Introduction
Mounir Nosel a appelé ce passage d'Éphésiens 3.1 à 7 « le parvis des exclus ». Le titre paraît étrange, jusqu'à ce que tu revoies la scène où Jésus renverse les tables dans le temple de Jérusalem. Le prédicateur t'invite à commencer par elle. Souvent, on lit ce moment en pensant que Jésus n'aimait pas qu'on fasse du commerce dans la maison de Dieu. C'est vrai, mais il y a plus profond.
Le temple était fait de plusieurs cours sur plusieurs niveaux. Le parvis extérieur, appelé « parvis des païens » ou parvis des non-juifs, était le seul endroit où un étranger pouvait venir s'approcher de Dieu, pas plus loin. Et c'est précisément à cet endroit qu'on avait installé les tables des changeurs et le marché aux animaux. On avait bouché le seul espace où les exclus pouvaient venir. Quand Jésus renverse les tables et cite Ésaïe (« Ma maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations », Marc 11.17), il ne défend pas seulement la pureté du culte : il défend l'accès de ces exclus. Ce matin, Mounir Nosel te fait rencontrer un homme qui va défendre exactement la même chose, mais depuis une prison, sans fouet, l'apôtre Paul. Trois mots portent tout ce passage : prisonnier, mystère, serviteur.
Plan du message
1. Prisonnier : là où le monde voit des chaînes, Dieu voit une mission
- Paul se présente et regarde comment il le fait : il ne dit pas « moi Paul prisonnier de Rome » ou « moi Paul victime de l'injustice ». Il dit : « moi Paul, le prisonnier de Christ Jésus, pour vous païens » (Éphésiens 3.1). Physiquement, c'est faux. Ce sont les Romains qui l'ont enchaîné, ce sont eux qui ont la clé de la cellule.
- Ce qui est fort, c'est que Paul ne voit pas sa vie comme ça. Il dit en substance : « Ce n'est pas Rome qui dirige ma vie, c'est Christ. Même mes chaînes, c'est lui qui les permet. Et même ma prison fait partie de mon appel. »
- Pourquoi Paul est-il vraiment en prison ? D'abord parce qu'il a annoncé Christ. Mais le point précis qui a mis le feu aux poudres, c'est son insistance sur une chose : les païens aussi peuvent être sauvés, pas en devenant juifs d'abord, mais directement par la foi en Christ. Dans le récit de son arrestation en Actes 22.21-22, la foule l'écoute jusqu'au mot « nations », et tout explose : « Ôte de la terre un pareil homme, il n'est pas digne de vivre. »
- Paul aurait pu se taire, calmer le jeu. Il le dit lui-même en Galates 5.11 : « Pour moi, frères, si je prêche encore la circoncision, pourquoi suis-je encore persécuté ? » Mais il ne s'est pas tu. Il a tenu, et il a payé pour cela.
- Voilà le premier retournement du passage : il y a deux façons de regarder Paul dans cette cellule. Le monde regarde et voit un homme fini, enchaîné, réduit au silence, un projet qui a échoué. Dieu regarde et voit un serviteur en pleine mission. Et de cette prison, Paul écrit des lettres qu'on lit encore aujourd'hui, partout dans le monde.
- Mounir Nosel évoque Nelson Mandela, 27 ans de prison ; sorti pour devenir président. Ce n'est pas un modèle de foi, c'est un homme avec son histoire, mais l'image parle : ce que les hommes appellent la fin peut être tout autre chose. À plus forte raison quand c'est Dieu qui est aux commandes. « Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes » (1 Corinthiens 1.27).
2. Mystère : ce que Dieu garde caché, il le dévoile en son temps
- Quand on entend « mystère », on pense énigme, enquête policière, quelque chose à déchiffrer. Ce n'est pas ce mot-là que Paul emploie. Dans la Bible, un mystère, c'est quelque chose que Dieu a gardé caché pendant des siècles et qu'il a choisi maintenant de révéler. Ce n'est pas une énigme, c'est un secret dévoilé au moment opportun.
