Introduction
Quand tu entends le mot « mission », qu'est-ce qui te vient à l'esprit ? Souvent, tu as en tête des images du 19e siècle : des aventuriers de la foi qui affrontent des terres inconnues et des populations à des milliers de kilomètres de chez eux. Ces gens-là avaient un sacré courage, mais les faux pas et les dérives étaient difficiles à éviter, la sensibilité de notre époque aux effets du colonialisme nous le rappelle malheureusement. Résultat : avec cette image en tête, tu te dis vite que la mission, « c'est pour les héros, pas pour moi ». Mireille Boissonnat propose de revisiter ce mot. Bien sûr, Dieu envoie certains loin de chez eux, dans un contexte culturel très différent. Mais réduire la mission à ce seul modèle, c'est en restreindre le sens. À partir de Jean 17.14-21 et Jérémie 29.1-7, elle rappelle une chose simple et redoutable : nous sommes tous envoyés, là où Dieu nous a placés, pour parler, agir et intercéder.
Plan du message
1. Le mandat de Jésus : envoyés dans le monde (Jean 17.14-21)
- Jésus s'adresse à son Père juste avant sa passion, en présence de ses disciples. On retient souvent surtout le thème de l'unité des chrétiens. C'est vrai, Jésus désire intensément que ses enfants soient un, pour rendre un témoignage crédible à l'amour du Père manifesté dans le Fils.
- Mais le passage dit aussi autre chose de ta situation. Verset 18 : « Comme tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde. » Jésus n'envisage pas de te rassembler dans un enclos protégé, à l'abri des dangers et des risques. Tu es envoyé, comme lui, pour poursuivre son œuvre, œuvre de proclamation, de libération, de compassion.
- L'objectif est ambitieux. Paul l'écrit à Timothée : « Dieu notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Timothée 2.4). Tu es appelé à entrer dans le plan de salut de Dieu pour l'humanité, en prolongement de ce qu'il accomplit depuis la nuit des temps.
- Jésus prévient : ses disciples connaîtront la même inimitié que lui de la part d'un monde qui reste rebelle à l'appel divin. C'est pourquoi il veille à t'équiper. Sa prière est puissante. Il demande au Père de te garder du mal, il s'offre entièrement à Dieu pour toi, pour que sa vérité t'habite et que ta communion avec le Père soit parfaite.
- Au verset 20, il mentionne un aspect concret de cette mission : l'usage de la parole pour amener d'autres à croire. Paul le formule aux Romains d'une façon qui fait écho à Jean : « Comment croiront-ils en celui dont ils n'ont pas entendu parler ? Et comment en entendront-ils parler s'il n'y a personne qui l'annonce ? Et comment l'annoncera-t-on, si l'on n'est pas envoyé ? » (Romains 10.14-15).
- Voilà une première façon d'accomplir ta mission : par la parole. Certains y sont plus donnés que d'autres, mais c'est bien un élément du témoignage que tu dois à ceux qui ne croient pas encore.
2. La leçon des exilés : chercher la paix de la ville (Jérémie 29.1-7)
- Nous sommes à la fin du 6e siècle avant Jésus-Christ. Les Babyloniens ont déporté l'élite de Jérusalem à Babylone. Le prophète Jérémie, encore à Jérusalem, sait que le retour n'est pas pour tout de suite. De faux prophètes prétendent le contraire, pour remonter le moral des troupes, sans appeler le peuple à la seule chose qui aurait pu améliorer sa situation : obéir à Dieu.
- Jérémie écrit alors aux exilés une lettre étonnante. Il ne leur dit pas : « Restez sous tension, attendez, refusez toute racine. » Il leur dit : « Bâtissez des maisons et habitez-les. Plantez des jardins et mangez-en le fruit. Mariez-vous, engendrez des fils et des filles. Multipliez-vous là où vous êtes, et ne diminuez pas » (Jérémie 29.5-6).
