Introduction
« Notre tendance naturelle, c'est de reconstruire les murailles avant de reconstruire le temple. » Cette phrase est au cœur du message de Jean-Paul Vuilleumier, prêché le 18 octobre 2026 à l'Église Évangélique Action Biblique des Montagnes Neuchâteloises, sous le titre « De l'exil à la liberté ».
Le point de départ est un enseignement reçu dans le cadre des bergers et bergères de Saint-Loup, qui avait pour base le livre d'Esdras. De retour à la maison, le prédicateur a voulu creuser : il a relu Esdras et Néhémie, deux livres qui se suivent. Il y a trouvé une dynamique, celle de l'exil et du retour d'exil.
Il parcourt quatre exils, du jardin d'Éden à la dispersion du peuple juif, et pose une question simple : après quoi ton âme soupire-t-elle ? Car le retour à Dieu commence par de petits commencements, traverse l'opposition et aboutit à la joie.
Plan du message
1. Remettre Esdras et Néhémie à leur place dans l'histoire
- La Bible n'a pas été écrite dans l'ordre chronologique. Le prédicateur rappelle ses grandes divisions : le Pentateuque, les livres historiques de Josué à Esther, les livres poétiques, les grands prophètes et les petits prophètes.
- En lisant Esdras et Néhémie, il s'est retrouvé avec « une salade de noms » : Cyrus, Darius, Assuérus (qui s'appelle aussi Xerxès), Artaxerxès, Zorobabel, Esdras, Néhémie. Il les replace dans l'ordre.
- Le retour d'exil s'est fait sur environ 80 ans, en trois vagues. Vers 540 avant Jésus-Christ, Zorobabel part avec environ 50 000 personnes, envoyé par Cyrus pour reconstruire le temple de Jérusalem.
- Ceux qui étaient restés sur place ne sont pas contents. Une lettre part vers le pouvoir perse et les travaux s'arrêtent. Une seconde lettre rappelle l'autorisation reçue : Darius fait chercher dans les archives, on retrouve l'édit de Cyrus, et le temple est reconstruit puis dédicacé.
- Le temps passe, avec ses compromis. Esdras, resté à Babylone, reçoit d'Artaxerxès la mission de voir ce qui se fait à Jérusalem. Il revient avec environ 2 000 personnes et constate que le temple est debout, « mais le cœur n'y est plus ». Un redressement moral commence.
- Néhémie, encore à Babylone, apprend que la muraille est détruite. Il pleure devant le roi qu'il sert, reçoit la permission de rentrer, et les murs sont relevés en 52 jours, « avec l'épée d'un côté et la truelle de l'autre ».
2. La dynamique du retour d'exil
- L'exil, c'est qu'il y avait quelque chose avant et qu'il n'y a plus rien. On aspire à retrouver ce qui était, le temple de Salomon, et la tristesse s'installe dans le peuple.
- Dieu parle et agit. « L'Éternel réveilla l'esprit de Cyrus, roi de Perse » (Esdras 1:1), pour accomplir la parole annoncée par Jérémie. Ésaïe l'avait prophétisé environ 150 ans plus tôt, alors que tout le monde était tranquille à Jérusalem. Et ceux « dont Dieu réveilla l'esprit » se levèrent pour partir (Esdras 1:5).
- Les petits commencements. Dès le premier jour du septième mois, ils offrent des holocaustes alors que les fondations du temple ne sont pas encore posées (Esdras 3:6). « Le retour à Dieu commence par des petites choses. » Les dieux demandent de gros trucs ; l'Éternel, lui, demande douze pierres. Le peuple rebâtit d'abord un autel : on commence par l'adoration.
- L'opposition, mais la présence de Dieu. Le gouverneur Thathnaï et Schethar-Boznaï demandent qui a autorisé les travaux. « Mais l'œil de Dieu veillait sur les anciens des Juifs » (Esdras 5:3-5). « L'opposition se manifeste, mais Dieu est présent. »
- Dieu suscite d'autres personnes. Néhémie apprend que les rescapés sont « au comble du malheur » et que les portes de Jérusalem ont été consumées par le feu. Il s'assied, pleure, jeûne et prie (Néhémie 1:1-4). Il vient renforcer les autres avec ce que le Seigneur a mis en lui : « On n'est pas seuls. »
- L'adoration et la joie. Tout le peuple se rassemble devant la porte des eaux. Esdras lit le livre de la loi du matin jusqu'à midi, et le peuple pleure en l'écoutant. On lui répond : « Ne vous affligez pas, car la joie de l'Éternel sera votre force » (Néhémie 8:10). Tout a été reconstruit, on retrouve la Parole, et après les larmes vient la joie de la réconciliation.
