Luc 14 : l'invitation du Royaume à une table ouverte

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Introduction

Ce message est la troisième semaine de la série « 40 jours d'hospitalité » de Streatham Baptist Church, à Londres. Le texte est Luc 14 : Jésus est invité à manger chez un des chefs des pharisiens, un jour de sabbat, et il y est « observé ».

Le prédicateur part d'un constat : notre culture est marquée par la solitude, la division et la désorientation. Il croit que l'antidote, c'est l'hospitalité, et qu'une Église qui vit la vérité de l'Évangile peut y apporter une réponse réelle. Mais la raison de fond n'est pas pratique : l'hospitalité est au cœur de Dieu et au cœur de la mission de Jésus.

Dans ce repas chez le pharisien, il relève trois mouvements : le Royaume bouscule nos tables, il élargit l'invitation, et il nous envoie au-delà de nos cercles. Il termine par une distinction que notre époque a du mal à entendre : accueillir n'est pas approuver.

Plan du message

1. Une culture seule, divisée et sans repères

  • Jamais nous n'avons eu autant de moyens de nous connecter, et pourtant la solitude s'approfondit.
  • Les guerres culturelles existent, et elles gagnent jusqu'aux Églises. Le prédicateur y voit une partie du problème : nous sommes « plus guidés par l'algorithme que par la Parole de Dieu ». Nos fils d'actualité renforcent nos préjugés et creusent le fossé avec ceux qui voient le monde autrement, alors que nous sommes appelés à être un en Christ.
  • Nous vivons une crise du sens, une époque sans histoire commune. Chez les moins de trente ans surtout, il y a une faim d'un lieu où appartenir, qui donne un but et une réalité spirituelle.
  • Rappel des deux premières semaines : l'hospitalité est au cœur de la nature de Dieu, qui nous fait de la place dans la création, dans le salut et dans l'éternité. Elle est aussi au cœur de la mission de Jésus, venu chercher et sauver ce qui était perdu, et dont la méthode principale, chez Luc, était de manger et de boire.
  • Chez Simon le pharisien (Luc 7), la femme qui lave les pieds de Jésus avec ses larmes n'agit pas pour gagner son amour : elle a déjà reçu la grâce. L'hospitalité n'est pas un moyen d'obtenir l'amour de Dieu, c'est une réponse à sa grâce.

2. Le Royaume bouscule nos tables

  • Ce repas n'est pas un simple dîner entre amis : Jésus est surveillé. Le prédicateur invite à imaginer un hôte qui vérifie que tu ne vides pas le frigo ni ne voles les bijoux dans la chambre.
  • Jésus aggrave les choses en guérissant, un jour de sabbat, un homme atteint d'hydropisie. À cette table se heurtent la religion de la propre justice et la grâce du Royaume.
  • Jésus remarque que les invités choisissent les premières places. Il ne vise pas la table d'honneur des mariés et de leur famille, mais une hospitalité où l'on invite pour le gain, le statut et l'approbation.
  • Il existe une sagesse des limites : comme pasteur, il doit protéger l'assemblée de personnes violentes ou dangereuses. Mais cela doit rester l'exception, pas la pratique générale.
  • La question de Jésus pour nous : « Qui trouve naturellement sa place à ma table, et qui ne la trouve pas ? » Nos tables, ce sont aussi nos amitiés, nos groupes de maison, nos groupes WhatsApp. Elles révèlent les frontières que nous posons sans y penser.
  • En 2009, le prédicateur et sa femme partent en Afrique du Sud pour servir au-delà des fractures laissées par le colonialisme et l'apartheid. Ils ne veulent pas servir les marges la semaine et se réfugier le week-end dans une enclave blanche de classe moyenne.
  • Dans le quartier de Capricorn, un couple de l'Église se prépare au mariage. La jeune femme rêve de se marier dans un vignoble, mais la cérémonie aurait dû avoir lieu dans le bâtiment de l'Église, des conteneurs assemblés sous un toit, sur une dalle de béton.
  • Des amis du pasteur avaient acheté une grande maison au pied de la montagne, dans un quartier historiquement blanc du Cap. Dieu leur avait dit qu'ils ne pouvaient l'avoir qu'à condition de l'ouvrir à l'hospitalité. Sollicités, ils acceptent sans hésiter : cérémonie dans le jardin, tables dressées tout autour de la maison.
  • Des invités parmi les plus pauvres entrent dans un lieu où ils n'allaient d'habitude que pour faire le ménage ou le jardin. Et les hôtes servent eux-mêmes à table. « Une image du Royaume » : pourquoi les riches auraient-ils toutes les bonnes choses ?