- Éphésiens 3.5 : « Il n'a pas été manifesté aux fils des hommes dans les autres générations, comme il a été révélé maintenant par l'Esprit aux saints apôtres et prophètes de Christ. » Et le verset 6 dit quel est ce mystère : « les païens sont cohéritiers, forment un même corps et participent à la même promesse en Jésus-Christ par l'Évangile. »
- Mounir Nosel remarque que, dans le grec, trois mots reviennent, tous construits avec le même préfixe qui veut dire « ensemble » : cohéritiers, un même corps, participants ensemble. Paul a même dû presque inventer l'un de ces termes : la langue grecque n'avait pas de mot pour dire ce que Dieu venait de faire, réunir juifs et païens en un seul corps. La réalité était tellement nouvelle qu'il fallait un mot nouveau.
- Ce qui était séparé est maintenant réuni. Le mur est tombé. Le voile est tombé. S'il n'y a plus qu'un seul corps, le parvis des païens n'a plus de sens, il n'y a même plus de parvis, puisqu'il n'y a plus qu'un seul peuple. Il n'y a plus le peuple de l'intérieur et les étrangers à l'extérieur.
- Même les prophètes de l'Ancien Testament n'avaient pas eu accès à ce mystère. Ils étaient inspirés, mais la révélation n'était pas encore en son temps. Ils imaginaient que le Christ descendrait établir son royaume tout de suite. Ils n'avaient pas imaginé ce temps où Dieu se tournerait vers les nations pour faire rentrer tous ses enfants dans la famille.
- Une bonne nouvelle : ce temps-là, c'est le nôtre. C'est nous qui sommes invités à rentrer dans la maison. À la base, tu étais sur le parvis, à l'extérieur. Dieu a regardé vers toi, il t'a aimé, il a dit : c'était mon projet que tu viennes à l'intérieur. Pourquoi ? Une seule réponse : Jean 3.16. « Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point mais ait la vie éternelle. » Pas « quiconque est juif », pas « quiconque le mérite ». Quiconque croit.
3. Serviteur : là où Paul finit, il commence : et Ésaü nous met en garde
- Paul commence son passage en se disant prisonnier, il le termine en se disant serviteur. « J'ai été fait ministre selon le don de la grâce de Dieu qui m'a été accordé par l'efficacité de sa puissance » (Éphésiens 3.7). Le mot grec est diakonos : celui qui sert, celui qui accomplit une mission.
- Pour Paul, prisonnier et serviteur ne sont pas deux mots opposés : c'est la même chose vue de deux perspectives différentes. Il est prisonnier parce qu'il a été serviteur jusqu'au bout. Les chaînes, c'est le prix du service.
- Mounir Nosel te pose la question : dans nos épreuves, notre premier réflexe est souvent : « Seigneur, pourquoi tu me laisses traverser ça ? » Est-ce que tu es vraiment dans cette posture de serviteur qui va jusqu'au bout de ce que Dieu attend ? Ce n'est pas une question à haute voix. C'est entre Dieu et toi.
- Qui était Paul avant tout cela ? Un pharisien parmi les pharisiens, respectable, une élite avec un avenir tout tracé dans le système religieux de l'époque. Jésus est venu le chercher, il a tout lâché. Il l'écrit en Philippiens 3.7-8 : « Ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai regardées comme une perte à cause de Christ… je les regarde comme de la boue afin de gagner Christ. »
- La question qu'il faut se poser : est-ce que c'est seulement Paul qui est appelé à faire cela, ou est-ce que nous aussi ? Nous le sommes. Est-ce qu'on le fait ? Ça, c'est entre Dieu et toi. Quand on te propose plus d'argent, un privilège, une position, es-tu prêt à dire non si cela t'éloigne de Christ ?
