Introduction
Le prédicateur commence par une image. Il rentre d'Allemagne, où il a enseigné l'histoire de l'Église dans un institut biblique. Comme cadeau, on lui a offert une visite de Berlin, et notamment la Porte de Brandebourg. Depuis le lycée, il était marqué par les images de la chute du Mur : ces jeunes qui remplissaient la place, grimpaient sur le muraille, se tenaient debout sur la Porte de Brandebourg. Sur place, la réalité est différente. Il n'y a presque personne. Le Mur n'existe plus. Il ne reste que des petits pavés de couleur qui marquent l'ancien tracé.
« Parfois, il y a cette idée qu'on se fait de quelque chose, alors que la réalité est très différente. » C'est exactement ce qui se joue dans Luc 2. Le monde de l'époque (et le nôtre), a une idée toute faite de ce que doit être un sauveur. Et ce que les anges annoncent aux bergers, c'est un Sauveur radicalement différent : un bâtisseur de paix, et d'une paix éternelle.
Plan du message
1. Dieu annonce le Sauveur à des bergers méprisés
- Le texte, c'est Luc 2:8-12. Des bergers passent la nuit dans les champs pour garder leur troupeau. Un ange du Seigneur leur apparaît, la gloire du Seigneur les enveloppe, et il leur annonce « une bonne nouvelle qui sera une grande joie pour tout le peuple : aujourd'hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. »
- Le prédicateur insiste sur ce détail scandaleux : Dieu confie ce témoignage à des bergers. Or, à l'époque, les bergers sont méprisés. Dans leur société, ils n'ont même pas le droit de témoigner dans un procès. Souviens-toi de Samuel arrivant chez Isaï pour choisir le futur roi : on lui présente sept fils, et aucun n'est celui-là. « N'as-tu pas d'autres fils ? » Ah oui, il en reste un (David), mais il garde les brebis. La culture juive n'avait pas grande estime pour les bergers.
- Ces bergers-là ne sont pas n'importe lesquels. À côté de Bethléhem et tout près de Jérusalem, ce sont ceux qui gardent les moutons destinés aux sacrifices du temple. Une sorte de « bergerie nationale », l'élite des bergers. Mais ça reste des bergers. L'élite des plus pauvres classes de la société.
- Dieu aurait pu choisir le roi. César Auguste, justement, est celui qui vient d'ordonner ce recensement, celui qui a établi la Pax Romana, celui que le monde appelait « sauveur du monde ». Il aurait fait une meilleure publicité, humainement parlant. Ou pourquoi pas les prêtres, à Jérusalem tout à côté ? Mais ce sont ces mêmes prêtres qui, en Matthieu 2, dénoncent l'enfant à Hérode, lequel massacre ensuite tous les petits garçons de deux ans et en dessous à Bethléhem.
- Il ne reste que ces bergers. Et le message est aussi révolutionnaire que le fait d'être annoncé à des simples gens. Paul explique le principe en 1 Corinthiens 1:26-27 : « Considérez, frères, comment vous avez été appelés. Il n'y a parmi vous ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles. Mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages, et les choses faibles du monde pour confondre les fortes. » La méthode divine est radicalement différente de celle du monde.
2. Un nom qui dit tout : Jésus, « Yahweh sauve »
- Quelques mois plus tôt, un autre ange était déjà venu, cette fois à Joseph. Matthieu 1:20-21 : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ta femme, car l'enfant qu'elle a conçu vient du Saint-Esprit. Elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus, car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »
- Quand Joseph découvre la grossesse de Marie, il n'imagine pas une seconde le Saint-Esprit. Il pense à quelque chose de beaucoup plus triste. L'ange arrive, et tout change. Pas d'accident. Pas de trahison. C'est un acte souverain de Dieu. Tout va selon son plan, au point que Joseph n'a même pas à choisir le nom de l'enfant.
- Ce détail compte. Chez les rabbins, on dit que le Messie sera nommé par Dieu lui-même. Et c'est bien Dieu qui donne le nom. Jésus, Yeshua, signifie « Yahweh sauve ». Bien sûr, à l'époque, beaucoup d'enfants s'appelaient Jésus. C'était l'espoir de tout un peuple. Mais cet enfant-là porte le nom parce qu'il est ce que le nom dit. Il est « Dieu de vrai Dieu, engendré, non pas fait » : né, mais existant depuis toute éternité, sans commencement ni fin, éternellement Dieu.
