Introduction
Lazare, l'ami de Jésus, est mort. Ses sœurs Marthe et Marie l'ont pleuré, ensevelli, entouré de leurs proches venus de Jérusalem. Et voici que Jésus arrive avec quatre jours de retard. Marthe court à sa rencontre. Ce qui se joue alors n'est pas seulement un miracle spectaculaire au bord d'un tombeau. C'est une déclaration qui bouleverse ta manière de croire : « Je suis la résurrection et la vie. » Pas dans un futur lointain. Aujourd'hui. Ici. Devant toi. Et une question, qui t'est adressée comme à Marthe : « Crois-tu cela ? »
Plan du message
1. Marthe, miroir de notre foi
- Marthe n'est pas une femme de peu de foi. Aux versets 21 et 22, elle dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. Mais je sais que maintenant encore, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera. » C'est une déclaration très forte, comme si elle pressentait qu'avec Jésus, tout est encore possible.
- Un peu plus loin pourtant, au verset 39, sa foi semble faire un pas en arrière. Quand Jésus demande qu'on ouvre le tombeau, elle proteste : « Seigneur, il doit sentir mauvais, car il y a déjà quatre jours qu'il est là. » Comme si elle disait : oui à la résurrection en théorie, mais ne poussons pas non plus.
- Marthe n'est pas sceptique à l'idée de la résurrection. « Je sais que mon frère ressuscitera au dernier jour », dit-elle. Une forme de scepticisme apparaît au moment précis où Jésus veut faire quelque chose qui semble déraisonnable ici et maintenant.
- Serait-ce le miroir de ta foi ? Nous confessons sans difficulté la résurrection au dernier jour. Mais croire que Dieu peut faire quelque chose d'extraordinaire ici et maintenant, dans ta vie, au cours de ce culte même, voilà qui devient plus difficile. C'est toute la question du passage de notre catéchisme à la réalité, de notre confession de foi au quotidien de la foi.
- Comme pour Marthe, Jésus veut te convaincre que c'est possible par son Esprit. Le Ressuscité peut renouveler une vie, changer une impasse en chemin de vie. « Je crois, viens au secours de mon incrédulité » disait un autre homme dans l'Évangile (Marc 9.24).
2. L'attitude de Jésus : colère et pleurs
- Devant le tombeau de son ami, Jésus manifeste deux émotions fortes. Une colère mentionnée deux fois, aux versets 33 et 38. Et des pleurs, au verset 35 : « Jésus pleura », le verset le plus court de la Bible.
- Si les pleurs se comprennent, la colère peut étonner. Les spécialistes s'accordent à dire qu'elle est dirigée contre la mort qui a encore frappé de manière injuste, et contre la détresse que cette mort entraîne. C'est en voyant Marie et ses amis pleurer que Jésus éprouve cette colère.
- La mort est profondément cruelle. Elle fauche de manière injuste. Elle produit solitude, tristesse, désespoir. Elle peut frapper en fin de vie mais aussi au milieu, et même dès le début.
- Plus encore, la mort telle que la Bible la comprend commence son œuvre bien avant le coup fatal. Elle enferme les hommes et les femmes dans leurs péchés, dans leur impiété, jusqu'à défigurer l'humanité au point d'ôter tout espoir de changement possible. La mort ne tue pas seulement la vie, elle tue aussi notre humanité à l'image de Dieu.
- Jésus est en colère contre cette mort parce qu'elle n'a jamais fait partie du projet de Dieu, mais qu'elle a réussi à se forcer un passage dans le monde dès le jardin d'Éden. C'est ce que la Bible appelle « le dernier ennemi » (1 Corinthiens 15.26), celui que Jésus est venu vaincre. Devant ce tombeau, il sait qu'il va bientôt devoir l'affronter, lui livrer son corps et tout son être dans un combat sans merci.
- « Jésus pleura » nous dit aussi que le Fils est profondément affecté dans sa personne par cette atteinte injuste sur son ami Lazare. Colère et tristesse, indignation et émotion : Jésus nous montre la voix d'une attitude chrétienne. La mort ne saurait être acceptée comme normale. Et puisque nous vivons encore dans ce monde déchu, il nous faut aussi apprendre à vivre avec la tristesse qu'elle provoque et à accepter les pleurs qu'elle suscite.
