La Bible — Louis Segond 1910
Psaume 139
En bref
Le Psaume 139 est un cantique de David sur la connaissance que Dieu a de chacun. Dieu sonde, connaît nos pensées et nos paroles avant qu'elles soient dites. Nulle part on ne peut fuir sa présence, ni dans les cieux, ni dans les ténèbres. Il a tissé chaque être dans le sein maternel, et ses pensées pour nous sont innombrables. Le psaume se termine par une prière : sonde-moi, ô Dieu, et conduis-moi sur la voie de l'éternité.
D'après son titre, le Psaume 139 est de David, et il est confié au chef des chantres, c'est-à-dire destiné au chant du culte. Le titre ne donne aucune circonstance. C'est une méditation sur le Dieu qui connaît tout, qui est présent partout et qui forme chaque être humain, mais elle ne reste jamais abstraite : du premier au dernier verset, David parle à Dieu en lui disant tu. Le psaume s'achève par un cri contre les méchants puis par une demande d'examen, si bien que certains y voient la prière d'un homme accusé à tort qui remet sa cause à Dieu. Aujourd'hui, les chrétiens le lisent quand ils se sentent seuls, incompris ou sans valeur, à l'arrivée d'un enfant, dans la réflexion sur la valeur de la vie avant la naissance, et pour s'examiner devant Dieu, par exemple avant la Cène.
Le chapitre en 5 parties
1Au chef des chantres. De David. Psaume. Eternel! tu me sondes et tu me connais,
2Tu sais quand je m'assieds et quand je me lève, Tu pénètres de loin ma pensée;
3Tu sais quand je marche et quand je me couche, Et tu pénètres toutes mes voies.
4Car la parole n'est pas sur ma langue, Que déjà, ô Eternel! tu la connais entièrement.
5Tu m'entoures par derrière et par devant, Et tu mets ta main sur moi.
6Une science aussi merveilleuse est au-dessus de ma portée, Elle est trop élevée pour que je puisse la saisir.
7Où irais-je loin de ton esprit, Et où fuirais-je loin de ta face?
8Si je monte aux cieux, tu y es; Si je me couche au séjour des morts, t'y voilà.
9Si je prends les ailes de l'aurore, Et que j'aille habiter à l'extrémité de la mer,
10Là aussi ta main me conduira, Et ta droite me saisira.
11Si je dis: Au moins les ténèbres me couvriront, La nuit devient lumière autour de moi;
12Même les ténèbres ne sont pas obscures pour toi, La nuit brille comme le jour, Et les ténèbres comme la lumière.
13C'est toi qui as formé mes reins, Qui m'as tissé dans le sein de ma mère.
14Je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse. Tes oeuvres sont admirables, Et mon âme le reconnaît bien.
15Mon corps n'était point caché devant toi, Lorsque j'ai été fait dans un lieu secret, Tissé dans les profondeurs de la terre.
16Quand je n'étais qu'une masse informe, tes yeux me voyaient; Et sur ton livre étaient tous inscrits Les jours qui m'étaient destinés, Avant qu'aucun d'eux existât.
17Que tes pensées, ô Dieu, me semblent impénétrables! Que le nombre en est grand!
18Si je les compte, elles sont plus nombreuses que les grains de sable. Je m'éveille, et je suis encore avec toi.
19O Dieu, puisses-tu faire mourir le méchant! Hommes de sang, éloignez-vous de moi!
20Ils parlent de toi d'une manière criminelle, Ils prennent ton nom pour mentir, eux, tes ennemis!
21Eternel, n'aurais-je pas de la haine pour ceux qui te haïssent, Du dégoût pour ceux qui s'élèvent contre toi?
22Je les hais d'une parfaite haine; Ils sont pour moi des ennemis.
23Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon coeur! Eprouve-moi, et connais mes pensées!
24Regarde si je suis sur une mauvaise voie, Et conduis-moi sur la voie de l'éternité!
