Jonas 4 : la miséricorde de Dieu dérange tes préférences

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Introduction

Tu ouvres ton Bible à Jonas 4 et tu tombes sur une scène troublante. Ninive vient de se repentir. Toute la ville, du roi jusqu'aux animaux, s'est jetée à genoux devant Dieu. Le Seigneur a renoncé au malheur qu'il avait annoncé. C'est un des plus grands réveils spirituels de tout l'Ancien Testament. Et Jonas, le prophète que Dieu a utilisé pour porter ce message, est en colère. Il demande à Dieu de le faire mourir.

Ce dimanche, dans la lecture de Jonas 4:1-11, la Parole nous confronte à une question difficile : et si la miséricorde de Dieu allait plus loin que tes préférences ? Et si Dieu aimait ceux que tu as, sans le savoir, rayés de ton cœur ?

Plan de l'article

1. Le rappel : Jonas, Ninive et la miséricorde imprévue

Jonas est prophète du royaume du Nord d'Israël, à l'époque du roi Jéroboam II. Dieu lui demande d'aller à Ninive, capitale du grand empire assyrien, à l'Est. Ninive est la puissance qui menace d'écraser Israël. Aller y prêcher, c'est prêcher au futur bourreau de ton peuple.

Jonas fuit vers l'Ouest, vers Tarsis, dans ce qui correspond aujourd'hui à l'Espagne. Il aime son pays. Il pense qu'il vaut mieux voir Ninive périr que de la voir sauvée. Le navire manque de couler, on le jette à la mer, un grand poisson l'avale. Trois jours et trois nuits dans le ventre du poisson. Une vraie prière de repentir, qu'on trouve dans Jonas 2.

Ces trois jours, Jésus lui-même les reprendra en Matthieu 12:39-41 et en Matthieu 16:4 comme le signe de sa mort et de sa résurrection. C'est déjà, en creux, l'annonce de la croix.

Après cette rééducation, Jonas obéit. Il entre dans Ninive et dit : « Encore quarante jours, et Ninive sera détruite ». La ville entière se repent, du roi aux hommes de peine, jusqu'aux animaux qu'on couvre de sac. Et Dieu se ravise :

« Dieu vit ce qu'ils faisaient, il vit qu'ils revenaient de leur mauvaise voie. Alors Dieu se repentit du mal qu'il avait résolu de leur faire, et il ne le fit pas. » (Jonas 3:10)

2. La colère de Jonas : quand tu connais Dieu mais tu voudrais qu'il te ressemble

C'est là qu'on ouvre le chapitre 4. Loin de se réjouir, Jonas s'effondre. Il prie :

« Ah ! Éternel, n'est-ce pas ce que je disais quand j'étais encore dans mon pays ? […] Je savais que tu es un Dieu compatissant et miséricordieux, lent à la colère et riche en bonté, et qui te repens du mal. Maintenant, Éternel, prends-moi donc la vie, car la mort m'est préférable à la vie. » (Jonas 4:2-3)

Regarde bien ce paradoxe. Jonas récite parfaitement l'identité de Dieu. Sa théologie est irréprochable. Il pourrait enseigner dans n'importe quelle école biblique. Mais ce qu'il connaît de Dieu, il ne veut pas le voir appliqué aux Ninivites. Il connaît la grâce, mais il aurait préféré qu'elle reste dans les limites qu'il a lui-même tracées.

C'est un piège dans lequel tu peux tomber toi aussi. Tu peux avoir une théologie juste et un cœur étroit. Tu peux savoir que Dieu est bon, et intérieurement refuser qu'il soit bon pour cette personne-là, cette famille-là, ce collègue-là, cette nation-là.

Dans tout l'Ancien Testament, trois hommes ont demandé à Dieu de mourir : Moïse, Élie et Jonas. Ce sont des serviteurs zélés. Plus le feu est haut, plus la chute est brutale quand le feu tombe. Ce n'est pas une fatalité. C'est un avertissement pastoral : ce n'est pas parce que tu es humain que tu as le droit d'en rester là. Dieu peut te reprendre.

3. La ricine, le ver, le vent d'est : la pédagogie patiente de Dieu

Jonas sort de la ville, s'installe à l'est, se construit une cabane et attend. Peut-être Dieu changera-t-il d'avis. Peut-être finira-t-il par frapper Ninive. Dieu, lui, ne le rejette pas. Il commence une pédagogie très concrète.

Il fait pousser une plante (une ricine), au-dessus de Jonas pour l'ombrager. Jonas s'en réjouit énormément. Le lendemain, Dieu envoie un ver qui pique la plante ; elle sèche. Puis un vent d'est brûlant. Le soleil tape sur la tête de Jonas. Il défaille. Et il redemande la mort.

Dieu lui pose alors la question centrale du livre :

« Toi, tu as pitié du ricin qui ne t'a coûté aucune peine et que tu n'as pas fait croître, qui est né dans une nuit et qui a péri dans une nuit. Et moi, je n'aurais pas pitié de Ninive, la grande ville, dans laquelle se trouvent plus de cent vingt mille hommes qui ne savent pas distinguer leur droite de leur gauche, et des animaux en grand nombre ! » (Jonas 4:10-11)

Dieu ne rabroue pas Jonas. Il l'éduque. Il lui montre son propre cœur en miniature (pleurer un buisson), puis il ouvre le champ à la mesure du sien : cent vingt mille personnes, des vies humaines, des animaux, un peuple entier.