3. Le premier exil, celui de tous les hommes
- Le prédicateur compte quatre exils. Le premier dont on parle souvent est l'Égypte et l'Exode, avec Moïse et les quarante ans au désert. Le deuxième est Babylone et le retour raconté par Esdras et Néhémie.
- Le troisième concerne le peuple juif dispersé sur toute la terre, de 70 après Jésus-Christ jusqu'en 1948. Pendant 2 000 ans d'histoire, une prière a traversé les générations : « L'an prochain à Jérusalem. »
- Le quatrième est « un peu spécial, parce que c'est le premier ». L'Éternel chasse l'homme du jardin d'Éden et poste des chérubins à l'épée flamboyante pour garder le chemin de l'arbre de vie (Genèse 3:22-24). « Nous sommes des exilés de la première heure. » Tous les hommes, dans cette salle comme partout sur la terre et dans l'histoire.
- Seuls Adam et Ève ont connu l'avant. Le prédicateur imagine Caïn, Abel et Seth autour du feu, écoutant leurs parents raconter ce qu'eux n'ont jamais connu.
- Puis, après la catastrophe, un petit commencement : à la naissance d'Énosch, fils de Seth, « on commença à invoquer le nom de l'Éternel » (Genèse 4:26). On ne vit plus dans le regret : on regarde vers l'avenir et on s'attend à Dieu.
- Il y a quelque chose d'inscrit dans le cœur de l'homme qui dit : ce n'est pas normal, il y avait quelque chose avant. Demande à n'importe qui dans la rue, il te le dira. Et l'on cherche à remplir ce trou.
4. Après quoi ton âme soupire-t-elle ?
- Avant sa prédication, Jean-Paul Vuilleumier a posé une question à plusieurs personnes : « Comme une biche soupire après des courants d'eau, ainsi mon âme soupire après... » Qu'est-ce que vous mettez après les trois petits points ?
- Les réponses : la simplicité de la vie, le bonheur, la liberté, passer du temps en famille, et avant tout la paix. « Il y a des aspirations, mais où est-ce qu'on va les chercher ? »
- Le psalmiste répond : « Ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu ! » (Psaume 42:2). « On a le choix de savoir après quoi on soupire. »
- Soupirer après Dieu, c'est trouver celui qui contient le bonheur, la paix, la joie, la simplicité et la liberté. L'assemblée a ensuite chanté « Comme une biche » comme une prière.
5. Le temple avant les murailles
- « Notre tendance naturelle, c'est de reconstruire les murailles avant de reconstruire le temple. » On construit ce qui permettra que ça aille mieux, sans avoir le cœur de ce qui est important. Le petit sondage du prédicateur le montre.
- On lui demande souvent comment ça se passe avec les réfugiés que l'Église accompagne. Sa souffrance : ils connaissent l'exil, mais « ils s'attendent à un avenir de murailles et pas un avenir de temple ». La reconstruction passe pour eux par « un boulot, de l'argent, le mariage ».
- Or tout cela se trouve dans le temple d'abord, dans la relation restaurée avec Dieu. Comme l'Éternel a parlé à Cyrus : « Moi, je veux le temple d'abord. » Le royaume de Dieu d'abord, et tout le reste sera donné par-dessus (Matthieu 6:33).
- « Tout le message de la Bible, quelque part, c'est dire : Cherchez-moi et le reste viendra. » Ce devrait être aussi notre message à l'extérieur : j'ai rencontré celui qui fait que le reste suit. Ce n'est pas transpirer pour que les choses marchent.
- Dans Esdras, les anciens qui avaient connu le temple de Salomon pleuraient devant le nouveau (Esdras 3:12). Leur tristesse était dans le passé. Notre espérance, elle, est à la fois présente et future : tout est accompli, et Jésus dit « Suis-moi ».
6. Un appel, puis une présence dans les épreuves
- À l'aspiration de l'homme, Dieu répond par un appel. Jésus voit Lévi, fils d'Alphée, assis au bureau des taxes, et lui dit : « Suis-moi. » Lévi se lève et le suit (Marc 2:13-14). « Si ça, ce n'est pas un petit commencement qui transforme une vie, je ne sais pas ce que c'est. »
- Dieu t'appelle à faire ce premier pas : « Viens à moi. Viens à ma suite. »
- « Les épreuves, on est en plein dedans. » Elles ne sont pas éloignées de nous, « mais elles sont accompagnées de sa présence ».
- Quelques heures avant la croix, Jésus prie pour ses disciples qui restent dans le monde : « Père saint, garde-les en ton nom », « afin qu'ils aient en eux ma joie parfaite » (Jean 17:11-13).
- « Les paroles de Jésus conduisent à la joie. » On retrouve Néhémie 8 : la joie de l'Éternel est notre force. Jésus prie pour la protection des siens, mais aussi pour qu'ils aient sa joie, une joie qui transforme nos vies et le monde autour de nous.
