À quoi bon la promesse quand rien ne change ?

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Introduction

Le livre de l'Exode s'ouvre sur une famille devenue peuple, et sur une question que tu peux te poser aujourd'hui : à quoi bon la promesse quand rien ne change ? Le Dieu de l'alliance est en train de faire avancer son plan de salut au moment même où tu lis ces lignes. Mais le peuple d'Israël, écrasé par l'Égypte pendant 430 ans, aurait eu de bonnes raisons d'en douter, et toi aussi peut-être, dans ta situation actuelle.

Le texte de Exode 1,1 à 2,25 t'invite à regarder deux choses en face : une situation si désespérée qu'on ne voit plus d'issue, et un sauveur si désespérant qu'on doute qu'il puisse changer quoi que ce soit. Et pourtant, en filigrane, Dieu se souvient.

Plan de l'article

1. La situation est si désespérée (Exode 1,8-22)

Au verset 7, les Israélites se multiplient et remplissent le pays. Où en est la promesse faite à Abraham ? Plutôt bien, les choses semblent avancer. Puis, verset 8, un basculement : « un nouveau roi vint à régner sur l'Égypte, lequel n'avait pas connu Joseph. » L'histoire, il faut s'en souvenir, sinon des choses terribles se passent quand on oublie ce qui a été.

Ce pharaon, dont l'auteur ne veut même pas nous donner le nom, se met à craindre. Théorie du complot, décision d'oppression, corvées, servitude rigoureuse. Non content de cela, il ordonne aux sages-femmes hébreues Chifra et Poua de tuer tout garçon à la naissance. Puis, verset 22, il donne l'ordre à tout son peuple de jeter tout garçon dans le Nil.

La situation est dramatique. C'est l'oppression dans sa plus grande noirceur. Un peuple entier réduit à l'esclavage, puis à un génocide programmé. Et la question que tu peux te poser à ce moment-là : qu'est-ce que tu aurais préféré ? Faire partie du peuple hébreu ou passer du côté du peuple égyptien ?

Et pourtant, en filigrane, les mesures du pharaon ne sont pas un franc succès. Verset 12 : « plus on l'accablait, plus il se multipliait et s'accroissait. » Face au redoutable roi d'Égypte dont on ne connaît pas le nom, l'auteur nomme deux femmes anonymes : Chifra et Poua. Pourquoi les nommer ? Parce qu'elles craignaient Dieu et n'ont pas obéi au roi. Verset 21 : « parce que les sages-femmes avaient eu la crainte de Dieu, Dieu fit prospérer leur famille. »

Le grand roi glorieux qui ne voulait pas de concurrence se retrouve devant une mise en échec humiliante : un peuple esclave qui continue de grandir, et deux femmes anonymes qui réussissent à protéger les enfants.

2. Le sauveur est si désespérant (Exode 2,1-22)

Le chapitre 2 commence comme une histoire guidée par une main invisible. C'est ce qu'on peut appeler, sobrement, l'humour de Dieu : dans sa souveraineté, Dieu se joue des circonstances et du désir de contrôle des puissants pour faire avancer son plan.

Pharaon a dit : « vous jetterez dans le Nil tout garçon qui naîtra, mais vous laisserez vivre toutes les filles » (Exode 1,22). Et voilà que dans la suite, un garçon dans le Nil survit. Sa mère, sa sœur, la fille du pharaon, les compagnes de celle-ci : Dieu utilise toutes ces femmes que le pharaon voulait garder pour sauver ce petit garçon. À l'endroit même de la consigne du puissant, Dieu renverse la situation par ironie pour susciter son sauveur, tiré des eaux. Et il se retrouve chez la fille du pharaon, sous la protection du pharaon, probablement au bénéfice de son éducation.

Moïse veut dire « retirer », Macha en hébreu. Une fois grand, verset 11, Moïse se rend auprès de ses frères. Il a le tempérament d'un sauveur : il défend l'Hébreu contre l'Égyptien, il défend les filles maltraitées au puits.

Mais pour quel résultat ? La suite déçoit. Les deux Hébreux qui se battent le rejettent : « Qui t'a établi chef et juge sur nous ? » (Exode 2,14). Moïse prend la fuite, loin du pharaon. Il finit par se marier avec Séphora, et donne pour nom à son premier fils Guerschom, parce qu'il dit : « j'habite un pays étranger » (Exode 2,22). Immigrant. Loin de chez lui. Confondu avec un Égyptien alors qu'il a pris la défense des Hébreux. Un sauveur désespérant, à ce stade.

3. Dieu se souvient (Exode 2,23-25)

Verset 23 : « longtemps après, le roi d'Égypte mourut. Les enfants d'Israël gémissaient encore sous la servitude, et poussaient des cris. » L'esclavage a duré 430 ans. À l'échelle de notre histoire européenne, cela reviendrait à un peuple qui crierait « délivre-nous » depuis Henri IV jusqu'à aujourd'hui. Longtemps, longtemps, longtemps.

Puis quatre verbes qui changent tout, versets 24-25 : « Dieu entendit leurs gémissements, et Dieu se souvint de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob. Dieu regarda les enfants d'Israël, et Dieu prit connaissance d'eux. »

Dieu entend. Dieu se souvient. Dieu regarde. Dieu prend connaissance. Le Dieu de la promesse est fiable parce qu'il est le Dieu de l'alliance. Il s'est engagé. Et quand il va intervenir, il renversera les puissances et humiliera les plus grandes forces.

