Introduction
Au culte d'action de grâce du Metropolitan Tabernacle, à Londres, Peter Masters prêche sur un seul verset : « Ainsi, mes frères bien-aimés, soyez fermes, inébranlables, travaillant de mieux en mieux à l'œuvre du Seigneur, sachant que votre travail ne sera pas vain dans le Seigneur » (1 Corinthiens 15:58).
Son sujet : la seule attitude qui ait du sens pour un chrétien, celle qui est utile, productive, récompensée et féconde. « Presque chaque mot compte pour nous ce soir », dit-il. Il reprend donc le verset mot après mot, avant de rendre grâce pour la fidélité de Dieu envers son Église au fil des années.
Plan du message
1. « Ainsi, mes frères bien-aimés » : à la lumière de la victoire
- Le verset s'appuie sur ce que Paul vient d'écrire : « Ô mort, où est ta victoire ? Ô mort, où est ton aiguillon ? [...] Mais grâces soient rendues à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ ! » (1 Corinthiens 15:55-57).
- Au terme du voyage de la vie ou au retour de Christ, le croyant recevra une immense victoire : sur le jugement, sur la puissance du péché (déjà possédée par la régénération, pleinement donnée alors), sur la mort, la corruption et toute l'hostilité du monde.
- Cette victoire vient de ce que Christ seul a fait, pas de nos œuvres. Il a souffert et il est mort pour nous, il a ôté la condamnation suspendue au-dessus de nos têtes.
- Une fois né de nouveau, on aspire à une vie juste et on combat le péché qui demeure : « Ce qui était notre ami devient notre ennemi. » Aucun effort ne mérite le salut, mais parce que nous sommes sauvés, nous nous efforçons de l'honorer, et il nous fortifie.
- « Le chrétien qui ne prie pas tombera toujours, ou échouera dans une certaine mesure. »
- « Mes frères bien-aimés » : on a tendance à exagérer les défauts de l'Église de Corinthe. Pourtant l'apôtre l'aimait, connaissait beaucoup de ses membres, priait et travaillait pour eux.
- Il y avait bien des problèmes : un esprit de parti autour de certains prédicateurs, la confusion entre le repas fraternel et la cène (certains mangeaient tout avant l'arrivée des autres), des personnes qui voulaient se mettre en avant, l'absence de discipline envers un homme tombé dans un péché grave, et quelques-uns qui doutaient de la résurrection.
- Mais ceux-là devaient être peu nombreux, car l'Église dans son ensemble, ce sont « mes frères bien-aimés » : des gens sérieux et de vrais croyants. Une Église avec des problèmes à corriger, « comme la plupart des Églises, parce que nous sommes des pécheurs ».
2. « Soyez fermes, inébranlables »
- Le mot traduit par « fermes » vient d'un verbe grec qui signifie fixer, établir. Être ferme, c'est être stable, assuré, solidement attaché au Seigneur, à sa cause et à son œuvre.
- Les Corinthiens avaient besoin d'être enseignés dans la doctrine, dans toutes les précieuses vérités de la Parole, pour les voir dans leur pleine lumière. Parfois, même des personnes réellement converties peuvent être instables parce qu'elles cessent d'apprendre.
- « Inébranlables » n'est pas tout à fait synonyme : cela veut dire que tu es attaqué. « C'est une guerre. » Toutes sortes de choses viennent détourner ton attention.
- Tu peux être ébranlé par de fortes tentations, mais aussi par le désir de choses qui ne sont pas forcément mauvaises : elles sont attirantes et tu en veux plus que nécessaire, tu veux en profiter de manière excessive.
3. « Toujours, de mieux en mieux, à l'œuvre du Seigneur »
- « Toujours », et pas seulement à certaines périodes. Certains chrétiens sont très zélés quand ils sont jeunes, puis ils se marient, fondent une famille, obtiennent une promotion, s'occupent de tout le reste, et leur cœur se refroidit envers l'œuvre du Seigneur. « C'est tragique. »
- Les superlatifs s'empilent dans le texte : on pourrait traduire par « une abondance toujours croissante ». « Qu'ils sont précieux, ceux qui ne s'arrêtent jamais, ne se relâchent pas et augmentent toujours. »
- Le pasteur défend le principe de « l'Église qui travaille » : chacun, selon ses circonstances, est encouragé à prendre part à l'œuvre de Dieu. Ce n'est pas réservé au pasteur ni aux responsables. Il y a le témoignage organisé, le témoignage dans le quartier, le service auprès des enfants et des jeunes.
- Au temps de Spurgeon, le Tabernacle s'organisait en sociétés, chacune présidée par un ancien. On le sait par leurs dîners annuels, souvent présidés par Spurgeon, dont les rapports paraissaient dans la revue The Sword and the Trowel. Il y en avait environ 57, « comme les variétés Heinz ».
- Une société d'une trentaine de femmes tricotait écharpes et gants pour la police de Londres, qui n'en recevait pas. Condition : qu'un évangéliste de l'Église puisse tenir une fois par an un culte d'évangélisation dans chaque commissariat.
