Apitoiement et estime de soi : regarder à Jésus, notre modèle

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Introduction

« Ce matin, mon message a un titre un peu étrange. Vous allez être choqués : l'apitoiement et l'estime de soi. » Marc Fuchs, qui prêche à l'Église évangélique du Réveil de Lausanne, aborde deux comportements opposés que l'on comprend mal à la lumière de la Parole de Dieu.

Avant d'entrer dans le sujet, il sourit de son âge : on lui dit parfois de se calmer, qu'il n'a plus vingt ans. « Non, j'ai quatre fois vingt ans. » Quatre fois vingt ans, cela fait beaucoup de souvenirs, et autant de raisons de rendre grâce.

Dans les deux cas, explique-t-il, la personne finit par faire le vide autour d'elle. Cela arrive aussi dans les milieux chrétiens, parce que les valeurs du monde sont entrées dans les Églises avec les gens, de manière sournoise : « Satan sait séduire. » Il ne s'agit pas de se voiler la face, mais d'en parler et de prier pour que la personne soit guérie.

Plan du message

1. L'apitoiement, un désaccord avec Dieu

  • Au début, tout se passe bien. Mais quand il devient insupportable d'entendre des lamentations souvent injustifiées, on prend ses distances. La personne se tourne alors vers quelqu'un d'autre, et si elle ne veut pas changer, elle change de lieu plutôt que de se changer elle-même.
  • Quand on décide que la vie ne nous a pas traités comme elle aurait dû, l'apitoiement s'installe. Il pousse à bouder, à se plaindre, à ressasser ses blessures réelles ou imaginaires. « Au cœur de l'apitoiement se trouve un désaccord avec Dieu » sur la façon dont la vie nous a pénalisés. Et l'on contamine ceux qui nous entourent.
  • Dans la Bible, l'apitoiement est souvent associé au murmure et à la rébellion contre Dieu. En Nombres 11:4-6, le peuple se remet à pleurer et regrette les poissons d'Égypte, les concombres, les melons, les poireaux, les oignons et les aulx. Le prédicateur avoue avoir dû chercher dans le dictionnaire que « aulx » était le pluriel d'ail. Deux mots à retenir : « recommencèrent à pleurer ».
  • Il invite à relire Deutéronome 1, où le peuple refuse d'entrer dans le pays promis par peur des géants. On regarde hier au lieu de lever les yeux, on oublie les promesses de Dieu pour demain : « C'est pour les autres, pas pour moi. Dieu m'a oublié. »
  • Le roi Achab convoite la vigne de Naboth. Quand Naboth refuse de la vendre, Achab rentre chez lui, se couche sur son lit en boudant et refuse de manger (1 Rois 21:4). « Imaginez un roi qui boude sur son lit, dans son palais ! » Il ne retrouve la joie qu'une fois Naboth assassiné par le plan de Jézabel (1 Rois 21:15-16).

2. Ce que l'apitoiement abîme

  • « L'apitoiement n'est jamais bon. » En s'y abandonnant, on se donne de l'importance à ses propres yeux. Paul demande à chacun de ne pas avoir de lui-même une trop haute opinion, mais de revêtir des sentiments modestes (Romains 12:3).
  • L'amertume peut vite prendre le dessus sur le fruit de l'Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bénignité, fidélité, douceur, tempérance (Galates 5:22-23).
  • Il faut rendre grâces en toutes choses. Or il est impossible de rendre grâces en s'accrochant à l'apitoiement : on ne voit plus ce que Dieu a permis, promis, ni ses nombreuses bénédictions. Ses compassions se renouvellent chaque matin.
  • Paul exhorte à ne pas murmurer comme les Israélites dans le désert : « Ces choses leur sont arrivées pour servir d'exemples, et elles ont été écrites pour notre instruction » (1 Corinthiens 10:10-11). Que celui qui croit être debout prenne garde de tomber, ajoute le prédicateur, de tomber dans l'apitoiement.
  • Se plaindre, c'est exprimer sa douleur, son chagrin ou son mécontentement, parfois même envers Dieu. Job l'a fait : « Je me plaindrai dans l'amertume de mon âme » (Job 7:11). « Je pense que Job avait des raisons de se plaindre. »
  • Quand nos droits sont bafoués, porter plainte n'est pas toujours la bonne solution. Dans la communauté, cela se règle à l'intérieur, pas sur la place publique (1 Corinthiens 6:1-9). Plutôt que de se plaindre les uns des autres, il vaut mieux se pardonner réciproquement (Colossiens 3:13) : « Cela fera beaucoup moins de dégâts. »

