Introduction
« Heureux celui qui se soucie du pauvre. » Ce dimanche-là, à l'Église Évangélique Méthodiste de Strasbourg, le culte est préparé par l'équipe de Solidarité Emmanuel, l'association qui porte la vocation sociale de l'Église. Chaque vendredi, une cinquantaine de familles, souvent sans papiers et sans ressources, y reçoivent de quoi se nourrir.
Après le témoignage d'une bénévole, le pasteur Pierre-Emmanuel Panis ajoute une dimension dont elle n'a pas parlé : la prière avant chaque distribution. Toute l'équipe remet tout entre les mains de Dieu, dit merci pour les denrées reçues, prie pour la banque alimentaire, pour les familles dans leurs situations difficiles, et pour savoir « être des témoins de Jésus » auprès des personnes accueillies.
Puis il ouvre le Psaume 41 et pose une question simple : comment celui qui se soucie du pauvre peut-il être heureux, avec tous les soucis que cela lui donne ?
Plan du message
1. Qui est le pauvre dans la Bible ?
- Le mot hébreu traduit par « pauvre » désigne le maigre : celui qui est famélique, qui n'a pas suffisamment à manger, qui n'a pas son pain quotidien.
- « La pauvreté de base dans la Bible, c'est celui qui n'a pas de quoi se nourrir correctement. »
- La parole de David ressemble à celle de Jésus : « Lorsque tu donnes un festin, invite des pauvres […] et tu seras heureux de ce qu'ils ne peuvent pas te rendre la pareille ; car elle te sera rendue à la résurrection des justes » (Luc 14:13-14).
- C'est aussi le pauvre de la parabole du riche et Lazare, qui désirait se rassasier des miettes tombant de la table du riche (Luc 16:19-31).
2. Se soucier du pauvre donne du souci
- Ce n'est ni facile ni évident. « Cela peut même faire un peu peur », parce que se confronter à la pauvreté fait mal au cœur : personne ne mérite cela.
- À la solidarité, l'équipe le voit chaque semaine : des familles qui dorment sous des tentes où les rats entrent la nuit. Une personne a été mordue sous l'œil pendant son sommeil et a dû se faire vacciner contre la rage.
- D'autres vivent depuis plus d'un an dans un garage prêté. Une famille de six personnes dort depuis longtemps, presque deux ans, dans une voiture.
- Ce souci attriste, préoccupe et souvent culpabilise, avec ce sentiment d'impuissance ou de ne pas en faire assez. Il révolte aussi. Il réclame des sacrifices personnels et des engagements que l'entourage ne comprend pas toujours.
- « Me soucier du pauvre, c'est aussi accepter de me lier personnellement au problème d'un autre sans savoir où cela va me conduire. »
3. Dieu se tient à la droite du pauvre
- David était roi. Il avait bien d'autres soucis : la sécurité des frontières, la paix avec ses voisins, l'économie, l'ordre social. « Mais David aime et connaît Dieu. » Il sait que Dieu aime le pauvre et qu'il demande des comptes pour lui.
- « L'Éternel écoute les pauvres » (Psaume 69:34). Plus fort encore : « il se tient à la droite du pauvre » (Psaume 109:31). La droite d'un roi est la place d'honneur, et Jésus se tient à la droite de Dieu. Ici, c'est Dieu qui se place à la droite du pauvre : « Dieu qui élève donc le pauvre plus haut que le roi et plus haut que lui-même. »
- Aider le pauvre est un commandement : « Il y aura toujours des indigents dans le pays ; c'est pourquoi je te donne ce commandement : Tu ouvriras ta main à ton frère, au pauvre et à l'indigent dans ton pays » (Deutéronome 15:11). « Donne-lui, et que ton cœur ne lui donne point à regret » (Deutéronome 15:10).
- Ne pas l'aider, Dieu le regarde comme un péché : « sans cela il crierait à l'Éternel contre toi, et tu te chargerais d'un péché » (Deutéronome 24:15). Et Dieu précise : qu'il soit l'un de tes frères ou l'un des étrangers demeurant dans ton pays (Deutéronome 24:14).
- Voilà pourquoi, pour le pasteur, David s'écrie au verset 5 : « Éternel, aie pitié de moi ! Guéris mon âme ! car j'ai péché contre toi ! » Il voit les pauvres de son peuple et il sait que c'est un manque d'amour pour le prochain.
- David se souvient que sa mission de roi est de faire droit aux malheureux et de sauver les enfants du pauvre (Psaume 72:4). Car Dieu veut la vie et le bonheur pour chaque être humain : c'est la promesse faite à Abraham, en qui toutes les familles de la terre seront bénies (Genèse 12:3).
- Il se souvient aussi de l'avertissement sévère que les prêtres devaient proclamer : « Maudit soit celui qui porte atteinte au droit de l'étranger, de l'orphelin et de la veuve ! », et tout le peuple répondait « Amen » (Deutéronome 27:19).
4. Le souci du pauvre au cœur de la vie de Jésus
- Les guérisons de malades, d'aveugles et de boiteux sont toujours aussi des guérisons de pauvres.
- La question du pauvre est au cœur de sa rencontre avec le jeune homme riche, avec Zachée, et avec la pauvre veuve qui a donné ses deux petites pièces au temple (Marc 12:41-44).
- Elle traverse ses paraboles : le riche et Lazare, le bon samaritain, les invités au festin du royaume.
