Justifiés par grâce : le scandale de l'Évangile

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Introduction

Sur le chemin qui mène à Pâques, Stéphane Guillet s'arrête à la « case justification » : ce mot central des réformateurs, dont Luther disait qu'il porte le cœur de l'épître aux Romains et de l'Écriture tout entière. À partir de Romains 3.21-26, il montre que Dieu déclare juste le pécheur gratuitement, par la foi en Jésus-Christ. Une justice étonnante, scandaleuse même à vue humaine : un innocent condamné pour que des coupables soient acquittés. C'est là que le « oui » de Dieu vient enfoncer une porte que la terre ne pouvait pas ouvrir.

Plan du message

1. Le verdict sans appel : personne n'est juste

  • Avant d'annoncer la bonne nouvelle, Paul dresse un réquisitoire : « Il n'y a pas de juste, pas même un seul » (Romains 3.10).
  • « Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » (Romains 3.23) : la relation entre le Créateur et sa créature est rompue.
  • Face au juge de toute la terre, la porte semble définitivement fermée. L'Évangile ne se reçoit que sur la base d'un énorme « non » prononcé par Dieu sur nos capacités.
  • C'est dans ce contexte de condamnation que résonne le « mais maintenant » de Romains 3.21, ce tournant que Karl Barth appelle « l'impossible possibilité, le oui dans le non, la vie dans la mort ».

2. Une justice en dehors de la loi, gratuitement par grâce

  • « La justice de Dieu s'est manifestée », mais en dehors de la loi. Elle ne dépend pas de ton obéissance à des règles.
  • Dieu ne te rend pas juste, il te déclare juste. Ta justification ne tient pas à ce que tu as fait hier, à ce que tu fais aujourd'hui, ni même à ce que tu feras demain.
  • « C'est gratuitement qu'ils sont justifiés par sa grâce » (Romains 3.24) : la redondance « gratuitement par grâce » enfonce le clou. Rien à payer, rien à apporter en échange.
  • Dans Une église centrée sur l'Évangile, Timothy Keller distingue deux façons de rejeter Dieu : l'irréligion (nier Dieu) et la religion (le moralisme, croire que je suis justifié en obéissant à la loi). Le seul moyen que Dieu a prévu, dit Keller, ce n'est ni l'irréligion ni la religion, c'est l'Évangile.

3. Au moyen de la rédemption : Christ, notre propitiatoire

  • Comment Dieu peut-il acquitter des coupables sans qu'il y ait rien à payer ? « Au moyen de la rédemption qui est en Jésus-Christ » (Romains 3.24).
  • Le verset 25 présente Jésus comme « propitiatoire ». Dans l'Ancien Testament, ce mot désignait le couvercle de l'arche de l'alliance, dans le lieu très saint : une fois par an, au jour des expiations (Yom Kippour), le grand prêtre y touchait le sang de la victime sacrifiée.
  • Sur la croix, Jésus devient ce lieu où se donne le pardon. Il porte notre désobéissance ; nous sommes vus à travers son obéissance. Il prend notre condamnation ; nous recevons la justification.
  • Cet acte objectif, historique, ne dépend en rien de notre volonté ou de nos mérites : il jaillit uniquement de la volonté du Père et du oui du Fils, enracinés dans l'amour du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

4. Reçue par la foi : une main tendue et vide

  • Comment cet échange s'opère-t-il en toi ? « Par le moyen de la foi ». Mais qu'est-ce que la foi ?
  • Attention à la tentation religieuse : faire de la foi ta propre œuvre, ta contribution méritoire. Jésus parlait de la foi comme de la plus petite des graines.
  • « À celui qui ne fait pas œuvre mais qui croit en celui qui justifie l'impie, sa foi est comptée comme justice » (Romains 4.5). Elle n'est pas justice, elle est comptée comme justice, par pure décision de Dieu.
  • La foi, c'est la renonciation aux œuvres. C'est le regard de Lazare qui sait que la richesse du riche lui est inaccessible (Luc 16). C'est le fils prodigue qui n'a même plus droit à la nourriture des cochons (Luc 15). C'est le publicain qui n'ose pas lever les yeux (Luc 18).
  • Une main vide tendue, un regard suppliant tourné vers le Christ : Dieu veut y répondre. Dieu veut remplir la main.