Comprendre Psaume 139 verset par verset
v. 1-4Dieu me connaît : rien de ma vie ne lui échappe
Le psaume commence par un constat : « Eternel! tu me sondes et tu me connais ». Sonder, c'est explorer à fond, comme on creuse un terrain pour en connaître le sous-sol. David ne parle pas d'un Dieu qui sait tout en général, il parle d'un Dieu qui le connaît, lui. Quand il s'assied et quand il se lève, quand il marche et quand il se couche : toute sa journée, des gestes les plus banals aux décisions importantes, se déroule sous le regard de Dieu. Dieu pénètre de loin sa pensée, avant même qu'elle soit formulée, et il connaît chaque parole avant qu'elle soit sur sa langue. Cette connaissance pourrait faire peur. Mais pour David, elle est d'abord une relation : il dit tu, il parle à quelqu'un. Si tu te sens incompris, ou si personne ne sait vraiment ce que tu vis, ces versets te disent qu'un regard te connaît entièrement, et que ce regard, loin de t'abandonner, t'entoure.
v. 5-6Entouré par Dieu, devant un savoir trop haut pour moi
« Tu m'entoures par derrière et par devant, Et tu mets ta main sur moi. » L'image peut se lire de deux façons : une main qui retient, ou une main qui protège, et David semble passer de l'une à l'autre. Dieu est derrière lui, du côté de son passé, et devant lui, du côté de son avenir. Il n'y a pas un instant de sa vie où il soit livré à lui-même. Devant une telle connaissance, David reconnaît ses limites : « Une science aussi merveilleuse est au-dessus de ma portée ». Il ne cherche pas à tout comprendre, il s'émerveille. C'est une manière saine de recevoir les vérités sur Dieu qui nous dépassent : non comme un problème à résoudre, mais comme une raison d'adorer. Pour toi, cela veut dire que ta vie entière, ce qui est derrière toi comme ce qui t'attend, est tenue par la main de quelqu'un qui te connaît mieux que toi-même.
v. 7-10Où fuir loin de Dieu ? Nulle part, et c'est une grâce
David pose une question : « Où irais-je loin de ton esprit, Et où fuirais-je loin de ta face? » Il imagine les endroits les plus extrêmes : en haut les cieux, en bas le séjour des morts, puis l'aurore à l'est et l'extrémité de la mer à l'ouest. Partout, la réponse est la même : Dieu y est. Le prophète Jonas a essayé de fuir Dieu en prenant la mer, et il a découvert que c'était impossible. Mais David ne le dit pas comme une menace. Au bout de sa fuite imaginaire, il trouve une promesse : « Là aussi ta main me conduira, Et ta droite me saisira. » La main qui semblait le retenir le guide et le tient. Si tu t'es éloigné de Dieu, par ta faute ou à cause de ce que la vie t'a fait traverser, ces versets te disent que tu n'es pas allé trop loin pour lui. Il est déjà là où tu es.
v. 11-12Même la nuit n'est pas obscure pour Dieu
David envisage une dernière cachette : l'obscurité. Il pourrait se dire que les ténèbres, au moins, le couvriront. Mais la nuit elle-même devient lumière autour de lui. « Même les ténèbres ne sont pas obscures pour toi » : pour Dieu, la nuit brille comme le jour. Dans la Bible, les ténèbres désignent aussi bien la nuit réelle que les périodes sombres de la vie : la dépression, le deuil, la honte, ce qu'on fait en cachette. Pour celui qui voudrait se cacher, ces versets sont un avertissement : rien n'échappe à Dieu. Pour celui qui se sent perdu dans le noir, ils sont une consolation : ta nuit n'est pas obscure pour lui, il voit où tu es, et sa main peut encore te conduire. Si tu traverses une période où tout te semble sombre, tu n'y es pas invisible.
v. 13-14Tissé dans le sein maternel : une créature merveilleuse
Le psaume passe de la présence de Dieu à son œuvre de Créateur : « C'est toi qui as formé mes reins, Qui m'as tissé dans le sein de ma mère. » En hébreu, les reins désignent le plus intime de la personne, le siège des émotions et de la conscience. L'image du tissage dit le soin : Dieu n'a pas assemblé David au hasard, il l'a façonné comme un artisan, fil après fil. David en tire une louange : « Je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse. » Il ne s'admire pas lui-même, il admire l'ouvrier. Beaucoup de chrétiens s'appuient sur ces versets pour affirmer la valeur de toute vie humaine dès le sein maternel : avant d'être vu par qui que ce soit, l'enfant est déjà l'ouvrage de Dieu. Et si tu as du mal à t'accepter, avec ton corps, ton histoire et tes limites, ce verset ne te demande pas de te trouver parfait. Il t'invite à reconnaître que les œuvres de Dieu sont admirables, et que tu en fais partie.
