Introduction
« Il y a un vice dont personne au monde n'est libre, que chacun déteste quand il le remarque chez les autres, et dont presque personne, à part les chrétiens, ne s'imagine coupable. » Jairo Lopes, pasteur de l'Église baptiste de Miratejo, au Portugal, ouvre son message avec ces mots de C. S. Lewis tirés de Mere Christianity. D'autres vices peuvent rapprocher les gens. L'orgueil, lui, signifie toujours l'inimitié, et d'abord l'inimitié envers Dieu.
Le message est prêché le jour de l'anniversaire de l'Église. Le pasteur rappelle tout ce que Dieu lui a donné : une école louée, de nombreuses familles et beaucoup d'enfants, des séminaristes, un séminaire. Justement, dit-il, c'est le moment de prendre garde à l'orgueil, « une ambition honteuse ».
Reprenant l'étude du livre de la Genèse, il ouvre Genèse 11:1-9, le récit de la tour de Babel, et annonce cinq étapes de cette ambition honteuse. Ce dimanche, il en développe deux : un pèlerinage arrogant et une construction égocentrique. La suite est annoncée pour le dimanche suivant.
Plan du message
1. Babel, la clé des chapitres 10 et 11
- Moïse écrit pour les Israélites installés dans les plaines de Moab, prêts à entrer dans le pays promis. Il leur explique l'origine des nations.
- Contrairement aux récits profanes de l'époque, la Bible enseigne que la division des peuples vient de Dieu : il a couvert de honte l'ambition futile et l'idolâtrie d'une culture arrogante et désobéissante. C'est à la fois un acte de réprimande et un acte de bénédiction, qui prépare le projet de Dieu de bénir toutes les nations en Genèse 12.
- Le chapitre 10, la table des nations, donne la vue d'ensemble. Le chapitre 11 fait un zoom sur ce qui s'est passé : il explique Nimrod et pourquoi, aux jours de Péleg, la terre fut partagée. Les deux chapitres se lisent ensemble.
- Pour les premiers lecteurs, ces mots (langues, terres, villes, Schinear, Ninive, Babylone) évoquaient les débuts de leurs ennemis et de la grande Babylone, dont la culture et l'idolâtrie ont laissé des traces dans tous les empires, jusqu'à notre culture.
- Au chapitre 10, Dieu n'intervient pas dans le récit : il n'entre en scène qu'en Genèse 11:5. Il gouverne pourtant, même quand les arrogants pensent agir à l'abri de son regard. Dieu voit le cœur et discerne l'orgueil jusque dans le détail.
2. Un récit construit comme une satire
- Au premier abord, le verset 1 semble inoffensif : un seul peuple, une seule langue, un seul cœur, une seule aspiration. Mais les versets 1 et 9 sont les deux pôles opposés du récit.
- Le verset 1 montre une unité mondiale qui est un don du Seigneur, utilisée à des fins égocentriques. Le verset 9 montre le résultat de cet orgueil : la honte. Le peuple passe de l'union à la dispersion, de l'union à la confusion.
- Le texte est une satire, une critique morale de la grandeur insignifiante et de l'orgueil pathétique de l'homme. « Quand nous sommes orgueilleux, nous sommes pathétiques. »
- La maxime à graver dans nos esprits : l'orgueil mène à la ruine. Presque toutes les nations ont un proverbe qui dit la même chose.
3. Première étape : un pèlerinage arrogant (versets 1 et 2)
- Toute la terre avait une seule langue, littéralement « une seule lèvre » : une même manière de parler et un même vocabulaire. Il n'y avait aucune barrière de communication ni de culture, et la langue porte avec elle les expressions, les habitudes et l'identité d'un peuple.
- Le verset 1 montre que la bénédiction de l'unité est corrompue par l'arrogance. Le verset 2 montre que la bénédiction de l'abondance l'est aussi.
- Ce « ils » désigne une grande partie des descendants de Noé descendus des montagnes d'Ararat, à la suite de Nimrod, de la lignée de Cham. Genèse 10:8-12 en dresse le portrait : celui d'un tyran.
- Ils partent vers l'orient. Dans la Genèse, l'orient évoque l'éloignement de Dieu : Adam et Ève sortant du jardin, Caïn s'en éloignant. Ce peuple n'est pas aligné sur le Seigneur.
- Au lieu de remplir la terre comme Dieu le voulait, ils cherchent un lieu où s'installer. Ils trouvent une plaine au pays de Schinear, pauvre en pierres mais riche en bitume, un matériau noirâtre proche de l'asphalte.