3. D'où vient l'apitoiement

  • Les causes sont nombreuses : un enfant toujours puni à la place de ses frères et sœurs, qui a eu le sentiment d'être moins aimé, des parents qui ont abandonné ou négligé, des moqueries à l'adolescence à cause du poids. Dans les années 1950, se souvient-il, on se moquait de façon incroyable des enfants qui avaient un bec-de-lièvre. Au travail, on avait toujours la mauvaise tâche, et l'on vivait tout comme une injustice.
  • Dans le désert, c'est tout le peuple qui geint : « Que ne sommes-nous morts par la main de l'Éternel dans le pays d'Égypte ! » (Exode 16:3). Puis, pressé par la soif : « Pourquoi nous as-tu fait monter hors d'Égypte, pour me faire mourir de soif ? » (Exode 17:3). « C'est fou ! »
  • Ne ressemblons-nous pas parfois à ce peuple qui se plaint de tout, de chaque changement ? Dans sa carrière professionnelle, à chaque nouveau chef ou nouvelle méthode, il entendait le même discours : « On fait comme ça depuis vingt-cinq ans, pourquoi changer ? » Les lamentations arrivaient à chaque fois.
  • Job, lui, avait des raisons de gémir. Il maudit le jour de sa naissance (Job 3:1-3) et dit : « Mon âme est dégoûtée de la vie ! Je donnerai cours à ma plainte » (Job 10:1). « Lequel d'entre nous pourrait dire les mêmes paroles ? » Alors cessons de nous lamenter pour des broutilles.
  • Le psalmiste demande : « Pourquoi, ô Éternel, te tiens-tu éloigné ? » (Psaume 10:1). Le prédicateur témoigne : « J'arrive à 80 ans, nous avons traversé des choses terribles, des épreuves. Dieu a toujours été présent, et je ne pourrais pas énumérer toutes ses bontés. »
  • L'apitoiement trahit un manque de foi dans la souveraineté et les soins de Dieu, et peut conduire à l'amertume, au ressentiment et à la jalousie. Nous avons souvent une mémoire sélective : nous oublions les prières exaucées et les bénédictions reçues, et ne retenons que ce que Dieu n'a pas encore exaucé. Le temps de Dieu n'est pas le nôtre : « Plus une réponse tarde à venir, meilleure elle sera. »

4. Jésus ne s'est pas apitoyé sur lui-même

  • « Jésus était-il dans l'apitoiement ? » À la lecture de la Parole, la réponse est certaine : non. En entrant dans le monde, Christ dit : « Voici, je viens pour faire, ô Dieu, ta volonté » (Hébreux 10:5-7).
  • Il aurait pu dire à son Père : « Tu n'as pas quelqu'un d'autre à envoyer ? Pas moi. » Il ne l'a pas fait. Par amour et par obéissance, il s'est abaissé jusqu'à la mort de la croix, dans une souffrance horrible.
  • « L'avez-vous entendu se plaindre ? » Il a été maltraité et opprimé, et il n'a point ouvert la bouche, semblable à un agneau qu'on mène à la boucherie (Ésaïe 53:7).
  • « Mais le Seigneur, l'Éternel, m'a secouru ; c'est pourquoi j'ai rendu mon visage semblable à un caillou » (Ésaïe 50:7). Le prédicateur invite à lire et méditer à la maison le Psaume 22 en entier et Ésaïe 53. « Copions notre modèle. »