- Le lien avec Jean 17, c'est la notion d'exil. Dans Jérémie, l'exil est très littéral, plus de 1000 km de chez eux. Dans Jean, l'exil est symbolique : le chrétien vit dans le monde, un monde hostile, mais sans appartenir au monde. Dans les deux cas, le peuple de Dieu partage la condition humaine tout en ne participant pas de la même nature que « les citoyens du prince de ce monde ». Ton allégance va au Dieu Sauveur et Seigneur qui t'a accueilli dans sa famille et te promet son royaume éternel. D'où les tensions et les dilemmes qui peuvent bien souvent t'assaillir.
- Regarde ce que le prophète demande à ces exilés. Plutôt que se réfugier dans l'espoir futile d'un rapatriement quasi immédiat à Jérusalem, ils sont invités à bien remplir leur mission : témoigner, là où ils se trouvent, du Dieu en qui ils croient et qui a déjà si souvent agi en leur faveur.
- L'invitation culmine au verset 7 : « Recherchez la paix de la ville où je vous ai exilés, et intercédez pour elle auprès du Seigneur, car votre paix dépendra de la sienne. » La paix, ici, est à comprendre au sens large et matériel : plénitude, confiance dans l'avenir, accomplissement des promesses.
- Autrement dit : Dieu demande à ses enfants de contribuer au bien-être d'un lieu qu'ils détestent et qu'ils voudraient quitter au plus vite. Ce n'est pas évident. Ce qu'on attendrait plutôt dans ce genre de circonstance (et qui serait presque légitime), c'est le repli sur soi, l'obsession de la pureté dans un petit cercle bien gardé, ou l'appui sur soi-même. Mais non. Les exilés sont invités à se décentrer, à prendre en compte les besoins de ceux qui les entourent, à faire leur part pour que les choses aillent bien pour tous, Babyloniens et Israélites confondus.
3. Trois voies pour vivre ta mission : parler, agir, prier
- Parler. C'est la voie évoquée par Jean 17.20 et Romains 10.14-15. Certains y sont plus donnés que d'autres. Mais tu dois ce témoignage à ceux qui ne croient pas encore. Comment croiront-ils s'ils n'ont personne pour annoncer ?
- Agir. Prendre conscience des problèmes auxquels font face tes contemporains. Faire ce que tu peux pour apporter de l'aide, là où tu le peux. Prendre ta part des difficultés vécues par tes voisins. Rendre le bien pour le mal. Cela peut se décliner en de nombreux types d'engagement : associations, œuvres qui luttent contre les carences ou les injustices de la société, choix politiques qui demandent discernement et décisions sans compromis. Beaucoup de chrétiens sont déjà présents là où l'on a besoin de bonne volonté. Être « sel de la terre et lumière du monde » comme Jésus le déclare, c'est aussi agir selon l'exemple de courage et de compassion du Seigneur.
- Prier. Peut-être le plus difficile. Jérémie l'exhorte aux exilés. Paul le redemande à Timothée. Tu es exhorté à prier pour les autorités. C'est une responsabilité redoutable, et tu n'en as peut-être pas toujours envie.
- Note ceci : le prophète comme l'apôtre lient ton intercession pour la paix du monde à ta propre possibilité de vivre en paix. Cela ressemble un peu à un marchandage. Mais surtout, cela te met au défi d'accomplir ta mission sérieusement. C'est en priant ainsi que se forge le rôle d'artisan de paix et de serviteur de réconciliation que tu dois être.
- Prier pour ta ville, pour ses différents acteurs, c'est entrer dans le projet de révélation et de salut de Dieu pour chaque être humain. Ce sera peut-être aussi t'ouvrir les yeux sur les gestes que tu pourras poser en faveur de l'un ou de l'autre, sur des actions utiles autour de toi. Pas facile, on te le concède. Mais essaie.
Points à retenir
- La mission n'est pas d'abord une carte du monde. C'est un mandat. « Comme tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés » (Jean 17.18). Tu es envoyé là où la vie t'a placé.