7. Reconstruire ensemble, jusqu'à la maison du Père
- Dieu nous joint à une communauté de frères et de sœurs qu'il appelle l'Église. Les premiers disciples persévéraient dans l'enseignement des apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain et les prières ; ils prenaient leur nourriture « avec joie et simplicité de cœur » (Actes 2:41-47).
- Comme Néhémie a rejoint l'équipe, nous reconstruisons ensemble des murailles « parce que le temple est là et parce que nous voulons que Dieu soit glorifié ».
- Il y a peut-être en toi des murailles intérieures à rebâtir. Un ami, un frère, celui qui est assis à côté de toi peut t'aider à boucher cette brèche et à remettre les barres aux portes. Le Seigneur suscite, et il place aussi des frères et des sœurs à tes côtés sur ce chemin de restauration.
- La joie devrait être la caractéristique du peuple de Dieu. « Pas tous les jours facile », reconnaît le prédicateur, mais c'est ce que l'Éternel met en nous. Et il y a du travail pour les murailles du dehors, auprès de ceux qui ne connaissent pas Dieu.
- Il y a quelques semaines, il a rendu visite à l'hôpital à un ami plus âgé que lui, victime d'un accident de moto, qui n'a pas une vision chrétienne des choses. Cet ami lui a dit : « J'aspire à retourner à la maison. » Il ne parlait pas de son adresse. Le prédicateur a reconnu l'aspiration du retour, « mais c'est pas la bonne maison ». L'ami est aujourd'hui sur un chemin de guérison.
- Sa question demeure : « Est-ce que le cœur va être attiré vers la maison du Père ou vers une maison de papier et de carton qui est juste un décor d'illusion ? » Il termine par une prière pour que le Saint-Esprit, présent en nous comme dans un temple, transforme nos pensées, nos actions, nos familles et ce monde qui ne connaît pas Dieu.
Points à retenir
- Tous les hommes sont des exilés depuis Éden, et le cœur humain sait qu'il y avait quelque chose avant.
- Le retour à Dieu commence par de petits commencements : un autel avant les fondations, un « Suis-moi » au bureau des taxes.
- L'opposition se manifeste, mais Dieu est présent au milieu d'elle.
- Dieu veut le temple avant les murailles : cherche-le d'abord, et le reste suivra.
- La joie de l'Éternel est notre force, et nous reconstruisons ensemble, en Église.
Application personnelle
- Si tu complétais toi-même la phrase « Ainsi mon âme soupire après... », qu'écrirais-tu honnêtement aujourd'hui ?
- Quelles murailles cherches-tu à reconstruire en premier (travail, argent, relation), avant le temple ?
- Quel petit commencement Dieu te demande-t-il cette semaine, même si les fondations ne sont pas encore posées ?
- Dans l'épreuve que tu traverses, comment peux-tu te souvenir que la présence de Dieu t'accompagne et que sa joie est ta force ?
- Quelle brèche intérieure pourrais-tu laisser un frère ou une sœur de l'Église t'aider à boucher ?
Versets cités
- Esdras 1:1-5
- Esdras 3:6
- Esdras 3:12
- Esdras 5:3-5
- Néhémie 1:1-4
- Néhémie 8:1-10
- Genèse 3:22-24
- Genèse 4:1-26
- Psaume 42:2
- Matthieu 6:33
- Marc 2:13-14
- Jean 17:11-14
- Actes 2:41-47
Questions fréquentes
Pourquoi reconstruire le temple avant les murailles ?
Pour Jean-Paul Vuilleumier, notre tendance naturelle est de reconstruire d'abord les murailles : un travail, de l'argent, un mariage, tout ce qui doit faire que ça aille mieux. Dieu, lui, demande le temple d'abord, c'est-à-dire une relation restaurée avec lui. Le prédicateur résume le message de la Bible ainsi : « Cherchez-moi et le reste viendra. »
Quels sont les quatre exils dont parle le prédicateur ?
Il cite l'esclavage en Égypte et l'Exode, l'exil à Babylone suivi du retour raconté par Esdras et Néhémie, la dispersion du peuple juif de 70 après Jésus-Christ à 1948, et enfin le premier de tous : l'homme chassé du jardin d'Éden (Genèse 3). Ce dernier concerne tous les hommes de tous les temps : « Nous sommes des exilés de la première heure. »
D'où vient le verset « La joie de l'Éternel est votre force » ?
Il vient de Néhémie 8:10. Les murailles sont rebâties, Esdras lit le livre de la loi devant le peuple rassemblé et le peuple pleure en l'écoutant. Néhémie, Esdras et les Lévites lui disent alors de ne pas s'attrister, car la joie de l'Éternel fait sa force. Après les larmes vient la joie de la réconciliation avec Dieu.