Introduction
Jean 17 rapporte sans doute la prière la plus intime de Jésus : le Fils éternel qui parle au Père céleste, juste avant la croix. Pedro David Alves, à l'Iglesia Salem Madrid, s'y arrête pour le sixième message de la série « Référents », consacrée à l'accompagnement spirituel.
Dans cette prière, Jésus sait qu'il va partir et que ceux qui restent vont souffrir. Il ne leur a rien caché. Il ne demande pas au Père de les retirer du monde. Il lui demande de les garder et de les sanctifier par la vérité.
Le prédicateur en tire quatre principes pour celui qui accompagne et pour celui qui est accompagné. Il les illustre par deux pages de sa propre histoire : une crise de foi après sa conversion, et le divorce de ses parents quand il avait quatorze ans.
Plan du message
1. L'œuvre achevée de Jésus : former des disciples
- Au verset 4, Jésus dit : « Je t'ai glorifié sur la terre, j'ai achevé l'œuvre que tu m'as donnée à faire. » Il le dit avant la croix, avant le « Tout est accompli ».
- La grande œuvre est le salut de l'humanité, accomplie à la croix et dans la résurrection. Mais les versets 6 à 8 en mentionnent une autre, déjà achevée : accompagner et former un groupe d'hommes que le Père lui avait confiés, partager avec eux le chemin, la table et les conversations.
- Jésus leur a manifesté le nom du Père. Dans la Bible, le nom parle du caractère, de l'essence d'une personne. Il leur a montré que le Père est amour, mais aussi sainteté et justice, et comment un être humain se relie à lui : la prière, qu'il a pratiquée sous leurs yeux, l'obéissance, et la confiance même quand on ne voit pas encore les résultats.
- Il leur a aussi donné les paroles du Père. Il leur a enseigné les Écritures, a corrigé leurs mauvaises interprétations, et surtout il a vécu ces vérités devant eux. « Ils ont vu les paroles du Père dans la conduite de Jésus. »
2. Une prière qui va jusqu'à toi
- Jésus prie ensuite pour ses disciples : « Père saint, garde en ton nom ceux que tu m'as donnés, afin qu'ils soient un comme nous » (verset 11).
- Puis son regard va plus loin : « Ce n'est pas pour eux seulement que je prie, mais encore pour ceux qui croiront en moi par leur parole » (verset 20). « Il prie aussi pour l'Église, il prie aussi pour toi, il prie aussi pour moi. »
- Jésus a en tête ce que l'on appelle la reproduction spirituelle. C'est le fil de la série : l'accompagnement spirituel fait partie de la vie chrétienne. Il n'est pas réservé à quelques élus ou à une classe spéciale.
- « Nous avons tous besoin d'un Paul », quelqu'un qui nous aide à grandir, et d'un Timothée, un apprenti que nous aidons à grandir. Une bonne part de ce dont tu as besoin pour grandir, Dieu te le donnera à travers des personnes autour de toi. Et ce que Dieu a mis en toi ne peut pas s'arrêter à toi.
3. Préparer à une vie réelle, pas à une vie idéale
- Jésus sait qu'il s'en va et que ses disciples restent : « Je ne suis plus dans le monde, et ils sont dans le monde » (verset 11). « Le monde les a haïs, parce qu'ils ne sont pas du monde » (verset 14).
- Des chapitres 13 à 16, il leur parle ouvertement de trahison, de persécution, de tristesse, de rejet et même de mort : « Ils vous excluront des synagogues ; et même l'heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre un culte à Dieu » (Jean 16:2). Il ajoute : « Je vous ai dit ces choses, afin que, lorsque l'heure sera venue, vous vous souveniez que je vous les ai dites » (Jean 16:4).
- Le prédicateur aime cette honnêteté « brutale » de Jésus et de la Bible. Jean 16:33 tient deux réalités ensemble : « Vous aurez des tribulations dans le monde ; mais prenez courage, j'ai vaincu le monde. » Affliction dans le monde, paix en lui.
- Converti il y a 29 ans, Pedro David Alves pensait que, si suivre Jésus était la vérité, tout irait désormais à merveille. Après un temps de lune de miel avec le Seigneur, les anciennes tentations sont revenues plus fortes, certains membres de sa famille l'ont rejeté, il a connu déceptions et injustices. Il en est venu à demander : « Où est Dieu ? Pourquoi ses promesses ne s'accomplissent-elles pas dans ma vie ? »
- Dieu lui a alors donné Jean 16:20 : « Vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira ; vous serez dans la tristesse, mais votre tristesse se changera en joie. » Il a compris que Dieu n'avait manqué à aucune promesse : « C'était un problème d'attentes. »
- Le référent qui transmet une vision idéale du christianisme met son apprenti en difficulté. Quand viendront la douleur et l'opposition, celui-ci dira : « Personne ne m'avait dit que cela arriverait », et il croira que Dieu lui a fait défaut. Premier principe : ne pas préparer le disciple à une vie idéale, mais l'aider à vivre fidèlement une vie réelle.