- Tu es dans le monde sans être du monde. Cette tension est normale. Elle ne t'autorise pas à te replier, elle t'appelle à t'engager, comme les exilés de Babylone.
- Chercher la paix de ta ville, c'est contribuer au bien de gens que tu n'aurais pas choisis. C'est rendre le bien pour le mal.
- Ta mission a trois visages ordinaires : parler, agir, prier. Chacun selon les dons reçus, selon les circonstances où Dieu te placera.
- Jésus ne t'envoie pas sans t'équiper. Sa prière du chapitre 17 te garde, te consacre par la vérité, et rend possible la communion avec le Père.
Application personnelle
- Où Dieu t'a-t-il placé aujourd'hui : quartier, travail, école, famille ? Fais la liste des personnes que tu croises chaque semaine. Qui pourrait avoir besoin d'un témoignage de ta part, parole, geste, ou intercession ?
- Y a-t-il un lieu, une ville, un quartier que tu voudrais fuir plutôt que servir ? Que change Jérémie 29.7 dans ton regard sur cet endroit ?
- Dans les trois voies (parler, agir, prier), laquelle est la plus naturelle pour toi ? Laquelle t'effraie ou te lasse le plus ? Que peux-tu faire cette semaine pour t'engager sur la voie que tu évites ?
- Pries-tu régulièrement pour tes autorités, maire, gouvernement, employeur, école de tes enfants ? Choisis-en un aujourd'hui et prie pour lui pendant sept jours.
- Où prends-tu déjà ta part des difficultés de tes voisins ? Où pourrais-tu commencer, même petit, à rendre le bien pour le mal ?
Versets cités
- Jean 17.14-21 · la prière sacerdotale : « Comme tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés »
- Jérémie 29.1-7 · la lettre aux exilés : « Recherchez la paix de la ville »
- 1 Timothée 2.4 · Dieu veut que tous les hommes soient sauvés
- Romains 10.14-15 · « Comment croiront-ils, s'ils n'ont personne pour annoncer ? »
- Matthieu 5.13-14 · vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde
- 1 Timothée 2.1-2 · prier pour les autorités pour mener une vie paisible
- 2 Pierre 1.4 · appelés à participer à la nature divine
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Questions fréquentes
Faut-il partir à l'étranger pour être missionnaire ?
Non. Réduire la mission à l'image du 19e siècle (l'aventurier de la foi qui traverse les océans), c'est restreindre le sens du mot. Bien sûr, Dieu envoie certains loin de chez eux. Mais dans Jean 17.18, Jésus dit à son Père : « Comme tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde. » Tu es envoyé là où la vie t'a placé : ton quartier, ton travail, ta ville. Pas besoin d'aller aux extrémités de la terre pour vivre ta mission.
Que veut dire « chercher la paix de la ville » dans Jérémie 29.7 ?
Dieu demande aux exilés à Babylone de contribuer au bien-être d'une ville qu'ils détestent et voudraient quitter. « Recherchez la paix de la ville où je vous ai exilés et intercédez pour elle auprès du Seigneur » (Jérémie 29.7). La paix, ici, se comprend au sens large : plénitude, prospérité, confiance dans l'avenir. Pour toi aujourd'hui, cela veut dire prendre conscience des problèmes que vivent tes contemporains, apporter de l'aide là où tu le peux, et rendre le bien pour le mal.
Comment prier pour ma ville et ses autorités quand je n'en ai pas envie ?
Jérémie le demande aux exilés. Paul le redemande à Timothée dans le Nouveau Testament. Prier pour les autorités est une responsabilité redoutable, et on n'en a pas toujours envie. Le prophète lie même notre intercession à notre propre possibilité de vivre en paix, ce qui ressemble à un marchandage, mais c'est surtout un défi pour que tu prennes ta mission au sérieux. C'est en priant ainsi que se forge en toi le rôle d'artisan de paix et de serviteur de réconciliation. Commence petit : prie pour ton maire, pour un voisin difficile, pour un dossier en cours. Dieu ouvrira tes yeux sur les gestes à poser.
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