Introduction
« Qu'est-ce qui me rend reconnaissant dans ma vie ? » C'est la question que Carin Dernulf pose à l'Immanuelskyrkan de Stockholm, le jour que l'année liturgique appelle le jour d'action de grâce. Le thème de ce dimanche est la louange.
La plupart du temps, dit-elle, la vie suit son cours jusqu'au jour où quelque chose bouleverse tout : une crise personnelle, une crise dans la société, une rencontre qui nous touche. Alors nous voyons notre quotidien sous un jour nouveau. Mais faut-il vraiment un bouleversement pour remarquer ce qui mérite notre gratitude ?
À partir de Luc 19:37-40, l'entrée de Jésus à Jérusalem, la prédicatrice montre que la louange est notre élément naturel, que rien ne peut la faire taire, et que la gratitude peut éclairer jusqu'aux passages les plus sombres de la vie.
Plan du message
1. Les merveilles de Dieu cachées dans le quotidien
- Ce qui éveille la gratitude de Carin Dernulf, ce n'est pas d'abord le spectaculaire, un voyage ou une fête. Ce sont des choses très ordinaires : un petit-déjeuner lent le samedi avec des petits pains frais, une promenade au parc Vasa quand les arbres d'automne flamboient, une soirée cinéma avec un ami.
- « Je crois que les merveilles de Dieu se cachent souvent dans ce que nous trouvons ordinaire et évident. »
- Avoir à manger sur la table semble aller de soi pour beaucoup, même si ce n'est pas le cas pour tous. Ceux qui vivent plus près de la nature comprennent que chaque repas est un don de Dieu, qui fait tomber la pluie et briller le soleil sur la terre. L'homme sème, entretient et récolte, mais rien ne fonctionnerait sans le rythme de la nature.
- Quand on s'arrête devant cela, ce qu'on fait bien trop rarement, on est rempli d'émerveillement.
2. Le premier champ de pommes de terre
- Cette année, pour la première fois de sa vie, la prédicatrice a récolté ses propres pommes de terre, dans leur petite maison de vacances à Ockelbo, dans le comté de Gävleborg.
- Tout est parti d'une émission de radio d'été où l'actrice Ida Engvoll expliquait que le pays devait devenir plus autosuffisant : dans le comté de Gävleborg, 1 % seulement de ce qui est consommé y est produit. Son conseil : se mettre à cultiver, surtout des pommes de terre, dans des jardinières de balcon, des seaux, des jardins.
- Carin Dernulf n'a eu la force de bêcher que deux mètres sur trois. Avec l'aide de son téléphone, elle a appris l'écartement des rangs, la profondeur, le sens dans lequel planter et le buttage pour que les tubercules ne verdissent pas.
- « Il se passe quelque chose quand on met les mains dans la terre, qu'on voit quelque chose pousser lentement et qu'on en récolte le fruit. » Cela lui a semblé presque un miracle, au point de vouloir éclater en louange pour la pomme de terre.
- Il y a à peine une semaine, l'artiste Laleh a justement chanté une « chanson de la pomme de terre » : « J'ai mis une pomme de terre en terre, il en est venu dix », avec ces mots aussi : le dernier sera le premier, le plus petit sera le plus grand. Son fils de 12 ans a trouvé le texte ridicule, mais elle a eu le sentiment que la chanteuse et elle avaient vu la même merveille : la croissance de la pomme de terre.
3. Créés pour louer Dieu
- Ce sont justement les miracles que les disciples avaient vu Jésus accomplir qui les poussent à louer Dieu à haute voix, sur le chemin de Jérusalem : « Béni soit le roi qui vient au nom du Seigneur ! » (Luc 19:38).
- Ce que rapporte ce texte est très naturel : l'être humain, et toute la création, existe pour louer Dieu.
- La prédicatrice cite une étude sur la gratitude. Pendant six mois, un groupe notait chaque semaine ce qui suscitait sa reconnaissance, un deuxième ce qui le stressait, un troisième simplement les événements marquants.
- Le premier groupe est devenu plus attentif aux sujets de gratitude, mais aussi plus optimiste, plus énergique et plus déterminé. Ses membres ressentaient moins de stress et moins de jalousie, et ils repéraient plus vite les situations où ils pouvaient aider les autres.
- « Peut-être est-ce justement parce que la gratitude est notre élément naturel. Nous sommes créés pour louer Dieu. » Le Psaume le dit : « Que tout ce qui respire loue l'Éternel ! » (Psaume 150:6).
4. Si nous nous taisons, les pierres crieront
- Les pharisiens trouvent que cette louange bruyante va trop loin. Ils demandent à Jésus de dire à ses disciples de se calmer, et même de se taire. Jésus répond : « Je vous le dis, s'ils se taisent, les pierres crieront ! » (Luc 19:40).
