La Bible — Louis Segond 1910

Psaume 22

En bref

Le Psaume 22 commence par le cri que Jésus reprend sur la croix : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? David y décrit un homme moqué, entouré d'ennemis, épuisé, qui pourtant se rappelle la fidélité de Dieu envers ses pères. Au verset 22, la prière se transforme en louange publique, et le psaume s'ouvre sur toutes les nations. Le Nouveau Testament y voit des échos de la passion de Christ : les moqueries, les vêtements tirés au sort.

D'après son titre, le Psaume 22 est de David et se chantait sur Biche de l'aurore, sans doute le nom d'une mélodie. Le titre ne donne aucune circonstance : on ignore quel épisode David évoque, et la souffrance décrite semble dépasser ce que l'on sait de sa vie. C'est une lamentation qui se change en louange : le cri des versets 1 à 21 fait place à l'action de grâce dans l'assemblée, puis à une vision de toutes les nations tournées vers Dieu. Les évangiles y reviennent plusieurs fois dans le récit de la croix, et Jésus en a crié le premier verset. Dans beaucoup de Bibles françaises, le titre forme un verset à part et la numérotation y est décalée d'un : le partage des vêtements, verset 18 ici, y porte le numéro 19. Aujourd'hui, les chrétiens le relisent pendant la semaine sainte, et dans les nuits où Dieu semble se taire.

Le chapitre en 4 parties

  1. v. 1-11Le cri d'abandon et le souvenir de la fidélité de Dieu
  2. v. 12-22Entouré d'ennemis : la détresse du juste et sa prière
  3. v. 23-27La louange : Dieu n'a pas méprisé la peine du misérable
  4. v. 28-31Le règne de l'Éternel sur toutes les nations, de génération en génération

1Au chef des chantres. Sur Biche de l'aurore. Psaume de David. Mon Dieu! mon Dieu! pourquoi m'as-tu abandonné, Et t'éloignes-tu sans me secourir, sans écouter mes plaintes?

2Mon Dieu! je crie le jour, et tu ne réponds pas; La nuit, et je n'ai point de repos.

3Pourtant tu es le Saint, Tu sièges au milieu des louanges d'Israël.

4En toi se confiaient nos pères; Ils se confiaient, et tu les délivrais.

5Ils criaient à toi, et ils étaient sauvés; Ils se confiaient en toi, et ils n'étaient point confus.

6Et moi, je suis un ver et non un homme, L'opprobre des hommes et le méprisé du peuple.

7Tous ceux qui me voient se moquent de moi, Ils ouvrent la bouche, secouent la tête:

8Recommande-toi à l'Eternel! L'Eternel le sauvera, Il le délivrera, puisqu'il l'aime! -

9Oui, tu m'as fait sortir du sein maternel, Tu m'as mis en sûreté sur les mamelles de ma mère;

10Dès le sein maternel j'ai été sous ta garde, Dès le ventre de ma mère tu as été mon Dieu.

11Ne t'éloigne pas de moi quand la détresse est proche, Quand personne ne vient à mon secours!

12De nombreux taureaux sont autour de moi, Des taureaux de Basan m'environnent.

13Ils ouvrent contre moi leur gueule, Semblables au lion qui déchire et rugit.

14Je suis comme de l'eau qui s'écoule, Et tous mes os se séparent; Mon coeur est comme de la cire, Il se fond dans mes entrailles.

15Ma force se dessèche comme l'argile, Et ma langue s'attache à mon palais; Tu me réduis à la poussière de la mort.

16Car des chiens m'environnent, Une bande de scélérats rôdent autour de moi, Ils ont percé mes mains et mes pieds.

17Je pourrais compter tous mes os. Eux, ils observent, ils me regardent;

18Ils se partagent mes vêtements, Ils tirent au sort ma tunique.

19Et toi, Eternel, ne t'éloigne pas! Toi qui es ma force, viens en hâte à mon secours!

20Protège mon âme contre le glaive, Ma vie contre le pouvoir des chiens!

21Sauve-moi de la gueule du lion, Délivre-moi des cornes du buffle!

22Je publierai ton nom parmi mes frères, Je te célébrerai au milieu de l'assemblée.

23Vous qui craignez l'Eternel, louez-le! Vous tous, postérité de Jacob, glorifiez-le! Tremblez devant lui, vous tous, postérité d'Israël!

24Car il n'a ni mépris ni dédain pour les peines du misérable, Et il ne lui cache point sa face; Mais il l'écoute quand il crie à lui.

