Une joie insaisissable qui marche à côté de toi

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Introduction

À la sortie de Noël, Stéphane Guillet fait un pas de côté par rapport à son habitude : il ne part pas d'un texte biblique, mais d'un poème du Québécois Saint-Denis Garneau qu'il relit souvent sur son téléphone. « Je marche à côté d'une joie, d'une joie qui n'est pas à moi, d'une joie à moi que je ne puis pas prendre. » Ce poème dit à sa manière ce que la Bible annonce autrement : il y a une joie du ciel, une joie qui est celle de Dieu, qui vient à ta rencontre à Noël, qui t'accompagne dans ta marche et qui, un jour, te sera pleinement donnée. En attendant, elle marche à côté de toi.

Plan du message

1. Une joie qui n'est pas à moi, mais qui m'accompagne (1ère strophe)

  • Le poème dit d'entrée le rapport complexe que tu peux avoir avec la joie : elle paraît si proche à certains moments, et puis une mauvaise nouvelle survient (2025 en a eu son lot), et elle semble s'éloigner sans que tu puisses la saisir.
  • La Bible distingue deux sortes de joie : la joie de la création (celle des fiancés, des époux qui s'aiment, d'un travail bien fait, d'un bon repas entre amis, que la Bible ne méprise pas du tout), et la joie du ciel.
  • Cette joie du ciel est celle-là même de Dieu : « il y a abondance de joie devant Dieu » (Ps 16.11), le Seigneur fera de Jérusalem restaurée sa plus grande joie (So 3.17), « la joie du Seigneur est votre force » (Né 8.10).
  • Dieu est joie comme il est amour. Et c'est cette joie qu'il veut faire tienne à Noël : « Je vous ai dit ces choses pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète » (Jn 15.11). Un transfert : la joie de Dieu qui veut devenir ta joie en Jésus.

2. Je marche à côté de moi en joie : la vie chrétienne comme réalité mystérieuse (2ème strophe)

  • « Je marche à côté de moi en joie. » Ici la joie n'est plus seulement à côté de toi, elle est déjà à toi, mais tu ne peux pas encore la goûter pleinement.
  • Le Nouveau Testament décrit cette étrangeté : tu n'es plus du monde, mais tu es encore dans le monde marqué par le mal. Ta citoyenneté est dans les cieux.
  • Plus étonnant encore : Dieu t'a fait asseoir avec Christ dans les lieux célestes (Ép 2.6) et ta vie est cachée avec lui en Dieu (Col 3.3).
  • D'où le paradoxe biblique : « L'espérance des justes, c'est la joie » (Pr 10.28). Et Paul : « attristés, et pourtant toujours joyeux » (2 Co 6.10). Tu ne peux pas encore mettre tes pieds dans ces pas-là et dire « voilà, c'est moi », mais tu entends déjà ton pas en joie marcher à côté de toi.

3. Je machine en secret des échanges : les avant-goûts de la joie céleste (3ème strophe)

  • « Je me contente pour le moment de cette compagnie, mais je machine en secret des échanges par toutes sortes d'opérations, des alchimies, par des transfusions de sang… » Le poète prend des libertés avec les mots, refuse la perfection de l'alexandrin, parce que la condition humaine où il se trouve ne permet pas cette perfection.
  • Ta situation n'est pas tragique. La Bible ne te dit pas : « souffre maintenant, la joie viendra plus tard ». Elle te dit que tu peux déjà goûter un avant-goût (parfois juste un avant-avant-avant-goût, mais un avant-goût quand même), de la joie céleste.
  • Le culte, les sacrements, la communion fraternelle sont ces échanges secrets : dans l'Ancien comme dans le Nouveau Testament, les grandes fêtes d'Israël étaient traversées de joie, occasions offertes pour goûter les réalités du ciel.
  • Le Saint-Esprit lui-même travaille en toi : « le fruit de l'Esprit, c'est l'amour, la joie, la paix… » (Ga 5.22). C'est pour cette raison que Paul pouvait être attristé et pourtant joyeux.
  • Même dans les moments les plus sombres, par une curieuse alchimie, l'Esprit continue à semer des graines que la foi est capable de percevoir. « Quand mon cœur est agité par une foule de pensées, tes consolations me rendent la joie » (Ps 94.19). « La gaieté et la joie viendront à leur rencontre » (És 35.10).