3. « Je suis la résurrection et la vie » : la déclaration au présent
- La clé de ce récit se trouve au verset 25 : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra même s'il meurt, et celui qui vit et croit en moi ne mourra jamais. » Une nouvelle déclaration en « je suis » qui vient s'ajouter aux autres « je suis » de l'Évangile de Jean.
- Cette parole a au moins un double but. D'abord affirmer que Jésus a un réel pouvoir sur la mort : celui de ramener de la mort à la vie. Il n'est pas venu pour donner un discours théorique face au tombeau de Lazare, il va bientôt le démontrer.
- Ensuite, en disant « je suis » au présent (pas « je serai »), Jésus ramène l'idée de résurrection d'un futur lointain à l'ici et maintenant. Marthe vient de parler de la résurrection au dernier jour. Jésus l'incarne dans sa personne, présente devant elle. D'une idée lointaine, la résurrection devient une personne, présente dans le contexte même de la mort de Lazare.
4. « Lazare, sors ! » : le culot de Jésus
- Fort de cette affirmation, Jésus se présente devant le tombeau et prononce une parole d'une incroyable audace : « Lazare, sors de là. » Imagine la scène. Tu es là, devant le tombeau, tu entends Jésus crier ce nom. Toute la foule retient son souffle devant une telle audace. Le temps est comme suspendu.
- Deux possibilités seulement. Soit Jésus apparaît comme un fou dont la parole va se perdre au fond du tombeau. Soit il est reconnu vraiment comme la résurrection et la vie, c'est-à-dire le seul capable de vaincre l'ennemi ultime qui terrasse l'humanité depuis le jardin d'Éden.
- L'Évangile de Jean ne fait pas durer le suspense. « Le mort sortit, les pieds et les mains attachés par des bandes et le visage enveloppé d'un linge » (Jean 11.44). Celui qui était indéniablement mort, celui qui commençait à se décomposer depuis quatre jours, celui-là sortit de la tombe. Jésus parfait sa parole : il n'est pas seulement la résurrection au dernier jour, il rend à nouveau la vie possible.
5. « Crois-tu cela ? » : vivre dès aujourd'hui la vie de résurrection
- Jésus donne ensuite quelques éléments pour comprendre cette parole extraordinaire. « Celui qui croit en moi vivra, même s'il meurt. » La mort physique, celle que nous connaissons, celle de nos proches, celle qu'il nous faudra connaître un jour, n'est plus tout à fait la mort pour celui qui croit en lui.
- Elle a encore les apparences de la mort pour ceux qui restent sur la terre. Elle continue de produire son lot de tristesse. Mais par la victoire de Jésus, elle a perdu ce que Paul appelle son « aiguillon » (1 Corinthiens 15.55), son pouvoir de tuer à tout jamais. Ce n'est pas un hasard si Jésus parle plus tôt de la mort de Lazare comme d'un sommeil (Jean 11.11-14) : « Lazare s'est endormi, je vais le réveiller. »
- Il ne nous appartient pas de définir la dose ou la santé de foi nécessaires, cela, c'est l'affaire de Dieu. Mais l'affirmation demeure : « Il vivra celui qui croit en moi, même s'il meurt. »
- « Et celui qui vit et croit en moi ne mourra jamais. » Jésus ne dit pas que le croyant échappera à la mort physique. Il dit que celui qui croit en lui commence son chemin de vie éternelle ici et maintenant, au présent, pas seulement dans un lointain avenir. Sa victoire sur la mort a des effets dès aujourd'hui : il est possible de vivre en lui une vie déjà touchée par la résurrection.
- Et comme à Marthe, Jésus te demande : « Crois-tu cela ? » Crois-tu, toi qui as mis ta confiance en Christ, que la mort a perdu son véritable pouvoir de tuer ? Crois-tu que dès aujourd'hui le Seigneur veut te faire vivre une vie marquée par la résurrection, une vie qui commence à restaurer ce que la mort, par le péché, avait abîmé ? Crois-tu qu'il peut te faire naître de nouveau et te faire marcher sur un chemin ouvert sur l'espérance et la vie ? C'est la question qui t'est posée ce matin.