25Tu seras dans la grande assemblée l'objet de mes louanges; J'accomplirai mes voeux en présence de ceux qui te craignent.

26Les malheureux mangeront et se rassasieront, Ceux qui cherchent l'Eternel le célébreront. Que votre coeur vive à toujours!

27Toutes les extrémités de la terre penseront à l'Eternel et se tourneront vers lui; Toutes les familles des nations se prosterneront devant ta face.

28Car à l'Eternel appartient le règne: Il domine sur les nations.

29Tous les puissants de la terre mangeront et se prosterneront aussi; Devant lui s'inclineront tous ceux qui descendent dans la poussière, Ceux qui ne peuvent conserver leur vie.

30La postérité le servira; On parlera du Seigneur à la génération future.

31Quand elle viendra, elle annoncera sa justice, Elle annoncera son oeuvre au peuple nouveau-né.

Comprendre Psaume 22 verset par verset

v. 1-2Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné : un cri sans réponse

Le psaume s'ouvre sur le cri le plus nu de la Bible : « Mon Dieu! mon Dieu! pourquoi m'as-tu abandonné ». David ne dit pas que Dieu n'existe pas, il lui parle. Il dit mon Dieu, deux fois, et c'est justement parce qu'il compte sur lui que son silence fait si mal. Il crie le jour et la nuit, sans réponse et sans repos. Environ mille ans plus tard, sur la croix, Jésus reprend ces mots en araméen : Éli, Éli, lama sabachthani (Matthieu 27:46, Marc 15:34). Les chrétiens comprennent ce cri de plusieurs façons. Pour beaucoup, Jésus a réellement porté l'abandon que méritait le péché des hommes ; d'autres soulignent qu'en citant le début du psaume, il en évoquait toute la suite, jusqu'à la délivrance. Les deux lectures se rejoignent souvent. Ce cri te donne une permission : tu peux dire à Dieu que tu ne le comprends plus, sans cesser de l'appeler mon Dieu.

v. 3-5Pourtant tu es le Saint : la mémoire des pères

Au milieu de la plainte, un mot change la direction : « Pourtant tu es le Saint ». David ne nie pas ce qu'il ressent, mais il le confronte à ce qu'il sait de Dieu. Dieu siège au milieu des louanges d'Israël, comme si les chants de son peuple formaient son trône. Puis David se souvient : nos pères se confiaient en toi, ils criaient et ils étaient sauvés, ils n'ont pas été couverts de honte. La fidélité de Dieu dans l'histoire devient un appui quand l'expérience présente est obscure. Ce n'est pas encore la réponse, mais c'est une prise solide. Quand tu ne sens plus rien, tu peux t'appuyer sur ce que Dieu a fait pour d'autres avant toi, et sur ce qu'il a fait pour toi à la croix.

v. 6-8Un ver et non un homme : le juste moqué

Le contraste est violent : les pères étaient délivrés, « Et moi, je suis un ver et non un homme ». David se sent écrasé, méprisé, réduit à rien. Ceux qui le voient ouvrent la bouche, secouent la tête, puis le raillent : qu'il se remette à l'Éternel, et que l'Éternel le délivre, puisqu'il l'aime. La moquerie vise sa foi elle-même. L'évangile de Matthieu rapporte presque les mêmes gestes et les mêmes paroles au pied de la croix : les passants secouaient la tête, et les chefs disaient que Jésus s'était confié en Dieu, que Dieu le délivre donc s'il l'aimait (Matthieu 27:39-43). Sans s'en rendre compte peut-être, les moqueurs reprenaient les mots du psaume. Si l'on se moque de ta foi, souviens-toi que Jésus a connu ce mépris, et qu'il n'a pas rendu insulte pour insulte.

v. 9-11Depuis le sein maternel, tu as été mon Dieu

Face aux moqueurs qui ironisent sur l'amour de Dieu pour lui, David répond par sa propre histoire. C'est Dieu qui l'a fait naître, qui l'a gardé tout petit dans les bras de sa mère. « Dès le ventre de ma mère tu as été mon Dieu » : sa relation avec Dieu ne date pas d'hier, elle est plus ancienne que ses souvenirs. D'où la prière du verset 11 : ne t'éloigne pas de moi quand la détresse est proche et que personne ne vient à mon secours. C'est une prière que tu peux faire tienne quand tu te sens seul. Ta vie a commencé sous le regard de Dieu, et il ne t'a pas lâché depuis, même aux heures où tu ne le sentais pas.