- « Quoi qu'il arrive, la louange retentira. Rien ne peut l'arrêter. »
- Le peuple attendait depuis longtemps le Messie, le grand libérateur. Jésus l'est, mais pas de la manière attendue. On espérait un roi politique qui rendrait à la nation sa grandeur. Le royaume de Jésus est un autre royaume, où celui qui s'abaisse sera élevé (Luc 14:11) et où les premiers seront les derniers (Matthieu 20:16).
- Nous savons que cette louange allait bientôt se taire. Quand Jésus ne répond pas à leurs attentes, ils lui tournent le dos, et même ses proches le trahiront.
- Pourtant, les pierres ne se taisent pas. Ce qui a saisi la prédicatrice à Pâques : le vendredi saint, quand Jésus rend l'esprit, la terre tremble et les rochers se fendent. Les pierres ont crié, et un officier romain déclare que cet homme devait être le Fils de Dieu (Matthieu 27:51-54).
5. Quand Dieu ne répond pas à nos attentes
- Dans nos vies aussi, quand Dieu n'est pas comme nous l'attendions ou que nous n'obtenons pas ce que nous voulons, il est facile de lui tourner le dos.
- « Personne d'entre nous n'a reçu la promesse que la vie serait facile. Mais ce qui nous est promis, c'est que nous ne sommes pas seuls. »
- Une amie de la prédicatrice, qui n'a pas eu une vie simple, tient un carnet de remerciements où elle écrit chaque jour quelques mercis à Dieu. Non pas pour fuir, mais parce que chercher activement la gratitude l'aide à se réconcilier avec ce qui n'est pas comme elle le voudrait.
- Il y a aussi des périodes où la gratitude est impossible et où un tel carnet sonnerait comme une moquerie face à la douleur. On a peut-être plutôt besoin d'un carnet de déceptions pour y écrire ses questions. « La vérité est notre seul point de contact avec Dieu », et il faut lui parler en vérité.
- Beaucoup racontent pourtant, souvent après coup, qu'ils regardent certains passages difficiles avec gratitude. Un vieux cantique de 1891 le chante : « Merci pour les roses au bord du chemin, merci pour les épines parmi elles », puis : « Merci pour ce que tu as révélé, merci pour ce que je ne comprends pas. »
- En regardant sa propre vie, elle reconnaît qu'il y a des choses qu'elle ne comprend pas et ne comprendra peut-être jamais. Mais dans certains des passages les plus durs, Dieu lui a aussi révélé qui il est. Ce n'est pas une gratitude pour les circonstances, mais celle qui vient de la certitude que quelqu'un tient nos vies dans sa main au milieu de tout.
- Auprès de personnes en deuil ou traversant des situations difficiles, elle a vu la louange monter là où seules l'angoisse et la douleur semblaient avoir leur place. Celui qui chante sait que celui qu'il chante est consolation dans le deuil, lumière dans l'obscurité, force et guérison quand la vie est brisée.
- « La gratitude est comme une lampe de poche. Si on l'allume dans un endroit sombre, elle éclaire des choses qui ont toujours été là, mais qu'on n'avait pas vraiment vues. »
6. Pierre rattrapé par l'amour de Jésus
- Les disciples chantent si fort un jour que les gens s'en agacent, et quelques jours plus tard ils trahissent Jésus, ce qu'ils croient et leur propre rêve. Pierre, l'un des plus proches, affirme ne pas même le connaître. Comment s'en remettre ?
- Nous pouvons nous reconnaître dans ce sentiment : beaucoup de choses ne se sont pas passées comme prévu depuis le jour où nous chantions. Y a-t-il seulement un chemin de retour ?
- La prédicatrice cite un poème de l'écrivaine Christina Falkenland, auquel elle revient souvent : « Autrefois, j'étais une cathédrale résonnant d'hymnes. Tout est silencieux en moi maintenant. » Mais ce silence a une voix forte qui dit : « Va ton chemin sans te retourner. » Quelle que soit la direction prise, « il me rattrapera, me prendra par la main et m'attirera à lui ». Même quand on ne ressent ni ne comprend plus rien, « je suis à lui ».
- Pierre a dû se sentir vide et en échec. Il est retourné à la pêche, mais Jésus le rattrape. Sur le rivage, après la résurrection, il ne dit rien de la trahison. Il demande seulement : « M'aimes-tu ? » Trois fois Pierre l'avait renié, trois fois Jésus pose la question, et Pierre répond : « Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t'aime » (Jean 21:15-17). Jésus lui confie alors la conduite de l'Église.
- Retour au champ de pommes de terre : longtemps, rien ne se passait. Son mari a eu l'idée d'un engrais maison, de l'herbe laissée fermenter au soleil, qui sentait vraiment mauvais. Ils l'ont répandu, et elle pense que cela a compté dans la grande récolte qui a suivi.