5. La conséquence : rencontrer Dieu comme Père

  • Si tu t'approches de Dieu sans la justification, tu rencontres le Dieu Juge, celui qui parce qu'il est saint ne peut pas supporter le péché.
  • Si tu t'approches de Dieu déclaré juste à cause de l'œuvre de Jésus, tu rencontres le Dieu Père, celui qui te reconnaît comme son enfant bien-aimé.
  • La justification provoque ton adoption : Jésus t'appelle son frère, sa sœur. Tu peux t'approcher de Dieu sans crainte, avec confiance.
  • Tu peux même dire « pardonne-nous nos offenses » avec la certitude qu'il te pardonne : parce que tu n'es plus dans le tribunal d'un juge, mais dans la maison de ton Père.

Points à retenir

  • La justification, c'est Dieu qui te déclare juste, pas qui te rend juste. C'est une parole venue du ciel, indépendante de ce que tu fais.
  • « Gratuitement par grâce » : rien à payer, rien à mériter. Toute contribution de ta part reviendrait à rejeter l'Évangile.
  • Sur la croix, Christ prend ta condamnation ; tu reçois son acquittement. C'est l'échange étonnant qui rend l'Évangile scandaleux à vue humaine.
  • La foi n'est pas une œuvre méritoire, c'est la renonciation aux œuvres : une main vide, un regard suppliant tourné vers le Christ.
  • La justification débouche sur l'adoption : tu ne rencontres plus le Dieu Juge, mais le Dieu Père.

Application personnelle

  1. Quelles « œuvres » cherches-tu, en secret, à apporter à Dieu pour te sentir accepté ? Que se passerait-il si tu renonçais à cette contribution ?
  2. Es-tu plutôt tenté par l'irréligion (nier Dieu, vivre sans lui) ou par la religion (le moralisme qui veut mériter) ? Reconnais ce que Keller appelle les deux façons de rejeter Dieu.
  3. Approches-tu Dieu comme un juge à craindre ou comme un Père qui t'accueille ? Prends un temps de silence pour laisser Dieu te déclarer juste aujourd'hui.
  4. À quoi ressemble concrètement, dans ta semaine, la « main tendue et vide » du publicain devant Dieu ?
  5. Pour qui autour de toi la gratuité de l'Évangile est-elle un scandale ? Comment leur raconter simplement que Dieu déclare juste le pécheur ?

Versets cités

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Questions fréquentes

Que veut dire « être justifié par grâce » selon Romains 3 ?

Être justifié par grâce, c'est être déclaré juste par Dieu, gratuitement, indépendamment de tes œuvres, sur la seule base de la rédemption accomplie par Jésus-Christ. Dieu ne te rend pas juste par tes efforts, il te déclare juste parce que Christ a porté ta condamnation à la croix.

Pourquoi Stéphane Guillet parle-t-il d'un « scandale de l'Évangile » ?

Parce qu'un juge qui acquitte des coupables sur la base de la condamnation d'un innocent, cela révolte notre sens humain de la justice. Or c'est exactement ce que Dieu fait à la croix : Christ, l'innocent, prend la condamnation ; les coupables reçoivent l'acquittement. L'Évangile bouscule les règles ordinaires de la justice.

Qu'est-ce que la foi dans la justification, selon ce sermon ?

La foi n'est pas une œuvre qui mériterait la justification. C'est la renonciation à toute œuvre : une main tendue et vide, un regard suppliant tourné vers le Christ, comme le publicain qui n'ose pas lever les yeux. Dieu regarde avec faveur cette foi et remplit la main tendue par pure grâce.

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