v. 12-15Encerclé et vidé de ses forces jusqu'à la poussière

David décrit ses ennemis comme des bêtes : de nombreux taureaux, ceux de Basan, une région réputée pour ses troupeaux puissants, et un lion qui déchire et rugit. Puis il décrit son propre corps qui lâche : il est comme de l'eau qui s'écoule, ses os se séparent, son cœur fond comme de la cire. Sa force est sèche comme un tesson d'argile, sa langue colle à son palais. Il va jusqu'au bout : « Tu me réduis à la poussière de la mort ». C'est le langage de quelqu'un qui se sent mourir. Beaucoup de lecteurs chrétiens y reconnaissent l'épuisement d'un crucifié et rapprochent la langue desséchée du cri de Jésus, j'ai soif (Jean 19:28), même si l'évangile ne cite pas ce verset. Le psaume ne cache rien de la souffrance du corps, et Dieu n'en a pas honte.

v. 16-18Les mains et les pieds percés, les vêtements tirés au sort

Les ennemis deviennent des chiens, une bande de scélérats qui rôde. Puis vient le verset 16 : « Ils ont percé mes mains et mes pieds ». Le mot hébreu est discuté : le texte hébreu traditionnel peut se lire comme un lion, mes mains et mes pieds, tandis que l'ancienne traduction grecque et un manuscrit retrouvé dans le désert de Juda appuient le sens de percer. Les chrétiens y voient souvent la crucifixion, mais le Nouveau Testament ne cite pas ce verset, et il vaut mieux ne pas tout faire reposer sur un seul mot. L'homme est exposé, il pourrait compter ses os, et on le regarde. Le verset 18, lui, est cité clairement : les soldats se partagent les vêtements de Jésus et tirent au sort sa tunique sans couture, et Jean écrit que cela arriva pour que l'Écriture s'accomplisse (Jean 19:23-24, voir aussi Matthieu 27:35). Le condamné n'a plus rien, et pourtant rien n'échappe à Dieu.

v. 19-21Ne t'éloigne pas : le cri qui devient confiance

Après avoir décrit sa détresse, David revient à la prière directe et reprend le mot du verset 11 : ne t'éloigne pas. Il appelle Dieu « Toi qui es ma force », lui qui n'en a plus. Il demande d'être protégé du glaive, des chiens, de la gueule du lion, des cornes du buffle : les mêmes menaces qu'avant, nommées cette fois dans une prière. En hébreu, le verset 21 se termine par un mot bref que plusieurs traductions rendent par tu m'as répondu. C'est le tournant du psaume : rien n'a encore changé au-dehors, mais David sait qu'il a été entendu. Le cri du début reçoit ici sa réponse. Pour Jésus, la réponse du Père est venue au matin de Pâques. Pour toi, la prière honnête, même désespérée, reste un chemin vers Dieu, pas un éloignement.

v. 22-26Je publierai ton nom : la louange dans l'assemblée

Le ton change complètement : « Je publierai ton nom parmi mes frères ». Celui qui criait seul se retrouve au milieu de l'assemblée pour raconter ce que Dieu a fait. L'épître aux Hébreux met ce verset dans la bouche de Jésus, qui n'a pas honte d'appeler frères ceux qu'il sauve (Hébreux 2:11-12). Le verset 24 donne la raison de la louange : Dieu n'a ni mépris ni dédain pour les peines du misérable, il ne lui cache pas sa face, il l'écoute quand il crie. Ce que David vivait comme un abandon n'était pas le dernier mot. Puis il accomplit ses vœux devant ceux qui craignent Dieu, et les pauvres sont invités à un repas : les malheureux mangeront et seront rassasiés. Beaucoup de chrétiens y voient une image de la table que Jésus ouvre à tous. Ta peine non plus n'est pas méprisée par Dieu.

v. 27-31Toutes les nations et les générations à venir

La fin du psaume s'élargit bien au-delà de David. Les extrémités de la terre se tourneront vers l'Éternel, toutes les familles des nations se prosterneront devant lui, car le règne lui appartient. Les puissants comme les mourants, ceux qui descendent dans la poussière, s'inclineront. Puis le regard passe aux générations futures : on parlera du Seigneur à ceux qui viennent, et l'on annoncera son œuvre à un peuple qui n'est pas encore né. Le psaume qui commençait par un homme abandonné se termine par le monde entier qui apprend ce que Dieu a fait. En hébreu, il s'achève sur une formule brève, il a agi. Certains la rapprochent du dernier cri de Jésus, tout est accompli (Jean 19:30), sans que l'évangile fasse lui-même le lien. On peut au moins dire ceci : l'Évangile annoncé aux nations, jusqu'à toi aujourd'hui, est la suite de ce psaume.