- « Souvent, Dieu travaille ainsi dans nos vies. » Quand nous lui donnons ce mélange malodorant, ce que nous voyons comme nos plus grands échecs, il peut s'en servir pour faire grandir quelque chose. C'est souvent dans ces situations-là qu'elle a vraiment fait l'expérience de l'amour de Dieu.
- « C'est une chose de savoir en théorie qu'on est aimé, c'en est une tout autre de goûter vraiment l'amour et la grâce de Dieu dans sa vie. » C'est ce qui arrive à Pierre et ce qui le rend apte à conduire l'Église.
7. Chaque jour, un jour d'action de grâce
- De l'expérience d'être aimé et pardonné naît une gratitude fondée sur l'humilité. « La gratitude et l'humilité sont comme des jumelles. Elles vont main dans la main. »
- Quand nous comprenons que toute la vie, chaque souffle, est un don, nous sommes remplis de gratitude envers le Dieu créateur qui donne la vie. Et de cette gratitude naît souvent le désir de donner aux autres, une manière de dire merci.
- « Une pomme de terre en terre, il en vient dix. » Peut-être en va-t-il ainsi de tout : si l'on donne une seule chose, elle se multiplie par dix. « Cela ressemble au secret du royaume de Dieu. »
- Le jour d'action de grâce ne revient qu'une fois par an. Mais si chaque jour pouvait être un jour d'action de grâce envers le Dieu qui a envoyé son Fils afin que nous ayons la vie en abondance (Jean 10:10) ?
- « Quelle que soit ta situation, tu n'es pas seul. » Avec toi se tient celui qui a dit : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde » (Matthieu 28:20). « Et cela change tout. »
- La prédicatrice invite à vivre l'épître du jour : chanter à Dieu dans nos cœurs (Colossiens 3:16), au milieu de ce qu'est notre vie. « C'est là qu'il veut nous rencontrer. »
Points à retenir
- Les merveilles de Dieu se cachent souvent dans le quotidien : un repas, une promenade, une récolte. S'arrêter pour les voir remplit d'émerveillement.
- La gratitude est notre élément naturel : nous sommes créés pour louer Dieu, et rien ne peut faire taire la louange.
- Dans les épreuves, on peut parler à Dieu en vérité, y compris de ses déceptions. La gratitude vient alors de la certitude que quelqu'un tient nos vies dans sa main.
- Comme pour Pierre, Dieu peut se servir de nos échecs pour faire grandir quelque chose. Goûter son amour et son pardon fait naître une gratitude humble.
- La gratitude pousse à donner à son tour, et chaque jour peut devenir un jour d'action de grâce.
Application personnelle
- Qu'est-ce qui te rend reconnaissant dans ta vie aujourd'hui, en particulier dans les choses ordinaires que tu tiens pour acquises ?
- As-tu besoin en ce moment d'un carnet de remerciements, ou plutôt d'un carnet de déceptions pour parler à Dieu en vérité ?
- En regardant en arrière, dans quel passage difficile as-tu appris à mieux connaître qui est Dieu ?
- Quel échec, quelle part de ta vie qui « sent mauvais », peux-tu remettre à Dieu pour qu'il en fasse sortir de la croissance ?
- À qui pourrais-tu donner cette semaine, comme une manière de dire merci à Dieu ?
Versets cités
- Luc 19:37-40
- Colossiens 3:16-17
- Psaume 150:6
- Luc 14:11
- Matthieu 20:16
- Matthieu 27:51-54
- Jean 21:15-17
- Jean 10:10
- Matthieu 28:20
Questions fréquentes
Que veut dire Jésus par « les pierres crieront » dans Luc 19:40 ?
Quand les pharisiens demandent à Jésus de faire taire ses disciples, il répond que, s'ils se taisent, les pierres crieront. Pour Carin Dernulf, cela signifie que rien ne peut arrêter la louange. Elle relève qu'au vendredi saint, quand Jésus meurt sur la croix, la terre tremble et les rochers se fendent : les pierres ont crié, et un officier romain reconnaît que cet homme était le Fils de Dieu.
Comment rester reconnaissant quand la vie est difficile ?
Carin Dernulf rappelle que personne ne nous a promis une vie facile, mais que nous ne sommes pas seuls. Une amie tient chaque jour un carnet de remerciements, ce qui l'aide à se réconcilier avec ce qui n'est pas comme elle le voudrait. Dans certaines périodes, un carnet de déceptions peut être plus juste, car il faut parler à Dieu en vérité. La gratitude vient alors de la certitude que quelqu'un tient nos vies dans sa main.
Pourquoi Jésus a-t-il confié l'Église à Pierre après son reniement ?
Sur le rivage, après la résurrection, Jésus ne parle pas de la trahison de Pierre : il lui demande trois fois s'il l'aime, puis lui confie la mission de conduire l'Église. Pour la prédicatrice, c'est parce que Pierre a goûté l'amour et le pardon de Dieu dans son échec. De cette expérience naît une gratitude fondée sur l'humilité.