v. 15-16Vu par Dieu avant même de naître
David insiste : « Mon corps n'était point caché devant toi, Lorsque j'ai été fait dans un lieu secret ». Le sein maternel, ce lieu que personne ne pouvait voir, est comparé aux profondeurs de la terre. Personne ne voyait l'enfant, mais Dieu le voyait. Le verset 16 va plus loin : « Quand je n'étais qu'une masse informe, tes yeux me voyaient ». Le mot hébreu désigne un être encore sans forme, l'embryon. Avant même d'avoir un visage, David était connu de Dieu. C'est pourquoi ce passage compte tant pour les chrétiens attachés au respect de la vie avant la naissance. Il console aussi les parents qui ont perdu un enfant avant sa naissance : ce petit était connu de Dieu. Le verset parle enfin d'un livre où étaient inscrits les jours de David avant qu'ils existent. Les chrétiens comprennent de façons différentes comment Dieu connaît d'avance nos jours, mais tous y lisent la même assurance : ta vie n'est pas un hasard pour lui.
v. 17-18Les pensées de Dieu, plus nombreuses que le sable
Après avoir parlé de ce que Dieu sait de lui, David se tourne vers ce que Dieu pense : « Que tes pensées, ô Dieu, me semblent impénétrables! Que le nombre en est grand! » Le mot hébreu rendu ici par impénétrables signifie aussi précieuses : les pensées de Dieu ont du prix pour David. S'il essayait de les compter, elles seraient plus nombreuses que les grains de sable. Ce Dieu qui le connaît jusqu'au fond n'est pas un enquêteur froid : il pense à lui sans cesse. Puis vient une phrase simple et touchante : « Je m'éveille, et je suis encore avec toi. » Peut-être David s'est-il endormi en comptant, peut-être parle-t-il de chaque matin. Dans les deux cas, la nuit n'a pas rompu la relation. Si tu te réveilles avec l'angoisse au ventre, ce verset peut devenir ta première pensée du jour : Dieu était là pendant que tu dormais, et il est encore là.
v. 19-22Une colère franche contre le mal et les ennemis de Dieu
Le ton change brusquement : « O Dieu, puisses-tu faire mourir le méchant! » David parle d'hommes de sang, qui se servent du nom de Dieu pour mentir. Il va jusqu'à dire : « Je les hais d'une parfaite haine ». Ces versets choquent, et certaines liturgies les passent sous silence. Il faut pourtant les lire tels qu'ils sont. David ne prend pas les armes : il demande à Dieu d'agir au lieu de se venger lui-même, et il présente ces hommes d'abord comme des ennemis de Dieu. Les chrétiens comprennent ces versets de plusieurs manières : certains y voient un zèle légitime pour la justice de Dieu, d'autres un cri humain que Dieu accueille sans en approuver chaque mot. À la lumière de Jésus, qui demande d'aimer ses ennemis et de prier pour eux (Matthieu 5:44), on peut y entendre un refus net du mal qui laisse le jugement à Dieu. Et David lui-même ne s'arrête pas là.
v. 23-24Sonde-moi, ô Dieu : la prière d'un cœur ouvert
Après avoir parlé des méchants, David tourne la lumière vers lui-même : « Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon coeur! » Le psaume s'ouvrait sur un constat, tu me sondes ; il se termine par une demande, sonde-moi. Celui qui se demandait où fuir loin de la face de Dieu lui ouvre maintenant son cœur. Il ne demande pas à Dieu de confirmer qu'il a raison contre ses ennemis : il demande à être éprouvé, y compris dans sa colère. Le mot traduit par pensées désigne en hébreu les pensées qui agitent, les inquiétudes. Puis vient la prière : « Regarde si je suis sur une mauvaise voie, Et conduis-moi sur la voie de l'éternité! » Il ne s'agit pas de s'examiner seul jusqu'à l'angoisse, mais de laisser Dieu regarder et corriger. Les chrétiens y entendent un écho de Jésus, qui se présente comme le chemin (Jean 14:6). Prier ces versets, c'est préférer la vérité de Dieu à l'image qu'on se fait de soi.
Comment prier Psaume 139
Quand prier ce psaume
- Quand tu te sens seul ou incompris, et que personne ne semble savoir ce que tu vis.