5. L'estime de soi, quand l'homme se met au centre

  • Le second thème est l'opposé du premier : « Oh, comme je suis bon, comme je suis beau ! » Cela frôle le narcissisme.
  • Selon plusieurs psychologues, l'estime de soi se construit à partir du regard que l'on porte sur soi-même et du regard des autres. Elle regrouperait l'amour de soi, la vision de soi et la confiance en soi. En lisant ces définitions, Marc Fuchs constate que l'homme est au centre : « Pas de place pour Dieu. C'est moi, moi et encore moi. C'est l'homme qui devient Dieu. »
  • Il a alors changé de lecture et ouvert la Parole. Elle montre que l'estime de soi devient un danger lorsqu'elle se concentre sur l'individu plutôt que sur notre identité en Christ.
  • La Bible enseigne aussi que Dieu nous a créés de façon merveilleuse, qu'il nous a choisis avant la fondation du monde, qu'il a un plan pour notre vie et qu'il nous a donné un héritage céleste. Notre estime devrait reposer sur l'amour de Dieu, non sur l'orgueil ou la comparaison, et dépendre de Jésus-Christ, qui a donné sa vie pour nous sur la croix.
  • Il distingue l'orgueil que Dieu hait de la satisfaction légitime du travail bien fait. « L'arrogance et l'orgueil, la voie du mal, et la bouche perverse, voilà ce que je hais » (Proverbes 8:13). L'orgueilleux est si centré sur lui-même que ses pensées sont loin de Dieu : « Il n'y a point de Dieu ! Voilà toutes ses pensées » (Psaume 10:4).
  • Avec humour, il raconte comment devenir riche : « Acheter un homme au prix qu'il vaut et le revendre au prix qu'il s'estime. » Dans sa carrière, il aurait pu devenir millionnaire : le stock ne manquait pas, mais personne ne voulait acheter.

6. Aimer Dieu d'abord, puis son prochain

  • Certains affirment aujourd'hui qu'on est heureux en pensant d'abord à soi : « aime-toi toi-même » remplace « aime ton prochain ». Pourtant, nous sommes plus heureux quand chacun cherche non son propre intérêt, mais celui de l'autre.
  • L'amour de Dieu doit occuper la première place : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force. » Puis : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Marc 12:30-31). « Je pense que nous avons encore du travail, frères et sœurs. »
  • Jésus a montré comment concilier l'amour de Dieu, du prochain et de soi : « Aimez-vous les uns les autres ; comme je vous ai aimés » (Jean 13:34-35). « Ce n'est pas plus compliqué que cela. »
  • La Parole ne fait pas l'éloge de l'égoïsme, mais elle donne à l'amour de soi sa juste place : « Ne craignez donc point : vous valez plus que beaucoup de passereaux » (Matthieu 10:31). Il aime ce mot de passereaux, plus doux à ses yeux que de vieux hiboux.
  • Une pensée reçue cette semaine, notée en tout petit faute de place : au baptême de Jésus, une voix du ciel déclare : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection » (Matthieu 3:17). Jésus n'avait encore fait aucun miracle ni commencé son ministère. « Dieu n'aimait pas Jésus pour ce qu'il allait faire ; il l'aimait parce qu'il était son Fils. »
  • Dès que nous venons au Seigneur, nous devenons enfants de Dieu, sauvés par grâce. Dieu nous dit : « Tu es ma fille, tu es mon fils bien-aimé », non parce que nous avons fait quelque chose de bien, mais parce qu'il nous aime. « Ne l'oubliez jamais. » Notre rôle est de lui faire plaisir.
  • Créés à l'image de Dieu (Genèse 1:27), nous sommes faits pour manifester l'amour. Il est légitime de s'aimer, mais ce qui rend vraiment heureux, c'est d'aimer Dieu d'abord et de faire du bien aux autres : « Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir » (Actes 20:35). Rien à voir avec la boxe que son père lui enseignait à cinq ans et demi : « D'abord tu frappes, ensuite tu parles. »