- Il y avait aussi une vingtaine d'écoles pour enfants pauvres (les ragged schools), avant l'école publique, pour apprendre à lire et à écrire aux enfants des rues afin qu'ils lisent la Bible. À Walworth, on voit encore au-dessus des vitrines des bâtiments qui ressemblent à des chapelles : certaines missions en sont issues et existent toujours.
- Une société cuisinait le repas de Noël pour des familles pauvres qui n'avaient pas de quoi cuisiner. La célèbre classe de Mme Bartlett réunissait six cents jeunes domestiques qui ne pouvaient pas se libérer le dimanche. Toutes ces sociétés avaient un but de miséricorde, mais aussi d'évangélisation.
- Certains ne peuvent pas s'engager : familles nombreuses, personnes à charge, deux ou trois emplois pour vivre. « C'est compréhensible. Nous sommes une famille bienveillante » qui prie pour toutes les situations difficiles. Mais l'idéal est de servir là où le Seigneur nous en donne la possibilité.
- Converti à la fin de son adolescence, Peter Masters se souvient de ce qu'on lui a dit d'emblée : prie chaque jour, lis la Bible chaque jour, rends témoignage au Seigneur chaque jour, réfléchis à ce que tu peux faire pour lui, consacre-toi à une activité chrétienne. Les cantiques de Frances Ridley Havergal contiennent pour la plupart le mot « consacré ». Cette conviction s'efface aujourd'hui.
4. « Votre travail » : un labeur qui coûte
- Le mot traduit par « travail » (labour dans la King James) désigne en grec un travail épuisant. Il serait lié à l'idée de « couper » : on pense à l'ouvrier couvert de coupures et de bleus à cause des outils lourds, qui trace des routes ou soulève des dalles de granit.
- « Nous sommes prêts à faire n'importe quoi pour lui », même rendre des visites tard le soir, dans le froid, et frapper aux portes. On ne dit pas : « C'est trop dur. On est bien mieux au chaud devant la télévision. » Ce n'est pas la vie chrétienne.
- Nous avons été sauvés par le sang de Christ, délivrés d'une vie de péché, des illusions vaines de ce monde. Le Seigneur a été si miséricordieux, nous ne méritons rien, nous sommes à lui. Nous avons dit : « Prends-moi, je serai à toi seul pour toujours », mais nous ne le pensons pas.
- Il y a un an ou deux, un article anonyme, paru dans une revue chrétienne lue dans des milieux calvinistes stricts, attaquait le principe de l'Église qui travaille. Il était plein d'erreurs historiques et, surtout, il ne discutait aucun texte biblique, ni celui-ci ni les verbes du Nouveau Testament qui parlent de travail. « J'imagine que l'auteur était un chrétien plutôt paresseux. » Hélas, certains vrais croyants adoptent cette position.
5. « Sachant que votre travail ne sera pas vain dans le Seigneur »
- Aujourd'hui, on traduirait « sachant que » par « puisque vous savez ». Le mot grec rendu par « vain » veut dire « vide » : ton labeur n'est pas vide, pas sans fruit, pas inutile.
- Au contraire, il a une valeur que tu ne mesureras jamais : combien ont été sauvés, bénis, touchés ? Quelle part as-tu eue, par l'action de l'Esprit, dans le salut ou la sanctification de quelqu'un ? Tu ne le sauras peut-être que dans la gloire, mais tu peux en être certain.
- « Dans le Seigneur » veut dire : sur son ordre, sous sa direction et à son appel. Il y a des prédicateurs qui se sont désignés eux-mêmes. Dire « je veux faire quelque chose pour qu'on me voie », ce n'est pas un travail dans le Seigneur.
- Peter Masters évoque des organisations lancées par des individus, comme une « association d'évangélisation Bill Smith » : personne ne les a envoyés, aucune Église ne les a établis, le peuple de Dieu ne les a pas reconnus selon l'Écriture. La bénédiction ne leur est pas promise.
- Elle est promise à ceux qui agissent dans le Seigneur, à la suite de la prière : « des gens de prière d'abord, moniteurs d'école du dimanche ensuite ; des gens de prière d'abord, visiteurs ensuite ; des gens de prière d'abord, prédicateurs ensuite ».
- Ils le font par sa force, avec sa bénédiction, pour lui et non pour eux-mêmes. Le pasteur met en garde contre ceux qui parlent beaucoup d'être « dans l'Esprit » puis s'applaudissent pour leurs dons et promeuvent la chair, le héros, la grande personnalité. Le service se fait par amour pour le Seigneur et pour l'Évangile, par compassion pour les âmes et pour les jeunes.
6. Le Seigneur tient les colonnes
- « Au fil des années, nous avons trébuché de bien des manières », reconnaît le pasteur. Mais là où l'on a prié et obéi au Seigneur, malgré la faiblesse, il a béni puissamment.
- C'est, techniquement, son cinquante-sixième culte d'action de grâce. Autrefois, la journée commençait par une réunion de prière à 7 heures, puis reprenait à 15 heures. Les membres remettaient leurs offrandes dans une enveloppe, et le trésorier venait régulièrement annoncer le total qui montait.