- Le contre-exemple, c'est Ésaü. Il revient de la chasse, il a faim, Jacob a cuisiné des lentilles. Ésaü dit cette phrase terrible : « Voici, je m'en vais mourir ; à quoi me sert ce droit d'aînesse ? » (Genèse 25.32). Il vend son droit d'aînesse pour un plat. Or, dans la famille d'Abraham, le droit d'aînesse, ce n'était pas juste une question d'héritage ou d'argent : c'était l'autorité spirituelle, la participation à l'alliance de Dieu, la transmission des promesses, la lignée du Messie.
- C'est pourquoi Hébreux 12.16 utilise un mot très dur : « Veillez à ce que personne ne se livre à l'impudicité ou ne soit profane comme Ésaü, qui pour un mets vendit son droit d'aînesse. » Le mot grec traduit « profane » (bébélos) désigne quelqu'un qui ne fait pas la différence entre ce qui est sacré et ce qui est ordinaire.
- Mounir Nosel donne une image actualisée : au tout début du Bitcoin, un homme a payé deux pizzas avec 10 000 bitcoins. À l'époque, cela ne valait presque rien ; aujourd'hui, ces 10 000 bitcoins vaudraient des centaines de millions de dollars. Il a échangé une fortune contre un repas, parce qu'à ce moment-là le repas lui paraissait plus réel que la fortune. C'est le même piège : préférer la satisfaction immédiate à l'héritage éternel.
- Paul, lui, ne s'est accroché à rien : ni à sa position, ni à sa liberté, ni à son confort. Il s'est mis à cent pour cent au service de Christ. C'est pour cela que ce qu'il a écrit tient encore aujourd'hui. Le missionnaire Jim Elliot, tué à 28 ans en essayant d'apporter l'Évangile à un peuple qui ne l'avait jamais entendu en Équateur, l'a dit ainsi : « N'est pas insensé celui qui donne ce qu'il ne peut garder pour gagner ce qu'il ne peut perdre. »
4. Il n'y a plus de parvis : ce que Jésus a commencé, Dieu l'achève
- Revenons au temple, au parvis des païens, aux tables que Jésus renversait. Il défendait l'accès des exclus. Aujourd'hui, Paul te dit comment cet accès a été rendu possible : par ce mystère que Dieu a gardé caché longtemps et dévoilé en son temps, révélé par un homme qui a accepté la prison pour le servir.
- La Bible se termine sur cette vision, en Apocalypse 21.22-25 : « Je ne vis point de temple dans la ville, car le Seigneur Dieu tout-puissant est son temple, ainsi que l'Agneau… Les nations marcheront à sa lumière et les rois de la terre y apporteront leur gloire. Ses portes ne se fermeront point le jour, car il n'y aura point de nuit. »
- Plus de temple. Plus de parvis. Plus d'exclusion. Plus de séparation. Et même les portes ne se ferment jamais, si elles sont ouvertes, c'est pour qu'on entre. Ce que Jésus a commencé à faire avec un fouet dans le parvis du temple (ouvrir l'accès), Dieu l'achève complètement à la fin.
- Deux choses à emporter ce matin. La première : un rappel de qui tu es maintenant. Nos yeux voient la réalité, mais notre esprit et notre foi doivent voir la vérité. Si tu as mis ta foi en Christ, tu n'es plus dans le parvis. Tu es déjà rentré. Membre du même corps, participant de la même promesse. C'est un mystère que Dieu gardait pour toi en son temps.
- La deuxième : une question. À quoi est-ce que tu t'accroches ? Qu'est-ce qui, dans ta vie, t'empêche de servir pleinement ? Où est ton plat de lentilles ? Paul l'a compris depuis sa prison, et c'est pour cela qu'il l'a partagé dans la Parole.
Points à retenir
- Paul se présente comme « prisonnier de Christ Jésus, pour vous païens ». Physiquement, ce sont les Romains qui l'enchaînent ; spirituellement, c'est Christ qui dirige sa vie et permet même ses chaînes.
- Dans la Bible, un « mystère » n'est pas une énigme à résoudre, mais un secret que Dieu a gardé caché pendant des siècles et qu'il choisit de révéler en son temps.
- Le mystère d'Éphésiens 3, c'est que les païens sont cohéritiers, forment un même corps et participent à la même promesse en Jésus-Christ. Le mur est tombé, il n'y a plus qu'un seul peuple.