7. Le modèle de Jésus, serviteur humble

  • Satan a dit à Ève : « Vous serez comme des dieux » (Genèse 3:4-5). « La pire estime de soi, c'est de croire qu'on est comme Dieu. » C'est la chute. Nous avons été créés pour glorifier Dieu et faire sa volonté, non pour nous glorifier nous-mêmes.
  • Il faut s'examiner, pas seulement le dimanche avant la sainte cène, mais chaque jour : « Examinez-vous vous-mêmes, pour savoir si vous êtes dans la foi » (2 Corinthiens 13:5). Quelle place prend mon estime de moi ?
  • L'orgueil empêche beaucoup de personnes de reconnaître Jésus-Christ comme Sauveur et de se reconnaître pécheurs. Prions pour que Dieu touche leur cœur. Si l'on veut se glorifier, que ce soit de la gloire de Dieu : ce qui compte, c'est ce que Dieu dit et voit en nous.
  • L'orgueil s'attribue le mérite de ce que Dieu a accompli et garde pour soi la gloire qui revient à Dieu seul : « C'est un culte que l'on se rend à soi-même. » Rien de ce que nous accomplissons ne serait possible si Dieu ne nous donnait la force.
  • En conclusion, il lit Philippiens 2:5-11, un passage à apprendre par cœur : Christ, existant en forme de Dieu, s'est dépouillé lui-même en prenant une forme de serviteur, « sans péché », précise-t-il, et s'est rendu obéissant jusqu'à la mort de la croix. C'est pourquoi Dieu l'a souverainement élevé.
  • Jésus a pris la forme d'un serviteur : soyons, nous aussi, des serviteurs obéissants à la Parole, comme Jésus qui a dit trois fois à son Père, à Gethsémané : « Que ta volonté soit faite. » « Ce n'est ni de l'apitoiement ni de l'estime de soi, c'est l'amour de Jésus. »
  • « L'humilité n'est pas de l'apitoiement, c'est imiter Jésus. » Nous avons une grande valeur pour Dieu, qui a donné son Fils pour nous sauver. C'est sa grâce, non notre estime de nous-mêmes. Chaque jour, marchons humblement avec lui, avec une immense gratitude et beaucoup d'amour.

Points à retenir

  • L'apitoiement est, au fond, un désaccord avec Dieu sur la façon dont la vie nous a traités. Il conduit au murmure, à l'amertume et à l'isolement.
  • La gratitude est l'antidote : on ne peut pas rendre grâces en s'accrochant à l'apitoiement.
  • L'estime de soi devient un danger quand l'homme se met au centre. La pire, c'est de croire qu'on est comme Dieu.
  • Dieu t'aime parce que tu es son enfant, pas pour ce que tu fais. Ta valeur repose sur son amour et sur la croix.
  • Jésus, serviteur obéissant et humble, est le modèle à imiter, face à l'apitoiement comme face à l'orgueil.

Application personnelle

  1. Sur quelle situation de ta vie es-tu en désaccord avec Dieu au point de bouder ou de murmurer ?
  2. Ta mémoire est-elle sélective ? Quelles prières exaucées et quelles bénédictions peux-tu nommer aujourd'hui pour rendre grâces ?
  3. Sur quoi repose ton estime de toi : le regard des autres, tes réussites, ou l'amour de Dieu pour toi en Jésus-Christ ?
  4. Dans l'ordre de tes amours, Dieu occupe-t-il la première place, avant toi-même et avant les autres ?
  5. Où peux-tu, cette semaine, prendre la forme d'un serviteur et dire à Dieu : « Que ta volonté soit faite » ?

Versets cités

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'apitoiement sur soi selon la Bible ?

Pour Marc Fuchs, l'apitoiement consiste à se plaindre de sa situation, à se lamenter sur son sort et à ne regarder que ses propres problèmes. Au fond, c'est un désaccord avec Dieu sur la manière dont la vie nous a traités. La Bible l'associe aux murmures du peuple dans le désert (Nombres 11, Exode 16 et 17) et à Achab boudant sur son lit (1 Rois 21:4).

Est-ce mal de s'aimer soi-même selon la Bible ?

Non, répond le prédicateur : la Parole donne à l'amour de soi sa juste place. Il est bon de prendre soin de soi, de se respecter et de connaître sa valeur, car tu vaux plus que beaucoup de passereaux (Matthieu 10:31). Mais l'amour de Dieu vient en premier, puis l'amour du prochain. L'estime de soi devient un danger quand l'homme se met au centre, à la place de Dieu.

Pourquoi Jésus est-il le modèle face à l'apitoiement et à l'orgueil ?

Jésus ne s'est pas plaint : maltraité, il n'a pas ouvert la bouche (Ésaïe 53:7). Lui qui était de condition divine s'est dépouillé, a pris la forme d'un serviteur et s'est rendu obéissant jusqu'à la mort de la croix (Philippiens 2:5-11). Marc Fuchs invite à l'imiter : l'humilité n'est pas de l'apitoiement, c'est suivre Jésus.

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