- Joseph obéit sans protester. Il ne demande pas « pourquoi ma famille ? », il sait qu'il descend de la lignée royale de David. Ce qui devrait le surprendre, c'est ceci : ce Sauveur sera un Sauveur exceptionnel. Le prédicateur cite Charles Spurgeon : « Il nous sauve de la punition et de la culpabilité du péché, puis de son effet : le pouvoir malfaisant du péché. »
- Ce n'est pas un salut politique. Ce n'est pas un salut militaire. C'est un salut pour toute éternité. C'est une victoire sur un ennemi plus fort que Rome, un ennemi qui tenait Rome elle-même comme une marionnette : la mort, le péché, le diable. « Jésus sauve son peuple de ses péchés. » Voilà pourquoi il ne vient pas au grand jour. Voilà pourquoi il doit rester un peu dans l'ombre, grandir et vivre au milieu du peuple qu'il est venu sauver.
3. Le Prince de la paix, pas César
- Retour à Luc 2:13-14 : « Et soudain, il se joignit à l'ange une multitude de l'armée céleste qui louait Dieu : Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, et paix sur la terre parmi les hommes qu'il agrée ! » Il est venu pour procurer la paix, parce qu'il est le Prince de la paix.
- Le prédicateur pose la question qu'on entend souvent : « Si Dieu est réellement Dieu, pourquoi n'intervient-il pas décisivement pour arrêter tout le mal dans le monde ? » Bonne question. Il est déjà venu comme cela, au déluge, où il n'a sauvé qu'une seule famille. Il a arrêté toutes les violences d'un coup. Le problème avec cette question, c'est qu'elle appelle en réalité le jugement de Dieu. Et celui qui la pose sera lui-même visé par ce jugement.
- C'est un peu comme quelqu'un qui vient devant un policier, se moque de lui, et lui demande : « Pourquoi tu ne fais rien ? » Si Dieu voulait faire arrêter tout le mal aujourd'hui, ce serait le jugement pour toi aussi. Il reviendra un jour pour juger la terre. Mais parce qu'il est généreux, parce qu'il aime le monde, Dieu a pris le jugement sur lui-même. C'est la croix du Christ. Il a pris toute la honte de l'humanité, toute cette injustice, toute cette violence, tout cet égoïsme, sur ses épaules, pour que quiconque met sa foi en lui puisse être délivré du jugement, rempli de son Esprit, adopté dans sa famille pour l'éternité.
- Jésus se donne lui-même. Il est le sacrifice. Voilà un Sauveur qui n'est pas comme les autres. Le monde est plein de héros. Mais il n'y a pas de Sauveur comme Jésus.
- La paix que Jésus procure n'aura jamais un prix Nobel. Un tel prix est décerné par une commission d'hommes qui décide et octroie l'honneur. Jésus, lui, n'a pas demandé de comité, il sauve même ceux qui siégeraient dans un tel comité, de leurs propres péchés. Il suit les ordres du Père. « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts » : c'est la gloire d'un Dieu qui pardonne le pire de l'humanité, la gloire d'une résurrection qui transforme les vies, la gloire d'une paix éternelle.
- Le prédicateur ferme sur une image : quelqu'un qui marche dans les rues de Paris en hiver, quand il fait froid, quand les vents traversent les rues, quand les bâtiments et les rues sont gris, quand les arbres n'ont plus de feuilles. Il lève les yeux, et voit le coucher du soleil, la lumière en rouge, en orange, en rose, juste au-dessus de sa tête. « Le Sauveur arrive comme son salut » : par pure initiative divine, en beauté, humble, éternel, en paix.
Points à retenir
- Dieu a choisi des bergers méprisés (l'élite des plus pauvres), pour annoncer la naissance du Sauveur. Sa méthode est radicalement différente de celle du monde : il confond les sages par les faibles, et les puissants par les petits.
- Le nom de Jésus n'est pas un nom parmi d'autres. Il vient de Dieu lui-même et signifie « Yahweh sauve ». Il dit ce que l'enfant est : Dieu incarné venu sauver son peuple de ses péchés.