- Paul, autrefois pharisien respecté, a « regardé toutes choses comme de la boue » pour gagner Christ. Ésaü, au contraire, a vendu son droit d'aînesse pour un plat de lentilles.
- Ce que Jésus a commencé en renversant les tables dans le parvis des païens, il l'achève dans la Jérusalem nouvelle : plus de temple, plus de parvis, plus d'exclusion, et des portes qui ne se ferment jamais.
Application personnelle
- Quand tu traverses une épreuve, ta première réaction ressemble-t-elle à « Seigneur, pourquoi tu me laisses vivre ça ? » ou à « Seigneur, où veux-tu me servir dans ces chaînes ? »
- Comment le monde regarde-t-il ta vie en ce moment (petite, sans influence, arrêtée) et comment Dieu, lui, la regarde-t-il ?
- Si tu es en Christ, tu n'es plus dans le parvis, tu es entré dans la maison. Est-ce que tu vis à partir de cette vérité, ou est-ce que tu continues à te croire « à la périphérie » de la famille ?
- Qu'est-ce que Christ t'appelle aujourd'hui à « regarder comme de la boue » (un privilège, une position, un confort, un projet), pour le suivre pleinement ?
- Où est ton plat de lentilles ? Quelle satisfaction immédiate risques-tu, ce mois-ci, de préférer à un héritage éternel ?
Versets cités
- Éphésiens 3.1-7 (LSG)
- Marc 11.17 (LSG)
- Actes 22.21-22 (LSG)
- Galates 5.11 (LSG)
- 1 Corinthiens 1.27 (LSG)
- Jean 3.16 (LSG)
- Philippiens 3.7-8 (LSG)
- Genèse 25.29-34 (LSG)
- Hébreux 12.16 (LSG)
- Apocalypse 21.22-25 (LSG)
FAQ
Qu'appelle-t-on le « parvis des païens » dans le temple de Jérusalem ?
Mounir Nosel rappelle que le temple était fait de plusieurs cours sur plusieurs niveaux. Le parvis extérieur, appelé « parvis des païens » (ou parvis des non-juifs), était le seul endroit où un étranger (quelqu'un qui n'était pas du peuple d'Israël), pouvait venir s'approcher de Dieu. Pas plus loin. Quand Jésus renverse les tables des marchands qui l'avaient transformé en marché (Marc 11.17), il défend justement l'accès de ces exclus à la maison de prière « pour toutes les nations ».
Que signifie exactement le mot « mystère » dans Éphésiens 3 ?
Dans la Bible, un mystère n'est pas une énigme à déchiffrer, une intrigue policière ou une chose compliquée à résoudre. C'est quelque chose que Dieu avait gardé caché pendant des siècles et qu'il a choisi de révéler en son temps. Le mystère précis dont parle Paul en Éphésiens 3.6, c'est que les païens sont cohéritiers, forment un même corps et participent à la même promesse en Jésus-Christ. Ni les prophètes de l'Ancien Testament n'avaient reçu cette révélation ; elle est donnée « maintenant, par l'Esprit, aux saints apôtres et prophètes de Christ » (v. 5).
Pourquoi comparer Paul et Ésaü à la fin du message ?
Parce qu'ils illustrent deux réactions opposées face à ce que Dieu offre. Paul avait tout (position de pharisien respecté, avenir tout tracé), et il a « regardé toutes choses comme de la boue » pour gagner Christ (Philippiens 3.7-8). Ésaü avait entre les mains le droit d'aînesse, c'est-à-dire l'autorité spirituelle, la participation à l'alliance de Dieu, la transmission des promesses, la lignée du Messie. Il l'a vendu à Jacob pour un plat de lentilles parce qu'il avait faim tout de suite (Genèse 25.29-34 ; Hébreux 12.16). Le prédicateur t'invite à te demander où est ton plat de lentilles, cette satisfaction immédiate à laquelle tu risques de sacrifier un héritage éternel.
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