Ton repas fraternel construit l'église bien plus que tu ne penses

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Introduction

Ce dimanche, à l'Église des Nations dans le 13e arrondissement de Paris, Pasteur Tuan a improvisé une prédication qu'il n'était pas prévu de donner. La retraite spirituelle du week-end approchait, et il a décidé de reprendre un sujet qu'il avait déjà effleuré l'année précédente : la communion fraternelle. Mais cette fois, sous un angle qu'on oublie facilement.

L'angle, c'est celui du repas. Pas le repas comme moment sympa entre chrétiens, mais le repas comme outil de construction de l'Église. Trois lectures ont porté le message : Exode 24 (Moïse et les 70 anciens qui contemplent Dieu et mangent devant lui), Jean 12 (Marie qui verse un parfum précieux sur les pieds de Jésus pendant un dîner, avec Judas qui s'indigne), et 1 Corinthiens 11 (Paul qui reproche aux Corinthiens leurs abus autour du repas du Seigneur).

Ce qui relie ces trois textes ? Un repas. Et derrière chaque repas, une question : est-ce que ce qu'on partage à table construit la communauté, ou est-ce qu'on la démolit ?

Plan du message

1. La communion fraternelle, ce n'est pas ce que tu crois

Quand tu entends « communion fraternelle », tu penses peut-être à une fusion émotionnelle, une ambiance chaleureuse pendant la louange, un moment où tout le monde vibre ensemble. Pasteur Tuan le dit sans détour : ce n'est pas ça. Ou plutôt, c'est en dessous de ce que Dieu veut pour toi.

L'année dernière, il avait déjà défini la communion comme le fait d'être solidaire : par la générosité, l'hospitalité, les visites. Ce dimanche, il ajoute une pièce : la communion, c'est aussi ce qui se passe à table.

2. Les quatre colonnes de la vie d'Église (Actes 2:42)

Le texte de référence, tu le connais peut-être : « Ils étaient assidus à écouter l'enseignement des apôtres, à vivre dans la communion fraternelle, à partager le pain et à participer aux prières. »

Deux choses à retenir dans ce verset. D'abord, le verbe « assidus ». Ça veut dire réguliers, constants, présents jour après jour. Pas « je viens quand j'en ai envie ». C'est une qualité qui demande de l'organisation et de la persévérance.

Ensuite, les quatre piliers, ce que la théologie appelle les moyens de grâce :

  • L'enseignement des apôtres.
  • La communion fraternelle.
  • Le partage du pain (la Sainte Cène).
  • La participation aux prières.

Quatre moyens que le Seigneur a prévus pour construire son Église. Et le Saint-Esprit, comme le rappelle 2 Corinthiens 13, est celui qui rend cette communion vivante. Sans lui, tout devient formel.

3. Le repas, un signe biblique de communion avec Dieu

Retourne à Exode 24. Moïse monte sur la montagne avec Aaron, Nadab, Abihu et les 70 anciens d'Israël. Le texte dit qu'ils voient le Dieu d'Israël, avec sous ses pieds comme une plateforme de saphir aussi pure que le ciel. Et voilà ce qui surprend : « Dieu ne fit aucun mal à ces notables d'Israël. Ils le contemplèrent, puis ils mangèrent et burent. »

C'est extraordinaire. La Bible dit ailleurs qu'on ne peut pas voir Dieu et vivre. Et pourtant, ces hommes sont devant Dieu, ils mangent et boivent. Le repas est ici le signe visible d'une communion avec Dieu et entre eux.

Dans toute la culture juive, le repas a une immense importance. Et dans la culture française aussi, on retrouve cette fonction : on mange en famille pour les baptêmes, les mariages, parfois les enterrements. On resserre les liens. C'est la même intuition. Il y a même en France une tradition des banquets républicains : le repas comme acte civique, comme fondation d'une communauté.