4. Accompagner dans la souffrance sans vouloir la supprimer
- Le plus surprenant vient aux versets 15 et 16 : « Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal. » Jésus vient d'annoncer qu'on les haïra et qu'on en tuera certains, et il ne demande pas qu'on leur épargne ce chemin. Il demande qu'ils restent fidèles jusqu'au bout.
- Le prédicateur raconte comment il a appris à son fils aîné à faire du vélo. Il courait derrière lui, la main sur la selle, et la rattrapait au moindre vacillement. Un jour, sa propre mère l'appelle au téléphone. Quand il se retourne, son fils tourne tout seul, « presque prêt pour le Tour de France ».
- Comme parents et comme référents, nous voulons souvent épargner toute souffrance à ceux que nous accompagnons. Parfois par amour, parfois parce que nous nous sentons responsables, parfois par peur qu'ils se découragent et s'éloignent du Seigneur. Mais souvent, sans nous en rendre compte, nous nous empressons de résoudre leur problème pour soulager notre propre malaise.
- Il appelle cela le syndrome du « service technique spirituel » : un diagnostic rapide (« As-tu péché ? As-tu lu la Bible ? As-tu prié ? »), puis une réponse toute faite, « toutes choses concourent au bien », et l'on repart tranquille.
- Accompagner, c'est parfois simplement rester. Rester à côté de celui qui souffre sans avoir toutes les réponses, sans être gêné par les silences. Jésus lui-même disait à ses disciples : « J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant » (Jean 16:12). Il y a un bon moment pour chaque promesse.
5. Soulager ou guérir : les pansements posés sur la douleur
- L'apprenti, lui aussi, a du mal à supporter la douleur dans la durée. Il cherche le soulagement plutôt que la vraie solution.
- Le prédicateur prend l'image du voyant de panne moteur qui s'allume sur le tableau de bord. Il dérange chaque matin, jusqu'au jour où l'on colle un autocollant dessus. Lui-même, quand sa voiture fait un bruit inquiétant, monte le volume de la radio. « Loin des yeux, loin du cœur. » Le moteur n'est pas réparé pour autant.
- C'est exactement ce que nous faisons avec la douleur : nous posons des pansements, des stratégies pour ne plus penser ni ressentir ce qui nous perturbe. Il en distingue trois sortes.
- Les pansements évidents : tout le monde les reconnaît comme une fuite. Alcool, drogue, sexualité, achats compulsifs, crises de boulimie, heures passées sur les jeux vidéo.
- Les pansements socialement acceptés : ils suscitent l'admiration. Travailler énormément, servir tout le monde, se donner entièrement au sport. On te félicite, et personne ne voit qu'il y a derrière quelqu'un qui ne veut pas s'arrêter devant Dieu, parce que le vide intérieur devient alors insupportable.
- Les pansements subtils : ils donnent l'air mûr et spirituel. La rationalisation, qui justifie un père dur et avare d'affection (« il travaillait tellement, il a eu lui-même une enfance difficile ») sans jamais laisser Dieu guérir la blessure. L'humour, qui transforme une suite de ruptures en plaisanterie (« J'ai un master en ruptures, je prépare le doctorat ») pour ne pas avouer la peur d'espérer à nouveau. La spiritualisation, qui dit « L'Éternel pourvoira » pour ne plus chercher de travail, alors qu'elle cache la fatigue d'être rejeté.
- Les uns font honte, les autres donnent du prestige, les derniers donnent l'air spirituel. Tous gardent caché un mal qui doit venir à la lumière pour être traité. Troisième principe : un bon référent sait faire la différence entre soulager une douleur et la guérir, et il l'enseigne à son disciple.
6. Affronter la douleur avec la vérité
- Jésus a transmis les paroles du Père à ses disciples (verset 8) et il prie : « Sanctifie-les par ta vérité : ta parole est la vérité » (verset 17). La Parole ne sert pas seulement à nous instruire. Elle nous transforme jusque dans la façon dont nous interprétons et affrontons la douleur.
- Le Psaume 73, d'Asaph, en donne un exemple en quatre étapes. D'abord, reconnaître ce qui fait mal : « Car je portais envie aux insensés, en voyant le bonheur des méchants » (verset 3). Asaph nomme honnêtement sa frustration.
- Ensuite, discerner les conclusions que la douleur nous pousse à tirer : « C'est donc en vain que j'ai purifié mon cœur » (verset 13). La douleur déforme toujours nos pensées. La question à se poser : « Qu'est-ce que tu es en train de croire sur toi-même, sur les autres, sur Dieu, à cause de ta souffrance ? »
- Puis laisser la vérité de Dieu transformer le regard : « Jusqu'à ce que j'eusse pénétré dans les sanctuaires de Dieu » (verset 17). Il y a la réalité que tu vois, et il y a toujours une réalité supérieure, celle de Dieu.