- Comme Lot regardant la plaine, ils cherchent ce qui satisfera leur cœur. « Seigneur, nous ne sommes pas ici pour te servir, nous sommes ici pour nous servir nous-mêmes. » C'est le vieux mensonge du diable : tu peux être ton propre dieu.
- « Ils y habitèrent » : ce lieu devient celui de leurs aspirations les plus égocentriques, le lieu de l'orgueil.
4. Le mécontentement qui nous fait errer
- Ce peuple était mécontent. Son parcours reflète un mécontentement envers Dieu et envers sa volonté, la recherche de la satisfaction de l'ego, ici et maintenant.
- Nous aussi, nous errons d'un endroit à l'autre : un autre travail, un autre pays, une meilleure technologie, une nouvelle relation, une autre Église. Nous ne restons pas là où Dieu nous veut. Nous ne sommes ni satisfaits du suffisant ni joyeux dans l'abondance.
- Pourquoi est-ce de l'arrogance ? Parce que l'arrogance ne croit pas que Dieu sait où nous devons être, ce que nous devons désirer et ce qui nous suffit.
- « Je dois apprendre que Dieu sait ce qui est suffisant pour moi. » C'est la seule manière de tuer l'insatisfaction.
- Le pasteur pose la question : quand certains choix de parcours finissent dans la honte, n'est-ce pas Dieu qui nous humilie à cause de notre recherche de vaine gloire ? Sommes-nous des pèlerins de la volonté de Dieu ou de notre propre satisfaction ?
5. Deuxième étape : une construction égocentrique (verset 3)
- « Allons ! faisons des briques, et cuisons-les au feu. » Le texte souligne la coopération, l'ingéniosité et l'intelligence de ce peuple. Faute de pierres, ils développent la technologie des briques cuites.
- La bénédiction de la technologie est corrompue par l'égocentrisme.
- Moïse le raconte d'abord pour un jeu de mots entre le verset 3 (« Allons ! faisons des briques ») et le verset 7 (« Allons ! descendons, et là confondons leur langage »). Ce que l'homme construit pour sa gloire, Dieu le déconstruit pour la sienne.
- Ensuite, pour montrer que le progrès technologique n'est pas synonyme d'obéissance ni de piété. Partir chercher de meilleures conditions et les obtenir n'est pas en soi un signe de sainteté.
- Ingéniosité, progrès, stabilité, accessibilité : accompagnés d'un cœur qui n'est pas droit devant Dieu, ils deviennent dangereux. Tout ce travail a été mobilisé pour servir une seule personne : l'ego.
6. Se faire un nom sans Dieu (verset 4)
- « Bâtissons-nous une ville et une tour… et faisons-nous un nom. » La bénédiction de l'édification est corrompue à son tour. Ils bâtissent un empire, non pour honorer Dieu, mais à part de lui, pour élever leur ego, ce qui les sépare de Dieu et de leurs semblables.
- « Pour nous », « notre nom » : chez les Babyloniens, il n'y a pas de « toi ». N'est-ce pas ainsi que l'orgueil fonctionne dans nos couples, nos familles et nos Églises ? Nous mesurons nos amitiés à ce que nous pouvons en retirer, nous dépensons pour être servis.
- Les historiens y voient une ziggourat, une tour-temple d'environ 90 mètres de côté et autant de hauteur. Le pasteur la compare à une grande salle de concert des Pays-Bas qui accueille environ 17 500 personnes.
- « Dont le sommet touche au ciel » ne décrit pas d'abord la taille, mais le paganisme. La tour n'était pas faite pour monter au ciel ni pour échapper à un nouveau déluge : elle devait être une porte pour recevoir les dieux, un point de rencontre entre la terre et le ciel, à une époque où l'on voyait les montagnes comme la demeure des dieux.
- Ce que les nations ont toujours voulu, c'est reconstruire l'Éden, mais sans Dieu. Pourquoi sans lui ? Parce que nous sommes arrogants.
- La tour est aussi pensée pour la renommée et pour la sécurité par l'unification : « afin que nous ne soyons pas dispersés ». Le désir de réputation et la peur de l'insécurité ou d'être déconnecté sont les traits de la culture déchue, encore visibles aujourd'hui. C'est pourquoi, dit le pasteur, les réseaux sociaux et internet nous rendent si dépendants : nous ne nous lassons pas d'admirer notre image.
- En hébreu, le mot « nom » (shem) sonne comme Sem, l'ancêtre d'Héber et de Péleg (Genèse 10:21-25). Or ce n'est pas Babel qui reçoit un nom, c'est la lignée de Sem, en Abraham : « je rendrai ton nom grand » (Genèse 12:2). Si Dieu doit donner un nom, il le donne par sa grâce et par son œuvre.
