La Bible — Louis Segond 1910
Psaume 109
En bref
Le Psaume 109 est une prière de David, accusé à tort et haï sans cause. Il répond à l'accusation par l'amour et par la prière. Au centre du psaume, il demande à Dieu de juger son ennemi par des paroles très dures, ce qui en fait l'un des psaumes dits d'imprécation. Beaucoup y voient un cri honnête, remis à Dieu plutôt qu'à la vengeance. Dans le Nouveau Testament, Pierre l'applique à Judas. David termine en demandant à Dieu d'agir pour la gloire de son nom, avec la certitude qu'il se tient à la droite du pauvre pour le sauver.
D'après son titre, le Psaume 109 est un psaume de David, confié au chef des chantres. C'est une lamentation individuelle et l'un des plus durs des psaumes dits d'imprécation, ces prières qui appellent le jugement de Dieu sur des ennemis. Le titre ne précise pas la circonstance : on sait seulement que David est calomnié et haï sans cause par des gens qu'il aimait. Le Nouveau Testament cite le verset 8 à propos de Judas, qui a trahi Jésus (Actes 1:20). Les chrétiens lisent ces malédictions de façons différentes : cri de douleur remis à Dieu, parole prophétique sur le traître, ou encore paroles des ennemis que David rapporte. Certaines liturgies l'omettent même dans la prière publique. On le présente parfois comme une prière contre ses ennemis, à réciter pour qu'un malheur frappe quelqu'un : c'est un détournement. Le psaume apprend à confier sa cause à Dieu, pas à maudire une personne.
Le chapitre en 4 parties
1Au chef des chantres. De David. Psaume. Dieu de ma louange, ne te tais point!
2Car ils ouvrent contre moi une bouche méchante et trompeuse, Ils me parlent avec une langue mensongère,
3Ils m'environnent de discours haineux Et ils me font la guerre sans cause.
4Tandis que je les aime, ils sont mes adversaires; Mais moi je recours à la prière.
5Ils me rendent le mal pour le bien, Et de la haine pour mon amour.
6Place-le sous l'autorité d'un méchant, Et qu'un accusateur se tienne à sa droite!
7Quand on le jugera, qu'il soit déclaré coupable, Et que sa prière passe pour un péché!
8Que ses jours soient peu nombreux, Qu'un autre prenne sa charge!
9Que ses enfants deviennent orphelins, Et sa femme veuve!
10Que ses enfants soient vagabonds et qu'ils mendient, Qu'ils cherchent du pain loin de leur demeure en ruines!
11Que le créancier s'empare de tout ce qui est à lui, Et que les étrangers pillent le fruit de son travail!
12Que nul ne conserve pour lui de l'affection, Et que personne n'ait pitié de ses orphelins!
13Que ses descendants soient exterminés, Et que leur nom s'éteigne dans la génération suivante!
14Que l'iniquité de ses pères reste en souvenir devant l'Eternel, Et que le péché de sa mère ne soit point effacé!
15Qu'ils soient toujours présents devant l'Eternel, Et qu'il retranche de la terre leur mémoire,
16Parce qu'il ne s'est pas souvenu d'exercer la miséricorde, Parce qu'il a persécuté le malheureux et l'indigent, Jusqu'à faire mourir l'homme au coeur brisé!
17Il aimait la malédiction: qu'elle tombe sur lui! Il ne se plaisait pas à la bénédiction: qu'elle s'éloigne de lui!
18Qu'il revête la malédiction comme son vêtement, Qu'elle pénètre comme de l'eau dans son intérieur, Comme de l'huile dans ses os!
19Qu'elle lui serve de vêtement pour se couvrir, De ceinture dont il soit toujours ceint!
20Tel soit, de la part de l'Eternel, le salaire de mes ennemis, Et de ceux qui parlent méchamment de moi!
21Et toi, Eternel, Seigneur! agis en ma faveur à cause de ton nom, Car ta bonté est grande; délivre-moi!
22Je suis malheureux et indigent, Et mon coeur est blessé au dedans de moi.
23Je m'en vais comme l'ombre à son déclin, Je suis chassé comme la sauterelle.
24Mes genoux sont affaiblis par le jeûne, Et mon corps est épuisé de maigreur.
25Je suis pour eux un objet d'opprobre; Ils me regardent, et secouent la tête.
26Secours-moi, Eternel, mon Dieu! Sauve-moi par ta bonté!
27Et qu'ils sachent que c'est ta main, Que c'est toi, Eternel, qui l'as fait!
28S'ils maudissent, toi tu béniras; S'ils se lèvent, ils seront confus, Et ton serviteur se réjouira.
29Que mes adversaires revêtent l'ignominie, Qu'ils se couvrent de leur honte comme d'un manteau!
30Je louerai de ma bouche hautement l'Eternel, Je le célébrerai au milieu de la multitude;
31Car il se tient à la droite du pauvre, Pour le délivrer de ceux qui le condamnent.