4. Afin qu'un jour transposé : la joie parfaite du Royaume (4ème strophe)

  • Le mot clé de cette dernière strophe, c'est « transposé ». Il évoque une réalité eschatologique : ce que Dieu veut donner, pas ce que tu peux créer.
  • Paul le dit aux Colossiens : « Rendez grâces au Père qui vous a rendus capables d'avoir part à l'héritage des saints dans la lumière ; il nous a délivrés de la puissance des ténèbres et nous a transportés dans le royaume du Fils de son amour » (Col 1.12-13).
  • Ce royaume, c'est le lieu d'une joie parfaite : cris de joie (És 35.10), joie éternelle (És 61.7), transports d'allégresse (Ap 19.6-9).
  • Ce jour-là, tu seras porté par la danse de ces pas de joie, et le malheur, l'épreuve, la douleur prendront la tangente pour s'éloigner définitivement, comme un étranger qui s'engage dans une rue transversale.

Points à retenir

  • Il y a deux sortes de joie dans la Bible : la joie de la création (bien réelle, non méprisée), et la joie du ciel, celle qui est la joie même de Dieu.
  • Dieu est joie comme il est amour. Sa venue à Noël est source d'une grande joie pour tout le peuple parce qu'il vient te faire partager sa propre joie.
  • Ta condition de croyant est paradoxale : la joie du ciel t'est déjà donnée, mais tu ne peux pas encore la goûter pleinement. Elle marche à côté de toi.
  • Les avant-goûts sont réels : culte, sacrements, communion fraternelle, fruit de l'Esprit. Même dans les nuits les plus sombres, la foi peut percevoir les semences de cette joie.
  • La joie parfaite est promise : un jour, tu seras transposé dans le royaume, et le malheur ne sera plus qu'un étranger qui prend une rue transversale.

Application personnelle

  1. À quels moments de 2025 as-tu eu l'impression que la joie s'éloignait sans que tu puisses la saisir, et où en es-tu aujourd'hui devant Dieu à ce sujet ?
  2. Fais-tu une place aux « joies de la création » que Dieu te donne (un bon repas, une amitié, un travail bien fait), comme à des cadeaux et non comme à des distractions ?
  3. Où reconnais-tu, cette semaine, des « avant-goûts » de la joie du ciel : dans le culte, dans la sainte cène, dans la prière, dans une conversation fraternelle ?
  4. Quelle mauvaise nouvelle actuelle a besoin d'être relue à la lumière de cette promesse : « la gaieté et la joie viendront à leur rencontre » ?
  5. Pratiques-tu une foi qui te rend « capable de percevoir les semences de la joie du ciel semée dans ton quotidien », ou attends-tu la joie parfaite tout de suite ?

Versets cités

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Questions fréquentes

Qui est Saint-Denis Garneau, le poète cité par Stéphane Guillet ?

Saint-Denis Garneau est un poète québécois de la première moitié du XXe siècle, considéré comme l'un des grands de sa génération au Québec. Il était catholique, mais surtout en quête d'une relation personnelle avec Dieu, en marge d'une institution dont il se méfiait un peu. Il a été très influencé par des penseurs comme Jacques Maritain et Emmanuel Mounier, et par le mouvement du personnalisme chrétien. Stéphane Guillet a découvert son poème sur la joie au Québec, chez son gendre, et il le relit très souvent sur son téléphone.

Quelle est la différence entre la « joie de la création » et la « joie du ciel » ?

La joie de la création, ce sont les joies légitimes que Dieu te donne dans ce monde : la joie des fiancés en présence l'un de l'autre, celle des époux qui s'aiment, la joie d'un travail bien fait, d'un bon repas entre amis. La Bible ne les méprise pas du tout. La joie du ciel, elle, est celle qui appartient à Dieu lui-même : « il y a de la joie dans le ciel » (Luc 15.7), « abondance de joie devant Dieu » (Psaume 16.11). C'est cette joie-là que Dieu est venu partager avec toi à Noël, et c'est elle qui deviendra pleinement tienne dans le royaume.

Comment peut-on parler de joie chrétienne quand on traverse une vraie souffrance ?

Stéphane Guillet insiste sur le paradoxe biblique. L'apôtre Paul dit être « comme attristé, et pourtant toujours joyeux » (2 Corinthiens 6.10). Cette joie-là n'est pas une émotion à commander sur ordre, c'est une œuvre de l'Esprit qui continue à semer des graines même dans les nuits les plus sombres. Le Psaume 94.19 dit : « quand mon cœur est agité par une foule de pensées, tes consolations me rendent la joie ». La foi ne nie pas la tristesse ; elle apprend à percevoir, au milieu d'elle, les avant-goûts d'une joie qui ne disparaît jamais complètement parce que Dieu, lui, ne disparaît jamais.

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