4. La croix, notre avantage sur Jonas

Jonas vivait avant la croix. Il savait que Dieu est miséricordieux, mais il n'avait pas encore vu comment cette miséricorde allait s'incarner concrètement. Toi, tu vis après. Tu sais ce que Jonas ne savait pas : Dieu a aimé le monde au point d'envoyer son Fils. Jésus est mort pour ceux qui, dans leur folie, criaient « fais-nous mourir » à Dieu. Il est ressuscité le troisième jour, comme le signe de Jonas.

C'est notre grâce spécifique. Nous vivons au temps du Nouveau Testament, de la Pentecôte, de l'Esprit répandu. Nous savons que « si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité » (1 Jean 1:9). Le pardon du Seigneur est sans limite. Et il vaut pour toi comme il vaut pour ton voisin.

5. Ne pas rendre les armes : le regard de Dieu sur ta ville

Aujourd'hui, tu peux regarder ta ville et voir un désert. Peu de convertis. Une église fatiguée. Un pays qui vieillit, qui se dépeuple, qui semble tourner le dos à l'Évangile. C'est exactement le sentiment que Paul pouvait avoir à Corinthe, une ville portuaire où la débauche envahissait jusqu'à l'assemblée. Et pourtant, Dieu lui dit :

« Ne crains point, mais parle, et ne te tais point, car je suis avec toi, et personne ne mettra la main sur toi pour te faire du mal ; parle, car j'ai un peuple nombreux dans cette ville. » (Actes 18:9-10)

Paul est resté un an et six mois à Corinthe. Il n'a pas baissé les bras parce que la ville était difficile. Il a pris appui sur la promesse : Dieu a déjà un peuple à sauver dans ce lieu. Tu es peut-être posé dans un endroit où tu ne vois presque rien. Ce n'est pas un signal d'abandon. C'est peut-être un appel à t'enraciner.

Points à retenir

  • Ta théologie peut être juste et ton cœur étroit. Jonas connaissait Dieu par cœur, mais refusait que Dieu soit bon pour Ninive.
  • Dieu ne renonce pas quand il a décrété. Il attend le repentir, il se ravise, il fait grâce. Sa promesse au pécheur repentant est plus solide que ton pessimisme.
  • Plus tu es zélé, plus tu es exposé au découragement extrême. Moïse, Élie et Jonas ont tous demandé la mort. Dieu ne les a pas renvoyés ; il les a repris.
  • Le vrai péché n'est pas que tu échoues. Le vrai péché, c'est que Dieu ne t'abandonne pas et que toi, tu abandonnes Dieu. C'est là que Satan gagne du terrain.
  • Nous vivons après la croix et la Pentecôte. Nous avons ce que Jonas n'avait pas : la certitude que le pardon est effectif et sans mesure pour quiconque revient.
  • Dieu voit ta ville avec ses cent vingt mille visages. Ta mission n'est pas de compter les convertis, mais de rester à l'écoute, à la prière, à la Parole, et de parler quand il te dit de parler.

Application personnelle

Prends quelques minutes seul avec le Seigneur, et laisse ces questions travailler ton cœur.

  • Y a-t-il quelqu'un (une personne, un groupe, une nation), que tu as, sans le dire, rayé de la liste des « rachetables » ? Que se passerait-il si Dieu le sauvait cette semaine ?
  • Dans quel domaine ta théologie est-elle juste, mais ton cœur en retard ? Où faut-il que ta conviction descende dans tes affections ?
  • Es-tu en train de demander, à ta manière, à Dieu de te retirer de la partie, de la mission, du service, de l'engagement ? Peux-tu nommer ce ricin qui a séché récemment ?
  • Où Dieu te dit-il aujourd'hui : « J'ai un peuple nombreux dans cette ville » ? À quoi ressemblerait ton obéissance si tu prenais cette promesse au sérieux, comme Paul à Corinthe ?
  • Quel est le prochain pas concret : reprendre la prière, revenir au culte, reparler à cette personne, redonner ta parole d'annonce ?

Versets cités

Foire aux questions

Pourquoi Jonas est-il si en colère alors que la ville s'est convertie ?

Parce qu'il aime son pays. Ninive est la capitale assyrienne, la puissance qui menace de détruire Israël. Pour Jonas, voir Ninive épargnée, c'est voir survivre l'ennemi de son peuple. Sa colère n'est pas irréfléchie ; c'est celle d'un patriote pieux. Le problème n'est pas son amour de son pays, c'est qu'il a mis cet amour au-dessus du cœur de Dieu pour les nations.

Que signifie exactement « Dieu se repent » en Jonas 3:10 ?

Dieu ne change pas d'avis comme un homme change d'humeur. Il révèle plutôt sa constance : il avait toujours dit qu'il ferait grâce à celui qui se détourne du mal. Ninive s'est détournée. Dieu, en renonçant au jugement, ne se contredit pas, il tient parole. C'est ce que Jonas savait déjà (Jonas 4:2) et qui, précisément, le met en colère.

Comment appliquer ce texte à ma vie si je ne suis pas prophète comme Jonas ?

Tu n'as pas besoin d'être prophète pour tomber dans le piège de Jonas. Il suffit d'avoir un cœur, une histoire, des blessures, des préférences. Ce texte t'invite à laisser Dieu élargir ton amour à ceux que tu as classés « perdus d'avance ». Il t'invite aussi à ne pas te rendre quand ton service semble stérile : Dieu a un peuple dans ta ville, souvent invisible à l'œil nu.

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