Comprendre Psaume 109 verset par verset
v. 1-5Calomnié et haï sans cause, David répond par la prière
Le psaume commence par un appel : « Dieu de ma louange, ne te tais point! » David a l'impression que tout le monde parle contre lui, sauf Dieu. Ses adversaires ouvrent une bouche méchante et trompeuse, l'entourent de discours haineux et lui font la guerre sans cause. Le plus douloureux vient au verset 4 : ce sont des gens qu'il aime. Ils lui rendent le mal pour le bien, et de la haine pour son amour. Que fait David ? « Mais moi je recours à la prière ». En hébreu, la phrase est encore plus forte : et moi, prière. Toute sa personne devient prière. Il ne répond pas à la calomnie par la calomnie. Jésus vivra la même chose, haï sans cause (Jean 15:25), et répondra lui aussi par la prière. Si tu es injustement accusé, ce premier geste est le bon : parler à Dieu avant de parler contre quelqu'un.
v. 6-13Des malédictions très dures qui nous choquent aujourd'hui
Ici, le ton devient d'une violence rare. Le texte passe du pluriel au singulier : il vise un homme en particulier. Qu'il soit déclaré coupable, que ses jours soient peu nombreux, « Qu'un autre prenne sa charge! », et le malheur s'étend jusqu'à sa femme et à ses enfants. Ces paroles choquent, et il faut le dire honnêtement. Les lecteurs ne s'accordent pas sur leur sens. Certains pensent que David rapporte ici les malédictions que ses ennemis prononcent contre lui. D'autres y voient sa propre colère, dite sans filtre devant Dieu. Pierre, lui, applique le verset 8 à Judas, qui a trahi Jésus (Actes 1:20). Au verset 6, le mot traduit par accusateur est le mot hébreu satan, qui désigne l'adversaire dans un procès. Quelle que soit la lecture retenue, ces versets ne sont pas une formule à réciter contre quelqu'un. Ils montrent jusqu'où peut aller la douleur d'un homme blessé, et la Bible ne la cache pas.
v. 14-20Celui qui aimait la malédiction, et la justice remise à Dieu
Les demandes continuent : que les fautes de ses parents restent devant l'Éternel et que sa mémoire disparaisse. Les versets 16 et 17 en donnent la raison : cet homme ne s'est pas souvenu d'exercer la miséricorde, il a persécuté le malheureux et l'indigent jusqu'à faire mourir l'homme au cœur brisé. Il aimait la malédiction et ne voulait pas de la bénédiction. Le psaume demande que ce choix lui revienne, comme un vêtement qu'il aurait lui-même cousu. Le verset 20 ajoute un détail décisif : ce salaire doit venir de la part de l'Éternel. Remettre la justice à Dieu, ce n'est pas lui dicter une punition. C'est renoncer à se venger soi-même, dire la vérité sur le mal subi, puis laisser le juge juste décider, lui qui connaît les cœurs et peut encore conduire le coupable à la repentance. Paul le dit ainsi : ne vous vengez pas vous-mêmes, laissez Dieu juger (Romains 12:19).
v. 21-25Et toi, Seigneur : la détresse d'un homme au cœur blessé
Le verset 21 marque un tournant : « Et toi, Eternel, Seigneur! » David cesse de parler de ses ennemis et se tourne vers Dieu. Il ne s'appuie pas sur ses mérites : il demande à Dieu d'agir à cause de son nom et parce que sa bonté est grande. Puis il décrit sa détresse sans fard. Il est malheureux et indigent, son cœur est blessé au-dedans de lui. Il se sent disparaître comme l'ombre du soir, chassé comme une sauterelle qu'on secoue. Il a jeûné jusqu'à l'épuisement, et ceux qui le voient secouent la tête avec mépris. Ce geste, les passants l'auront devant Jésus crucifié (Matthieu 27:39). Derrière la colère des versets précédents, il y a donc un homme brisé. Si tu es blessé par une injustice, Dieu t'invite toi aussi à lui dire ta faiblesse, pas seulement ta colère.
v. 26-29Quand les hommes maudissent, c'est Dieu qui bénit
David reprend son cri : « Secours-moi, Eternel, mon Dieu! Sauve-moi par ta bonté! » Il veut que ses adversaires reconnaissent la main de Dieu dans sa délivrance. Le verset 28 contient une phrase lumineuse : « S'ils maudissent, toi tu béniras ». Les malédictions humaines ne sont pas toutes-puissantes, la bénédiction de Dieu a le dernier mot. Le verset 29 demande encore que les adversaires soient couverts de honte, c'est-à-dire que leur mensonge soit démasqué. Le Nouveau Testament va plus loin : il ne demande pas seulement de laisser Dieu bénir, il appelle les croyants à bénir eux-mêmes. Jésus dit d'aimer ses ennemis et de bénir ceux qui nous maudissent (Luc 6:27-28). Paul écrit de bénir et de ne pas maudire (Romains 12:14), et de nous pardonner les uns les autres comme Dieu nous a pardonné en Christ (Éphésiens 4:32). Sur la croix, Jésus a prié pour ceux qui le crucifiaient : Père, pardonne-leur (Luc 23:34).