Points à retenir
- La foi de Marthe est le miroir d'une foi qui confesse la résurrection au dernier jour, mais qui hésite à croire que Dieu agit ici et maintenant. Passer de la théorie à la pratique reste le grand chantier de la vie chrétienne.
- Devant la mort, Jésus n'est ni résigné ni détaché. Sa colère et ses pleurs disent que la mort n'est pas normale : elle est l'ennemi que le Fils de Dieu vient vaincre.
- « Je suis la résurrection et la vie » ramène la résurrection au présent. Elle n'est plus une idée lointaine, elle est une personne qui se tient devant toi.
- Depuis la victoire de Christ, la mort a perdu son aiguillon. Pour celui qui croit, elle n'a plus le dernier mot ; elle devient un sommeil.
- La vie de résurrection commence aujourd'hui, pas au dernier jour. La question de Jésus à Marthe est aussi celle qu'il te pose : « Crois-tu cela ? »
Application personnelle
- Sur quel point ta foi ressemble-t-elle à celle de Marthe : théoriquement solide, mais reculant dès qu'il s'agit de croire que Dieu peut agir dans ta situation concrète ?
- Y a-t-il un « tombeau » dans ta vie (une situation figée depuis longtemps), devant lequel tu as besoin d'entendre Jésus dire : « Enlevez la pierre » ?
- Accueilles-tu la colère et les pleurs comme des attitudes chrétiennes légitimes devant la mort et le mal, ou cherches-tu à les étouffer trop vite ?
- Si Jésus est vraiment la résurrection au présent, qu'est-ce que cela change dans ta manière d'espérer, de prier, de t'engager cette semaine ?
- Prends un moment pour répondre personnellement à la question de Jésus : « Crois-tu cela ? », et confie-lui, si nécessaire, ton incrédulité.
Versets cités
- Jean 11.17-29 · Marthe à la rencontre de Jésus
- Jean 11.1-16 · la maladie de Lazare et le « sommeil »
- Jean 11.32-44 · Marie, les pleurs de Jésus, la résurrection de Lazare
- Jean 11.25-26 · « Je suis la résurrection et la vie »
- Jean 11.35 · « Jésus pleura »
- Marc 9.24 · « Je crois, viens au secours de mon incrédulité »
- 1 Corinthiens 15.54-57 · la mort a perdu son aiguillon
- Genèse 3 · la mort forcée dans le monde dès le jardin d'Éden
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Questions fréquentes
Pourquoi Jésus attend-il quatre jours avant de venir voir Lazare ?
Le texte ne l'explique pas dans le détail, mais Jésus lui-même dit à ses disciples : « Je me réjouis pour vous de n'avoir pas été là-bas… afin que vous croyiez » (Jean 11.15). L'attente n'est pas indifférence. Elle rend possible un signe plus grand qu'une simple guérison : la résurrection d'un mort déjà en train de se décomposer, pour que la foi des témoins passe d'une confession théorique à une rencontre vivante avec « la résurrection et la vie ».
Que veut dire « la mort a perdu son aiguillon » ?
C'est une image que Paul emprunte à l'Ancien Testament dans 1 Corinthiens 15.55-56 : la mort est comparée à un scorpion dont le dard a été brisé. Elle continue de nous atteindre (le deuil, la séparation, la tristesse restent réels), mais elle n'a plus le pouvoir ultime de tuer la vie de ceux qui sont en Christ. Pour celui qui croit, la mort devient un passage, un sommeil dont il sera réveillé.
Comment vivre concrètement « la résurrection au présent » ?
Non pas en niant les tombeaux, ni en prétendant que tout va bien, mais en croyant que le Christ ressuscité peut agir dès maintenant dans ta vie. Cela se traduit par des prières concrètes pour des situations bloquées, par le courage de croire qu'un changement est possible, par l'accueil de la vie nouvelle que l'Esprit produit (pardon, réconciliation, espérance renouvelée), au cœur des situations où tout semble figé.
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