4. Le repas peut aussi être détourné (Jean 12 et Judas)

Deuxième lecture : Jésus est à Béthanie chez Lazare, six jours avant la Pâque. Marie prend une livre de parfum de nard pur, très cher, et en verse sur les pieds de Jésus. Elle les essuie avec ses cheveux. Toute la maison est remplie de l'odeur du parfum.

Et là, Judas grogne : « Pourquoi n'a-t-on pas vendu ce parfum 300 deniers pour les donner aux pauvres ? » Le texte de Jean précise que ce n'était pas par souci des pauvres, mais parce qu'il était voleur et qu'il tenait la bourse.

La leçon est brutale : être à table ensemble ne suffit pas à créer la communion. Judas est là. Il partage le repas. Mais son cœur n'est pas dans la fête. Il critique. Il fait semblant. Un repas peut être le lieu d'une belle offrande d'amour (Marie), et en même temps le lieu de mauvaises paroles et d'hypocrisie (Judas). Tout dépend de ce que chacun apporte.

5. La Sainte Cène est née au cœur d'un vrai repas

C'est un détail que nous oublions vite. La Sainte Cène n'a pas été instituée dans une chapelle, dans un moment de recueillement à part. Elle a eu lieu au cours du repas de la Pâque juive, avec les Douze.

Quelle Pâque juive ? Un repas avec du pain sans levain, de l'agneau (sacrifié au temple), des herbes amères, et quatre coupes de vin. Vers le début du repas, on chantait des psaumes. À la fin, on chantait les Psaumes du Hallel, du 113 au 118. Ce sont ces psaumes-là que Jésus a chantés avec ses disciples avant de sortir au jardin des Oliviers. Pas par hasard : le Psaume 113 loue le Dieu qui relève le pauvre, le Psaume 114 raconte la sortie d'Égypte, et le Psaume 118 (que Cathy a lu en début de culte) parle du salut de l'Éternel.

La Pâque juive n'était pas seulement une commémoration de la sortie d'Égypte. Elle était aussi une actualisation : chacun devait manger ce repas comme s'il était lui-même sorti d'Égypte. Et à l'époque de Jésus, elle était devenue une attente : on croyait qu'Élie viendrait ce soir-là annoncer le Messie. D'où l'atmosphère de vigilance et la parole de Jésus : « Priez et veillez, pour ne pas tomber en tentation. »

Ce que Jésus change ce soir-là, c'est le sens. Ce pain, ce n'est plus le souvenir de la sortie d'Égypte, c'est son corps. Cette coupe (probablement la troisième, la coupe de la bénédiction), ce n'est plus le sang de l'ancienne alliance, c'est le sang de la nouvelle alliance. Et tout cela au cœur d'un repas.

6. Pourquoi l'Église a séparé la Cène et le repas : la crise de Corinthe

L'Église primitive a maintenu ce que Jésus avait fait : la Sainte Cène avait lieu au cours d'un repas commun, soit le samedi soir, soit le dimanche soir. On appelait ces repas les agapes. Le repas fraternel et la Cène ne faisaient qu'un.

Alors pourquoi on ne fait plus ça aujourd'hui ? À cause de Corinthe. Lis 1 Corinthiens 11 : Paul est très dur. « Je ne vous féliciterai pas, car vos réunions vous font plus de mal que de bien. » Il y a des divisions. Chacun mange son propre repas dans son coin. Certains ont faim, d'autres s'enivrent. Et surtout, ils humilient ceux qui n'ont rien.

Petit à petit, à cause de ces abus, l'Église a séparé la Cène et le repas fraternel. Mais l'idée d'agapè, elle, était centrale. Le repas d'Église n'est pas là pour « faire meilleure connaissance ». Il est là pour promouvoir la solidarité, l'unité, la fraternité. Et négativement : pour ne pas humilier ceux qui sont précaires. Voilà l'enjeu que Paul défend, et qui reste le tien aujourd'hui.