4. De Moïse à Jésus, le vrai Libérateur

Cette libération que Dieu prépare, c'est Moïse qui prépare Jésus. Beaucoup plus tard, un autre roi puissant et cruel (Hérode), n'a rien pu faire pour empêcher la naissance du sauveur parfait, le nouveau Moïse. Hérode a été humilié.

Comme Moïse, Jésus s'est identifié à son peuple. Il aurait pu rester dans le confort d'être Fils du Père. Il est venu s'identifier à ses frères et les précéder sur le chemin. De la même manière que Moïse a été sauvé des eaux, le peuple passera à travers les eaux de la mer Rouge. De la même manière que Moïse s'est retrouvé étranger et immigrant, le peuple sera étranger en marche vers la terre promise.

Mais il y a une différence fondamentale avec la situation d'Israël. Ta libération, même si elle tarde, viendra. Pourquoi ? Non pas parce que ton sauveur est caché quelque part en train de garder des moutons en attendant son heure. Non : parce que Jésus a déjà vaincu le mal et la mort. Jésus a déjà été crucifié. Jésus est déjà ressuscité. Jésus est déjà assis à la droite de Dieu. Jésus t'a déjà fait entrer dans une relation parfaite avec le Père.

Tes cris, tes doutes, tes douleurs quand tu prends de plein fouet une situation désespérante dans un monde désespérant : ils ne peuvent pas résonner de la même manière que ceux du vieux peuple d'Israël. Pour une raison simple : tu marches dans le « tout est accompli » de Jésus. La victoire n'est pas à gagner. Elle est scellée.

Points à retenir

  • La promesse tient même quand la situation est désespérée et que le sauveur paraît désespérant.
  • Dieu se joue des puissants. Dans sa souveraineté, il utilise les moyens mêmes que ses adversaires mettent en place pour faire avancer son plan.
  • La crainte de l'Éternel change tout. Chifra et Poua ne font pas un bras de fer avec le pharaon ; elles préfèrent plaire à Dieu et sauver des enfants.
  • Dieu entend, se souvient, regarde, prend connaissance. Ces quatre verbes soutiennent ton espérance quand tout semble immobile.
  • Moïse annonce Jésus, le vrai Libérateur qui a déjà remporté la victoire pour toi.

Application personnelle

  • Dans ta situation actuelle, où en est la promesse ? Est-ce que tu as l'impression que rien n'avance ?
  • Qu'est-ce que tu préfères aujourd'hui : continuer d'appartenir au peuple de Dieu, quitte à te poser beaucoup de questions, ou passer du côté d'une vie sans Dieu ?
  • Y a-t-il une décision courageuse, comme celle de Chifra et Poua, que tu dois prendre par crainte de Dieu plutôt que par peur des puissants ?
  • Quand tu cries à Dieu et que rien ne change, est-ce que tu te rappelles que Jésus a déjà tout accompli, et que ta libération est scellée ?
  • Comment vivre les deux pieds dans une réalité difficile et les yeux fixés sur l'espérance de Jésus, cette semaine ?

Versets cités

  • Exode 1 · Multiplication du peuple, oppression par le pharaon, courage des sages-femmes.
  • Exode 2 · Naissance de Moïse, fuite en Madian, gémissement du peuple, Dieu se souvient.
  • Genèse 12.1-3 · La promesse à Abraham d'une grande nation.
  • Actes 7 · Discours d'Étienne qui rappelle l'âge de Moïse (40 ans).
  • Jean 19.30 · « Tout est accompli » : la victoire de Jésus est scellée.
  • Romains 15.4 · Les Écritures nous donnent patience, consolation et espérance.

FAQ

Pourquoi Dieu attend-il 430 ans avant d'agir en Exode ?

Le texte ne donne pas de réponse théorique. Il montre plutôt que du côté humain, ces 430 ans peuvent paraître un abandon, mais que du côté de Dieu, l'alliance n'a jamais été oubliée. Dieu prépare, en filigrane, la libération : par la fidélité des sages-femmes, par la naissance et l'éducation de Moïse, par les circonstances mêmes que le pharaon avait décrétées pour empêcher son plan. Le silence apparent de Dieu n'est pas son absence.

En quoi Moïse est-il un « sauveur désespérant » ?

Parce qu'à la fin d'Exode 2, tout va mal pour lui : il a tué un Égyptien, il est rejeté par ses propres frères, il fuit loin du pharaon, il devient immigrant en Madian, il est même pris pour un Égyptien par les filles de Réuel. Rien ne coche les cases attendues d'un libérateur. Et c'est là que le texte devient prophétique : il annonce Jésus, un autre sauveur qui semblera lui aussi désespérant aux yeux du monde, mais qui accomplira parfaitement la libération.

Comment vivre ma foi quand ma situation ne change pas ?

En te souvenant que tu ne marches pas dans une victoire à conquérir, mais dans une victoire déjà scellée. Jésus est mort, ressuscité, assis à la droite du Père. Ta libération va venir, non pas parce qu'un sauveur potentiel se cache quelque part, mais parce que le vrai Sauveur a déjà tout accompli. Cela ne supprime pas la difficulté, mais cela plante ton espérance ailleurs que dans le changement immédiat de ta situation.

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