- Enfin, répondre. On peut recevoir la vérité et ne rien changer. Asaph, lui, sort du sanctuaire en disant : « Quel autre ai-je au ciel que toi ? Et sur la terre je ne prends plaisir qu'en toi » (verset 25). Sa situation n'a pas changé, mais sa perspective oui : « Je suis plus riche qu'eux, j'ai toutes les richesses en Christ. » Dans le monde il a des tribulations, en Dieu il a la paix.
- Quatrième principe : un bon référent aide toujours son apprenti à affronter la douleur avec la vérité.
7. Cinq ans de pansements, puis la rencontre avec Jésus
- Devant le voyant allumé, il n'y a que deux choix : le cacher ou aller au garage. Devant la souffrance, c'est pareil : se couvrir de pansements, ou venir à Dieu et traiter la douleur avec sa vérité.
- À quatorze ans, Pedro David Alves voit son père réunir sa sœur aînée et lui, puis pleurer pour la première fois devant eux : ses parents vont divorcer. Il sort retrouver ses amis. On lui tend une cigarette, une amie l'embrasse, et il se sent soulagé. Mais en rentrant, son père fait sa valise, et toute la douleur revient.
- Il retient pourtant la leçon : pour se soulager, il faut rester avec ses amis, fumer et sortir avec le plus de filles possible. Il vit ainsi pendant cinq ans, un autocollant posé sur le voyant rouge de son cœur.
- À dix-neuf ans, il rencontre Jésus-Christ, qui le confronte à sa douleur et à ses pansements : seule la vérité peut rendre libre. Ce fut douloureux, et cela l'est encore. Cette année, Dieu lui a donné un nouveau référent qui l'aide à repérer ses pansements subtils. « C'est plus facile d'affronter des mensonges que de regarder en face la vérité qui est en toi. Mais cela en vaut la peine. »
- Son appel final : « Jésus ne te promet pas une vie sans souffrance », mais il t'invite à venir avec ta douleur. Vivre une vie sans pansements, une vie réelle, où l'on porte la douleur dans la durée avec l'aide de Dieu et des autres. « Un disciple mûr n'est pas celui qui a cessé de souffrir, c'est celui qui a appris à ne pas fuir Dieu au milieu de la souffrance. »
Points à retenir
- Avant la croix, Jésus avait déjà achevé une œuvre : former des disciples en leur montrant le caractère du Père et en vivant ses paroles devant eux.
- Nous avons tous besoin d'un Paul qui nous aide à grandir et d'un Timothée à aider à grandir.
- Prépare ceux que tu accompagnes à une vie réelle : dans le monde ils auront des tribulations, en Christ ils auront la paix.
- Accompagner, ce n'est pas supprimer toute difficulté. C'est souvent rester présent, sans avoir toutes les réponses.
- Les pansements soulagent sans guérir. Seule la vérité de Dieu transforme la manière d'affronter la douleur.
Application personnelle
- Qui est ton « Paul » aujourd'hui, et qui pourrait être ton « Timothée » ?
- Quelles attentes as-tu placées sur la vie chrétienne que Jésus ne t'a jamais promises ?
- Quand quelqu'un que tu aimes souffre, cherches-tu à l'aider ou à soulager ton propre malaise ?
- Quel pansement poses-tu sur ta douleur : évident, socialement accepté ou subtil ?
- Qu'est-ce que ta souffrance actuelle te pousse à croire sur toi, sur les autres ou sur Dieu, et que dit sa Parole à ce sujet ?
Versets cités
Questions fréquentes
Quelle œuvre Jésus dit-il avoir achevée en Jean 17:4 ?
Avant même la croix, Jésus dit avoir achevé l'œuvre que le Père lui avait donnée. Pour Pedro David Alves, les versets 6 à 8 la décrivent : former un groupe de disciples confiés par le Père, leur manifester son nom, c'est-à-dire son caractère, et leur transmettre ses paroles en les vivant devant eux.
Pourquoi Jésus ne demande-t-il pas au Père d'ôter ses disciples du monde ?
En Jean 17:15, Jésus prie pour que ses disciples soient préservés du mal, non retirés du monde. Le prédicateur y voit la différence entre accompagner quelqu'un dans la difficulté et supprimer toutes les difficultés de son chemin. Un bon référent ne garde pas toujours la main sur la selle du vélo.
Que sont les pansements posés sur la douleur ?
Ce sont les stratégies qui servent à ne plus penser ni ressentir ce qui fait mal. Pedro David Alves en distingue trois sortes : les évidents (alcool, drogue, achats compulsifs), les socialement acceptés (travail, service, sport) et les subtils (rationalisation, humour, spiritualisation). Tous soulagent sans guérir.