- Quand tu as du mal à accepter ton corps, ton histoire ou tes limites.
- Pendant une grossesse ou à l'arrivée d'un enfant, pour le remettre à Dieu.
- Après la perte d'un enfant avant sa naissance.
- Quand tu t'es éloigné de Dieu et que tu crois être allé trop loin pour revenir.
- La nuit, quand l'angoisse t'empêche de dormir, ou le matin au réveil.
- Avant la Cène ou une décision importante, pour demander à Dieu de sonder ton cœur.
Une prière inspirée de Psaume 139
Seigneur, tu me sondes et tu me connais. Tu sais quand je m'assieds et quand je me lève, tu connais mes paroles avant qu'elles soient sur ma langue. Il m'arrive d'avoir peur de ce regard, parce que je ne peux rien te cacher. Mais tu ne me regardes pas pour m'écraser : tu mets ta main sur moi pour me conduire. Où irais-je loin de toi ? Même dans mes nuits les plus sombres, tu es là, et les ténèbres ne sont pas obscures pour toi. Merci de m'avoir tissé dans le sein de ma mère. Quand je doute de ma valeur, rappelle-moi que je suis l'œuvre de tes mains et que tes yeux me voyaient avant ma naissance. Tes pensées pour moi sont plus nombreuses que le sable : apprends-moi à m'y reposer. Je te confie aussi ma colère devant le mal et devant ceux qui me font du tort : garde-moi de la haine et de la vengeance, je te laisse le jugement. Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur. Éprouve-moi et connais mes inquiétudes. Regarde s'il y a en moi une mauvaise voie, et conduis-moi sur la voie de l'éternité, à la suite de Jésus. Amen.
Versets clés
Au chef des chantres. De David. Psaume. Eternel! tu me sondes et tu me connais, Tu sais quand je m'assieds et quand je me lève, Tu pénètres de loin ma pensée;
David ne parle pas d'un savoir abstrait. Dieu le sonde personnellement : il connaît ses gestes, ses pensées, sa vie intérieure.
Où irais-je loin de ton esprit, Et où fuirais-je loin de ta face? Si je monte aux cieux, tu y es; Si je me couche au séjour des morts, t'y voilà. Si je prends les ailes de l'aurore, Et que j'aille habiter à l'extrémité de la mer, Là aussi ta main me conduira, Et ta droite me saisira.
Aucun lieu n'échappe à la présence de Dieu. Cette vérité peut inquiéter, mais David y trouve une promesse : même loin, la main de Dieu le conduit.
Je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse. Tes oeuvres sont admirables, Et mon âme le reconnaît bien.
Chaque personne est une œuvre admirable de Dieu. Ce verset fonde la dignité de la vie humaine et la reconnaissance de soi sans orgueil.
Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon coeur! Eprouve-moi, et connais mes pensées! Regarde si je suis sur une mauvaise voie, Et conduis-moi sur la voie de l'éternité!
La prière finale invite Dieu à examiner le cœur. Elle demande à être corrigé et guidé, et non à être justifié.
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Ce qu'en disent les prédications
Questions fréquentes sur Psaume 139
Que signifie le Psaume 139 ?
Le Psaume 139 est une méditation de David sur la connaissance que Dieu a de lui. Dieu voit ses pensées, il est présent partout, il l'a formé avant sa naissance et il a prévu ses jours. Le texte conduit à une prière finale : demander à Dieu de sonder son cœur. C'est une parole de réconfort pour celui qui se sent seul ou sans valeur.
Que veut dire Psaume 139:14, je suis une créature merveilleuse ?
Au verset 14, David loue Dieu parce qu'il est une créature merveilleuse, une œuvre admirable. Il ne se glorifie pas lui-même : il reconnaît le travail du Créateur sur chaque être humain. Ce verset est souvent cité pour affirmer la valeur de toute vie, y compris celle qui est fragile ou handicapée, tout en gardant comme centre la louange de Dieu.
Comment prier ou méditer le Psaume 139 ?
Médite-le en trois étapes. Lis les versets 1 à 6 en remerciant Dieu de te connaître entièrement. Lis ensuite les versets 7 à 12 en lui confiant les lieux de ta vie où tu te sens loin de lui. Termine par les versets 23 et 24 en lui demandant de sonder ton cœur et de te conduire sur la bonne voie.
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Traduction Louis Segond 1910 — domaine public.