- Ce salut n'est pas politique ni militaire. Il vise un ennemi plus fort que Rome (la mort, le péché, le diable), et il est éternel.
- Si Dieu intervenait aujourd'hui pour arrêter tout le mal, ce serait le jugement. Parce qu'il aime le monde, il a pris le jugement sur lui-même à la croix. C'est cela, un vrai Sauveur.
- La paix de Jésus n'est pas décernée par un comité. Elle vient d'en haut, gratuitement, pour quiconque met sa foi en lui.
Application personnelle
- Quelle idée toute faite portes-tu sur ce que Dieu « devrait » faire dans ta vie ? Es-tu prêt à laisser le vrai Dieu être différent de ton attente ?
- Dieu choisit régulièrement les « faibles » pour porter son message. Où te vois-tu trop petit, trop peu qualifié pour être utilisé par lui, alors que c'est peut-être précisément là qu'il veut te confier quelque chose ?
- Qu'attends-tu de Jésus, concrètement ? Un sauveur politique, un coach de bien-être, un dépanneur ponctuel, ou le Sauveur qui prend ton péché sur lui ?
- Quelle est la paix que tu recherches ? Quel prix es-tu prêt à payer pour l'obtenir ? Cette paix-là peut-elle vraiment satisfaire ton âme et te donner la vie ?
- Connais-tu personnellement, aujourd'hui, la paix éternelle que Jésus est venu procurer ? Si non, qu'est-ce qui t'empêche de la recevoir ?
Versets cités
- Luc 2:8-14 · Les bergers, les anges, l'annonce du Sauveur et la louange « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, et paix sur la terre parmi les hommes qu'il agrée. »
- Matthieu 1:20-21 · « Tu lui donneras le nom de Jésus, car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »
- 1 Corinthiens 1:26-27 · « Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages… les choses faibles pour confondre les fortes. »
- 1 Samuel 16:1-13 · Samuel chez Isaï : le plus jeune fils, David, garde les brebis pendant que Dieu le choisit comme roi.
- Matthieu 2:16-18 · Hérode massacre les enfants de Bethléhem de deux ans et en dessous.
- Ézéchiel 34:11-16 · Dieu se présente lui-même comme le berger d'Israël.
- Philippiens 2:5-8 · « Il s'est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur. »
- Ésaïe 9:5-6 · « On l'appellera… Prince de la paix. »
Questions fréquentes
Pourquoi Dieu a-t-il annoncé la naissance de Jésus à des bergers plutôt qu'à des rois ou à des prêtres ?
Parce que c'est sa méthode, et c'est un choix théologique fort. Les bergers étaient méprisés dans la société juive au point de ne pas pouvoir témoigner dans un procès. En les choisissant, Dieu dit que son royaume ne fonctionne pas comme celui du monde. Paul l'explique en 1 Corinthiens 1 : Dieu choisit les choses folles pour confondre les sages. Et le symbolisme est fort : ces bergers, à côté de Bethléhem, gardaient les moutons destinés aux sacrifices du temple. L'Agneau de Dieu est annoncé à ceux qui gardent les agneaux.
Que veut dire exactement le nom « Jésus » ?
Jésus, ou Yeshua en hébreu, signifie « Yahweh sauve ». Ce n'est pas Joseph qui le choisit, c'est Dieu lui-même par la voix de l'ange. Beaucoup d'enfants portaient ce prénom à l'époque, parce que c'était l'espoir de tout un peuple. Mais cet enfant-là ne porte pas le nom : il l'accomplit. Il est Dieu venu en chair pour sauver son peuple de ses péchés.
Si Dieu est bon, pourquoi n'arrête-t-il pas tout le mal dans le monde maintenant ?
Le prédicateur prend la question au sérieux et donne une réponse qui dérange. Dieu est déjà intervenu comme cela (au déluge), et il n'a sauvé qu'une seule famille. Si Dieu arrêtait tout le mal aujourd'hui, ce serait le jugement, et toi aussi tu serais concerné. S'il ne le fait pas encore, c'est par générosité et par amour. À la croix, il a choisi de prendre lui-même le jugement, pour que quiconque met sa foi en Jésus puisse être délivré. Le jugement viendra, mais entre-temps, il ouvre grand la porte du salut.
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