3. Le Royaume élargit l'invitation

  • Jésus aurait pu remercier pour le repas. À la place, résume le prédicateur, il dit au pharisien : « Viens ici. Vérifions ta liste d'invités. »
  • « Quand tu donnes un dîner, n'invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni des voisins riches. » C'est une exagération propre au judaïsme du premier siècle, comme l'appel à haïr son père et sa mère. Jésus ne dit pas de ne jamais inviter ses proches, il dit de ne pas pencher seulement de ce côté-là.
  • Inviter les pauvres, les estropiés, les boiteux et les aveugles choque les auditeurs. Certains pensent à Lévitique 21, qui écarte du service de l'autel tout descendant d'Aaron ayant un défaut.
  • Ces lois de pureté annoncent qu'aucun de nous ne peut accéder par ses œuvres à la présence sainte de Dieu. Les pharisiens en ont conclu que ces personnes n'entreraient jamais au temple, et les Esséniens enseignaient qu'elles ne prendraient jamais part au festin du Messie.
  • Quand Jésus purifie le temple, il renverse les tables. Puis les aveugles et les boiteux viennent à lui dans le temple, et il les guérit. Jésus nous guérit et nous qualifie pour accepter l'invitation.
  • Avec Tim Chester (Meals with Jesus), le prédicateur rappelle que ce texte ne parle pas seulement des autres. Nous sommes tous spirituellement pauvres, estropiés, aveugles et boiteux, incapables de venir à Dieu par nos propres forces ou nos mérites.
  • Si nous avons reçu tant de grâce et une telle faveur imméritée, comment pourrions-nous dresser des barrières inutiles ? « Qui est dans ta vie ? Qui est à ta table ? Pour qui as-tu de la place ? »

4. Le Royaume nous envoie au-delà de nos cercles

  • Dans la parabole du grand souper, le maître de maison est Dieu le Père. Son intention a toujours été le monde entier, même si l'invitation passe d'abord par les descendants d'Abraham.
  • Le serviteur annonce : « Venez, car tout est déjà prêt. » Ceux qui avaient reçu l'invitation les premiers, par la loi et les prophètes, c'est-à-dire les Juifs, et ici tout particulièrement les pharisiens, sont appelés à venir au festin du Messie.
  • Ils s'excusent : un champ à voir, cinq paires de bœufs à essayer, un mariage. Le prédicateur actualise : « Je viens d'acheter une Ferrari, il faut que je l'essaie. »
  • Quelles excuses donnons-nous ? Plus tard, trop occupé par la carrière, par la famille, par l'envie d'acquérir. « Le temps du salut, c'est maintenant. » Si tu n'as jamais reçu Jésus-Christ comme ton Roi, ton Seigneur et celui qui te pardonne, n'attends pas.
  • Le maître envoie alors chercher ceux qui se savent pauvres, aveugles et perdus, ceux que les pharisiens excluaient. Puis il envoie sur les chemins et le long des haies : le festin du Messie est aussi pour les non-Juifs. Une bonne nouvelle pour la plupart des auditeurs, devenus descendants spirituels d'Abraham grâce à Jésus.

5. Accepter n'est pas approuver

  • L'invitation devient toujours plus large, elle est radicalement inclusive. Mais l'accueil que le peuple de Dieu offre est différent d'une approbation. Notre culture dit : « Tu dois approuver mon péché, sinon tu ne m'acceptes pas. »
  • En 1995, Nelson Mandela, emprisonné plus de vingt ans par le système de l'apartheid, va partager un repas avec la veuve de l'architecte de ce système, dans la colonie réservée aux Blancs d'Orania. Il offre l'acceptation sans approuver le mal commis. Le prédicateur comprend que certains de ses amis de couleur en Afrique du Sud aient eu du mal à l'accepter, vu ce qu'ils avaient subi.
  • Cette communauté ne l'a jamais accepté. Il en va de même pour Jésus : il offre sa table à tous, mais tous ne le reçoivent pas. Pourtant, grâce à de tels gestes, des millions de Sud-Africains blancs ont senti qu'ils pouvaient prendre part à la construction d'une nation nouvelle.
  • Rosaria Butterfield, universitaire féministe d'extrême gauche en couple avec une femme, prépare une recherche sur l'intolérance des chrétiens. Un voisin pasteur l'invite à un repas, puis l'invite encore. Chacun sait où l'autre se situe. Cette hospitalité ne dépend pas de son changement.
  • Au fil des repas, le Saint-Esprit adoucit son cœur et elle donne sa vie à Jésus. Sa vision du monde et sa manière de vivre changent, et elle consacre sa vie à l'hospitalité.
  • Dans son livre The Gospel Comes with a House Key, elle raconte l'histoire d'un voisin solitaire et socialement maladroit que sa famille finit par accueillir régulièrement à table. Un jour, la police découvre qu'il fabrique de la méthamphétamine chez lui. Le voisinage leur en veut.
  • « C'est le risque de l'hospitalité. » Quand il est en prison, ils continuent de lui rendre visite : le voisin est devenu un ami. Ils n'approuvent ni son trafic ni sa vie, mais ils ne renoncent pas à l'aimer. « L'acceptation du Royaume n'est pas l'approbation du Royaume. »