Comment prier Psaume 22

Quand prier ce psaume

  • Quand tu as l'impression que Dieu se tait et que tes prières restent sans réponse.
  • La nuit, quand la détresse t'empêche de trouver le repos.
  • Quand on se moque de ta foi ou que tu te sens méprisé à cause d'elle.
  • Pendant une maladie ou une douleur qui t'épuise, pour dire à Dieu ce que tu vis vraiment.
  • Pendant la semaine sainte, pour méditer les souffrances de Jésus sur la croix.
  • Après une délivrance, pour raconter aux autres ce que Dieu a fait pour toi.

Une prière inspirée de Psaume 22

Mon Dieu, mon Dieu, il y a des jours où je ne te comprends plus. Je crie le jour, et j'ai l'impression que tu ne réponds pas ; la nuit, je ne trouve pas de repos. Je te le dis franchement, parce que tu es encore mon Dieu. Pourtant tu es le Saint, et tu as délivré ceux qui se sont confiés en toi avant moi. Dès le ventre de ma mère tu as été mon Dieu : ne t'éloigne pas maintenant que la détresse est proche. Tu vois ce qui m'encercle, ce qui me vide de mes forces, ce qui se moque de ma foi. Seigneur Jésus, tu as crié ces mots sur la croix, tu as été moqué, dépouillé et percé pour moi : tu sais ce que je traverse. Viens en hâte à mon secours, toi qui es ma force. Je crois que tu ne méprises pas la peine du misérable et que tu l'écoutes quand il crie. Un jour, je publierai ton nom parmi mes frères et je raconterai ce que tu as fait. En attendant ce jour, je reste attaché à toi. Amen.

Versets clés

Verset 1
Au chef des chantres. Sur Biche de l'aurore. Psaume de David. Mon Dieu! mon Dieu! pourquoi m'as-tu abandonné, Et t'éloignes-tu sans me secourir, sans écouter mes plaintes?

David exprime le sentiment d'abandon sans le cacher. Jésus reprend ces mots sur la croix, ce qui relie ses souffrances à ce psaume.

Verset 7
Tous ceux qui me voient se moquent de moi, Ils ouvrent la bouche, secouent la tête:

Les moqueries décrites ici, les hochements de tête et les railleries, sont proches de celles que l'on rapporte autour de la croix. Les évangiles y voient un écho.

Verset 24
Car il n'a ni mépris ni dédain pour les peines du misérable, Et il ne lui cache point sa face; Mais il l'écoute quand il crie à lui.

Le tournant du psaume : Dieu n'a pas méprisé la peine du misérable et il l'écoute quand il crie à lui. La prière n'était pas tombée dans le vide.

Verset 28
Car à l'Eternel appartient le règne: Il domine sur les nations.

Le psaume termine sur le règne de l'Éternel sur les nations. De la plainte personnelle, on arrive à l'espérance universelle.

Ce qu'en disent les prédications

Questions fréquentes sur Psaume 22

Que signifie le Psaume 22 ?

Le Psaume 22 est une prière de détresse qui se termine en louange. David se sent abandonné, moqué et encerclé, mais il rappelle que Dieu a toujours délivré ses pères. À partir du verset 22, la prière devient une promesse de louange publique, et le psaume annonce que toutes les nations se tourneront vers l'Éternel.

Pourquoi Jésus cite-t-il le Psaume 22 sur la croix ?

Jésus reprend le premier verset du psaume sur la croix. Pour les chrétiens, il s'identifie à la souffrance du juste décrite par David, et le psaume annonce aussi la délivrance qui suit. Plusieurs détails des évangiles, comme le partage des vêtements, rappellent ce texte.

Qui a écrit le Psaume 22 et à quel moment ?

Le titre l'attribue à David et mentionne la mélodie Biche de l'aurore. Aucun événement précis n'est nommé : le texte décrit une souffrance extrême qui dépasse les épisodes connus de sa vie, ce qui explique que les chrétiens y voient aussi une annonce de la passion du Christ.

Comment prier ou méditer le Psaume 22 ?

Quand tu te sens abandonné, utilise la première partie pour dire à Dieu ce que tu ressens, sans te censurer. Puis lis le verset 24 et les versets suivants pour te rappeler que Dieu entend. Termine par la louange. Le psaume enseigne que l'on peut se plaindre à Dieu et lui rester attaché.

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Traduction Louis Segond 1910 — domaine public.