- Elle traverse ses enseignements : « Quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite » (Matthieu 6:3) ; « J'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger » (Matthieu 25:35).
5. Première raison d'être heureux : tu te rapproches de Dieu
- Pourquoi le souci du pauvre rend-il heureux ? C'est pour le pasteur la question fondamentale de ce psaume.
- Celui qui se soucie du pauvre est proche de Dieu. Il comprend mieux sa grâce, sa miséricorde, l'amour de ce Dieu qui se tient à la droite du pauvre. Il entre plus profondément dans la communion personnelle avec lui.
- Il comprend mieux Jésus dans son amour pour les petits, le salut de la croix et les enjeux du royaume. Il voit que Jésus est Dieu avec nous, Dieu fait homme pour nous sauver.
- Il se construit un cœur de miséricorde comme celui de Dieu. Il apprend la compassion et reconnaît chaque être humain à sa juste valeur, « sans les artifices de position sociale ou de soi-disant pouvoir ».
- « Il devient libre, libre de la liberté des enfants de Dieu », libre d'aimer son prochain comme Jésus, comme lui-même.
6. Deuxième raison : tu apprends la vraie humanité
- Celui qui se soucie du pauvre apprend à relativiser la force et la faiblesse. Il apprend à se dessaisir de lui-même, de son moi et de ses intérêts personnels.
- Il entre dans l'essentiel de la vie humaine : l'humilité devant le prochain. Cette humilité permet la solidarité et le partage, touche les cœurs et ouvre à des amitiés vraies.
- Ces amitiés le rendent heureux, car elles seules comblent la vie humaine de sens et de bonheur.
- Il devient aussi un artisan de paix, « car la pauvreté conduit à la violence et l'amitié à la paix ».
7. Troisième raison : tu reçois toi-même la grâce
- En communiant avec la grâce de Dieu, celui qui se soucie du pauvre en est nourri et habité. Il la reçoit pour lui-même.
- Il est heureux de se sentir à ce point aimé de Dieu. Il comprend que Dieu a lié en Jésus sa propre existence à la sienne : « Dieu a choisi en Jésus de ne pas exister sans lui. » C'est tout le sens de la croix et de l'alliance.
- Il peut avancer en toute confiance, sachant que rien ne pourra le séparer de l'amour de Dieu en Jésus son Sauveur (Romains 8:38-39).
- Il est doublement libre : libre d'accueillir chacun dans sa vérité propre, et libre parce qu'il n'a plus peur du lendemain. Il peut dire en toute circonstance : « Seigneur, je sais que tu m'aimes. »
Points à retenir
- Dans la Bible, le pauvre est d'abord celui qui n'a pas de quoi se nourrir correctement.
- Se soucier du pauvre donne du souci : c'est accepter de se lier au problème d'un autre sans savoir où cela mène.
- Dieu se tient à la droite du pauvre. Aider le pauvre, qu'il soit un frère ou un étranger, est pour lui un commandement.
- Le souci du pauvre traverse les guérisons, les rencontres, les paraboles et les enseignements de Jésus.
- Celui qui se soucie du pauvre est heureux : il se rapproche de Dieu, apprend l'humilité et l'amitié, et reçoit lui-même la grâce.
Application personnelle
- Qui est le « pauvre » le plus proche de toi en ce moment, dans ton quartier, ton Église ou ta ville ?
- Qu'est-ce qui te retient de te lier au problème d'un autre : la peur, le sentiment d'impuissance, la culpabilité ?
- Comment le fait que Dieu se tienne à la droite du pauvre change-t-il ton regard sur les personnes en précarité ?
- Quelle part peux-tu prendre cette semaine : du temps, un don, une prière pour ceux qui servent les plus pauvres ?
- Peux-tu dire aujourd'hui, en toute circonstance : « Seigneur, je sais que tu m'aimes » ?
Versets cités
- Psaume 41
- Luc 14:13-14
- Luc 16:19-31
- Psaume 69:34
- Psaume 109:31
- Deutéronome 15:7-11
- Deutéronome 24:14-15
- Psaume 72:4
- Genèse 12:3
- Deutéronome 27:19
- Marc 12:41-44
- Matthieu 6:3
- Matthieu 25:35
- Romains 8:38-39
Questions fréquentes
Qui est le pauvre dont parle le Psaume 41 ?
Pierre-Emmanuel Panis explique que le mot hébreu désigne le maigre, celui qui est famélique et n'a pas son pain quotidien. Dans la Bible, la pauvreté de base, c'est ne pas avoir de quoi se nourrir correctement, comme Lazare qui désirait se rassasier des miettes tombant de la table du riche.
Que veut dire « l'Éternel se tient à la droite du pauvre » ?
Se tenir à la droite d'un roi, c'est occuper la place d'honneur. Dans le Psaume 109, c'est Dieu lui-même qui choisit de se tenir à la droite du pauvre. Pour le prédicateur, Dieu élève ainsi le pauvre plus haut que le roi et plus haut que lui-même.
Pourquoi celui qui se soucie du pauvre est-il heureux ?
Le prédicateur donne trois raisons : il se rapproche de Dieu et comprend mieux sa grâce, il apprend la vraie humanité faite d'humilité et d'amitié, et il reçoit lui-même cette grâce. Il sait alors que rien ne pourra le séparer de l'amour de Dieu et il n'a plus peur du lendemain.
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