6. Deux garde-robes : l'invitation à la sainteté

  • « L'inclusion radicale du Royaume de Dieu est une invitation à une sainteté radicale. » Le prédicateur le répète pour qu'on ne passe pas à autre chose.
  • En Colossiens 3, Paul décrit deux garde-robes. La première : impudicité, impureté, passions, mauvais désirs et cupidité, qui est une idolâtrie. « C'est à cause de ces choses que la colère de Dieu vient. » Ce sont les haillons du péché dans lesquels nous marchions autrefois.
  • Il se tourne vers un homme de l'assemblée dont il connaît l'histoire : il portait l'ancienne garde-robe, Jésus lui en a donné une nouvelle. « Nous sommes accueillis tels que nous sommes, mais nous ne sommes pas invités à rester tels que nous sommes. »
  • La seconde garde-robe : la compassion, la bonté, l'humilité, la douceur, la patience, le support mutuel et le pardon, « comme le Seigneur vous a pardonné ». Par-dessus tout, l'amour, qui est le lien de la perfection, comme une ceinture qui tient tout ensemble.
  • Nous accueillons à nos tables ceux qui portent encore l'ancienne garde-robe. Nous les aimons sans condition, qu'ils viennent à Christ ou non, parce qu'ils portent l'image de Dieu.
  • Le prédicateur dit avoir reçu le matin même une impression : au moins une personne présente vient à l'église depuis longtemps, a entendu des centaines de sermons, mais n'a jamais revêtu Christ. Elle enveloppe sa vieille garde-robe d'un peu de religion le dimanche, et rien n'a changé.
  • Jésus dit : « Viens, il y a ici une garde-robe neuve. » Imagine des haillons sales, malodorants, tachés de sang, et quelqu'un qui t'offre le costume le plus cher du monde, taillé sur mesure, que tu ne pourrais jamais te payer. « L'Évangile change. Est-ce qu'il te change ? »

7. Une table ouverte à tous

  • Le prédicateur se réjouit de voir l'Église élargir son accueil : parcours CAP Life Skills, lancement de Celebrate Recovery en novembre, grande semaine communautaire l'été, dont la table est devenue si grande que les repas débordaient dans l'atrium dès le vendredi.
  • « Que tu sois sikh, musulman, hindou, athée, gay, hétéro, trans, tu es le bienvenu à la table. Personne n'est exclu. » L'accueil de Jésus est inconditionnel, mais quand on le reçoit, il transforme toujours.
  • L'Église ne pose pas de condition du type « tu ne pourras rester que si tu changes dans trois mois ». Elle prie pour ceux qui viennent depuis des années, afin qu'ils embrassent la liberté en Christ.
  • Les bras de Jésus étendus au Calvaire appellent les nôtres à s'étendre à leur tour. Et la conclusion : « Si tu es en Christ aujourd'hui, l'inclusion radicale est une invitation à une sainteté radicale. Et cela se vit le mieux autour d'une table. »

Points à retenir

  • L'hospitalité n'est pas un moyen de gagner l'amour de Dieu : c'est la réponse à la grâce reçue.
  • Nos tables, nos amitiés et nos groupes révèlent les frontières que nous posons. Jésus vérifie notre liste d'invités.
  • Nous sommes tous spirituellement pauvres, aveugles et boiteux. Ceux qui ont reçu une telle grâce ne peuvent pas dresser de barrières inutiles.
  • L'invitation au festin du Messie est pour aujourd'hui. Les excuses du « plus tard » nous en privent.
  • L'acceptation du Royaume n'est pas l'approbation du Royaume : l'accueil inconditionnel ouvre sur un appel à la sainteté.

Application personnelle

  • Qui trouve naturellement sa place à ta table, et qui gardes-tu volontairement à distance ?
  • Quelle personne différente de toi pourrais-tu inviter à partager un repas dans les semaines qui viennent ?
  • Quelle excuse donnes-tu aujourd'hui à l'invitation de Jésus : le travail, la famille, le « plus tard » ?
  • Sais-tu accueillir quelqu'un sans approuver tout ce qu'il vit, et sans attendre qu'il change pour l'aimer ?
  • Portes-tu encore l'ancienne garde-robe sous un vernis de religion, ou revêts-tu Christ chaque jour ?

Versets cités

Questions fréquentes

Que reproche Jésus à ceux qui choisissent les premières places dans Luc 14 ?

Jésus ne critique pas le fait que la famille des mariés soit à la table d'honneur. Il vise une hospitalité tournée vers le gain, le statut et l'approbation, où l'on invite pour être honoré. Le prédicateur pose alors la question : qui trouve naturellement sa place à ma table, et qui n'y a jamais de place ?

Faut-il vraiment ne pas inviter ses amis et sa famille ?

Pour le prédicateur, il s'agit d'une exagération propre au judaïsme du premier siècle, comme lorsque Jésus parle de haïr son père et sa mère. Jésus ne défend pas d'inviter ses proches, il demande de ne pas se limiter à eux et de faire de la place aux pauvres, aux estropiés, aux boiteux et aux aveugles.

Accueillir quelqu'un, est-ce approuver sa manière de vivre ?

Non. Le prédicateur insiste : l'acceptation du Royaume n'est pas l'approbation du Royaume. On accueille chacun à table sans condition, parce qu'il porte l'image de Dieu. Mais celui qui vient à Christ reçoit une garde-robe neuve : l'inclusion radicale du Royaume est une invitation à une sainteté radicale.

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