- Quand il est arrivé en 1970 avec sa femme, l'assemblée tenait sur deux ou trois bancs. La moyenne d'âge était au début des quatre-vingts ans, surtout des femmes, très peu d'hommes. Après la guerre, les bombardements et les déplacements de population, l'Église avait décliné comme presque toutes celles du centre-ville. Dans le bâtiment, « nous nous sentions perdus ».
- Première décision : une réunion de prière séparée le lundi, Spurgeon s'étant opposé à une réunion qui mêle prière et étude biblique. Puis une communion fraternelle pour étudiants et infirmières, dont la salle s'est vite remplie. Et pendant quatre ans, aucun enterrement : parmi ces femmes âgées, il y avait un vrai groupe de prière qui attendait « une nouvelle aube ».
- Le pasteur est convaincu que le Seigneur a gardé ce groupe en vie jusqu'à ce qu'il voie un nouveau rassemblement et une nouvelle période de croissance. Beaucoup sont passés par là et beaucoup ont été sauvés.
- Il y a eu un temps où les offrandes de la semaine couvraient à peine les factures de chauffage. Mais le Seigneur a permis de faire beaucoup et a gardé l'Église jusqu'à ce jour. « Et il le fera toujours. »
- Il cite Archibald Brown, au East London Tabernacle au début du XXe siècle, qui parlait du déclin de l'influence chrétienne dans le pays : cela n'a pas d'importance, les choses peuvent descendre très bas, « mais le Seigneur tient les colonnes ». Il n'y aura pas d'extinction.
7. Un appel pour ceux qui n'ont pas encore répondu
- « C'est peut-être, pour ma femme et moi, notre dernier culte d'action de grâce. Nous sommes très âgés. »
- À ceux qui fréquentent l'Église sans s'être jamais tournés vers le Seigneur : « Quelle situation périlleuse ! » Toute cette communauté prie pour qu'ils reconnaissent leur besoin, se repentent, cherchent le Seigneur et le trouvent.
- À celui qui est chrétien, qui a reçu toutes les bénédictions mais n'a pas vraiment donné sa vie au service : il manque parfois des chauffeurs, parfois des moniteurs pour le grand nombre d'enfants. « Et tu n'as pas essayé. »
- « La meilleure chose que tu puisses faire, c'est celle qui te semble difficile » : t'engager au service du Seigneur, être utilisé, connaître sa proximité, sa force et sa bénédiction, et porter du fruit.
Points à retenir
- Le service chrétien découle de la victoire acquise par Christ seul : on ne sert pas pour être sauvé, on sert parce qu'on est sauvé.
- La fermeté vient de l'enseignement continu de la Parole ; l'inébranlabilité se joue face aux tentations et aux distractions, même légitimes.
- « Toujours » : l'œuvre du Seigneur n'est pas une saison de jeunesse, elle traverse le mariage, la famille et la carrière.
- Seul le travail fait « dans le Seigneur », par la prière, à son appel et pour sa gloire, porte la promesse : il n'est jamais vain.
- Le Seigneur tient les colonnes : il peut garder une Église affaiblie et lui redonner croissance et bénédiction.
Application personnelle
- Continues-tu d'apprendre les vérités de la Parole, ou t'es-tu arrêté à ce que tu savais au moment de ta conversion ?
- Quelles choses, mauvaises ou simplement attirantes, détournent aujourd'hui ton attention de l'œuvre du Seigneur ?
- Ton zèle s'est-il refroidi depuis ton mariage, ta famille ou ta dernière promotion ?
- Quel service te paraît difficile en ce moment, et que te faudrait-il pour t'y engager ?
- Quand tu sers, le fais-tu d'abord dans la prière et pour le Seigneur, ou pour être vu ?
Versets cités
Questions fréquentes
Que veut dire « soyez fermes, inébranlables » dans 1 Corinthiens 15:58 ?
Pour Peter Masters, être ferme, c'est être établi dans toutes les vérités de la Parole et continuer d'apprendre. Être inébranlable, c'est tenir bon quand tout cherche à te distraire : les tentations fortes, mais aussi des choses pas forcément mauvaises que tu désires plus que de raison.
Qu'est-ce qu'une « Église qui travaille » ?
C'est une Église où chacun, selon ses circonstances, prend part à l'œuvre du Seigneur, et pas seulement le pasteur ou les responsables. Au temps de Spurgeon, le Metropolitan Tabernacle comptait environ 57 sociétés de service chrétien. Ceux qui ne peuvent pas servir à cause de leur famille ou de leur travail sont soutenus et compris.
Que signifie travailler « dans le Seigneur » ?
C'est servir sur son ordre et à son appel, et non pour être vu. C'est être d'abord une personne de prière, puis moniteur, visiteur ou prédicateur. On le fait par sa force, pour lui, par amour pour l'Évangile et par compassion pour les âmes. C'est à ce travail que la promesse est attachée : il n'est pas vain.