7. Le vrai danger : le repas devient mondain

Pasteur Tuan raconte une histoire personnelle. Une fois, dans une communauté, il a vu à la fin du repas un groupe d'hommes se retirer pour aller boire du whisky. Et il s'est dit : « Moi, je m'associe pas à ça. » Le repas fraternel s'était mondainisé.

Le danger n'est pas seulement l'alcool ou la fête. Le danger, ce sont surtout les paroles. Le repas peut devenir le lieu où on critique. Où on analyse négativement le frère ou la sœur qui est là. Où on se donne l'air pieux à la surface, mais où dans le cœur (ou dans le téléphone) on juge, on compare, on démolit.

Pasteur Tuan rappelle Jésus : « Toi, tu pointes le doigt vers l'autre, mais il y en a quatre qui pointent vers toi. » Nos églises ne sont pas à l'abri de ce genre de dérapage, parce que c'est notre nature humaine. Ne l'ignore pas, ne fais pas semblant. Prends-en conscience.

8. Le repas comme outil pour construire l'Église

Alors comment un repas construit-il l'Église ? Pasteur Tuan donne plusieurs pistes, à la fois pratiques et un peu « loufoques » comme il le dit lui-même.

  • Un soutien mutuel discret. Le repas doit permettre à chacun de contribuer selon ses possibilités, sans humiliation pour ceux qui n'ont pas les moyens de recevoir chez eux.
  • Faire connaissance en profondeur. Ne reste pas assis à côté de ton voisin habituel. Intercalez un témoignage, une interview, quelqu'un qui raconte son travail. La vie chrétienne n'est pas seulement prier et lire la Bible ensemble ; c'est aussi connaître l'autre dans toute sa réalité.
  • Élargir le regard à l'Église universelle. Une vidéo d'un frère missionnaire, des nouvelles de quelqu'un en voyage, un contact avec une communauté sœur au Cambodge, à Taïwan ou ailleurs. Le repas peut te rappeler que l'Église ne se limite pas à la salle où tu es assis.
  • Faire des choses ensemble. Ateliers, lecture biblique en petit groupe, écriture de prières, chacun propose un chant. Ou plus modestement : décoration de table, petites réparations, entretien. Ce n'est pas « spirituel » au sens étroit, mais ça construit un corps.

Attention à un danger réel : dans beaucoup d'églises, c'est toujours le même petit noyau qui balaie la salle, qui prépare le repas, qui range. Les autres mangent et repartent. Ça tient un temps, mais après un certain temps, ça ne tient plus. La communion agapè demande la participation de tous.

9. La communion, c'est un apprentissage

Pasteur Tuan conclut sur une note qui résume tout. Aimer l'autre, voir dans l'autre quelque chose de positif et de bien, ce n'est pas naturel. C'est un apprentissage. Ça demande de se connaître, de s'abstenir de se considérer comme rival ou en concurrence.

Et ça revient toujours à l'essentiel : le bon Berger nous aime, et il a fait de nous les enfants de Dieu. Tu n'es pas encore arrivé au terme du voyage, mais tu es sur le chemin. Et sur ce chemin, tu apprends à te frotter aux autres dans l'amour.

Points à retenir

  1. La communion fraternelle n'est pas une émotion partagée pendant la louange. C'est une solidarité concrète, faite d'assiduité, de repas partagés, de service mutuel.
  2. Le repas est un moyen de grâce donné par Dieu. Actes 2:42 le place à côté de l'enseignement, de la communion et de la prière. Ne le sous-estime pas.
  3. Être à table ensemble ne suffit pas. Judas était à table avec Jésus. Ce qui compte, c'est ce que ton cœur et tes paroles apportent au repas.
  4. Le repas fraternel n'existe pas pour « faire meilleure connaissance ». Il existe pour construire l'unité, la solidarité, et surtout pour ne jamais humilier ceux qui n'ont rien à apporter.
  5. Faire des choses ensemble construit une Église. Prier ensemble, chanter ensemble, mais aussi ranger, décorer, réparer, s'entraider. C'est en agissant côte à côte que se tisse le corps du Christ.