- Nebucadnetsar, même après l'avertissement de Dieu, dira : « N'est-ce pas ici Babylone la grande, que j'ai bâtie… pour la gloire de ma magnificence ? » (Daniel 4:30). Tous les dons de Dieu se corrompent entre les mains de l'égocentrique.
7. Le seul remède à l'orgueil : l'Évangile
- L'égocentrisme humain n'a qu'une solution : l'Évangile du Seigneur Jésus-Christ. Ce qu'il a fait à la croix peut transformer le cœur égocentrique.
- À celui qui a souvent entendu l'Évangile et l'a toujours refusé, le pasteur dit : c'est ton orgueil qui se manifeste et qui t'empêche d'être sauvé.
- Aux croyants : une grande partie des déboires de ta vie vient peut-être de ton orgueil, de ton désir de te servir toi-même et de chercher ta gloire.
- Il faut tuer l'arrogance de nos cœurs : cesser de toujours regarder nos vertus ou nos échecs, cesser de chercher à nous faire plaindre ou à nous mettre en valeur dans les conversations.
- Pour l'Église qui fête son anniversaire, la question est posée : sommes-nous connus pour notre humilité ou pour notre arrogance ? C'est le moment d'abandonner toute arrogance dans nos maisons et dans l'Église, et d'être comme Christ, doux et humble.
- Christ est mort à la croix et offre le salut à celui qui se repent, s'humilie, confesse qu'il est pécheur et place sa foi en celui qui a été crucifié à sa place. « Seul Christ peut te sauver de toi-même. »
- Comment Dieu va-t-il répondre à l'orgueil de Babel ? Le pasteur donne rendez-vous au dimanche suivant pour la suite du récit.
Points à retenir
- L'orgueil est le vice dont personne n'est libre, et il est d'abord une inimitié envers Dieu.
- Babel montre que l'unité, l'abondance, la technologie et la capacité de bâtir sont des dons de Dieu que l'orgueil corrompt.
- Errer d'un projet à l'autre par insatisfaction, c'est ne pas croire que Dieu sait ce qui nous suffit.
- Ce que l'homme construit pour sa gloire, Dieu le déconstruit pour la sienne. Le nom véritable se reçoit par grâce.
- Seul l'Évangile de Jésus-Christ, doux et humble, peut guérir un cœur égocentrique.
Application personnelle
- Dans quel domaine de ta vie cherches-tu ailleurs une satisfaction que Dieu t'a déjà donnée ?
- Es-tu un pèlerin de la volonté de Dieu ou de ta propre satisfaction ?
- Tes talents, ton travail et tes moyens servent-ils d'abord ton nom ou celui de Dieu ?
- Dans ton couple, ta famille ou tes amitiés, y a-t-il encore un « toi », ou seulement un « moi » ?
- Quelle manifestation d'orgueil, petite ou grande, veux-tu demander à Dieu de révéler et de transformer cette semaine ?
Versets cités
- Genèse 11:1-9
- Genèse 10:8-12
- Genèse 10:21-25
- Genèse 10:32
- Genèse 12:2
- Daniel 4:30
- Proverbes 16:18
- Matthieu 11:29
Questions fréquentes
Que représente la tour de Babel dans Genèse 11 ?
Pour Jairo Lopes, la tour est une ziggourat, une tour-temple. Elle n'était pas haute pour atteindre le ciel ni pour échapper à un nouveau déluge : elle devait servir de porte pour recevoir les dieux, un point de rencontre entre la terre et le ciel. Les nations ont toujours voulu reconstruire l'Éden, mais sans Dieu.
Pourquoi parler d'une « ambition honteuse » à propos de Babel ?
Le récit est construit comme une satire de la gloire humaine. Le verset 1 montre un monde uni par une seule langue, le verset 9 montre la honte et la dispersion. Le peuple passe de l'union à la confusion, et le texte grave une maxime : l'orgueil mène à la ruine.
Quel lien entre Babel et la promesse faite à Abraham ?
À Babel, les hommes veulent se faire un nom. En hébreu, le mot « nom » sonne comme le nom de Sem, l'ancêtre d'Abraham. Or c'est à Abram que Dieu dit en Genèse 12:2 : « je rendrai ton nom grand ». Le prédicateur en conclut que si Dieu donne un nom, il le donne par sa grâce et par son œuvre, jamais par l'effort orgueilleux de l'homme.