v. 30-31Dieu se tient à la droite du pauvre pour le défendre
Le psaume finit dans la louange publique. David promet de célébrer l'Éternel au milieu de la multitude, avant même de voir l'issue de son épreuve. La raison est donnée au dernier verset : « il se tient à la droite du pauvre ». Il faut relire le verset 6 : à la droite du méchant, il y avait un accusateur. À la droite du pauvre, il y a Dieu lui-même, comme un avocat qui le défend face à ceux qui le condamnent. Le Nouveau Testament reprend cette assurance : qui accusera ceux que Dieu a choisis ? Christ est à la droite de Dieu, et il intercède pour nous (Romains 8:33-34). Pour toi, c'est la vraie réponse à l'injustice : tu n'as pas besoin de maudire pour être défendu. Celui qui se tient à ta droite est plus fort que ceux qui t'accusent, et il te rend libre de pardonner.
Comment prier Psaume 109
Quand prier ce psaume
- Quand tu es victime de calomnies ou de fausses accusations et que personne ne semble te croire.
- Quand quelqu'un que tu aimais te rend le mal pour le bien.
- Quand la colère contre une personne qui t'a fait du mal te submerge et que tu as besoin de la déposer devant Dieu.
- Quand tu es tenté de te venger, de répondre par des paroles blessantes ou de souhaiter du mal à quelqu'un.
- Quand tu vois des personnes fragiles écrasées par l'injustice et que tu veux confier leur cause à Dieu.
- Quand tu cherches la force de pardonner sans faire semblant que rien ne s'est passé.
Une prière inspirée de Psaume 109
Dieu de ma louange, ne reste pas silencieux. Tu sais ce qu'on dit de moi, les mensonges, les accusations injustes, le mal rendu pour le bien. J'ai mal, et je ne veux pas te le cacher : il y a en moi de la colère, et parfois l'envie que l'autre souffre autant que moi. Je te dépose tout cela. Je ne veux pas me venger moi-même, ni maudire qui que ce soit. Je remets ma cause entre tes mains, car tu es le juge juste et tu connais les cœurs, le mien aussi. Fais la lumière sur ce qui s'est passé, et conduis à la repentance celui qui m'a fait du mal. Et toi, Seigneur, agis en ma faveur à cause de ton nom, car ta bonté est grande. Mon cœur est blessé : guéris-le. Quand on me maudit, c'est toi qui bénis. Apprends-moi à bénir à mon tour, comme Jésus qui a prié pour ceux qui le crucifiaient. Donne-moi la force de pardonner, même si le chemin est long. Merci de te tenir à la droite du pauvre. Je veux te louer, avant même de voir l'issue. Amen.
Versets clés
Tandis que je les aime, ils sont mes adversaires; Mais moi je recours à la prière.
Face à des accusateurs qu'il aime, David choisit de prier au lieu de répondre par la haine. La prière devient sa réponse à la calomnie.
Parce qu'il ne s'est pas souvenu d'exercer la miséricorde, Parce qu'il a persécuté le malheureux et l'indigent, Jusqu'à faire mourir l'homme au coeur brisé! Il aimait la malédiction: qu'elle tombe sur lui! Il ne se plaisait pas à la bénédiction: qu'elle s'éloigne de lui!
David décrit ce qu'a fait l'ennemi : refuser la miséricorde, persécuter l'indigent et aimer la malédiction. Les demandes de jugement portent sur ce comportement.
Et toi, Eternel, Seigneur! agis en ma faveur à cause de ton nom, Car ta bonté est grande; délivre-moi!
David fait appel à la bonté de Dieu plutôt qu'à son propre mérite. Il demande à Dieu d'agir pour la gloire de son nom, et non pour sa vengeance.
Car il se tient à la droite du pauvre, Pour le délivrer de ceux qui le condamnent.
Dieu se tient à la droite du pauvre, la place d'honneur, pour le sauver. Le dernier mot est une confiance qui l'emporte sur la détresse.
Versets bibliques à méditer
Teste tes connaissances
Ce qu'en disent les prédications
Questions fréquentes sur Psaume 109
Que signifie le Psaume 109 ?
C'est une prière de David qui est accusé injustement. Il y exprime sa douleur et demande à Dieu de juger son ennemi, dans des termes très durs. Il finit par la louange et la confiance en un Dieu qui sauve le pauvre. Il montre qu'on peut tout dire à Dieu, y compris sa colère.
Pourquoi le Psaume 109 contient-il des malédictions ?
On l'appelle un psaume d'imprécation. Les chrétiens l'interprètent de façons variées : cri de justice remis à Dieu, parole prophétique appliquée à Judas par Pierre, ou expression des émotions de David. Jésus enseigne d'aimer ses ennemis, et le psaume montre qu'il vaut mieux déposer sa colère devant Dieu que se venger soi-même.
Comment prier le Psaume 109 sans haine ?
Prie d'abord le verset 4 : réponds à la blessure par la prière. Dis à Dieu ce que l'injustice t'a fait, sans te censurer, puis remets-lui le jugement. Termine par les versets 30 et 31 en le louant : il se tient aux côtés de ceux qui souffrent.
Articles citant Psaume 109
Traduction Louis Segond 1910 — domaine public.