit pas, ne peut être mon disciple.

28Car, lequel de vous, s'il veut bâtir une tour, ne s'assied d'abord pour calculer la dépense et voir s'il a de quoi la terminer,

29de peur qu'après avoir posé les fondements, il ne puisse l'achever, et que tous ceux qui le verront ne se mettent à le railler,

30en disant: Cet homme a commencé à bâtir, et il n'a pu achever?

31Ou quel roi, s'il va faire la guerre à un autre roi, ne s'assied d'abord pour examiner s'il peut, avec dix mille hommes, marcher à la rencontre de celui qui vient l'attaquer avec vingt mille?

32S'il ne le peut, tandis que cet autre roi est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander la paix.

33Ainsi donc, quiconque d'entre vous ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne peut être mon disciple.

34Le sel est une bonne chose; mais si le sel perd sa saveur, avec quoi l'assaisonnera-t-on?

35Il n'est bon ni pour la terre, ni pour le fumier; on le jette dehors. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.

Versets clés

Verset 11
Car quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé.

La règle de la table devient une règle du Royaume : on n'y entre pas en se hissant mais en reconnaissant qu'on n'a aucun droit à la place. La phrase revient ailleurs dans l'évangile de Luc, à propos du pharisien et du publicain.

Verset 13-14
Mais, lorsque tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles. Et tu seras heureux de ce qu'ils ne peuvent pas te rendre la pareille; car elle te sera rendue à la résurrection des justes.

Jésus invite son hôte à passer de la logique du retour à celle du don. Il ne condamne pas l'amitié ou la famille : il demande ce qui motive nos invitations, et promet que Dieu n'oublie pas ce qui est donné sans retour.

Verset 23
Et le maître dit au serviteur: Va dans les chemins et le long des haies, et ceux que tu trouveras, contrains-les d'entrer, afin que ma maison soit remplie.

Le maître veut sa maison remplie. Après le refus des premiers invités, l'invitation s'élargit aux pauvres, puis à ceux des chemins et des haies. La parabole montre un Dieu qui insiste pour que sa table soit pleine.

Verset 26-27
Si quelqu'un vient à moi, et s'il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, et ses soeurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Et quiconque ne porte pas sa croix, et ne me suit pas, ne peut être mon disciple.

Le verbe « haïr » est une façon sémitique de dire préférer radicalement, pas de mépriser sa famille. Jésus demande qu'aucune personne ni aucune chose ne passe avant lui. Dans le monde romain, porter sa croix était la marche d'un condamné.

Verset 33
Ainsi donc, quiconque d'entre vous ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne peut être mon disciple.

La conclusion des deux petites paraboles de la tour et du roi : renoncer à ce qu'on possède pour devenir disciple. Les prédications y lisent l'abandon de tout appui sur soi-même, plus qu'une simple privation de biens.

Prier pour cette situation

Ce qu'en disent les prédications

Questions fréquentes sur Luc 14

Que signifie haïr son père et sa mère en Luc 14:26 ?

Jésus n'ordonne pas de détester sa famille. Le verbe est une manière sémitique d'exprimer une préférence : aimer moins en comparaison de lui. Le sens est que personne ni rien ne doit passer avant Jésus quand il faut choisir. Un disciple qui le place au centre ne méprise pas ses proches, il peut même les aimer mieux.

Quel est le sens de la parabole du grand banquet ?

Un homme prépare un grand souper et les invités s'excusent tour à tour : un champ, des bœufs, un mariage. Jésus montre que l'invitation de Dieu est gratuite, mais qu'on peut la refuser pour des raisons qui semblent légitimes. Le maître ouvre alors sa table aux pauvres et aux inconnus : personne n'est exclu d'avance.

Que veut dire porter sa croix aujourd'hui ?

Au premier siècle, celui qui portait sa croix allait vers son exécution. Jésus demande donc de mourir à son orgueil, à sa réputation et à son autosuffisance pour le suivre. Ce n'est pas seulement supporter une épreuve, c'est une marche quotidienne derrière lui, qui est allé le premier jusqu'au bout de la croix.

Pourquoi Jésus parle-t-il d'une tour et d'un roi qui part en guerre ?

Les deux images demandent de s'asseoir et de calculer avant de s'engager. On les lit souvent comme un test de ses propres forces. Un prédicateur y voit au contraire un aveu d'impuissance : on n'a pas de quoi bâtir ni vaincre seul, et c'est pourquoi on s'appuie sur Jésus.

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Traduction Louis Segond 1910 — domaine public.