Application personnelle

Prends un moment devant Dieu et pose-toi ces questions honnêtement :

  1. Suis-je assidu à ma communauté, ou est-ce que je viens uniquement quand j'en ai envie ? Qu'est-ce que Dieu me demande de rectifier dans mon engagement ?
  2. Lors du dernier repas d'Église auquel j'ai participé, quelles paroles ai-je apportées ? Étaient-elles constructives, ou ai-je critiqué, jugé, comparé ?
  3. Est-ce que je m'assois toujours à côté des mêmes personnes ? Que se passerait-il si, la prochaine fois, j'allais m'asseoir à côté de quelqu'un que je connais moins ?
  4. Est-ce toujours le même petit groupe qui prépare, sert et range dans ma communauté ? Comment puis-je concrètement soulager ceux qui portent tout ?
  5. Y a-t-il, dans mon église, quelqu'un que je pourrais inviter à ma table ? Comment puis-je le faire sans que la personne se sente en dette ou humiliée ?

Versets cités

  • Exode 24:9-11 · Moïse, Aaron et les 70 anciens contemplent Dieu, puis mangent et boivent devant lui.
  • Jean 12:1-8 · Marie verse le parfum de nard sur les pieds de Jésus ; l'indignation de Judas.
  • 1 Corinthiens 11:17-22 · Paul dénonce les abus des Corinthiens autour du repas du Seigneur.
  • Actes 2:42 · Les quatre colonnes de la vie de l'Église primitive.
  • 2 Corinthiens 13:13 · La communion du Saint-Esprit qui vivifie la communion fraternelle.
  • 1 Corinthiens 5:7-8 · Christ notre Pâque ; célébrons la fête.
  • Psaumes 113-118 · Les Psaumes du Hallel, chantés par Jésus lors de la dernière Pâque.
  • Matthieu 7:3-5 · La paille et la poutre, ou l'art de ne pas juger les autres à table.

FAQ

La Sainte Cène doit-elle être prise avec du pain sans levain, comme la Pâque juive ?

Pasteur Tuan avoue prendre position à contre-courant de beaucoup : il ne pense pas que la Sainte Cène doive être faite avec du pain sans levain. Il s'appuie sur 1 Corinthiens 5 : « Christ, notre Pâque, a été immolé ; célébrons donc la fête, non avec le vieux levain… » Le « pain sans levain » de ce texte ne parle pas du pain sur la table, mais du fait de chasser de la communauté ce qui est impropre. Pour lui, du vrai pain (avec levain) serait plus clair et plus vivant comme signe de Jésus, le pain de Dieu. Il reconnaît que sur ce point, les avis divergent, et que la tradition est difficile à changer.

Pourquoi la Sainte Cène ne se fait-elle plus au cœur d'un vrai repas aujourd'hui ?

Historiquement, à cause des abus dans l'Église de Corinthe. Paul décrit dans 1 Corinthiens 11 des chrétiens qui, au moment du repas commun, mangeaient chacun leur propre nourriture : certains avaient faim, d'autres s'enivraient, et surtout les plus pauvres étaient humiliés. Pour éviter ces dérapages, l'Église a progressivement séparé la Cène et le repas fraternel (les « agapes »). Mais l'idée biblique reste que le repas et la Cène sont profondément liés : tous deux visent à construire la communauté.

Comment éviter que le repas d'Église devienne mondain ou source de critiques ?

Trois pistes concrètes issues du message. D'abord, sois lucide sur ta propre nature humaine : la tendance à critiquer et à comparer est réelle, ne fais pas semblant qu'elle n'est pas là. Ensuite, oriente les paroles vers l'édification : partager un témoignage, s'intéresser au travail de l'autre, se réjouir des bonnes nouvelles. Enfin, structure le repas comme un moment d'agapè : interviews, présentations, échanges qui construisent tout le groupe, et pas seulement des conversations en petit comité avec le voisin habituel.

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